Le Hezbollah a bombardé au mortier, lundi 27 octobre 2003, des positions de l’armée israélienne situées près de la frontière libanaise, dans la zone des fermes de Chebaa, dans laquelle Israël « tolère » habituellement les actions militaires.
Cependant, si le théâtre des opérations est le même que d’habitude, les motifs invoqués par le mouvement sont différents, et ne se limitent plus à la revendication classique de libération de cette partie du territoire libanais, encore occupée actuellement.
Le chef de l’information du Hezbollah, Hassan Ezzeddine, a ainsi indiqué que l’opération de son mouvement contre l’armée israélienne était une réponse « aux pratiques d’Israël contre les Palestiniens et la Syrie ». L’attaque est survenue au moment où des officiers supérieurs syriens, emmenés par leur chef d’état-major, le Lieutenant-Général Hassan Turkmani, rencontraient à Beyrouth le président libanais Émile Lahoud et leurs homologues de l’armée libanaise, afin d’évoquer les modalités d’une coopération militaire.
« Le Hezbollah ne peut rester à l’écart des développements, au moment où Sharon s’engage à construire une nouvelle "clôture de sécurité" et donc à plus de destructions, d’assassinats et de gens déplacés, et alors que la Syrie a été la cible d’une agression israélienne », a dit M. Ezzeddine dans une déclaration au quotidien al-Moustaqbal publiée mardi 28 octobre 2003.
Il faisait référence à l’annonce la semaine dernière par le Premier ministre israélien Ariel Sharon d’un projet de construction d’une ligne défensive le long du Jourdain, outre celle construite entre le territoire israélien et la Cisjordanie.
« Le conflit est global et la bataille un tout indivisible. Le Liban et la résistance [du Hezbollah] font partie du conflit et nous ne pouvons pas ne pas être concernés », a-t-il ajouté, niant que l’attaque soit liée aux négociations indirectes sur un échange de prisonniers entre le Hezbollah et l’État hébreu. Le secrétaire général du mouvement, cheikh Hassan Nasrallah, a pourtant déclaré mardi 28 octobre que le Hezbollah ne tolèrerait pas « des manœuvres israéliennes » autour de l’accord d’échange de prisonniers. Il a notamment accusé Israël d’ériger des obstacles sur la voie des négociateurs allemands qui tentent d’assurer cet échange.
Du côté israélien, le ministre de la Défense, Shaul Mofaz, a évoqué la possibilité d’une attaque d’envergure du Hezbollah sur la frontière nord. Il a indiqué aux journalistes que le Hezbollah envisage de mener quelque chose « de plus significatif qu’un bombardement au mortier sur la frontière. Je dirais de l’incident de lundi qu’il ne s’agit que d’un nouvel incident, bien que plusieurs éléments nous font comprendre qu’une opération plus significative se prépare le long de la frontière nord. ». Une éventualité à laquelle l’armée israélienne est en conséquence préparée.
Le chef des troupes israélienne dans la région, le major-général Benny Gantz a fermement condamné l’attaque du Hezbollah, et a évoqué les répercussions possibles sur le Liban et la Syrie. « Il est important de souligner que le Liban souffrira plus que n’importe quel autre pays, parce que le Hezbollah opère depuis son territoire et au sein de ses citoyens, ce qui constitue un élément dangereux. Cela pourrait amener à une situation où nous serions contraints d’agir de manière très sévère et, dans de telles circonstances, je pense qu’il vaut mieux être un citoyen d’Israël que du Liban », a-t-il déclaré.
Des membres des services de sécurité israéliens ont également indiqué, sous couvert d’anonymat, que la Syrie était impliquée dans l’attaque de lundi. Selon eux, la Syrie aurait ouvertement encouragé le Hezbollah à agir en représailles du bombardement mené par l’aviation israélienne sur des positions syriennes, au début du mois.
Silvan Shalom, le ministre des Affaires étrangères israélien, a pour sa part condamné la Syrie et le Liban pour leur soutien répété au Hezbollah, en déclarant que « ces deux nations doivent comprendre que la possibilité d’être frappé existe des deux côtés ».

Source
Ha&8217;aretz (Israel)
Quotidien de référence de la gauche intellectuelle israélienne. Propriété de la famille Schocken. Diffusé à 75 000 exemplaires.
Jerusalem Post (Israël)
L&8217;Orient Le Jour (Liban)

« L’opération de Chebaa, une réponse aux « pratiques d’Israël », affirme le parti islamiste », L’Orient Le Jour, 29 octobre 2003. « Hizbullah planning major attack - Mofaz », par David Rudge, Jerusalem Post, 29 octobre 2003. « Sources : Syria urged Hezbollah to avenge IAF strike », par Amos Harel, Ha’aretz, 29 octobre 2003.