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Le président Erdoğan n’avait prévu qu’une chaise pour ses deux invités, Charles Michel et Ursula von der Leyen.

Nous avons eu ce jour une discussion franche avec le président Erdoğan sur l’avenir des relations UE-Turquie.

Lors de notre réunion du Conseil européen le mois dernier, nous avons débattu de la situation en Méditerranée orientale et de la relation de l’UE avec la Turquie.

Un environnement stable et sûr en Méditerranée orientale et une relation mutuellement avantageuse et positive avec la Turquie relèvent toujours de l’intérêt stratégique de l’Union européenne.

Nous prenons note avec satisfaction de la poursuite des discussions exploratoires bilatérales entre la Grèce et la Turquie, ainsi que de la visite que le ministre grec des affaires étrangères doit effectuer prochainement en Turquie.

En ce qui concerne Chypre, l’UE reste attachée à la relance des négociations en vue du règlement de la question. En tant qu’observateur actif, l’UE soutient pleinement le processus mené sous l’égide des Nations unies et nous attendons avec intérêt la réunion informelle qui se tiendra dans quelques semaines. Ces derniers mois, nous avons assisté à une désescalade. Il s’agit là d’une évolution positive, qui doit se poursuivre et s’affermir.

Nous avons indiqué au président Erdoğan que l’UE était prête à mettre sur la table un agenda concret et positif, articulé autour de trois piliers : la coopération économique, les migrations, et les contacts entre les personnes et la mobilité. Notre engagement sera progressif, proportionné et réversible. Et nous espérons que la Turquie saisira cette occasion.

Comment voyons-nous les choses concrètement ? L’UE est de loin le premier partenaire commercial de la Turquie. Une coopération économique sera envisagée dans un certain nombre de domaines. Le Conseil européen a invité la Commission à entamer les travaux préparatoires.

Nous envisagerons également des dialogues à haut niveau sur des questions d’intérêt mutuel, telles que les questions régionales, la santé publique, le climat et la lutte contre le terrorisme. Par ailleurs, nous étudierons les moyens de renforcer la coopération en ce qui concerne les contacts entre les personnes et la mobilité.

Pour ce qui est des migrations, nous sommes sensibles au fait que la Turquie accueille 4 millions de réfugiés syriens et marquons notre accord pour que l’aide de l’Union européenne se poursuive. La Commission présentera prochainement une proposition de financement en faveur des réfugiés syriens en Turquie, en Jordanie et au Liban.

L’état de droit et le respect des droits fondamentaux constituent des valeurs fondamentales de l’UE. Nous avons fait état au président Erdoğan de la vive inquiétude que nous inspirent les derniers développements intervenus en Turquie à cet égard, en particulier concernant la liberté d’expression, et le fait que des partis politiques et des médias soient pris pour cibles.

La promotion des droits des femmes et le retrait de la Turquie de la convention d’Istanbul sont sources de graves préoccupations en Europe. Ce matin, j’ai eu une réunion très intéressante sur ces sujets avec des représentants des Nations unies et d’ONU Femmes. Le dialogue sur ces questions demeure un élément essentiel de la relation entre l’UE et la Turquie.

Nous avons également débattu de questions régionales et de politique étrangère. Des différences subsistent, mais de nouvelles perspectives s’ouvrent pour la paix et la stabilité, en particulier en Libye, où je me suis rendu dimanche dernier. À cet égard, nous adressons un message essentiel : tous les combattants et militaires étrangers doivent quitter le territoire libyen.

L’instauration avec la Turquie d’une relation fondée sur la coopération et mutuellement avantageuse relève de l’intérêt stratégique de l’Union européenne. Dans le même temps, nous sommes déterminés à défendre les intérêts de l’UE et des États membres et à promouvoir nos valeurs.

Cet agenda progressif que nous proposons, c’est une main tendue. Il appartient à la Turquie de la saisir, résolument et durablement. Pour sa part, l’UE est prête à passer de la parole aux actes. Lors de notre réunion du Conseil européen de juin, nous évaluerons les progrès accomplis. Je vous remercie.