Près de trois ans après sa création, le Fonds de compensation aux victimes du 11 septembre 2001 a fini son travail : 2880 familles (97 % de celles pouvant y prétendre) ont accepté une compensation défiscalisée et 2600 blessés ont reçu des chèques. Cela a coûté sept milliards de dollars au contribuable, une aide sans précédent pour leurs compatriotes dans le besoin.
J’ai été administrateur du Fonds et ce fut une tâche difficile qui m’a confronté à la mort et à la nature imparfaite de toute solution. Nous avons apporté une solution qui est la plus en adéquation avec le caractère des États-Unis, mais ce processus soulève des questions fondamentales.
Est-ce que la création de ce fond était une bonne idée ? Il s’agit d’une réponse unique dans l’histoire de notre nation : les victimes d’Oklahoma City ou des attentats des ambassades de 1998 n’ont pas bénéficié d’une telle assistance. Toutefois le 11 septembre 2001 fut un événement unique et cette spécificité justifie ce programme. Est-ce que le Congrès a eu raison de différencier les sommes fournies aux familles en fonction des estimations du salaire des victimes ? C’est la façon de faire américaine, c’est également comme cela qu’est calculée la Sécurité sociale. Toutefois, pour un fonds de compensation, cela peut apparaître comme problématique. Il m’a fallu fixer des estimations de ce que chacun aurait gagné et agir avec sagesse. Est-ce ce que cela aurait été plus juste si tout le monde avait touché la même chose ? Peut-être aurions-nous dû fixer trois ou quatre niveaux de prestation et ne pas faire des dons individuels.
Je pense que du fait du caractère unique de l’évènement, le Fonds du 11 septembre est une méthode de compensation qui ne resservira plus.

Source
Los Angeles Times (États-Unis)

« Imperfect Calculus for the Value of Lives », par Kenneth R. Feinberg, Los Angeles Times, 5 juillet 2004.