Tendances et événements au Proche-Orient

Les États-Unis font face à de sérieux écueils dans leurs tentatives visant à assurer la réussite de la conférence de paix au Moyen-Orient, convoquée par le président George Bush en novembre prochain. Visiblement, la tournée de la secrétaire d’État Condoleezza Rice dans la région vise à explorer les possibilités de la tenue de cette conférence après que le président égyptien, Hosni Moubarak, eut posé comme condition à sa participation l’invitation de la Syrie et le début d’un dialogue inter-palestinien. L’attitude de l’Égypte est dictée par des considérations internes mais aussi par les liens étroits et anciens entre ce pays et la question palestinienne, surtout que le Caire a joué un rôle essentiel depuis les accords d’Oslo.
Côté saoudien, il est vrai que les propos du ministre des Affaires étrangères, Saoud al-Fayçal, concernant la conférence de Bush, n’étaient pas aussi clairs et directs que ceux de Moubarak. Mais ils reflètent une attitude plutôt négative du royaume vis-à-vis de l’initiative du président états-unien et une forte hésitation de l’Arabie saoudite à y prendre part. Les analystes estiment que les Saoudiens sont conscients que le principal objectif des États-uniens est d’organiser une rencontre publique entre de hauts responsables du royaume et le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, en contrepartie d’une déclaration d’intentions qui ne comporterait aucun engagement clair de la part de l’État hébreu ni un calendrier raisonnable pour le règlement du problème palestinien. Souad al-Fayçal avait ouvertement exprimé ces griefs et avait fait allusion à la nécessité de conclure une paix globale.
Dans le cas saoudien aussi, les considérations internes et les enjeux régionaux laissent penser que Riyad ne participera pas à cette conférence de paix et conseillera son report jusqu’à l’obtention d’engagements israéliens clairs. L’Arabie souhaite par ailleurs réhabiliter son rôle de médiateur entre les Palestiniens à travers la réactivation de l’accord de la Mecque entre le Fatah et le Hamas.
Enfin, Israël lui-même, qui craint le déclenchement d’une troisième Intifada si la conférence est organisée dans les circonstances actuelles, pourrait conseiller à Mme Rice le report de cette réunion et son remplacement par des navettes du représentant du quartette international, Tony Blair, entre les différentes parties concernées par le conflit israélo-arabe.

Presse et agences internationales

MELLI (HEBDOMADAIRE IRANIEN)
Le nouveau chef des Gardiens de la révolution, le général Jaafari, a révélé que ses forces mèneraient une guerre asymétrique contre les troupes US si les États-Unis mettent à exécution leur menace d’attaquer l’Iran. Il a précisé que les Gardiens de la révolution mettraient en œuvre la même tactique utilisée par le Hezbollah au Liban pour faire échec à l’offensive terrestre israélienne et à la campagne de raids aériens. Niant l’existence de quelconques divergences entre lui et son prédécesseur, le général Rahim Safaoui, le général Jaafari a déclaré que la stratégie militaire des Gardiens de la révolution a été adoptée il y plus d’un mois et n’a rien à voir avec d’éventuelles nouvelles menaces états-uniennes.
De nombreux observateurs s’interrogent sur la nature de la riposte des Gardiens de la révolution à une agression US, surtout que les États-Unis lancent leurs attaques à partir de régions très éloignées géographiquement.

JOUMHOURIA ISLAMIYA (QUOTIDIEN IRANIEN)
Le directeur de l’Agence international de l’énergie atomique, Mohammad el-Baradéi, a déclaré que l’AIEA n’avait noté aucune activité nucléaire interdite dans les installations iraniennes. Personne ne peut douter de ses propos. Mais actuellement, dans les coulisses occidentales, des pressions politiques et médiatiques états-uniennes sont exercées pour le vote, au Conseil de sécurité, d’une troisième résolution imposant des sanctions économiques et commerciales supplémentaires contre l’Iran.
Les dernières déclarations de M. el-Baradéi sont une preuve de la nature civile et pacifique du programme nucléaire iranien et démentent les allégations US selon lesquelles ce programme prend une tournure militaire.
L’Iran a réussi à briser le blocus imposé par les États-Unis aux sciences et aux technologies et a atteint des niveaux très avancés dans le domaine des sciences précises et stratégiques, comme le savoir-faire nucléaire. Après les propos de M. el-Baradéi, l’opinion publique internationale a compris les véritables raisons pour lesquelles l’administration états-unienne s’oppose aux activités nucléaires de l’Iran. Leur objectif est d’imposer leur hégémonie, d’accaparer le pouvoir et coloniser les autres peuples.
Le directeur de l’AIEA a exprimé son appréhension à l’égard de certains médias US qui ont lancé une campagne dirigée contre lui, l’AIEA et l’accord conclu entre l’Agence et l’Iran.

LOS ANGELES TIMES (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
La guerre contre le terrorisme va affecter l’image des États-Unis pour les générations à venir. La guerre en Afghanistan, théâtre cette année de 100 opérations-suicides, se poursuit. De même que la guerre en Irak. Et maintenant, les prémices d’un troisième conflit commencent à se profiler avec le bras de fer de plus en plus dangereux avec l’Iran.
Il est désormais clair que la décision d’envahir l’Irak n’avait rien à voir avec la lutte contre le terrorisme islamique radical. Et ce dérapage a coûté cher aux États-Unis : 3 700 morts tombés dans des sables étrangers et 27 000 autres rentrés au pays avec leurs blessures.
Le président George Bush ne croit pas dans les valeurs et les libertés états-uniennes. Ses guerres ont non seulement porté atteinte aux intérêts militaires des États-Unis, mais ont limité les libertés et les valeurs qui faisaient de cette nation un modèle à suivre tout au long de l’histoire. Tel est le véritable prix dramatique payé ces six dernières années.

• Un des alliés les plus proches des États-Unis en Irak, artisan du ralliement sunnite dans l’ouest du pays, a été tué jeudi dans un attentat, au premier jour du ramadan et avant un discours crucial du président George W. Bush sur l’Irak.
Cheikh Abdoul Sattar Abou Richa a été victime d’une bombe qui a explosé sous sa voiture dans la localité de Ramadi, capitale de la province d’al-Anbar, qu’il avait aidée à pacifier dans une stratégie présentée comme un « succès » par le commandement US.
Agé d’une quarantaine d’années, il dirigeait une coalition d’une quarantaine de tribus rassemblées sous son autorité, le « Réveil d’al-Anbar », qu’il avait mobilisées pour lutter aux côtés des troupes états-uniennes contre al-Qaïda en Irak.
Membre d’une éminente tribu irakienne, les al-Doulaïmi, il était un interlocuteur privilégié des responsables états-uniens et avait serré la main de M. Bush lors de sa visite surprise dans la province d’Al-Anbar le 3 septembre.
La Maison-Blanche a qualifié cet attentat d’« acte indigne », se disant confiante que les chefs tribaux de la province poursuivraient la lutte contre Al-Qaïda.
La mort de Cheikh Abdoul Sattar est une « perte tragique », a estimé de son côté le Pentagone, qui a assuré que « le mouvement qu’il a initié lui survivra ».
Cheikh Abdoul Sattar « s’est arrêté avec son convoi au bord de la route pour parler à un handicapé. Un engin piégé a explosé peu après précisément au niveau de sa voiture », a expliqué à la télévision irakienne le colonel Tarek al-Doulaïmi, chef des services locaux de sécurité.
Il a été tué avec trois de ses gardes, selon le Pentagone. L’attentat, dont les circonstances exactes ne sont pas encore connues, a eu lieu près de sa résidence à trois kilomètres au nord-ouest de Ramadi.
Cet assassinat porte un coup dur à l’image de succès que le commandement US veut donner à son action dans l’ancien bastion de l’insurrection sunnite.
Depuis février, sous l’autorité du cheikh, les tribus et chefs locaux ont abandonné la lutte armée contre « l’occupant » pour collaborer avec les troupes irakiennes et états-uniennes contre al-Qaïda.
Cette stratégie, couplée à un vaste plan de sécurisation de Bagdad, avait permis une baisse considérable des attaques menées par les insurgés sunnites, selon le commandement US. Elle a souvent été citée par le général David Petraeus, plus haut gradé états-unien en Irak, comme un exemple à suivre dans le reste du pays.

AL-KHALEEJ (QUOTIDIEN EMIRATI)
Le rapport publié par l’Union des organisations des Nations unies sur la situation dans le monde est effrayant. Il souligne que le crime organisé est en pleine expansion. Son chiffre d’affaires, estimé à 2 000 milliards de dollars, représente le PIB d’un pays comme la Grande-Bretagne. La moitié de cette somme est versée comme pots-de-vin.
Les réalités sont trompeuses. On pourrait croire, par exemple, que la majorité de ces pots-de-vin vont vers des pays en développement. Mais seule une infime partie atterrit dans ces pays, alors que la plus grande partie circule dans les nations riches. Ce qui prouve que le fossé se creuse entre les riches et les pauvres.

Audiovisuel international

AL-JAZEERA (CHAINE QATARI)
Couverture en direct
- Discours du président Bush après le rapport Petreaus
[Lire le texte intégral sur notre site]
L’objectif des renforts (en Irak) est de fournir la sécurité et aider les forces irakiennes à la maintenir. Les succès obtenus nous permettent à présent de commencer à faire rentrer une partie de nos soldats
Le général (David) Petraeus pense que nous pouvons maintenir les progrès en matière de sécurité avec moins de troupes et estime que d’ici à juillet, nous pourrons réduire nos troupes en Irak de 20 à 15 brigades.

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J’ai accepté les recommandations du général Petraeus et j’ai demandé (au général et à l’ambassadeur Ryan Crocker) de fournir un nouveau rapport au Congrès en mars pour évaluer le niveau des troupes et des ressources requises.
Plus grande sera notre réussite, plus grand sera le nombre de GI’s qui pourront rentrer à la maison.
Une présence américaine réduite a aussi le soutien des dirigeants irakiens. Ils comprennent que leur succès exigera un engagement américain au niveau politique, économique et de la sécurité qui se prolongera au-delà de ma présidence.
La province d’Al-Anbar est un bon exemple de la réussite de notre stratégie. L’an dernier un rapport du renseignement avait conclu que la province d’Al-Anbar était tombée sous la coupe d’Al-Qaïda. J’ai envoyé 4 000 Marines en renfort à Al-Anbar. Aujourd’hui, une ville où Al-Qaïda a un jour planté son drapeau commence à revenir à la normale.
Il faut que le gouvernement irakien fasse preuve de la même détermination à parvenir à la réconciliation. Il n’a pas atteint ses propres objectifs législatifs et j’ai clairement notifié aux responsables irakiens qu’ils devaient le faire.
Peuple irakien, vous devez demander à vos dirigeants de faire des choix difficiles pour parvenir à la réconciliation.
Nous devons aider l’Irak à combattre ceux qui menacent son avenir mais aussi le nôtre. Un Irak libre contrera les ambitions destructrices de l’Iran et sera un exemple pour les peuples du Moyen-Orient.
Aux voisins de l’Irak qui cherchent la paix : les extrémistes violents qui ont pris l’Irak comme cible vous visent aussi. Le meilleur moyen de défendre vos intérêts et de protéger votre peuple est d’aider le peuple irakien. Cela veut dire utiliser votre influence économique et diplomatique pour renforcer le gouvernement de Bagdad. Cela veut dire aussi que les efforts de l’Iran et la Syrie pour saper le travail de ce gouvernement doivent cesser.

Tendances et événements au Liban

Le président du Parlement, Nabih Berri, a révélé lors d’une longue interview télévisée, deux éléments importants entourant l’initiative de règlement de la crise qu’il a lancée le 31 août. Conformément à sa proposition, l’opposition renonce à sa principale revendication de former un cabinet d’union nationale en contrepartie d’une entente avec le pouvoir sur le nom d’un président consensuel qui devrait être élu au quorum des deux tiers.
M. Berri a établi un lien entre la réponse négative du 14-mars à son initiative, jeudi, et des déclarations de l’adjoint de Ban Ki-moon chargé de suivre l’application des résolutions 1559 et 1701, Terje Roed Larsen. Ce dernier a affirmé, quelques heures plus tôt, que le prochain chef de l’État devrait être élu au quorum des deux tiers ou, si cela s’avère impossible, à la majorité simple (comme le souhaite le 14-mars). Il a ajouté que le futur président devrait s’engager à mettre en œuvre la résolution 1559 qui exige le désarmement de la Résistance libanaise. M. Berri a révélé que le secrétaire général des Nations unies l’a appelé pour lui exprimer son soutien à son initiative et qu’il s’était déclaré surpris par les propos de son adjoint.
Par ailleurs, le président du Parlement a affirmé qu’il ne considérait pas le communiqué du 14-mars comme une réponse à sa démarche, et qu’il était déterminé à poursuivre son initiative sans y introduire le moindre changement (Voir par ailleurs les détails de l’intervention de M. Berri).
Les radicaux du 14-mars, dirigés par Walid Joumblatt et Samir Geagea, veulent à tout prix torpiller toute entente inter-libanaise sur le nom du prochain président et pousse à l’élection d’un chef de l’État à la majorité simple. Ils projettent de convoquer une séance parlementaire placée sous la direction du vice-président de la Chambre, Farid Makari (14-mars), ce qui constitue une violation flagrante de la Constitution et une atteinte aux droits de l’une des principales communautés du pays (chiite).
Des sources l’opposition assurent que le 14-mars ne dispose même plus de la majorité simple (65 députés) pour l’élection d’un président unilatéralement. Des concertations ont actuellement lieu entre un certain nombre de parlementaires pour annoncer une position claire et nette favorable au quorum des deux tiers, une règle jamais violée depuis l’indépendance du pays.

Articles relatifs au Liban

• Le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a salué la volonté de dialogue de la majorité et de l’opposition pour parvenir à un consensus sur l’élection présidentielle. « On a tant d’intérêt à ce que le Liban soit souverain et indépendant. J’espère qu’il n’y aura pas des troubles trop grands avant l’échéance présidentielle. Je n’ai rien à proposer, je ne viens qu’à l’appel des Libanais », a déclaré M. Kouchner dans une interview à des médias libanais après une rencontre avec le président du Parlement, Nabih Berri, et le Premier ministre, Fouad Siniora.
« La démarche de Nabih Berri est un très beau geste politique. Elle a démontré qu’il était un homme d’État », a-t-il estimé en référence à la proposition de compromis du président du Parlement. « La réponse du 14 mars est positive. Elle dit : vous voulez le dialogue, nous sommes prêts. J’ai le sentiment que les choses ont changé. Si on respecte la Constitution, le Liban sera plus fort. Qu’il y ait des élections à temps, ce sera mieux, mais on ne sait pas encore ».
Le ministre français a par ailleurs souligné le rôle « positif » de l’Iran qui soutient l’opposition. « L’Iran a joué un rôle positif durant les derniers mois en ce qui concerne la situation au Liban et l’élection présidentielle. Ils ont compris que l’élection présidentielle doit se dérouler selon les règles constitutionnelles », a-t-il dit.
Interrogé sur une éventuelle ingérence de la Syrie dans l’élection présidentielle, M. Kouchner a répondu : « Je souhaite que non ». « Je souhaite que la Syrie n’interfère pas dans le processus électoral, a-t-il indiqué. Si la Syrie n’intervient pas et laisse le scrutin se dérouler normalement, elle sera surprise par l’ouverture de la France et la réaction de la France ».

• Un membre de la coalition au pourvoir, Nassib Lahoud, a annoncé jeudi sa candidature à la présidentielle, appelant à la formation d’un gouvernement d’union nationale après cette élection pour mettre fin à la crise dans le pays.
« J’appelle à un compromis interlibanais qui sera géré par un gouvernement d’union nationale après l’élection du président de la République », a déclaré M. Lahoud, devant un parterre de journalistes et d’hommes politiques, dans un centre d’exposition.
Le président élu « devra apporter une solution (à la crise) et non pas être son prolongement », a souligné M. Lahoud, âgé de 64 ans, avant d’annoncer formellement sa candidature.
Ancien ambassadeur aux Etats-Unis (1990-1991), ancien député (1991-2005) et candidat malheureux aux dernières législatives de 2005, Nassib Lahoud est le cousin du président sortant Emile Lahoud, mais politiquement, il lui est opposé.

Audiovisuel libanais

LBC (FORCES LIBANAISES, 14-MARS)
Émission : Les gens en parlent
- Invité : Nabih Berri, président du Parlement (un des chefs de l’opposition)
La réponse de la majorité à mon initiative n’en est pas une. Mais je vais la maintenir sans changement dans l’espoir que la majorité vienne à ma rencontre, à mi-chemin même, au dernier quart d’heure.
J’espérais que la majorité réponde dans les trois jours à mon offre, qui selon un sondage d’opinion bénéficie du soutien d’une majorité de Libanais. Elle a attendu 12 jours avant de se prononcer.
Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon et le Vatican appuient ma démarche. Ban Ki-moon m’a appelé aujourd’hui pour m’exprimer son soutien à mon initiative et m’a encouragé à continuer. Et on m’a transmis que le Vatican soutient mes efforts.
Mon initiative est le fruit de ma volonté de rendre effective l’élection d’un président à partir du 25 septembre.
Je mets en garde contre l’effritement du Liban si un président n’est pas élu conformément à la Constitution.

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions arabe, anglaise et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise et arabe.