Selon George W. Bush, la guerre au terrorisme est l’événement central de notre époque, comparable à la lutte contre le nazisme ou le stalinisme. Pourtant, si on écarte la rhétorique, ce n’est pas l’impression que cela donne. Il n’a été demandé aucun sacrifice aux Américains pour soutenir cette cause, la taille de l’armée n’a pas été augmentée et il ne semble même pas que ce soit en projet. La proposition d’un retour à la conscription a été écartée, les impôts n’ont pas augmenté et la dette s’accroît, le coût de la guerre sera donc porté par les générations futures.
En fait, il semble que la guerre au terrorisme soit comparable au réchauffement global : nous savons que c’est sérieux et qu’il faudrait s’en préoccuper, mais nous ne changeons pas notre routine pour autant. C’est exactement ce que veut Bush. Au contraire, les vraies guerres polarisent le débat politique et transforment l’establishment et c’est précisément ce que cette administration Bush ne veut pas. Si on regarde en arrière on voit que la Seconde Guerre mondiale a entraîné des transformations dans la société qui ont donné naissance par la suite aux mouvements des droits civils et à une remise en cause de la « place » des femmes dans la société. Notre démocratie fut revigorée par les Vétérans qui s’étaient battus pour elle. C’est pourquoi la guerre de Bush n’est pas une « guerre populaire » comme dit le président en parlant de la Seconde Guerre mondiale.

Source
Los Angeles Times (États-Unis)

« Fighting a War in Name Only », par Andrew J. Bacevich, Los Angeles Times, 21 juin 2004.