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Tribunes et décryptages - 20 janvier 2006
Les deux corps du Premier ministre

Décryptage

Dans son fameux ouvrage Les Deux corps du roi, l’historien allemand Ernst Kantorowicz avait étudié la sacralisation de la figure royale au Moyen Âge et dans l’époque moderne en Europe. Il étudiait comment s’était construit le mythe de la double nature royale, à la fois individu ayant ses propres qualités et défauts (le roi) et incarnation d’une fonction plus haute que la personne l’incarnant (le Roi). Passant par des rituels complexes, notamment lors des enterrements et des sacres, la mise en scène de cette légitimation du pouvoir royal permit aux monarques européens de renforcer leur pouvoir en se parant des qualités et des vertus que leur transmettrait naturellement une charge de droit divin.
Nous ne sommes plus au Moyen âge mais les pratiques de légitimations politiques ont la vie dure et s’adaptent aux époques. La prise de fonction d’Ehud Olmert, succédant à un Ariel Sharon mourrant dans une ambiance de transmission dynastique rare dans une démocratie (Ehud Olmert est même qualifié de « prince » bien souvent), en donne un bon exemple.

Après avoir réalisé des hagiographies d’un Ariel Sharon « centriste » et « pragmatique », qui offrait une « opportunité » de résoudre le conflit israélo-palestinien, la presse occidentale mainstream s’est penchée sur la personnalité de son successeur désigné, le Premier ministre israélien par intérim, Ehud Olmert. Cette présentation médiatique du dauphin adopte beaucoup des mécanismes soulignés par Kantorowicz.
Ainsi, le successeur a des qualités et des défauts en propre mais il a aussi hérité dans les médias des qualités apparemment inhérentes aux Premiers ministres israéliens pour la presse consensuelle. Ainsi, il semble acquis que dans la vision médiatique, le Premier ministre israélien souhaite toujours la paix mais doit faire face à l’absence de partenaires côté arabe. Le Premier ministre est un homme courageux qui a comme premier souci la défense et le bien-être des Israéliens, pas le contrôle de territoires. Le Premier ministre est pragmatique et cela l’oppose à des extrémistes mais aussi aux colombes qui font preuve d’angélisme. Le Premier ministre incarne le centre de la vie politique israélienne.
Ces qualités, désignant autrefois Ariel Sharon, sont largement accolées désormais à Ehud Olmert.

Ce sont précisément ces qualités qui poussent l’éditorialiste du Jerusalem Post, Larry Derfner, à soutenir Ehud Olmert. Le journaliste israélien se livre à un exercice rhétorique délicat mais bien réalisé : assumer tous les défauts de la personne vantée pour mieux les minimiser et mettre en avant ses vertus, forcément supérieures. Ehud Olmert est ainsi présenté comme un individu prétentieux, méprisant, sans doute malhonnête et corrompu comme Ariel Sharon mais aussi comme un pragmatique soucieux de la sécurité des Israéliens, opposé au fanatique Netanyahu et à l’incapable Peretz. Bref, un triste individu doté des qualités nécessaires à la direction du pays et à qui la charge de Premier ministre ira comme un gant.
Le général de réserve israélien Danny Rothschild, ancien chef du renseignement militaire et ancien administrateur militaire des territoires occupés, vante lui aussi les qualités de chef du Premier ministre par intérim dans un entretien à l’hebdomadaire français de centre-gauche Le Nouvel Observateur. Il estime qu’Ehud Olmert poursuivra la politique d’Ariel Sharon et fera même mieux que son prédécesseur puisqu’il est encore davantage engagé dans la politique de retrait. L’auteur affirme que cette fois il y associera les Palestiniens, mais que dans le cas où ce ne serait pas possible, il continuerait bien sûr les retraits de territoires unilatéraux. Bref, comme on n’est toujours pas sûr de l’existence d’un « partenaire pour la paix », les retraits unilatéraux, c’est à dire la décision par Israël de ses propres frontières, continueront.
Dans une chronique du Washington Post, reprise dans le Daily Star de Beyrouth, le romancier et analyste états-unien, David Ignatius, se montre, lui aussi, confiant sur les capacités d’Ehud Olmert à diriger Israël et à poursuivre la politique d’Ariel Sharon. Il prédit une poursuite de la construction du Mur d’annexion et une association avec l’administration Bush pour désengager Israël des zones cisjordaniennes se situant au delà de ce Mur. Il relativise les « défauts » du nouveau Premier ministre, à savoir son manque d’expérience militaire et son inexpérience dans la direction du pays.

On notera qu’ainsi doté des vertus du « bon souverain », la figure d’Ehud Olmert a bien vite éludé celle d’Ariel Sharon dont l’état de santé est étudié avec bien moins de fébrilité qu’auparavant.

La presse arabe a, bien évidemment, une toute autre image de l’ex-bras droit d’Ariel Sharon.
Dans le quotidien libanais arabophone Annahar, la journaliste libanaise Rendah Haidar, rappelle le parcours de celui qu’elle présente comme un opportuniste. Profondément marqué à droite mais s’étant allié avec de nombreux groupes contradictoires Ehud Olmert ne s’est associé que tardivement à Sharon dont il devint le bras droit et le poisson pilote. Sans préjuger des capacités du Premier ministre par intérim, l’auteur estime qu’il sera difficile pour un homme politique n’ayant pas la légitimité historique du général Sharon de conserver uni des personnalités disparates venant aussi bien du Parti travailliste que du Likoud.

Outre les qualités ou défauts d’Ehud Olmert, les médias s’interrogent surtout sur la stratégie que suivra le futur vainqueur désigné de l’élection israélienne du 28 mars 2005. Et si la plupart pronostique une poursuite de la politique menée par Ariel Sharon, certains espèrent un infléchissement du pouvoir israélien et une reprise des négociations avec les Palestiniens.
Le directeur général de la Al Quds Educational Television à Ramallah et de AmmanNet, Daoud Kuttab, publie en ce sens une lettre ouverte à Ehud Olmert largement diffusée par Project Syndicate et publiée par le Jerusalem Post (Israël), El Tiempo (Colombie), le Korea Herald (Corée du Sud), le Daily Star (Liban), La Libre Belgique (Belgique) et sans doute d’autres titres ayant échappé à notre vigilance. Dans cette tribune, rédigée avec une infinie modestie ou un grand sens de l’auto-dénigrement, l’auteur, traditionnel alibi arabe des pages éditoriales du Jerusalem Post, loue les grandes avancées qu’Ehud Olmert a permises dans la politique israélienne et s’appuie sur les changements « à plus petite échelle » côté palestinien pour réclamer la réouverture des négociations bilatérales. Il affirme que seule la reprise des négociations et l’amélioration des conditions de vies des Palestiniens permettront un arrêt des violences.

L’analyste israélien, Ze’ev Schiff, estime pour sa part dans Haaretz qu’il y a trois possibilités d’évolution de la politique israélienne : 1) Israël poursuit sa « guerre défensive » contre le terrorisme palestinien et se contente de retirer les checkpoints illégaux et d’arrêter les extensions de colonies. 2) Israël tente de parvenir à un accord avec un statut final avec l’OLP mais le journaliste n’y croit pas car il ne fait pas confiance aux Palestiniens. 3) Israël fixe lui-même ses frontières en continuant les retraits unilatéraux. La dernière option semble la plus probable, et la plus souhaitable, pour le journaliste.
C’est également la politique que suivra Ehud Olmert d’après l’analyste et écrivain libanais Hazem Saria. Dans le quotidien yéménite pro-gouvernemental 26 sep, il voit la stratégie d’Ehud Olmert comme une poursuite de la politique d’Ariel Sharon. Pour lui, Olmert et Sharon sont deux hommes de droite passés du « sionisme idéologique » au « sionisme opérationnel », c’est à dire à l’application « réaliste » des objectifs d’annexion de territoires. Ehud Olmert, qui est présenté comme un centriste dont la femme est « de gauche » et dont on espère beaucoup, ne doit pas être surestimé. Il n’y aura rien de nouveau dans la stratégie israélienne.

Cette analyse est confirmée par les propos tenus par la très nationaliste Tzipi Livni, nouvelle ministre israélienne par intérim des Affaires étrangères et membre du parti « centriste » Kadima. Dans une interview accordée au quotidien français Le Monde, elle annonce son credo en matière de politique étrangère. Développant une approche culturaliste du conflit israélo-palestinien, elle assure que les Palestiniens et les Israéliens sont trop différents pour s’entendre et négocier et que la mentalité des Palestiniens est trop hostile pour espérer quoi que ce soit d’une discussion avec eux. Elle prophétise qu’il faudra plusieurs générations pour que les mentalités arabes évoluent. Cela confirme que, pour la chef de la diplomatie israélienne, tout le processus de création d’un État palestinien sera décidé par Israël. Lors de la construction du mur israélien en Cisjordanie, Mme Livni avait fortement laissé entendre qu’il traçait sans doute les futures frontières d’Israël.
L’auteur estime toutefois qu’il faut aller vite car, selon elle, la mondialisation érode les identités nationales et rend le projet israélien plus difficilement compréhensible pour le reste du monde. Elle fait indirectement référence aux personne qui comme l’historien anglais Tony Judt décrivent le sionisme comme une idéologie obsolète, dernier avatar des mouvements nationalistes nés à la fin du XIXième siècle. Outre cette écart de plus en plus marqué entre la mentalité israélienne et les grands courants d’opinion mondiaux, la ministre redoute également la mise en minorité démographique des Israéliens juifs sur le territoire israélien. Elle expose donc crûment la raison d’être de la rupture stratégique de Kadima et du Likoud, une stratégie qui préfigure la politique à venir d’Ehud Olmert.

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20 janvier 2006

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 Palestine/Israël

Thèmes
 Résistance en Palestine

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« La transformation d’Ehud Olmert »

Auteur Larry Derfner
Larry Derfner est analyste en politique intérieure et éditorialiste au Jerusalem Post.

Source Jerusalem Post (Israël)
Référence « The transformation of Ehud Olmerts, par Larry Derfner, Jerusalem Post, 19 janvier 2006.

Résumé Pour peu que la personnalité compte, Ehud Olmert n’est pas le genre de personnes que j’apprécie. il se comporte comme s’il était un don du ciel fait à Israël. Je me souviens du style aristocratique qu’il avait adopté lors d’une visite d’une vieille synagogue ayant subi un attentat à la bombe lorsqu’il était maire de Jérusalem. C’était avant l’Intifada et je ne pouvais pas supporter Olmert dont je n’appréciais ni l’action en tant que maire ni entant que ministre de Benjamin Netanyahu.
Toutefois, il ne faut pas juger les hommes politiques sur leur personnalité car ils sont tous imbus d’eux-mêmes. Et pour ce qui est de la fascination d’Olmert pour l’argent, cela ne doit pas être pire qu’Ariel Sharon. En fait, il faut juger un homme politique sur ce qu’il a fait récemment, sur sa capacité à diriger et sur sa direction politique. Et sur ces points, je pense qu’Ehud Olmert est aujourd’hui la personne la plus capable d’être Premier ministre. Comme maire de Jérusalem, il a fait du bon travail contre l’Intifada. En tant que principal soutien d’Ariel Sharon, c’est lui qui a donné la première impulsion au désengagement de Gaza. Il a soutenu ce plan par pragmatisme. Il avait compris que si Israël ne réduisait pas ses frontières, le monde le pousserait à les réduire davantage. Autre point en sa faveur, son pire ennemi est Netanyahu.
Comme Amir Peretz est incapable de lutter efficacement contre le Hamas, je pense qu’il est le plus indiqué. Je souhaite un application du programme économique du parti travailliste mais je voterai pour Kadima. Je n’achèterai pas une voiture d’occasion à Ehud Olmert mais je lui fais confiance comme Premier ministre.

« Olmert dans les bottes de Sharon »

Auteur Danny Rothschild
Le général de réserve Danny Rothschild est ancien chef du renseignement militaire et ancien administrateur militaire des territoires occupés. Il est président du Conseil pour la Paix et la Sécurité, une association d’anciens officiers supérieurs israélien favorables à une solution négociée du conflit israélo-palestinien.

Source Nouvel Observateur (France)
Référence « Olmert dans les bottes de Sharon », par Danny Rothschild, Nouvel Observateur, 12 janvier 2006. Ce texte est adapté dune interview.

Résumé L’absence d’Ariel Sharon n’aura pas d’impact sur les services militaires et de sécurité puisque l’état-major reste en place. Ehud Olmert n’a pas d’expérience directement militaire. Mais il a une très longue pratique des affaires de sécurité. Il est loin d’être un novice et aura sa part d’influence comme tout chef de gouvernement mais je sais d’expérience que chaque décision d’importance est réfléchie, soupesée et discutée. Inutile pour le Premier ministre de savoir conduire un char.
Je pense qu’Olmert va poursuivre la politique de retrait d’Ariel Sharon car il est l’un de ceux qui croient le plus à cette politique de retrait. Il est même le premier à avoir parlé de la nécessité d’un désengagement. Je pense que, plus encore que Sharon, Olmert essayera d’associer les responsables palestiniens au futurs retraits. L’une de ses premières décisions a été de poursuivre les colons qui ont coupé des milliers d’oliviers dans les champs des Palestiniens. Il vient aussi d’autoriser le principe d’un vote des résidents de Jérusalem-Est aux élections palestiniennes, ce qui est un signe. Olmert ne considère pas la carte d’un retrait unilatéral comme une première option. Mais s’il ne trouve pas de partenaire, il s’y résoudra. A condition toutefois d’en avoir le pouvoir, c’est-à-dire d’être élu avec une majorité suffisamment confortable pour pouvoir agir.
Les dossiers prioritaires sont la lutte contre l’anarchie dans les territoires palestiniens et le terrorisme. Il est évident que certains groupes palestiniens, dans le cadre de leur propre campagne électorale, voudront montrer qu’il n’est qu’un continuateur de Sharon dans un autre genre. Lui sera jugé en Israël sur sa réaction. Il faut donc qu’il parvienne à montrer sa détermination tout en préservant l’avenir.

« Est-ce que le « Prince » pourra diriger Israël ? »

Auteur David Ignatius

 Romancier et éditorialiste, David Ignatius est analyste des questions internationales au Washington Post.

Sources Daily Star (Liban), Washington Post (États-Unis)
Référence « Can the « Prince » lead Israel ? », par David Ignatius, Washington Post, 11 janvier 2006.
« Ehud Olmert is an unlikely, and an unliked, trailblazer », Daily Star, 12 janvier 2006.

Résumé Ehud Olmert a la réputation d’être un prince de la politique israélienne, d’être le fils privilégié d’une importante famille qui n’a pas l’expérience militaire des générations ayant fondé Israël. Cela énerve beaucoup d’Israéliens. Mais en ce qui concerne les questions telles que le retrait de Gaza l’année dernière, le vice-Premier ministre a montré une vision stratégique d’un haut niveau et des tendances politiques qui surpassent son chef, Ariel Sharon.
Les qualités de leaders d’Olmert sont une donné centrale dans la politique de transition qui est en cours après l’attaque cérébrale du Premier ministre israélien. Comme Sharon avant lui, Olmert, positionné pour hériter du contrôle du nouveau parti centriste Kadima, est favori pour devenir le prochain Premier ministre. Il faudra qu’il convainque le pays qu’il ne mènera pas de politique plus souple et qu’il est capable d’être suffisamment ferme pour protéger Israël. Olmert a été d’avant garde quand, il y a plusieurs années, il a proposé un retrait unilatéral de Gaza et de la Cisjordanie. A ce moment là, les israéliens étaient en train de s’embourber dans un processus de paix, dans une vague d’attentats suicides et dans un désespoir grandissant quant à l’avenir politique du pays. Olmert a été l’un des premiers, dans une interview à Ha’aretz à mettre en avant le fait que les juifs allaient bientôt être démographiquement moins nombreux que les Palestiniens et qu’Israël perdrait son âme
Bouleversé par la perspective de la disparition du patriarche israélien, certains commentateur ont estimé qu’Olmert ne parviendrait pas à reprendre Kadima. Ce qui angoisse les Israéliens, c’est que Sharon quitte la politique. Car sans lui, l’âge héroïque des grands leaders est révolu. Aucun homme politique n’aurait la crédibilité de Sharon en tant que commandant militaire entreprenant. C’est dans cette capacité d’impulsion qu’Olmert devra faire ses preuves.
Si Olmert succède à Sharon, il continuerait sans doute la construction de la barrière de défense israélienne et adopterait la « feuille de route ». Pour montrer qu’il sait aussi être dur envers les Palestiniens, Olmert pourrait s’allier avec l’ancien chef du Shin Beth, Avi Ditcher, et d’autres faucons de la sécurité. Et, sans doute le plus important, il pourrait commencer des pourparlers avec l’administration Bush afin de relancer un nouveau retrait unilatéral en Cisjordanie qui serait mené avec ou sans l’existence d’un gouvernement palestinien.

« Ehud Olmert l’opportuniste »

Auteur Rendah Haidar
Rendah Haidar est une journaliste libanaise du quotidien Annahar. Elle est également chercheuse spécialisée dans les affaires israéliennes.

Source Annahar (Liban)
Référence « إيهود أولمرت المتقلّب », par Rendah Haidar, Annahar, 09 janvier 2006.

Résumé La fin surprise du parcours politiquement « victorieux » d’Ariel Sharon annonce le début de celui d’Ehud Olmert. Ce dernier est devenu, soudainement, le président du gouvernement israélien et deviendra, très probablement, le leader du parti Kadima.
L’histoire politique d’Olmert, qui a grandi dans les bras de la droite israélienne, prouve que l’homme ne cache pas ses tendances extrémistes. D’ailleurs, pendant les années 70, il s’est farouchement opposé à la proposition de rendre certains territoires, occupés par Israël, aux Palestiniens. Selon lui, le droit à l’occupation, pratiqué par l’État hébreu, est indiscutable. De même, il s’est opposé au règlement politique du conflit israélo-palestinien, tout en affichant sa haine envers le peuple arabe. Ehud a essayé, en tant que maire du Jérusalem, de marginaliser le coté arabe de la ville en mettant en place des infrastructures lui donnant un aspect « sioniste ».
L’homme est célèbre pour ses alliances politiques contradictoires. Ainsi, a-t-il établi différentes alliances avec différentes figures politiques israéliennes, avant de miser sur Sharon. Les deux ont montré, lors des dernières années, qu’ils partagent la même vision. Ils l’ont confirmé en concevant ensemble le retrait unilatéral de Gaza. Sharon s’est servi en maintes reprises de son ami Olmert pour tester les réactions d’autres partis politiques. C’était bien le cas avant de voter le projet de « feuille de route » par le gouvernement d’Israël. Ehud était l’un des premiers à joindre Sharon dans son nouveau parti, lui prouvant, ainsi, sa loyauté absolue. Selon certains experts, sa vision économique et sociale ne diffère pas trop de celle de Benjamin Netanyahu. Quant à ces convictions politiques, elles sont proches de celles Amir Peretz, le leader du parti travailliste.
A quel point Olmert réussira-t-il a rassemblé, autour de lui, les personnalités opposées dont se compose le nouveau parti « Kadima » ? Possède-t-il le même charisme que Sharon, permettant de convaincre les Israéliens à nouveau de la ligne politique tenue par ce dernier ? Olmert aura besoin des miracles pour guider son pays dans cette période très sensibles dans l’histoire de la région.

« Lettre ouverte à Ehud Olmert »

Auteur Daoud Kuttab

 Daoud Kuttab est directeur général de la Al Quds Educational Television à Ramallah et de AmmanNet.

Sources Jerusalem Post (Israël), Daily Star (Liban), La Libre Belgique (Belgique), Korea Herald (Corée du Sud), El Tiempo (Colombie)
Référence « An open letter to Ehud Olmert », par Daoud Kuttab, Jerusalem Post, 11 janvier 2006.
« Carta abierta a Ehud Olmert », El Tiempo, 13 janvier 2006.
« Dear Ehud Olmert », Korea Herald, 13 janvier 2006.
« A Palestinian’s letter to Ehud Olmert », Daily Star, 16 janvier 2006.
« Lettre ouverte à Ehud Olmert », La Libre Belgique, 18 janvier 2006.

Résumé Cher M. Olmert,
Je vous écris dans l’espoir que vous prendrez quelques instants sur votre emploi du temps chargé de Premier ministre par intérim d’Israël pour écouter les espoirs d’un Palestinien. En dépit des conditions de votre accession au poste de Premier ministre, je pense que vous avez l’opportunité de participer à une réconciliation historique. Je suis certain que vous poursuivrez l’héritage politique d’Ariel Sharon mais vous avez des atout qu’il n’avait pas. Vous n’avez pas son image négative dans le monde arabe et vous connaissez la situation des Palestiniens puisque vous avez été maire de Jérusalem pendant 10 ans. Comme Sharon, vous avez été à l’encontre de votre idéologie et vous avez affronté les colons. Vous avez quitté le Likoud pour vous affranchir de la mainmise de l’extrême droite sur le comité central.
A bien plus petite échelle, des changements significatifs ont aussi eu lieu côté palestinien. Bien que je considère que c’est l’occupation qui est la principale cause du conflit, je salue le choix de l’accalmie fait par les autorités palestiniennes et la décision du Hamas de participer au jeu politique.
Je vous demande de privilégier les négociations en face à face plutôt que des actions unilatérales. Les pourparlers directs devraient tendre à provoquer la cessation immédiate de la violence des deux côtés, tout en se concentrant sur un règlement permanent de notre conflit. Contrairement au retrait de Gaza, la violence ne cessera que grâce à une négociation bilatérale. Et pour que ce cessez-le-feu survive, il faudra entamer des pourparlers francs et sérieux concernant l’avenir d’Israël. Il faudra aussi améliorer les conditions de vie des Palestiniens.
Je vous souhaite sincèrement de réussir dans vos responsabilités de Premier ministre par intérim et chef de Kadima par intérim. Mais quoi que vous fassiez au cours des quelques mois qui suivront pour remporter les élections législatives prochaines, souvenez-vous, je vous en prie, que le soutien du public israélien à Kadima dérive précisément du fait que ce mouvement a adopté une position centriste modérée.

« Les options stratégiques d’Olmert »

Auteur Ze’ev Schiff
Ze’ev Schiff est journaliste à Haaretz, spécialisé dans les questions militaires et de sécurité.

Source Ha’aretz (Israel)
Référence « Olmert’s strategic options », par Ze’ev Schiff, Haaretz, 13 janvier 2006.

Résumé Le prochain Premier ministre israélien sera apparemment à la tête de Kadima. La question principale est de savoir si Olmert continuera sur les pas d’Ariel Sharon ou si il choisira une voie indépendante. Olmert dira probablement qu’il a l’intention de poursuivre les plans de Sharon après les élections. Mais en pratique, Sharon n’a jamais révélé ses cartes politiques, et les positions présentées au comité des éditeurs d’Israël le 29 octobre 2005 ne faisait qu’ouvrir des options.
Olmert, comme un certain nombre de politiciens de la droite, a connu une révolution dans sa vision du monde, durant ces dernières années. Ainsi, il a soutenu le retrait unilatéral de la bande de Gaza, qui ont été mené par Sharon. Olmert aspire à être dur et il n’est pas prêt à leur faire confiance. Si l’on s’en tient à ces déclarations de ces deux dernières années, il semble avoir conclu qu’Israël ne sera pas capable de rester une nation juive et démocratique, si elle ne change pas ses dispositions. Il n’y a pas de doute qu’il est grandement guidé par l’inquiétude d’une démographie israélienne faible par rapport au nombre de Palestiniens. Il est donc d’accord pour limiter, par lui même, l’État d’Israël aux territoires sur lesquels il pourra y avoir une majorité d’habitants juifs.
Olmert a peur que le terrorisme palestinien se poursuive même si Israël propose un compromis douloureux, soit intentionnellement soit parce que ils sont incapables de tenir leurs promesses pour mettre fin à leur violence. C’est ce qui est arrivé aux Palestiniens au Liban et en Jordanie où ils sont causé des guerres civiles. Sharon pensait qu’il pourrait apporter une totale cessation terrorisme par la force. Cela ne s’est pas produit. Cela incite Olmert à penser qu’il faut continuer les grands retraits unilatéraux, comme à Gaza.
Après les élections, le gouvernement qu’il dirigera sera confronté à plusieurs problèmes. Ils dicteront des stratégies différentes. La première éventualité est que les Palestiniens continuent leur terrorisme. Le gouvernement israélien attendrait que les Palestiniens respectent la feuille de route, et pendant ce temps réagirait par la force. Washington considérerait cela comme une guerre défensive, mais demanderait à Olmert que la promesse de Sharon de démanteler les checkpoints illégaux et de stopper l’expansion des colonies soit tenue. Cette exigence accomplirait une partie de la feuille de route et la promesse écrite qu’a fait Sharon au président George W. Bush et à la secrétaire d’État Condoleezza Rice.
Une autre option stratégique, qui est plus difficile à mener, et donc qui a moins de chance d’aboutir, serait d’arriver à un statut final. Il paraît douteux que l’OLP soit capable d’y parvenir toute seule. De plus, le Hamas est certainement en train d’augmenter sa force avec les élections. Sans un vrai soutien des principaux pays arabes, les négociations risquent de s’embourber, comme ce qui est arrivé avec Ehud Barak et Yasser Arafat à Camp David.
La troisième stratégie est qu’Israël essaye par lui même de déterminer ses frontières temporaires, telles qu’elles sont définies dans la feuille de route, vis à vis de l’entité palestinienne, qui deviendra plus tard un État. Israël ne peut pas y arriver sans faire d’autres retraits unilatéraux, ou seulement par le mur de séparation. Cela implique qu’il y ait un retrait des colonies isolées et des avants-postes militaires illégaux. Et plus tard, il faudra qu’il y ait un retrait des juifs de Jérusalem Est. Ce qui paraît inenvisageable pour un homme du Likoud comme Olmert. Cette fois, il aura l’opportunité historique de consolider l’État d’Israël : en maintenant l’indépendance démocratique et juive de l’État, et en garantissant sa sécurité.

« A propos d’Ehud Olmert… »

Auteur Hazem Saria
Hazem Saria est penseur, écrivain et analyste politique libanais. Il vit à Londres et écrit pour plusieurs journaux dont, notamment, le quotidien libanais Alhayat.

Source 26 sep (Yémen)
Référence « عن إيهود أولمرت... », par Hazem Saria, 26 sep, 10 janvier 2006.

Résumé Ehud Olmert n’est pas une nouvelle figure sur la scène politique internationale. Il a toujours était le numéro deux qui a besoin d’un numéro un pour ce cacher derrière. C’est l’exemple illustrant le passage du « sionisme idéologique » d’Israël à un « sionisme » beaucoup plus conscient des lignes de force et reconnaissant les éléments de négociation. C’est les deux caractéristiques qui permettent, d’ailleurs, de qualifier Olmert d’ »opportuniste ». Pourtant, même si le changement souligné reflète l’embarras dans lequel se trouve le Likoud actuellement, ça ne veut pas dire que les règlements voulus par Olmert, après Sharon, sont justes et équilibrés. C’est la différence entre un « sionisme idéologique » engagé pour un objectif stratégique »noble » et un « sionisme opérationnel », qui a fait main basse sur les terrains qui lui sont accessibles et se passe de ceux qui ne le sont pas, selon l’équilibre des forces.
Ainsi, ce « sionisme opérationnel » évite de viser des cibles inaccessibles à cause des circonstances régionales et internationales, sans, par ailleurs, museler son appétit. Selon l’écrivain Mark Heler, le « sharonisme » et le « Olmerisme » n’ont rien à voir ni avec le « processus de paix » prôné par la gauche, ni avec le « grand Israël » de la droite.
Olmert est devenu, depuis les années 80, l’un des nouveaux « princes de Likoud » qui ont constitué le deuxième rang directionnel derrière celui d’Yithzak Shamir et Moshé Arinz. Ehud a abusivement exploité les médias pour refléter les positions d’Israël, et pour faire face à la gauche locale et à l’opinion publique occidentale, tout en collectant des dons pour son parti.
Il a pu abandonner le « sionisme idéologique » grâce, apparemment, à son épouse « gauchiste ». Pourtant, la distinction entre les deux tendances est surtout due au clash Sharon-Netanyahu.

« Plus le conflit avec les Palestiniens dure, plus le temps joue contre Israël »

Auteur Tzipi Livniс

 Ancienne membre du Likoud et membre fondatrice de Kadima, Tzipi Livni est la ministre des Affaires étrangères du gouvernement intérimaire israélien. Issue d’une famille historique de dirigeants de l’Irgoun, la milice juive ultranationaliste, elle est avocate et a travaillé au Mossad. Depuis 2001 et avant de prendre la tête de la diplomatie israélienne, elle a été successivement ministre de la Coopération régionale, ministre de l’Agriculture, ministre de l’Immigration et ministre de la Justice.

Source Le Monde (France)
Référence « Plus le conflit avec les Palestiniens dure, plus le temps joue contre Israël », par Tzipi Livni, Le Monde, 14 janvier 2006. Ce texte est adapté d’une interview.

Résumé Kadima se place au centre du consensus israélien. Israël est un foyer national pour le peuple juif et doit être démocratique. Cette conjugaison dit nous amener à renoncer à une partie d’Eretz Israël et à accepter l’existence de deux États nations. Cela fait longtemps que le Likoud le sait mais refuse de l’admettre dans ses discours. Le Likoud était prisonnier de slogans historiques. Mais de même qu’Israël a mis fin à la question juive moderne, l’État palestinien doit constituer une réponse définitive au problème palestinien, sur la question territoriale comme sur celle des réfugiés. La poursuite des demandes sur le retour des réfugiés est inacceptable. Le processus qui mènera à l’État palestinien doit garantir la sécurité d’Israël.
Nous devons revenir à la « feuille de route » mais ce plan prévoit des devoirs palestiniens tels que l’arrêt des violences palestiniennes. L’Autorité palestinienne ne lutte pas contre le terrorisme. Je regrette que la communauté internationale soit aussi complaisante avec la participation du Hamas aux élections palestiniennes. Son score et celui d’Abu Mazen sera déterminant pour notre politique. Aujourd’hui, nous doutons de la capacité d’Abou Mazen à gérer la situation, à commencer par le terrorisme. Mais cela peut changer. La situation peut vite changer mais les mentalités évoluent plus lentement. Les Palestiniens ont un mode de vie très différents du nôtre et leurs enfants assistent constamment à la télévision au dénigrement d’Israël, ils y voient glorifier des gangs armés. Cela prendra des générations pour que cette mentalité soit modifiée. Dans l’idéal, nous voudrions mettre fin à l’unilatéralité mais nous devons être réalistes. Pour le moment, le fossé avec eux est tel que, si nous voulons avancer, nous devons agir seuls.
La mondialisation influe également sur le processus de paix. Elle pose le problème de l’équilibre entre les valeurs qu’elle génère et les valeurs nationales. On assiste à un processus de délégitimation croissante d’Israël et certains se demandent s’il ne faudrait pas faire un État binational en Israël. La mondialisation génère de fortes pressions contraires aux État nation et des mouvements d’auto-préservation nationale. De ce point de vue, je suis parvenue à la conclusion que, sur le plan international, plus le conflit israélo-palestinien se prolonge, moins le temps joue en notre faveur. D’un côté, il faudrait attendre que les Palestiniens nous reconnaissent vraiment comme État juif, de l’autre, le temps est contre nous.

 



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