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Tribunes et décryptages - 16 décembre 2005
Égypte : soutien US aux fondamentalistes
Décryptage
En Égypte, les élections parlementaires qui se sont étalées sur près d’un mois ont pris fin le 7 décembre 2005. La police a chargé la foule et utilisé les techniques anti-émeutes autour des bureaux de vote. Ces violences ont provoqué la mort de 11 personnes et ont fait près d’un millier de blessés.
Le parti du président Hosni Moubarak reste largement majoritaire et détient deux tiers des sièges de l’Assemblée. Cependant ce qui a surtout retenu l’attention, outre les violences, c’est une fraude dénoncée unanimement et la percée des Frères musulmans, officiellement interdits en Égypte mais tolérés et s’affichant désormais ouvertement dans le débat politique. Le parti fondamentaliste détient désormais 88 sièges sur 444 à l’Assemblée égyptienne, score d’autant plus impressionnant compte que la Confrérie n’avaient présenté des candidats que dans le tiers seulement des circonscriptions.
Ce résultat est la conséquence de l’ouverture relative du régime égyptien et des pressions de Washington sur Le Caire, un des plus gros bénéficiaires de l’aide économique et militaire états-unienne. La ré-émergence des Frères musulmans et le rôle central que ce parti va sans doute avoir dans les années à venir suscitent bien des interrogations.
L’éditorialiste du journal officiel égyptien Al Ahram, Mohamed Sid-Ahmed, est bien en peine de prévoir l’avenir de son pays. Il s’alarme des menaces de boycott des juges égyptiens pour le contrôle des prochaines élections, des violences et des fraudes, mais pose plus de questions qu’il ne fait de pronostic. Quelles seront les futures alliances électorales ? Comment réagira le pouvoir à la nouvelle donne ? Une seule chose est sûre pour lui : les Frères musulmans sont désormais au cœur du processus politique. Bien que minoritaires, ils ont fait la preuve de leur popularité en dépit de l’interdiction officielle qui continue de les frapper même s’ils font désormais campagne à visage découvert.
Les repères de la classe dirigeante égyptienne ont changé et elle se trouve dans l’expectative.
Symbole de ce changement, le quotidien Al Ahram ouvre désormais largement ses colonnes aux Frères musulmans qui s’expriment dans des tribunes ou des interviews ès qualités alors que leur parti est toujours, officiellement, interdit. Ainsi, en quelques semaines, ce n’est pas moins de trois hauts responsables de la Confrèrie qui ont pu exposer leur programme dans les colonnes du quotidien. La tonalité générale de ces interventions est l’apaisement et la volonté de rassurer. Ainsi, dans une interview, leur guide suprême, Mohamed Mahdi Akef, assure que son organisation va poursuivre pacifiquement le combat politique et rassure les populations chrétiennes égyptiennes sur leurs intentions. On retrouve cette volonté de rassurer dans une tribune, toujours dans Al Ahram, d’Abdel-Moneim Abul-Fotouh, membre du bureau d’orientation des Frères musulmans.
C’est toutefois, Essam El-Erian, l’un des principaux porte-parole des Frères musulmans, qui se montre le plus loquace sur le projet politique du parti. L’auteur insiste beaucoup sur les fondements religieux de son programme et sur sa volonté de réformer d’abord l’Égypte, puis tout le monde arabo-musulman sur la base de l’islam, sans pour autant exclure les chrétiens (clin d’œil à la communauté copte en Égypte). Il insiste sur le fait que les Frères musulmans ont scrupuleusement respecté la loi égyptienne et demande que désormais l’opposition, et donc son parti, ait davantage de droits en Égypte. Toutefois, si l’auteur expose les fondations idéologiques de son programme et son souhait de réforme, il ne donne aucun exemple de politiques qu’il pourrait mener.
Cette insistance des Frères musulmans pour rassurer les opinions, sensibles dans les textes d’Al Ahram, ne se limite pas à la presse égyptienne. C’est dans le quotidien de gauche britannique The Guardian, que Khairat el-Shatir, vice-président des Frères musulmans en Égypte, tente d’apaiser le lectorat britannique. Il affirme que son mouvement poursuit pacifiquement son ascension malgré les intimidations du pouvoir égyptien qu’il accuse d’être largement vendu aux intérêts occidentaux et principalement états-uniens. Sur son programme, il vante son projet de réforme démocratique de l’Égypte pour tous les citoyens, quelles que soient leurs religions. Dans sa tribune, l’auteur fait très peu référence à l’islam mais affiche sa détermination à lutter contre l’ingérence états-unienne dans son pays. Pour cela, le moins états-unophile des quotidiens britanniques semble un choix approprié.
Toutefois, compte tenu du poids immense de Washington dans la vie politique de l’Égypte, la question du soutien des États-Unis aux Frères musulmans est au centre des interrogations. Et ce d’autant plus qu’on peut noter un infléchissement des propos tenus par les commentateurs habituels de la situation politique égyptienne dans la presse occidentale.
Les néo-conservateurs mènent régulièrement des attaques dans la presse contre le président Hosni Moubarak et certains, comme Laurent Murawiec, ont même appelé à un changement de régime en Égypte dans des réunions de travail du Pentagone. Il n’est donc pas surprenant de voir, Nir Boms, éternel pourfendeur des régimes arabes à la Foundation for the Defense of Democracies et ex-fonctionnaire israélien, s’en prendre au régime égyptien dans le New York Post. L’auteur dénonce un trucage massif des élections qui aurait surtout affecté son parti favori, le Ghad, et favorisé les Frères musulmans. S’appuyant sur les rapports d’Amnesty international dénonçant la torture en Égypte ou sur les rapports du département d’État états-unien sur la liberté religieuse des Coptes, il recommande que Washington soit sévère dans l’attribution des aides à l’Égypte conditionnées aux réformes politiques et économiques. M. Boms oublie toutefois de préciser que les tortures pratiquées en Égypte se font parfois avec l’assentiment et le soutien de Washington puisque l’Égypte fait partie des pays où les États-Unis envoient des prisonniers pour être torturés. Il n’y a rien de nouveau dans cette approche et cette mémoire sélective, coutumière des porte-parole néo-conservateurs.
Chez d’autres auteurs, on peut noter des modifications subtiles du discours, voire des exercices rhétoriques visant à soutenir les Frères musulmans sans leur apporter de soutien explicite.
Ainsi, le très médiatique opposant égyptien, Saad Eddin Ibrahim, stigmatise (pour une fois dans un seul journal) les fraudes électorales organisées. Dans le Los Angeles Times, il estime que ces trucages sont la réaction du pouvoir égyptien face aux craintes de voir les Frères musulmans l’emporter. Il demande que désormais les États-Unis poussent le président égyptien à discuter avec tous les partis politiques, y compris ceux qu’il désigne comme « les démocrates musulmans », dénomination floue qui peut désigner les Frères musulmans dans l’esprit de l’auteur. La conclusion est ambiguë, sans doute volontairement. L’auteur se prononce toutefois clairement pour un changement de régime en Égypte et dénonce, comme à son accoutumée, l’autoritarisme qui touche l’Égypte « depuis 50 ans » (cette expression régulière chez l’auteur oppose la révolution nassérienne autoritaire à la monarchie, supposée libérale).
Notons que, quelques semaines auparavant, le même Saad Eddin Ibrahim, avait condamné le sort des chrétiens coptes en Égypte dans le Wall Street Journal sans parler des Frères musulmans. Or, le sort des chrétiens dans les pays musulmans est une des obsessions des lecteurs états-uniens de la presse conservatrice et cette inquiétude se porte généralement sur le traitement que les fondamentalistes musulmans réservent aux chrétiens. Dans ce cas précis, M. Ibrahim accusait le régime d’Hosni Moubarak sans parler de la confrérie.
L’ambiguïté se retrouve dans l’article que Jackson Diehl, éditorialiste du Washington Post, publie dans son journal et le Jerusalem Post. Il affiche son soutien à l’opposition « modérée » égyptienne et déplore le poids des Frères musulmans. Il affirme que la confrérie est soutenue par Hosni Moubarak qui s’en sert comme épouvantail. Selon lui, le pouvoir en Égypte favoriserait le mouvement fondamentaliste pour pousser les occidentaux à le soutenir comme un moindre mal. Toutefois Diehl estime qu’il ne faut pas céder à ce chantage, trouve soudain des qualités aux Frères musulmans et recommande que tout soit fait pour empêcher qu’Hosni Moubarak ne passe pas le pouvoir à son fils. Y compris soutenir les Frères musulmans ? L’auteur ne le dit pas, mais comment nier que seul ce parti aujourd’hui est en mesure de prendre le pouvoir en Égypte ?
Dans The New York Press, le politologue Robert Zeliger, affirme qu’il est bien difficile de savoir quelles politiques vont suivre les Frères musulmans s’ils parvenaient au pouvoir. Ils s’en tiennent à un programme flou et on ne peut pas se baser sur leur passé en raison de la nouvelle génération qui est arrivée à leur tête. L’auteur affirme que certains des responsables qu’il a rencontrés déclarent admirer la politique de George W. Bush sur l’homosexualité ou l’avortement. Bref, on ne peut pas les comparer à ce qu’ils furent, sont certes conservateurs mais pas plus que les Républicains états-uniens et n’ont pas l’air trop anti-états-uniens. Il n’y aurait donc pas de quoi s’inquiéter.
Compte tenu des attaques contre le « fondamentalisme islamiste » que l’on trouve à longueur de colonnes dans la presse belliqueuse anglo-saxonne, il est bien difficile d’annoncer du jour au lendemain que l’on va soutenir un parti tel que les Frères musulmans en Égypte, pourtant, il semble que les experts soit en train d’y préparer doucement l’opinion. Nous avions déjà traité dans nos colonnes un texte de l’ancien analyste de la CIA, Reuel Marc Gerecht. Il affirmait dans le quotidien allemand Die Welt que les Frères musulmans étaient un moindre mal et qu’il ne fallait pas s’acharner à soutenir les mouvements laïques dans le monde arabo-musulman. Cette analyse pouvait aussi bien être considérée comme un soutien aux Frères musulmans en Syrie qu’en Égypte. Elle démontrait que, renouant avec les politiques des empires coloniaux, l’administration Bush était disposée à utiliser à nouveau certains mouvements religieux musulmans contre les mouvements nationalistes arabes opposés à ses visées coloniales.
Pour l’analyste démocrate en questions de sécurité, Robert Dreyfuss, le retour à cette politique ne fait aucun doute. Dans The Nation Institute, il s’alarme de la politique de l’administration Bush et dénonce, au nom des principes de la realpolitik, la politique de « démocratisation » de l’Égypte suivie selon lui par la Maison-Blanche. Pour l’auteur, soutenir la démocratie en Égypte, c’est soutenir les Frères musulmans et il affirme que c’est le but recherché par l’administration Bush. M. Dreyfuss recommande, au contraire, un maintien du statu quo, l’arrêt des pressions contre M. Moubarak et la fin de la politique d’influence états-unienne en Égypte. De sorte qu’on laisse les Égyptiens faire évoluer leur régime comme ils l’entendent.
Cette dernière remarque est savoureuse sous la plume d’un proche de George Soros.
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16 décembre 2005
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Paris (France)
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Pays
Égypte
États-Unis
Thèmes
Contrôle du « Grand Moyen-Orient »
Auteurs et sources des Tribunes et décryptages
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« Après les élections »
Auteur
Mohamed Sid-Ahmed

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Mohamed Sid-Ahmed est l’éditorialiste vedette du quotidien égyptien Al Ahram.
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Source
Al-Ahram (Égypte)
Référence « After the elections », par Mohamed Sid-Ahmed, Al Ahram, 14 décembre 2005.
Résumé Le Parti national démocratique au pouvoir est parvenu à garder une majorité des deux tiers à l’assemblée du peuple, mais a échoué au premier test de son programme de réforme. Va-t-il utiliser son succès pour réparer les erreurs ou le processus démocratique ? Restera-t-il un mirage ? Il n’a besoin d’aucun autre parti pour faire adoptéer ses lois, mais ce succès a été obtenu à un prix exorbitant : des fraudes sur les listes électorales, des achats d’électeurs ou la participation aux élections d’un parti illégal (les Frères musulmans). Ces élections ont été les plus violentes de l’histoire du pays. Beaucoup de bureaux de vote ont ressemblés à des camps fortifiés. Il y a eu 11 morts et plus de 1 000 blessés. Washington a fait part de sa préoccupation.
Lors de cette élection, les candidats des Frères musulmans ne faisaient pas mystère de leur affiliation et ils ont obtenu cinq fois plus de voix que lors des élections précédentes. Les coptes et les femmes sont sous-représentés et le président devrait utiliser les dix nominations qu’il peut faire au Parlement pour rééquilibrer ces absences. De nombreuses interrogations demeurent sur les alliances qui auront lieu à l’assemblée. Les élus ont été largement renouvelés. Le pouvoir judiciaire est pour sa part furieux du traitement qui lui a été fait et on a entendu de nombreux juges annoncer leur intention de boycotter le contrôle des prochaines élections.
Aujourd’hui, le principal problème est l’ambiguïté du statut des Frères musulmans. Le Parti national démocratique n’a pas utilisé l’option légale dont il disposait pour les empêcher de se présenter. C’est sans doute la preuve qu’un accord est possible entre les deux formations.

« Vers la renaissance »
Auteur
Essam El-Erian

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Essam El-Erian est un des principaux porte-parole des Frères musulmans en Égypte.
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Source
Al-Ahram (Égypte)
Référence « Towards the renaissance », par Essam El-Erian, Al Ahram, 1er décembre 2005.
Résumé Les réformes en Égypte ont été trop longtemps repoussées, il ne faut toutefois pas craindre un faux espoir quand elles arrivent enfin. Cela fait trois quarts de siècle que les Frères musulmans réclament une évolution graduelle et pacifique du pays. Une fois que l’atmosphère psychologique, culturelle et intellectuelle s’y prêtera, nous pourrons mettre en œuvre ce que nous espérons pour la région : une formidable renaissance, fondée sur le grand Islam, mais bénéficiant à tous, chrétiens comme musulmans. Nous ferons renaître la grande civilisation arabo-musulmane, une civilisation qui cherche sa protection dans la croyance en Dieu et dans le jugement dernier.
L’Égypte entre dans une nouvelle époque, fondant sa légitimité sur le respect de la culture populaire et la démocratie. L’Égypte pourra être un moteur pour toute la région. Les nations islamiques pourront s’unir et peser dans la globalisation. Mais nous commençons ce processus tard et nous aurions dû avoir une réforme de la constitution.
Notre participation à ces élections a suscité de l’anxiété, mais ces craintes ne sont pas justifiées. Notre excellente campagne est, au contraire, une bonne nouvelle. Il faut encore améliorer les choses cependant. Il faut encourager la participation électorale et réviser les listes des électeurs. Il faut revenir sur les limitations aux formations de partis et d’organisations politiques. Il faut que les partis s’accordent sur les règles de la concurrence électorale. Il faut rendre plus transparentes et démocratiques les institutions.
Les Frères musulmans ont respecté toutes les procédures de l’élection et ce sont comportés comme un vrai parti politique. Il faut désormais entrer dans une nouvelle phase et réformer les le gouvernement.

« Pas besoin d’avoir peur de nous »
Auteur
Khairat el-Shatir
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Khairat el-Shatir est vice-président des Frères musulmans en Égypte.
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Source
The Guardian (Royaume-Uni)
Référence « No need to be afraid of us », par Khairat el-Shatir, The Guardian, 23 novembre 2005.
Résumé La violence qui a touché l’Égypte ces derniers jours est le résultat de la panique du gouvernement face au succès des Frères musulmans. 500 de nos membres ont été arrêtés et nos partisans ont été molestés. Mais les intimidations d’un gouvernement corrompus ne nous intimiderons pas, ni nous, ni le peuple égyptien. Malgré, ou à cause de, la popularité des Frères musulmans, l’organisation est toujours interdite en Égypte mais nos membres, inscrits en indépendants étaient déjà le principal groupe d’opposition dans le précédent parlement. Nous essayerons de gagner encore plus de sièges pour que nous obtenions, un jour, des élections plus honnêtes et plus libres.
Nous avons gagné 65 % des sièges que nous disputions au pouvoir. Si nous n’avons présenté des candidats que dans quelques circonscriptions, c’était par crainte de la réaction répressive du gouvernement soutenu par les États-Unis et d’autres gouvernements occidentaux. Nous voulons une renaissance de l’Égypte, un vrai débat démocratique où tous les groupes religieux et sociaux doivent être représentés. Nous voulons un parlement puissant, nous voulons une réforme sociale, culturelle et économique. Notre succès ne doit effrayer personne, nous respectons les droits de tous les groupes politiques ou religieux.

« Les promesses creuses de l’Égypte »
Auteur
Nir Boms
Source
New York Post (États-Unis)
Référence « Egypt’s Empty Promise », par Nir Boms, New York Post, 19 novembre 2005.
Résumé L’Égypte, le plus grand pays arabe du monde organise sa deuxième élection de l’année, mais les nouvelles ne sont pas bonnes. Le mois dernier, Hosni Moubarak a été réélu et le premier tour des élections parlementaires a donné de très bons résultats pour les Frères musulmans. Le régime Moubarak a affirmé que les dernières élections présidentielles étaient le premier pas vers le « progrès », mais ces promesses semblent être des mots creux. Même le Conseil national des Droits de l’homme en Égypte, financé par le gouvernement, a estimé que les élections n’avaient pas été vraiment une compétition électorale.
Le gouvernement a tout fait pour favoriser le parti de Moubarak, le Parti national démocratique. Officiellement, le parti Ghad a obtenu 7,6 % des voix mais pour ses dirigeants, ils auraient dû en avoir au moins 30 %. Pourtant, à la Maison-Blanche, on se félicité des avancées enregistrées. Dans le même temps, toutefois, Amnesty International a dénoncé la pratique de la torture dans ce pays, le rapport sur la liberté religieuse du département d’État s’alarme du non respect du droit des coptes et le gouvernement égyptien a fait arrêter un blogueur féministe de 21 ans.
Pour la première fois cette année, l’aide états-unienne à l’Égypte est conditionnée aux réformes politiques et économiques, cela débouchera peut-être sur quelque chose.

« Sauver l’Égypte de Moubarak »
Auteur
Saad Eddin Ibrahim
Source
Los Angeles Times (États-Unis)
Référence « Saving Egypt from Mubarak », par Saad Eddin Ibrahim, Los Angeles Times, 10 décembre 2005.
Résumé Les nouvelles en provenance d’Égypte cette semaine étaient habituelles : mercredi 6 décembre, dernier jour des élections parlementaires, la police a attaqué des électeurs et les a empêché de se rendre aux urnes en utilisant des gaz lacrymogènes. Huit personnes sont mortes dans ces affrontements.
L’élection en Égypte avait suscité l’espoir de voir arriver un vrai gouvernement démocratique après cinq décennies d’autocratie, mais Hosni Moubarak a transformé de ce processus en parodie. La fraude a été massive dès lors qu’il est apparu que les Frères musulmans allaient disposer d’une confortable avance électorale. La première personne à avoir dénoncé les fraudes est une courageuse juge, Noha Al-Zainy, qui a constaté la victoire d’un Frère musulman dans la circonscription qu’elle devait surveiller avec 18 000 voix d’avance. Finalement, la Commission électorale a accordé la victoire au parti de Moubarak. Plus de 150 juges ont déposé des plaintes similaires. L’Égypte a refusé tout contrôle international des élections et a empêché les Frères musulmans d’aller voter. Par ailleurs, les listes d’électeurs étaient truquées.
C’est la ré-émergence des Frères musulmans qui a poussé Moubarak à renouveler les fraudes et les intimidations. La difficile situation économique de l’Égypte et l’opulence du clan Moubarak favorisent les Frères musulmans qui diffusent leurs messages dans les mosquées quand l’opposition libérale ne peut s’exprimer nulle part.
Pendant longtemps, les États-Unis ont soutenu Moubarak, il faut maintenant soutenir le peuple égyptien et discuter avec tout le monde, y compris les démocrates musulmans.

« Moubarak se surpasse »
Auteur
Jackson Diehl
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Jackson Diehl est vice rédacteur de la page éditoriale du Washington Post.
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Sources
Jerusalem Post (Israël), Washington Post (États-Unis)
Référence « Mubarak Outdoes Himself », par Jackson Diehl, Washington Post, 5 décembre 2005.
« Democracy, Mubarak-style », Jerusalem Post, 7 décembre 2005.
Résumé Hosni Moubarak, un ancien général, pratique la politique avec une rudesse martiale et son dernier plan pour détourner l’agenda pro-démocratique de l’administration Bush n’est pas difficile à comprendre. Sous la pression de Washington pour organiser des élections, Moubarak s’attaque à son opposition laïque et libérale qui ne cesse de se développer et autorise les Frères musulmans à avoir quelques candidats et à mener une campagne relativement libre. Le but est d’éliminer toute opposition modérée et de mettre lés États-Unis face à un choix entre le statu quo et le fondamentalisme. Cette manœuvre a été particulièrement évidente contre Ayman Nour, principale menace pour le fils d’Hosni Moubarak lors de la prochaine élection présidentielle. Il a été battu lors d’un vote frauduleux faisant suite à un accord du pouvoir avec les Frères musulmans. Nour a été déclaré vaincu et le pouvoir a repris les charges qu’il portait contre lui.
Mais la tactique de Moubarak fonctionne trop bien. Aujourd’hui Moubarak ne doit sa majorité au Parlement qu’au fait que les Frères musulmans n’ont pas présenté de candidats partout et grâce à une fraude massive que même Al Ahram dénonce. George W. Bush ne doit pas céder à la peur du croquemitaine agité par le président égyptien. Les Frères musulmans sont des fondamentalistes, mais ils ont renoncé à la violence et ils soutiennent les réformes démocratiques. Il faut refuser une passation de pouvoir de Moubarak à son fils et menacer de supprimer les aides à l’Égypte.

« Est ce que le printemps démocratique va déboucher sur un hiver islamiste ? »
Auteur
Robert Zeliger
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Robert Zeliger est politologue et journaliste, spécialisé dans le Proche-Orient.
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Source
The New York Press (États-Unis)
Référence « The Brotherhood returns », par Robert Zeliger, The New York Press, 7 décembre 2005.
Résumé Les changements d’attitude de la Maison-Blanche ont été une aubaine politique pour les Frères musulmans. Avant le 11 septembre, ils avaient quasiment disparus de l’échiquier politique. Des groupes plus récents et plus radicaux attiraient les plus jeunes tandis que les Frères musulmans, qui avaient publiquement renoncé au terrorisme, flottaient dans un vide politique, bien plus proches de la Christian Coalition que d’Al Qaïda.
Mais une nouvelle génération de leaders politiques est apparue, dont de nombreux diplômés d’universités étrangères, et c’est elle qui oriente désormais le discours politique de la confrérie. Les concepts de « démocratie » et de « liberté individuelle » ont presque totalement remplacé la traditionnelle ligne politique « L’Islam est la solution ».
J’ai récemment rencontré le Dr. Mohamed El Sayed Habib, le vice président de la confrérie. Diplôme en géologie de l’université du Missouri en 1978, il affirme garder des contacts étroits avec bon nombre des personnes rencontrées là-bas. Il reconnaît même une affinité idéologique avec le président George W. Bush. « Une des principales raisons du succès de Bush aux dernières élections a été son soutien aux valeurs familiales, » se référant à la lutte du président contre l’avortement et l’homosexualité, deux choses que Habib condamne également car étant « opposés au dessein de Dieu tel qu’édicté dans les lois naturelles ». « J’admire [Bush] pour ses prises de position sur ces points, » ajoute-t-il.
A quoi ressemblerait une Égypte dirigée par les Frères musulmans ? Seraient-ils des amis ou des ennemis des États-Unis ? Habib est vague sur ce point, comme il l’est sur presque toutes les questions pratiques de gouvernance. Ce flou politique est la principale raison pour laquelle les modernistes ne craignent pas, dans l’immédiat, une prise de pouvoir islamiste dans le pays. « Ils n’ont pas de vision ni de politique pour la gouvernance de ce pays, » explique Ashraf El-Feel, le fondateur du parti d’opposition Al Ghad. Mais, dans la perspective, de plus en plus proche, d’une Egypte sans Hosni Moubarak, toutes les options restent ouvertes.

« La danse funèbre de Bush avec les théocrates islamistes »
Auteur
Robert Dreyfuss

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Robert Dreyfuss est l’auteur de Devil’s Game : How the United States Helped Unleash Fundamentalist Islam. Il est expert en questions de sécurité nationale pour des journaux libéraux tel que Rolling Stone, The American Prospect, Mother Jones, et The Nation ainsi que les journaux en ligne TomPaine.com ou Huffington Post. Il tient son propre blog, The Dreyfuss Report.
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Source
The Nation Institute (États-Unis)
Référence « Bush’s Deadly Dance with Islamic Theocrats », par Robert Dreyfuss, The Nation Institute, 7 décembre 2005.
Résumé Au Moyen Orient, la théorie des dominos pourrait bien trouver son application. Les Frères musulmans sont une force supranationale, d’Algérie jusqu’au Pakistan, les « frères » se connaissent, se rencontrent, se parlent et collaborent. Par ailleurs, la force virulente du fanatisme religieux, nourrie par la colère, l’amertume et le désespoir, ne connaît pas de frontières.
L’Égypte, le poids lourd du monde arabe, et de loin le plus peuplé est menacé par un régime de type Frère musulman. Tous les observateurs s’accordent pour dire qu’ils sont devenus la principale force d’opposition. La simple prudence voudrait que les États-Unis ne fassent pas trop pression sur l’Égypte pour l’obliger à muter vers plus de démocratie et d’élections libres, compte tenu de la difficulté qu’ont les régimes autoritaires à passer à un État plus démocratique. Par ailleurs, les États-Unis n’ont pas à se mêler du type de gouvernement choisi par l’Égypte. L’idée même que la démocratie est une antidote au terrorisme a été prouvée comme étant fausse, récemment encore de manière brillante par F. Gregory Gause dans son article, Can Democracy Stop Terrorism ? publié dans l’édition de Septembre/Octobre de Foreign Affairs.
Et pourtant l’administration Bush cherche à tout prix à imposer sa propre version de la démocratie. Il y a deux semaines Condoleezza Rice s’est fâchée parce que les officiels égyptiens lui reprochaient que les National Endowment for Democracy, USAID et autres agences du gouvernement versaient de l’argent aux groupes de l’opposition égyptienne. Le président Hosni Moubarak, un allié de longue date de l’Occident, a toujours été considéré comme indispensable depuis la Guerre froide. Férocement anti-communiste, il a maintenu la paix avec Israël et a militairement soutenu les États-Unis dans sa guerre contre les Soviétiques en Afghanistan, dans les années 1980 puis à nouveau en 1991 lors de première Guerre du Golfe. Aujourd’hui, à Washington, il est régulièrement dénoncé comme étant un dictateur sanguinaire par des personnes aussi influentes dans le camp républicain, que Newt Gingrich ou Richard Perle.
Étant donné l’étroite alliance entre l’Égypte et l’Occident, aucun membre de l’administration Bush (et peu de néocons) osent pour l’instant dire publiquement qu’ils veulent un « changement de régime » au Caire, mais c’est exactement ce qu’ils veulent. Et bon nombre d’entre eux sont prêts à tenter d’y parvenir en favorisant l’arrivée au pouvoir d’un régime de type Frère musulman.
Reuel Marc Gerecht, un des principaux penseurs néocons et ancien officier de la CIA travaillant maintenant à l’ American Enterprise Institute, dans son livre The Islamic Paradox affirme clairement préférer nettement l’Ayatollah Khomeiny à Moubarak. Déjà dans les années 1950, les services secrets britanniques et la CIA soutenaient les Frères musulmans contre Gamal Abdel Nasser, fondateur du nationalisme arabe. Said Ramadan, gendre du fondateur Hassan al-Banna et qui mit en place le centre nerveux de la confrérie à Genève, en Suisse, était un agent de haut rang de la CIA. Le soutien financier et stratégique continue à ce jour, via la monarchie saoudienne.
L’administration Bush a mis en place une stratégie totalement paradoxale et auto destructrice. D’abord ses choix politiques et militaires enflamment la région, nourrissant la croissance de l’Islam politique ainsi que ses branches extrémistes terroristes. Ensuite, comme on l’a vu en Irak - et probablement bientôt en Syrie et en Égypte — elle s’efforce d’obtenir un « changement de régime » dans des pays dont elle sait que la principale force d’opposition et probable future force au pouvoir est la confrérie des Frères musulmans, ou ses clones. Cette politique est la garantie d’une guerre sans fin dans la région.

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