Soldats allemands irradiés en Irak — Participation des avions de reconnaissance Tornados au largage de bombes à l’uranium américaines sur l’Afghanistan

« Le recours à des armes à l’uranium constitue une violation flagrante des droits de l’homme et du droit international. La République fédérale n’en utilise pas mais en participant à la FIAS et à l’Opération liberté immuable, en mettant à disposition ses Tornados et en soutenant les Etats-Unis, elle se rend coupable de complicité au regard de la loi.
Dans ces circonstances, le Bundestag devrait repousser catégoriquement le projet du gouvernement de prolonger le mandat FIAS/Tornados car il suppose la poursuite de l’utilisation d’armes à l’uranium, en particulier dans le cas des avions de reconnaissance Tornados. »
Christoph Hörstel

_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _

Un hôpital allemand soigne un sous-officier de la Bundeswehr dont la carrière militaire est étonnante : au printemps 2003, on lui a fait miroiter un avancement s’il démissionnait officiellement de l’armée allemande, s’engageait dans les troupes américaines, se battait avec celles-ci en Irak, et réintégrait plus tard l’armée de terre allemande.

Une section d’infanterie de la Bundeswehr devient de la chair à canon US en Irak

Aux dires de ce sous-officier, c’est une section complète de la Bundeswehr (une section comprend normalement 50 à 70 hommes) qui est partie en mars 2003 et a combattu en Irak aux côtés des troupes américaines là où elle pouvait s’attendre à être exposée aux radiations. Les choses se sont passées d’une manière différente de ce qu’avait laissé entendre le supérieur du sous-officier : Après leur engagement en Irak, la moitié des soldats appartenant à cette troupe spéciale germano-américaine sont morts d’un cancer manifestement dû à l’exposition aux radiations.
Certes, affirme ce témoin survivant, la Bundeswehr lui avait – comme à ses camarades – offert la possibilité de réintégrer l’armée allemande après son engagement dans la troupe américaine, mais, en raison de son état de santé, elle s’est, dans un premier temps, opposée à sa réintégration et lui a refusé tous soins. Ce n’est que plus tard qu’elle est revenue sur sa décision et s’est préoccupée de sa santé.
Les déclarations de ce soldat sont également importantes dans la mesure où l’on peut supposer qu’au moment de ce « prêt » de soldats aux forces armées américaines, le gouvernement Schröder subissait de fortes pressions de la part des Etats-Unis parce qu’il avait refusé catégoriquement que des soldats allemands participent à la guerre en Irak. Ce refus fut particulièrement apprécié au sein du pays et à l’étranger (et valut à Schröder sa réélection en 2002). Aussi est-il vraisem­blable que ces soldats, pour ne pas jeter complètement le discrédit sur le gouvernement Schröder, durent choisir la solution compliquée de la démission suivie d’une réintégration ultérieure et cela sous le sceau du secret absolu.
Toutefois, outre la tricherie politique, il existe un fait encore plus grave : on ne peut guère supposer que le haut commandement de l’armée ignorait la nature de l’engagement de ces soldats « prêtés ». L’opération avait certainement pour but de réduire les pertes américaines.
Le problème posé aux forces armées américaines par le syndrome de la guerre du Golfe (dommages sanitaires dus à l’exposition aux radiations des soldats engagés dans l’opération « Tempête du désert » en 1991 lors de la première guerre du Golfe déclenchée à la suite de l’invasion du Koweït par Saddam Hussein) est bien connu. Des milliers de demandes d’indemnisation ne sont pas encore réglées.
La question se pose donc de savoir si l’on a consciemment et cyniquement envoyé ces soldats au casse-pipe en échange de l’absence de représailles suite au refus officiel allemand de participer à la guerre.
Il est clair que le gouvernement allemand, au moment de l’engagement de ce sous-officier en Irak, était tout à fait conscient des ­risques sanitaires que représentaient, également pour les soldats qui les manipulaient, les munitions à l’uranium appauvri utilisées par les troupes américaines.

Carnet de tir d’un soldat ayant servi en Bosnie-Herzégovine

L’auteur de cet article possède des photocopies de la totalité du carnet de tir d’un soldat de la Bundeswehr qui a servi dans le camp de Rajlovac de la SFOR (Force de stabilisation en Bosnie-Herzégovine). (Tous les soldats de la Bundeswehr doivent tenir un carnet de tir dans lequel ses surveillants notent ses exercices de tir.)
S’il subsistait encore un doute sur le fait que a) le gouvernement allemand et l’OTAN savaient que les munitions à l’uranium entraînaient des dommages sanitaires et b) que des munitions à l’uranium ont été utilisées en Bosnie-Herzégovine, l’extrait – reproduit ici – du carnet de tir l’écartera définitivement. En effet, on peut lire, page 25 : « La participation à l’instruction sur les mesures de protection contre les armes à l’uranium ­appauvri (munitions à l’UA) est attestée. Rajlovac (le jour et le mois ont été caviardé pour protéger l’informateur), 2001, signature illisible, OFW = Oberfeldwebel [adjudant]. Puis on peut lire les résultats du contrôle de l’étanchéité du masque à gaz du soldat (taille 3, lunettes : OUI), le reste étant caviardé pour protéger l’informateur.

Victimes des munitions à l’uranium en Afghanistan

Il existe une quantité de crimes et de scan­dales autour de la guerre en Afghanistan mais ceux qui sont probablement les plus lourds de conséquences ne sont pas suffisamment étudiés, c’est-à-dire les graves dommages sanitaires subis par les Afghans à la suite de l’utilisation d’armes à l’uranium appauvri par les Américains, et notamment ceux occasionnés au matériel génétique des habitants, de même que l’augmentation de la mortalité infantile à la suite de graves malformations congé­nitales. Selon Albert Stahel, professeur à l’Institut de sciences politiques de l’Université de Zurich, ces armes continuent d’être utilisées. Il estime qu’environ la moitié des bombes larguées là-bas sont des bombes à l’uranium. Les Etats-Unis persistent à nier ce fait mais le résultat des examens effectués sur les victimes par le Pr Asaf Duracovic [1] montrent que cette dénégation ne correspond pas à la réalité. En outre, l’Air Force Print News Today américain a confirmé plusieurs fois, cette année encore, l’usage de ces armes.
Les personnes affectées souffrent, souvent énormément, de leurs effets bien connus et des enfants gravement atteints meurent dans les hôpitaux, certains après quelques jours seulement après leur naissance dans d’atroces souffrances. Mohammed Daud Miraki, Afghan de naissance vivant aux Etats-Unis, m’a confié en me remettant les photos reproduites ici – prises le 13 mars 2006 au Malalai Women Hospital de Kaboul ; il a également tourné une vidéo de cet enfant inconnu – que tous ceux qui participaient à des re­cherches sur les effets des armes à l’uranium ­craignaient non seulement pour leur carrière mais également pour leur vie. Il a ajouté que :
• les parents ne voulaient pas donner leur nom ni celui de leurs enfants éventuellement victimes de l’UA ;
• les médecins refusaient de participer à des recherches ;
• les directions des hôpitaux ne voulaient pas ordonner de telles recherches.
On oublie le Serment d’Hippocrate qui veut que tout soit fait pour prolonger la vie des patients, notamment que l’on effectue des diagnostics exacts et vérifiables.
Un sondage rapide réalisé auprès de la direction allemande d’un hôpital de Kaboul financé par l’Allemagne, qui travaille là-bas avec succès, a révélé que là aussi on craint des représailles si l’hôpital se met à chercher confirmation d’effets nocifs de l’uranium.
Cette réaction de toutes les personnes concernées amène nécessairement à concevoir différents soupçons :
• Les pouvoirs politiques répressifs sont conscients de leurs crimes et cherchent à les dissimuler par tous les moyens ;
• La recherche de preuves scientifiques de l’innocuité des armes à l’uranium a surtout pour but d’innocenter leurs utilisateurs.

Conclusions

Quant à l’ex-ministre de la Défense Peter Struck, il s’est rendu coupable d’avoir incité des soldats de la Bundeswehr à participer à la guerre en Irak en l’absence de toute décision du Parlement comme l’exige la Constitution. Plus grave encore est l’astuce de la démission temporaire : on peut estimer qu’il s’agit là d’une tromperie. Après tout, les soldats en question appartenaient encore à la Bundeswehr lorsqu’on les a informés de leur utilisation par l’armée américaine.
Le recours à des armes à l’uranium constitue une violation flagrante des droits de l’homme et du droit international. La République fédérale n’en utilise pas mais en participant à la FIAS et à l’Opération liberté immuable, en mettant à disposition ses Tornados et en soutenant les Etats-Unis, elle se rend coupable de complicité au regard de la loi.
Dans ces circonstances, le Bundestag devrait repousser catégoriquement le projet du gouvernement de prolonger le mandat FIAS/Tornados car il suppose la poursuite de l’utilisation d’armes à l’uranium, en particulier dans le cas des avions de reconnaissance Tornados.
Le fait que ce soit précisément Struck qui, maintenant, en sa qualité de président du groupe parlementaire SPD, exerce de fortes pressions sur ce groupe afin qu’il se prononce en faveur de la prolongation du mandat des Tornados représente un comble d’absence de scrupules.

Mission future du Bundestag

En fonction de ce que nous venons de dire, le Bundestag devrait tout d’abord dissocier FIAS et Tornados et, en cessant toute ­pression au sein des groupes parlementaires, respecter la liberté de conscience des députés inscrite dans la Constitution.

Le gouvernement fédéral ne devrait envisager l’engagement des Tornados et celui des troupes de la FIAS qu’après qu’il se sera assuré :
• que les bombardements consécutifs aux vols de reconnaissance n’utilisent pas ­d’armes à l’uranium et ne visent pas des civils (droit international !) ;
• qu’une enquête scientifique inattaquable réalisée par plusieurs institutions officielles – dont au moins une organisation onusienne et l’Office fédéral [allemand] de protection radiologique – aura examiné les allégations concernant l’utilisation et les effets des armes à l’uranium ;
• que la question aura été examinée et que des mesures auront été prises par l’OTAN, l’UE et l’ONU d’ici au mois d’avril 2008 ;
• que l’on aura pris des mesures préventives vérifiables en vue de cesser de recourir à des munitions à l’uranium lors de toutes les opérations de l’OTAN ;
• que l’on aura prévu des sanctions visant toute utilisation future desdites munitions ;
• qu’on aura décidé d’indemniser, pour tous les dommages occasionnés, à la fois les peuples victimes et les soldats des troupes utilisatrices.

Inutile de préciser que tout membre du Parlement qui approuve la prolongation du mandat FIAS/Tornados se rend coupable des crimes commis en Afghanistan et de ceux qui sont certainement prévus (guerre aérienne contre l’Iran).

[1] cf. Horizons et débats No 36 du 17/9/07, « Maladies non diagnostiquées et guerre radiologique », in : Croatian Medical Journal, 44(5) : 520-532, 2003 (Traduction Horizons et débats)