Les officiels palestiniens on été contraints de tergiverser, dimanche 30 décembre 2003, avant de finalement accepter, à la dernière minute, de se rendre au lancement officiel des Accords de Genève qui doit survenir ce lundi.
Les négociateurs palestiniens, qui ont été menacés par des membres des factions armées palestiniennes avaient au départ exigé une lettre de Yasser Arafat et du Comité central du Fatah soutenant leur initiative. Yasser Arafat ayant refusé, ils ont accepté de faire une déclaration publique selon laquelle ils se rendent à cette cérémonie avec son autorisation, en tant que citoyens indépendants.
Le président de l’Autorité palestinienne a néanmoins souligné que ni lui, ni l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) n’avaient officiellement accepté le plan de paix, qui a été négocié sans son consentement entre des officiels palestiniens et des membres de l’opposition israélienne. D’après un proche de Yasser Arafat cité par Ha’aretz, le président palestinien ne souhaite pas donner un accord écrit aussi tôt : « Arafat n’a pas donné son accord écrit à [l’ancien Président états-unien Bill] Clinton sur un accord définissant un statut permanent, et il n’y a aucune raison de le donner maintenant à [Yossi] Beilin », le principal protagoniste israélien des négociations.
Selon Yossi Beilin, ce débat au sein de l’appareil d’État palestinien montre de manière « très claire qu’ils sont en train d’avoir leur propre débat. Cela illustre simplement les difficultés auxquels sont confrontés les deux côtés ».
Dans un tract, les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa ont qualifié les négociateurs de « traîtres », un terme lourd de sens qui souvent désigne une future cible. La maison de l’ancien ministre palestinien, Yasser Abed Rabo, partie prenante des négociations, a été la cible de tirs d’armes à feu au cours du week-end. Des activistes du Hamas et du Fatah ont bloqué pendant 45 minutes des membres de la délégation qui quittaient Gaza pour Genève.
Cette délégation comprend le ministre Hisham Abd al-Raziq et le parlementaire Abdel Khader, ainsi qu’un membre du Fatah, Qadoura Fares. Le conseiller à la sécurité nationale, Jibril Rajoub, se joindra également à eux. Plusieurs centaines de responsables palestiniens ont cependant décidé d’annuler leur voyage.
Yasser Arafat considérerait, d’après des pro et des anti-Genève, que les auteurs du projet « collaborent avec le projet sioniste états-unien », mais souhaitait que des responsables palestiniens se rendent tout de même à la cérémonie pour embarrasser le Premier ministre israélien Ariel Sharon.
Seront également présent à la cérémonie l’ancien président états-unien, Jimmy Carter, l’ancien président polonais Lech Walesa, le ministre des Affaires étrangères qatari et des émissaires d’Oman, du Bahreïn, du Maroc et de l’Égypte

Le Jerusalem Post rend compte, pour sa part, des pressions qui ont été exercées sur un grand nombre d’officiels palestiniens de second rang qui devaient se rendre à Genève pour la cérémonie de signature de l’accord de paix négocié officieusement par des responsables palestiniens et des membres de l’opposition israélienne. Le quotidien israélien parle ainsi d’une « campagne de terrorisme et d’intimidation ».
Parmi ceux qui ont finalement décidé de boycotter la cérémonie de Genève, deux officiels du Fatah, Hatem Abdel Kader et Muhammed Hourani, qui ont pourtant largement participé aux discussions.
Interrogé par le Jerusalem Post, Abdel Kader a déclaré que le but principal des accords de Genève était de créer une schisme en Israël et miner le terrain du gouvernement d’Ariel Sharon, afin de « bloquer la croissance de la droite israélienne ». Devant le refus du président Yasser Arafat de soutenir l’initiative, il a finalement décidé de ne pas se rendre en Suisse.
« Nous ne voulons pas nous retrouver comme [l’universitaire de Jérusalem] Sari Nussaibah, qui est devenu une cible depuis son initiative de paix menée avec [l’ancien responsable des services du Shin Bet] Ami Ayalon », a-t-il déclaré. Selon lui, « certains dirigeants du Fatah tentent d’exploiter l’accord pour mobiliser contre nous et organiser des manifestations de rue ».
Kadoura Fares, ministre d’État dans le nouveau gouvernement palestinien d’Ahmed Qureih, et qui avait également participé aux négociations, a déclaré qu’il avait reçu le feu vert d’Arafat pour se rendre à Genève. Il a ajouté que « certains membres irresponsable du Conseil central du Fatah ne comprennent pas que l’un des buts de l’accord de Genève est de créer des dissensions dans la rue israélienne et de déstabiliser le gouvernement Sharon, et non de créer des divisions au sein du Fatah ou du peuple palestinien »

Source
Ha&8217;aretz (Israel)
Quotidien de référence de la gauche intellectuelle israélienne. Propriété de la famille Schocken. Diffusé à 75 000 exemplaires.
Jerusalem Post (Israël)

« Arafat rejects Geneva, but lets officials attend launch », par Arnon Regular, Yossi Verter et Mazal Mualem, Ha’aretz, 1er décembre 2003. « Fatah official : Initiative designed to divide Israelis », par Kaled Abu Toameh et Lamia Lahoud, Jerusalem Post