Il y avait trois bateaux sur le Mékong ce 28 février 1969, trois officiers et 15 hommes d’équipage. Sur ces trois officiers, seuls deux peuvent encore raconter ce qui s’est passé : John Kerry et moi. C’est ce jour-là que John Kerry a mené les actions qui lui ont valu sa Silver Star [1].
Pendant des années, j’ai refusé de parler de cet événement car, comme beaucoup d’anciens combattants, je voulais rejeter cela hors de ma mémoire, les rivières, les embûches, les morts, et j’ai refusé toute interview sur les états de service de Kerry, même venant de journalistes du Chicago Tribune où je travaille. Mais aujourd’hui, je vois des gens s’en prendre à Kerry en racontant des histoires que je sais fausses. Si je me décide à témoigner c’est que leurs mensonges blessent des personnes anonymes en diminuant leur mérite.
Ce jour-là, nous avions été pris dans une embuscade, mais Kerry, avant l’attaque, nous avait convaincus de changer de manœuvres dans un tel cas. Cela nous permit de surprendre les assaillants et le plan fonctionna. Kerry poursuivit l’un des assaillants et le tua. Aujourd’hui, John O’Neill prétend que Kerry a abattu un adolescent esseulé. Je ne sais pas s’il s’agissait d’un adolescent, mais il n’était pas seul et il participait à une attaque organisée.
Les hommes des trois bateaux furent félicités par notre commandant, Hoffman, qui est aujourd’hui l’un des principaux opposants de Kerry. Aujourd’hui, la tactique employée est dénoncée alors qu’elle a été utilisée par d’autres. À cause de cette polémique, tous les vétérans qui ont participé à cet épisode doivent revivre ces évènements.

Source
Chicago Tribune (États-Unis)

" This is what I saw that day ", par William B. Rood, Chicago Tribune, 22 août 2004.

[1décoration militaire états-unienne