Les plans pour la seconde Guerre du Golfe ont été réalisés des années avant l’accession au pouvoir de George W. Bush par des think tank néo-conservateurs. Ce sont les mêmes groupes qui ont planifié une autre occupation militaire : celle de l’espace.
Dans le rapport Rebuiliding America’s Defences [1]. On y apprend que le contrôle de l’espace est l’un des éléments clé de la stratégie militaire des Etats-Unis. Donald Rumsfeld présida un groupe d’étude qui a conclu que le contrôle militaire de l’espace était le seul moyen d’éviter un « Pearl Harbour spatial » et Paul Wolfowitz a affirmé qu’il fallait désormais investir les dépenses militaires dans cette direction. On peut supposer que si George W. Bush obtient un second mandat, le traité interdisant la militarisation de l’espace sera oublié.
Dans ce contexte, les propos du président états-unien sur la conquête de Mars, qui résonnent pourtant comme ceux de Kennedy concernant la Lune, cachent une réalité beaucoup plus sombre qu’il n’y paraît. Nous assistons à une convergence des efforts du département d’État, du département de la Défense et de la NASA vers une militarisation de l’espace et on annonce que Sean O’Keefe, le dirigeant de la NASA, pourrait être le prochain secrétaire à la Défense en cas de réélection de Bush. L’agressivité du programme spatial chinois accentue encore l’importance du programme spatial dans les préoccupations de politique étrangère des Etats-Unis.
Comme l’a affirmé Jean-Jacques Dourdain, le responsable de l’Agence spatiale européenne, les Etats-Unis voient l’espace comme un instrument de domination, là où l’Europe le considère comme un bien commun. Ces divergences de vues sont au cœur du projet Galileo qui va priver le Pentagone de son monopole sur les navigations par satellite et c’est ce qui motive le programme Aurora, le programme de l’Union européenne vers Mars. Le Royaume-Uni va devoir décider quel type de programme il soutiendra.

Source
The Guardian (Royaume-Uni)

« Mission to Planet Rumsfeld », par James Wilsdon, The Guardian, 1er mars 2004.

[1] Ce rapport a été rédigé par le Project for a New American Century, le think tank électoral de George W. Bush. Il est téléchargeable librement ici.