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Le bilan du sommet Russie-UE

Les résultats du sommet Russie- Union européenne sont bien maigres. Les deux parties ne sont parvenus à aucun accord, et ont buté en permanence sur une incompréhension à sens unique : les Européens ne cessent de juger la Russie avec des standards qu’ils refusent de s’appliquer à eux-mêmes. Mais, en définitive, les intérêts mutuels devraient l’emporter sur les clichés de la propagande atlantiste.

| Moscou (Russie)
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Le dernier sommet Russie-UE s’est terminé sans résultats concrets sous la forme de documents signés. Il a suscité des évaluations et interprétations diamétralement opposées. Pour les uns, il a montré que les rapports entre les deux parties se trouvaient dans une impasse. Pour d’autres, des progrès sont malgré tout évidents, car la persévérance dans la poursuite du dialogue témoigne de la volonté des deux côtés de lever toutes les divergences et contradictions qui existent aujourd’hui.

La Russie avait prévenu à la veille du sommet que, bien que la signature d’accords ne soit pas prévue, cela ne signifierait nullement qu’il serait un échec. Au cours des pourparlers et après leur achèvement, Vladimir Poutine s’est dit satisfait des travaux du sommet, citant les accords intervenus (sur la coopération transfrontalière, les douanes, dans le domaine de la lutte contre la criminalité, contre le trafic des stupéfiants, etc.). Ses partenaires ont également souligné les progrès évidents enregistrés dans les rapports UE-Russie.

Certes, les diplomates savent mieux que personne trouver des formules évasives et floues pour dissimuler l’état réel des choses. Mais il ne fait pas de doute que, dans l’ensemble, le sommet a mis en évidence une volonté de poursuivre le dialogue, de rechercher des solutions aux problèmes litigieux. C’est là l’essentiel.

Dans les conditions de l’intensification inévitable de la coopération et de l’influence réciproque, il n’y a pas d’alternative raisonnable au règlement des problèmes litigieux. Les deux partenaires sont trop interdépendants. Le rapprochement aura lieu, peut-être à petits pas, mais il aura lieu.

Par conséquent, l’absence de documents et de traités de grande envergure à l’issue du sommet n’est pas dramatique. Lorsqu’il y a dialogue, il y a rapprochement dans la recherche de réponses aux problèmes existants et à ceux qui surgissent. Mais, il faut bien l’admettre, malgré la reconnaissance du fait que la Russie est une partie incontestable et légitime de l’Europe, l’incompréhension continue à compliquer nos rapports.

Il s’agit, d’une part, de l’absence de faits probants et de preuves irréfutables, par exemple dans le cas des affaires Politkovskaïa et Litvinenko et, d’autre part, d’une attitude négative envers le pouvoir russe, de la part duquel on semble pouvoir s’attendre à n’importe quoi, à n’importe quel crime.

Les propos de Vladimir Poutine, selon lesquels il est inadmissible et incorrect de voir un lien entre la mort d’Anna Politkovskaïa et d’Alexandre Litvinenko, selon lesquels il faut attendre la fin de l’enquête, qui établira qui sont les coupables, ne trouvent par ailleurs aucun écho.

On a pu constater, pour la énième fois, que la mention de l’existence évidente de doubles standards ne suffisait pas à convaincre les Européens. Les arguments de Poutine, selon lesquels des choses inadmissibles commises dans des pays qui ne manquent pas une occasion de critiquer la Russie passent inaperçues, demeurent sans aucun effet. Le président russe a beau ressasser ces arguments, ils ne sont pas entendus. Force est de reconnaître qu’ils ne sont bons que pour un usage interne.

Un système d’identification « les siens/les autres » subsiste dans les rapports entre l’UE et la Russie. Autrement dit, les règles de comportement envers les « siens » et les « autres » sont différentes. Ce qui est admissible dans les contacts avec ses proches est absolument inadmissible dans les contacts avec les autres. À l’égard des premiers, on fait preuve de compréhension, de tolérance, de bienveillance, d’une volonté de reconnaître des circonstances atténuantes. À l’égard des autres, on ne peut s’attendre qu’à une sévérité prétendument impartiale et objective.

Le pouvoir russe doit lutter énergiquement contre cette partialité, cette division de l’Europe en « siens » et « autres ». Malheureusement, la logique formelle selon laquelle les problèmes n’existent pas seulement en Russie s’avère inefficace dans ce cas.

Ce travail ne doit pas être effectué seulement par le pouvoir officiel auquel sont adressées toutes ces multiples accusations. Cet objectif doit être atteint dans le cadre d’une coopération intense des structures non gouvernementales et, tout simplement, des citoyens de nos États. Sinon, il sera impossible d’obtenir que qui que ce soit nous considère comme les « siens ».

Le Président russe en est bien conscient, et c’est très important.

Source
RIA Novosti (Fédération de Russie)

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