« L’erreur de l’indécision »

The blunder of indecision
Ha’aretz (Israël)

[AUTEUR] Gad Yaacobi est ancien ministre travailliste, membre de la Knesset et ambassadeur d’Israël à l’ONU.

[RESUME] A court terme, il semble qu’Israël ne sache pas choisir entre différentes politiques vis-à-vis des Palestiniens. Ces différentes possibilités sont :
- Le statu quo, qui entraînera une détérioration de la situation et des questions de sécurité.
- Le « transfert » de la population arabe et peut-être même des citoyens israéliens arabes, comme le proposent des extrémistes immoraux et déraisonnables.
- L’unification d’Israël et des territoires dans un seul et même État qui serait gouverné selon les vœux de la majorité. Cela mettrait fin à Israël en tant qu’État des juifs.
- Un accord avec les Palestiniens entraînant la création de deux États distincts soit, en suivant la « feuille de route » des Américains, soit par un retrait unilatéral d’Israël.
Le maintien de la situation actuelle ne peut que faire empirer la situation, dégrader notre image dans le monde et empêchera toute tentative de paix avec la Jordanie et l’Égypte et tout contact avec les pays arabes ou musulmans. Tôt ou tard, nos relations avec les États-Unis et l’Europe se dégraderont également. Cela entraînera des difficultés économiques qui nous conduiront à la ruine et à d’autres problèmes de sécurité.
Il est difficile de faire des prédictions sur l’avenir, mais gouverner ce n’est pas que prévoir, c’est aussi prendre des décisions et aujourd’hui Israël doit choisir. L’indécision n’a que trop duré, Israël doit prendre ses responsabilités.

« Un mandat pour la Palestine »

A mandate for Palestine
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Shlomo Ben-Ami a été ministre des Affaires étrangères travailliste dans le gouvernement d’Ehud Barak. Il a participé aux négociations de Camp David en 2000 et dirigeait l’équipe de négociation israélienne à Taba.

[RESUME] La « feuille de route » commet la même erreur que les accords d’Oslo : croire que la paix est possible grâce à la constitution d’une confiance mutuelle. Ce projet ne met donc pas en place un tiers chargé de faire respecter les engagements et de diriger le processus. La « feuille de route » est sur le point d’échouer car la méthode américaine consiste à superviser le processus sans envoyer d’équipe sur le terrain, ce qui ne peut pas fonctionner.
La seule façon de sauver ce plan est d’établir un mandat international dans les territoires qui pourrait mener l’Autorité Palestinienne dans sa transition vers la démocratie et vers une vraie force combattant le terrorisme tout en rendant Israël plus sûr. Le protectorat ne fonctionnera pas plus cependant si le processus de paix reste en l’état. En effet, la sécurité d’Israël, condition nécessaire à la cession des territoires, ne semble devoir passer que par une guerre civile chez les Palestiniens pour supprimer le Hamas et le Jihad islamique. Or pour se lancer dans une telle guerre, l’Autorité palestinienne a besoin du soutien populaire et de garanties. Les concessions promises pour l’instant sont très insuffisantes et il faut donc que les paramètres de l’accord final soient définis à l’avance.
Ariel Sharon souhaite un état temporaire occupant 50 % des territoires, mais ce n’est pas la bonne solution. Nous pourrions nous appuyer sur la proposition de Bill Clinton en 2000 comme plate-forme pour le nouveau plan de paix et quand celle-ci sera fermement établie, une transition pourra être assurée sous mandat international.

« Iran : Il est temps pour l’Europe de se mettre en avant »

Iran : Time for Europe to Lead
Washington Post (États-Unis)

[AUTEUR] Robert M. Kimmitt a été sous-secrétaire d’État et ambassadeur en Allemagne pendant la présidence de George Herbert Walker Bush.

[RESUME] A l’approche du second anniversaire du 11 septembre, l’Europe et les États-Unis restent en désaccord concernant l’Irak, mais il existe en revanche un objectif partagé concernant l’Iran : l’empêcher d’acquérir une capacité nucléaire. Pour atteindre cet objectif, l’Europe doit se mettre en avant et les États-Unis en retrait, une attitude qui n’est pas dans les habitudes de l’un et de l’autre.
Il y a débat entre l’Europe et les États-Unis sur la nature du régime de Téhéran, mais pas sur le fait que l’Iran développe des capacité nucléaires. Ce fait est étayé par les rapports de l’International Atomic Energy Agency dont les découvertes ont poussé l’Iran à négocier, ce qui lui permet de gagner du temps pour son programme clandestin. Les États-Unis ont très peu de moyens de pression sur l’Iran depuis 25 ans alors que l’Europe a des relations diplomatiques et commerciales de plus en plus importantes avec Téhéran. La politique européenne de dialogue critique avec l’Iran se concentre de plus en plus sur les activités nucléaires, d’autant plus que l’Europe s’inquiète du développement de missiles par Téhéran.
L’Europe, menée sur ce sujet par l’Allemagne, pourrait annoncer qu’elle interdira à ses entreprises de commercer avec un Iran nucléarisé et faire jouer son poids également à la Banque mondiale et dans les autres organismes financiers internationaux. L’Europe pourrait également inciter la Russie et le Japon à la suivre sur cette voie. En outre, si les États-Unis soutiennent l’Europe, celle-ci pourrait en retour accepter les requêtes de Washington concernant l’Irak ou la condamnation du Hamas. L’Europe pourrait faire pression sur l’Iran et la Syrie pour qu’ils cessent de soutenir le terrorisme palestinien en échange d’une intégration dans les négociations de la « feuille de route ». Cette approche d’échange entre les États-Unis et l’Europe permettrait de pacifier les relations transatlantiques.

« L’Hubris se retrouve… en Irak »

Hubris repeats itself ... in Iraq
Christian Science Monitor (États-Unis)

[AUTEUR] L’Amiral retraité Stansfield Turner est ancien directeur de la CIA sous l’administration Carter (1977-1981). Il est professeur à la School of Public Affairs de l’University of Maryland

[RESUME] L’historien grec Thucydide a décrit comment les Athéniens payèrent le prix de leur arrogance (« hubris ») au Vème siècle avant J.-C. Ils votèrent la guerre contre Syracuse pour défendre un de leurs alliés, sans douter de la victoire face à un adversaire jugé non civilisé. Finalement, Syracuse se révéla disposer d’une tactique inconnue des généraux grecs qui durent faire appel à des renforts. Deux ans plus tard, bien peu des soldats envoyés revinrent à Athènes et neuf ans plus tard, Athènes perdit son empire et sa démocratie.
Peut-être est-il temps pour nous aussi de reconnaître qu’il y avait une bonne part d’arrogance derrière notre décision d’envahir l’Irak et que nous aussi nous avons commis de nombreuses erreurs d’appréciation. La tactique de l’ennemi nous a surpris et la plupart de nos suppositions étaient fausses : il n’y avait pas de menace imminente, les Irakiens ne nous ont pas accueilli comme des libérateurs et nous ne pouvons pas reconstruire le pays unilatéralement, sans l’aide de l’ONU.
Face à ces évidences, plus nous attendons avant d’envoyer plus de troupes et plus d’argent et plus nous hésitons avant de demander l’aide de l’ONU, plus nous risquons d’échouer. Or un échec en Irak serait encore plus grave qu’au Vietnam car cela porterait un coup d’arrêt à la guerre au terrorisme. Il faut changer de politique maintenant et en profiter pour restaurer nos relations avec la communauté internationale. Du point de vue de George W. Bush, cela peut aussi éviter que les soldats états-uniens soient embourbés dans un Irak chaotique depuis un an quand la campagne électorale commencera.

« le Qatar célèbre son indépendance »

Qatar celebrates its independence
Washington Times (États-Unis)

[AUTEUR] S. Rob Sobhani est professeur à la Georgetown University et président de Caspian Energy Consulting. D’origine azérie et iranienne, sa famille a émigré en 1979 aux États-Unis. Il a été candidat républicain aux élections sénatoriales de 2000 dans le Maryland.

[RESUME] Hier, le Qatar a célébré l’anniversaire de son indépendance. Après que les Britanniques eurent abandonné leur contrôle du pays en 1970, cette petite nation a vécu dans l’ombre de son voisin saoudien. Cette situation a pris fin lors de la Guerre du Golfe durant laquelle les troupes qataries se sont illustrées.
Après avoir succédé à son père à la faveur d’un coup d’État sans sang versé il y a sept ans, le Cheikh Hamad bin Khalifa Al-Thani, le dirigeant visionnaire du pays, a pris ses distances avec Riyad, fait croître le PNB du pays de 70 % en 6 ans, transformé Doha et réformé politiquement le pays tout en restant fidèle à sa religion, sa culture et son histoire. Le Qatar est la preuve que la réforme est possible dans le monde arabe.
Le Cheikh Hamad soutient la présence des États-Unis en Irak et souhaite que ce pays devienne une démocratie. Le Qatar a remplacé l’Iran comme seconde réserve naturelle de gaz et il pourrait donc devenir essentiel à la sécurité énergétique des États-Unis au vu du développement du gaz. Le Cheikh Hamad soutient également le développement scientifique pour aider au développement humain. Le Qatar est un pays qui partage nos principes de liberté et de progrès.

« Pourquoi la Suède doit dire "oui" à l’euro »

Why Sweden should say ’yes’ to the euro
The Independant (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Göran Persson est le Premier ministre social-démocrate de Suède. Cette tribune est adaptée de son discours au festival baltique de Stockholm.

[RESUME] Notre génération assiste à un processus auquel nos parents ne pouvait que rêver : la fin de la division de la mer baltique entre deux bloc ennemis.
La lutte pour la libération a transformé les dictatures en démocraties prêtes à devenir membres de l’Union européenne et désormais peu de régions dans le monde ont d’aussi bonnes perspectives de croissance que la nôtre. Alors que tous ces pays, font des efforts pour être pleinement membres de l’Union européenne et de l’union monétaire, je souhaite que la Suède dise « oui » à une coopération élargie et qu’elle adopte l’euro. L’euro est déjà la monnaie de l’Allemagne et de la Finlande et ce sera bientôt la monnaie de la Suède, de l’Estonie, de la Lituanie, de la Lettonie et de la Pologne.
Cette monnaie commune offre la possibilité d’un nouvelle chance pour la coopération baltique.