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Les États-Unis possèdent plus de 730 installations militaires dans le monde, réparties dans plus de 50 pays {(Source : Peace Pledge Union Information 2003)}

Une page de l’histoire s’est écrite le 2 avril 2004 quand les anciennes républiques soviétiques d’Estonie, de Lettonie et de Lituanie ont formellement rejoint l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). À la plus grande consternation de Moscou, presque immédiatement quatre avions de chasse belges étaient positionnés en Lituanie, à partir d’où ils patrouilleront l’espace aérien des nouveaux membres.

Les responsables de l’OTAN ont insisté sur le fait que ce déploiement ne préfigurait pas de nouvelles bases, ni de présence permanente de troupes aux frontières de la Russie. Mais les inquiétudes du Kremlin n’ont pas été apaisées lorsque l’Ukraine, située entre des pays de l’OTAN et le rivage russe de la mer Noire, a permis aux forces de l’OTAN de transiter par son territoire. Reste à savoir « vers où » ? Compte-tenu de la géographie, la réponse est manifestement : « vers les pays du Sud-Caucase et de l’Asie centrale » - à la frontière de la Russie.

Quelques jours plus tôt et à l’autre bout du monde, le 31 mars, l’U.S. Navy faisait elle-aussi l’histoire en mettant un terme à une présence de 60 ans sur la base navale Roosevelt Road à Puerto Rico. Considéré pendant la Seconde Guerre mondiale comme le pivot du Système de Défense du Bassin des Caraïbes, dans ses dernières années la base organisait des exercices navals sur l’île adjacente de Vieques qui ont pris fin en mai 2003.

Ce ne sont là que deux des derniers changements dans le cadre d’une réévaluation par le Pentagone des lieux où les États-Unis souhaitent installer des bases aériennes, navales ainsi que des postes des forces terrestres, des droits d’accès ou de stationnement et des accords de transit. De tels réexamens et repositionnements ne sont pas nouveaux ; depuis 1988, le Pentagone a mené quatre importantes séries de fermetures de bases ou restructurations de ses installations domestiques, et mettra en place une cinquième série en 2005. Les bases à l’étranger n’ont fait l’objet que d’une série de grandes restructurations - après la Guerre du Golfe de 1991 - mais des ajustements plus limités ont été effectués en réponse à la fois aux circonstances politico-militaires (qui ont mis en place la rotation continuelle d’une brigade de forces terrestres au Koweït dans les années 90 pour dissuader Saddam Hussein) et aux demandes des gouvernements des pays hôtes (consolider les bases de Marines à Okinawa et quitter les installations navales de la Baie de Subic aux Philippines).

Le Pentagone espère que son projet, le Global Posture Review, une fois entièrement mis en place, rendra possible des réponses rapides et adaptées aux contingences qui pourraient survenir en provenance de l’un des « intérêts nationaux vitaux ». Toutefois, deux de ces circonstances sont primordiales : contrer toute nouvelle émergence (et contenir celles qui existent) dans la « guerre globale au terrorisme » (Global War On Terror, ou GWOT) - avec l’Afghanistan, l’Irak et la traque de Oussama Ben Laden en corollaires - et des accès fiables aux ressources énergétiques.

Le Rapport sur les structures de base (Base Structure Report) énumère 702 bases qui appartiennent ou son louées par le Pentagone, avec environ 6 000 installations supplémentaires sur le sol des États-Unis ou de ses possessions. Aussi vaste que puisse paraître ce réseau, le Rapport sur les structures de base s’abstient étrangement d’inclure un quelconque site en Afghanistan, Ouzbékistan, Kyrgyzistan, Koweït, Qatar et Kosovo. À cela il conviendrait d’ajouter au moins quatorze garnisons en Irak.

Il y a aussi le problème des « informations minimisées ». En Asie, les dix installations du Corps de Marine d’Okinawa, dont la vaste base aérienne de 1200 hectares USMC Futenma, ne sont représentées que par une seule entrée. Le maillage d’installations de collectage de renseignement et autres installations militaires en Grande-Bretagne sont totalement absentes du rapport, possiblement parce qu’elles sont toutes, techniquement, des installations de la Royal Air Force. De plus, si un système de défense antimissile « phase de décollage » pour contrer les missiles nord-coréens peut être déployé sur des navires croisant dans les eaux internationales de la mer du Japon, une vouverture efficace par un système basé à terre pour contrer les missiles iraniens nécessiterait des sites de lancement au moins en Afghanistan et en Irak (ainsi que possiblement au Turkménistan), selon une étude du Congressional Budget Office achevée en juillet 2004.

Un peu d’histoire

« Destin manifeste » est le raccourci sémantique employé couramment pour qualifier la série de guerres, d’acquisitions et d’accords rompus qui ont alimenté l’expansion continentale vers l’Ouest par les colons européens du Nouveau Monde et leurs descendants du XIXe siècle. Il recouvre aussi une kyrielle de prétextes qui ont mené à l’annexion de Hawaï (7 juillet 1898), déclarée en vertu d’une résolution parlementaire conjointe, de même qu’à la guerre hispano-étasunienne (de mars à août 1898), qui a permis aux États-Unis d’obtenir Puerto Rico, Guam, la cession « permanente » de la Baie de Guantanamo à Cuba et le contrôle politique direct de Cuba jusqu’en 1902, ainsi que des Philippines jusqu’en 1946.

Avec le début du XXe siècle, les prouesses industrielles états-uniennes s’allièrent avec l’appui traditionnel du pays sur la liberté de circulation en mer pour un commerce sans restrictions, ce qui permit l’émergence d’un centre de pouvoir alternatif vis-à-vis de ceux en Europe qui se dirigeaient vers l’effondrement du « Concert européen ». Mais si la guerre, avec ses embargos et ses zones d’exclusion, était néfaste aux intérêts commerciaux états-uniens, une Europe sous un pouvoir unique pouvant réguler l’accès aux échanges continentaux au détriment des États-Unis.

Cette dernière considération a motivé deux politiques états-uniennes interconnectées qui, malgré quelques modifications, restent aujourd’hui pertinentes. La première est tactique : l’acquisition de bases stratégiquement situées ou de droits de stationnement et d’escale pour les navires de guerre états-uniens (et aujourd’hui les aviosn basés à terre ansi que les forces terrestres) - « stations d’approvisionnement en charbon » dans le jargon de l’époque. Bien que les groupes de bataille de porte-avions états-uniens incluent des navires de réapprovisionnement très efficaces, le fait de pouvoir compter sur l’accès immédiat à un port pour des urgences, embarquements ou rotation d’équipage est une diplomatie prudente.

La seconde, une politique stratégique, s’oppose à toute tentative d’hégémonie sur le continent eurasien. Par coïncidence, au moment où les États-Unis obtenaient pour la première fois des territoires d’outre-mer, Sir Halford Mackinder proposait (en décembre 1904) ce qui s’est illustré comme la « théorie du cœur continental »(Heartland theory) :

Qui gouverne l’Europe de l’Est domine le heartland ;
qui gouverne le heartland domine l’île-monde (Eurasie et Afrique) ;
qui gouverne l’île-monde domine le monde
.

Si la formule de Mackinder ne faisait probablement que donner une tonalité pédante à un impératif politique déjà défini (ce qui n’est même pas certain), le problème de l’accès continu aux marchés européens influença la décision des États-Unis de s’opposer à l’Allemagne impériale. La même logique se retrouve dans le soutien apporté par Franklin Roosevelt au Royaume-Uni (par exemple au travers du Lend-Lease) pendant la période allant de l’invasion nazie de la Pologne (1er septembre 1939) à Pearl Harbor (7 décembre 1941). D’une certaine façon, la Seconde Guerre mondiale se « métamorphosa » alors en Guerre froide, l’Union Soviétique communiste et la République populaire de Chine remplaçant l’Allemagne fasciste - au moins jusqu’à la rupture sino-soviétique en 1959.

Pendant que l’effondrement de l’Empire soviétique en 1989 et celui de l’URSS elle-même en 1991 mettaient un terme à la compétition idéologique Est-Ouest pour l’Europe, l’Europe elle-même avait tranquillement créé sa propre identité collective - l’Union européenne. Ironiquement, au travers de l’Organisation Mondiale du Commerce, les États-Unis rencontrent une opposition à certaines de leurs politiques commerciales, tarifaires et fiscales qui, sans le faire physiquement, menacent psychologiquement et économiquement de fermer l’accès au cœur continental aux affaires et échanges états-uniens.

Une dépendance énergétique croissante

Avec la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l’opposition des États-Unis à une Europe hégémonique fut étendue à une autre région. En février 1945, le président Franklin D. Roosevelt rencontrait le dirigeant du Royaume moderne d’Arabie Saoudite. Anticipant le fait que le pétrole deviendrait de plus en plus vital pour les États-Unis dans pratiquement tous les secteurs, Roosevelt conclut un marché : le garantie d’accès au pétrole saoudien en retour de la protection des États-Unis. En 1991, après avoir été informé par les renseignements états-uniens de l’invasion du Koweït par Saddam Hussein et le déploiement de troupes irakiennes le long des zones frontalières, les Saoudiens en appelèrent aux États-Unis pour qu’ils honorent la promesse de Roosevelt en 1945.

Liste partielle des bases d’opération avancée existantes ou en projet et bases de coopération militaires

Afrique
Dakar, Sénégal US Air Force
Entebbe, Ouganda US Air Force
Djibouti USMC et forces sp
Sao Tome et Principe Installations navales
Maroc Entraînement
Tunisie Entraînement
Cameroun Entraînement
Mauritanie Entraînement
Niger Entraînement
Tchad Entraînement

Europe / Méditérrannée Est
Bulgarie Aérodrome Sarefovo
  Aérodrome Graf Ignatievo
Roumanie Base aérienne Mihail Kogalniceanu
  Base d’entraînement de Babadag
  Installations navales de Mangalia
Chypre US Air Force
Bosnie Camp Bondsteel

Proche-orient et Golfe Persique
Bahrein Base Naval Juffar, quartier général de la 5ème flotte
Oman Base aérienne al Musnanab
Qatar Camp al Sayliyah
Quartier général avancé du CENTCOM
  Base aérienne Al Udeid
Koweït Camp Doha
  Base aérienne Ahmed Al Jabar
Irak (17 camps opérationnels) Camp Dogwood (occupé par les troupes du Royaume Uni)
  Camp Ramadi (US Army et Marine)
  Camp Liberty
  Camp Honor
  Camp Justice
  Camp Solidarity
  Camp Freedom
  Camp Independance
  Lieu ? : Site du bouclier antimissiles US
Yemen Installations navales Aden

Asie du Sud-Ouest
Afghanistan Kandahar
  Shindand
  Lieu ? : Site du bouclier antimissiles US
Pakistan Base aérienne Dalbandin : logistique
  Base aérienne Jacobabad : logistique
  Base aérienne Khwost : logistique
  Pasni

Asie centrale
Kighizistan Base aérienne de Manas
Turkmenistan Lieu ? : Site du bouclier antimissiles US
Ouzbekistan Karshi Khanabad

Asie de l’Est et du Sud-Est
Hong-Kong  
Diego Garcia Base aérienne
Australie (34 installations) Pine Gap : communications / radar
  Nummungar : radar
  Northwest Cape : communications
  Accès à la base aérienne de Delamere
  Accès à la base d’entraînement de Bradshaw
  Accès à la zone d’entraînement deShoalwater Bay
Singapour Quai pour porte-avion à Changi
  Transit et ravitaillement à la base aérienne de Paya Lebar
Corée du Sud Centre mobile de contrôle de drones.

Amérique du Sud et centrale et Atlantique Sud
Équateur Base aérienne de Manta : transit ravitaillement et unités anti-drogue
  Aruba : transit et ravitaillement
  Curaçao : : transit et ravitaillement
El Salvador Ile Ascension : communications / radar
Sources :
New York Times 22 septembre 2004
Rapport CBO « Altenatives To Present Army Basing », mai 2004
Rapport CBO « Alternatives for Boost-Phase Missile Defense », juillet 2004




La guerre de 1991 n’était pas la première fois que l’« or noir » était le catalyste de la guerre. Les besoins d’Hitler en pétrole pour la machine de guerre et l’industrie allemandes étaient en toile de fond lors de son assaut de l’Union soviétique, et les actions de Roosevelt visant à couper l’accès du Japon au pétrole avaient contribué à la décision de Tokyo d’attaquer les États-Unis. Aujourd’hui, selon la « doctrine Bush », le pétrole est devenu le catalyste pour le guerre préventive.

La raison pour laquelle il en est ainsi est évidente au vu des vastes quantités de pétrole que consomme l’économie états-unienne - 26 % de la consommation globale par 5 % de la population du globe. Quatorze de ses quinze principales sources de pétrole brut durant les deux premiers mois de l’année 2004 étaient des pays avec un accès direct au territoire états-unien (Canada et Mexique) ou un accès aux océans pour le transport direct. (Le quinzième, le Tchad, coincé dans les terres, dont la production pétrolière a démarré fin 2003, exporte son pétrole par le Cameroon). Le maintien de cet accès immédiat garde les prix bas sans restreindre sérieusement la mentalité « easy rider » largement répandue dans une portion significative de la population.




Le plan états-unien évolutif de bases militaires

Avant d’aller plus loin, il pourrait être utile d’expliquer la récente terminologie du Pentagone en ce qui concerne les bases à l’étranger et de décrire les actions actuelles liées à l’installation de bases.

Dans un briefing de fond conjoint des départements d’État et de la Défense sur la Global Posture Review, les officiers de briefing notèrent que 202 des 230 principales bases U.S. dans le monde sont aux États-Unis ou dans ses possessions. Mais ils signalèrent également que l’armée états-unienne est présente dans 5458 « installations militaires distinctes et discrètes de par le monde ». Celles-ci se divisent en trois principales catégories :

- principales bases d’opérations (main operating bases, MOB) avec des forces stationnées en permanence avec leur famille. Les bases actuelles en Allemagne entrent dans cette catégorie. Mais lorsque la nouvelle brigade moyenne remplacera les quatre brigades lourdes actuellement présentes en Allemagne, elle sera probablement stationnée au vaste complexe d’entraînement Grafenwoehr/Vilseck/Hohenfels - une « base d’opération rapide » (voir ci-dessous). Parallèlement, les bases aériennes de Ramstein et Spangdahlem (qui abrite deux escouades de chasseurs F-16) resteront des MOBs. L’Italie accueillera d’autres MOBs telles que la 173ème brigade aéroportée de Vicenza, les quartiers généraux de l’U.S. Navy en Europe à Naples, deux escouades de F-16 à Aviano ;

- des sites d’opérations avancées (forward operating locations, FOL) avec des installations « chaudes » comprenant des équipements pré-déployés ainsi qu’un petit groupe de soutien militaire, mais sans familles ;

- des sites de sécurité coopérative (cooperative security locations, CSL) pourvus d’installations rudimentaires uniquement occupées pour des entraînements, exercices et autres « interactions » militaires. Par exemple des locaux en Thaïlande pour pour des exercices conjoints Cobra gold avec les Thaïs et d’autres partenaires régionaux.

Environ un mois après le briefing conjoint des départements (23 septembre 2004), le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld décrivit pour le Comité sénatorial des forces armées la stratégie globale derrière le Global Posture Review :

« En Asie, nos idées se basent sur notre accès terrestre, aérien et naval actuel pour surmonter de grandes distances, tout en apportant des capacités aériennes et navales supplémentaires dans la région. Nous envisageons de consolider les installations et quartiers généraux au Japon et en Corée, d’établir des postes pour les forces d’opérations spéciales, et de créer de multiples avenues d’accès pour les opérations de contingences.

En Europe, nous prévoyons des forces terrestres plus légères et déployables ainsi que des forces d’opérations spéciales renforcées - le tout positionné pour être déployé plus rapidement vers d’autres régions si nécessaire - et des installations d’entraînement avancées.

Au Moyen-Orient au sens large, nous proposons de maintenir ce que nous appelons des installations "chaudes" pour les forces en rotation et les tâches contingentes, en s’appuyant sur la coopération et l’accès accordé par les nations hôtes lors des opérations Enduring Freedom et Iraqi Freedom.

En Afrique et dans l’hémisphère Ouest, nous prévoyons un maillage diversifié de sites de sécurité coopérative pour un accès contingent. »

Actuellement, une commission sur le déploiement d’outre-mer mandatée par le Congrès réunit les éléments à partir desquels elle formulera des recommandations qui délimiteront le projet du Pentagone à l’étranger. Le rapport final de la Commission est attendu pour le 15 août 2005. Ce travail complètera celui du comité Base Realignment and Closure (BRAC) qui commencera à se réunir en 2005 pour passer en revue les installations militaires domestiques et les fermetures recommandées, les réajustements et consolidations.

La sécurité énergétique et la présence militaire états-unienne

À première vue, la superposition des sites de bases militaires ou de pays alliés et des quinze principaux pays exportant du pétrole vers les États-Unis présente une divergence significative.

En excluant les alliés de l’OTAN que sont le Canada, la Norvège et le Royaume-Uni, seuls trois des 12 principaux fournisseurs actuels restants ont passé des accords de stationnement de troupes avec les États-Unis : l’Arabie Saoudite, le Koweït et l’Équateur, et l’un d’entre eux, l’Irak, est actuellement occupé par des unités militaires états-uniennes.

Russie
Sources principales ou potentielle de pétrole pour les US Route de transit de pétrole effective ou potentielle vers l’Atlantique ou le Pacifique Accès, transit ou présence militaire US effective ou potentielle
Dans le pays Dans un pays adjacent
Canada N/A X -
Arabie Saoudite Golfe Persique ; Mer Rouge X Koweït, Irak, Bahrein
Irak Golfe Persique ; Syrie ; Turquie X (occupé) Koweït, Turquie
Koweït Golfe Persique - Arabie Saoudite, Irak
Iran Golfe Persique - Afghanistan, Irak
Mexique N/A -  
Venezuela Oléoduc vers le canal de Panama - Colombie,Aruba, Équateur
Nigeria N/A - Sao Tome et Principe
Equateur N/A X -
Oléoducsvers l’Europe et la Chine - Kazakstan, Bulgarie, Roumanie, Azerbaïdjan, Géorgie
Angola N/A - Sao Tome et Principe
Algérie N/A - Italie
Gabon N/A - Sao Tome et Principe
Guinée Équatoriale N/A   Sao Tome et Principe
Tchad Cameroun - -
Sources potentielles significatives
Kazakstan Russie (Mer Noire) ; Iran ; Azerbaïdjan-Géorgie-Turquie ; Chine - Afghanistan, Ouzbekistan
Turkmenistan Afghanistan-Pakistan ; Iran - -
Azerbaïdjan Géorgie, Turquie - Géorgie
Ouzbekistan - X Afghanistan
Colombie Vénézuela pour la Chine X -

Dans le cadre de la guerre visant à écarter les Taliban du pouvoir en Afghanistan, les États-Unis ont sécurisé des FOLs (sites d’opération avancées) en Ouzbékistan (la base aérienne de Khanabad) et au Kyrgyzystan (la base aérienne de Manas près de Bishkek) pour environ 1000 ou 1200 militaires. Ces deux bases sont des FOLs toujours actifs. En Afghanistan-même, les États-Unis paraissent certains de garder le contrôle de la base aérienne de Bagram à l’extérieur de Kandahar. De plus, une base aérienne à Shindand, qui se situe à seulement quinze kilomètres de la frontière iranienne, abrite quelques 100 membres de forces spéciales avec un appui héliporté. Il a été rapporté que les Iraniens soupçonnent une possible transformation de Shindand en une base d’interception ou une base avancée pour une future attaque états-unienne.

Cela dit, la situation est différente lorsque les pays n’appartenant pas à l’OTAN et qui (1) sont les principales sources ou sources potentielles de pétrole pour le marché états-unien, (2) ont les plus grandes réserves de pétrole, et (3) ont des installations de transit vitales pour acheminer le pétrole sont comparés avec des pays qui ont des accords militaires avec les États-Unis, abritent une présence militaire états-unienne ou ont été identifiés comme possibles hôtes.

D’autres têtes de pont importantes dans le Golfe persique incluent le Bahrein et le Qatar, qui tous les deux accueillent des installations militaires stratégiques ; les Émirats arabes unis et Oman. En Europe de l’Est, suite à la fin des hostilités majeures en Irak, 150 Marines demeuraient stationnés dans une FOL du port de Constanta sur le rivage roumain de la mer Noire. En revanche, la présence états-unienne sur la base de Incirlik, en Turquie, a été nettement réduite, passant de 3000 à 500 militaires.

Le défi pour maintenir la domination

Les puissances militaires dominantes ont toujours dû s’occuper des pays ne faisant pas partie de leur « empire » - que l’empire soit formel ou informel. Cette règle s’applique toujours au XXIe siècle en dépit de la prétention états-unienne à un pouvoir et une influence « démesurés ». Par ailleurs un corollaire de cela s’applique toujours également : la tendance « naturelle » de ceux qui sont extérieurs à l’empire est de travailler ensemble pour séparer des morceaux de l’empire ou même saper l’édifice entier de l’empire.

Au commencement du XXIe siècle, les deux principaux acteurs extérieurs étaient la Russie et la Chine. Ils avaient eu une relation d’amour et de haine pendant le XXe siècle, une relation qui, après 1959, incluait une série de confrontations militaires le long de leur frontière longue et toujours militarisée. Dans les années 70, Richard Nixon jouait la « carte de la Chine » contre les Soviétiques en établissant des relations diplomatiques avec la Chine et en rétablissant des relations commerciales.

Mais le XXIe siècle a apporté avec lui un autre défi à la domination U.S. : l’émergence de groupes sub-nationaux enclins à terroriser des populations entières. La réaction initiale de l’administration Bush, suite aux attaques d’Al Qaïda le 11 septembre 2001, semblaient destinée à rallier le monde contre la terreur. Pourtant, en l’espace de 18 mois, l’association de l’ultimatum du président aux autres nations, leur demandant d’être « avec nous ou contre nous », et l’invasion états-unienne de l’Irak a permis à l’unilatéralisme de triompher. Les États-Unis, embourbés en Irak, étaient probablement moins sûrs en conséquence.

Ceux qui se complaisaient dans la « victoire » états-unienne face à l’empire soviétique, et qui sont arrivés au pouvoir en 2001 étaient singulièrement aveuglés par les leçons de la Guerre froide en matière de pouvoir des relations coopératives. Ils semblaient penser que les États-Unis étaient si dominants qu’ils pourraient assurer une sécurité unilatérale - ignorant totalement le principe de base qui veut que chaque action entreprise pour se rapprocher de ce but engendre une ou plusieurs contre-actions. La phase post-combats majeurs de l’aventure irakienne a finalement forcé l’administration à renverser sa tactique en invitant les Nations-Unies à les aider - mais a perdu son soutien ainsi que l’assistance vitale des agences non-gouvernementales en raison du chaos incessant dans de nombreuses parties de l’Irak.

L’unilatéralisme états-unien dans son effort pour contenir et réduire le nombre d’actes terroristes a eu d’autres conséquences négatives. Washington a tenté d’obtenir un soutien en ajoutant à sa liste d’individus et groupes suspects tous ceux nommés par ses « allies » dans la « guerre au terrorisme ». Par exemple, le 1er avril 2004, l’ambassadeur J. Coffer Black, le coordinateur de la lutte anti-terroriste au Département d’État, s’est présenté devant le sous-comité pour le terrorisme international du Comité des relations internationales de la Chambre des représentants pour témoigner au sujet d’Al Qaïda et la « guerre globale au terrorisme » (GWOT).

Sur Al Qaïda, il a affirmé que l’organisation présente toujours une menace en dépit de la perte de ses bases d’entraînement en Afghanistan et de l’arrestation ou de la mort de 70 % de ses dirigeants officiels et plus de 3 400 « agents ou associés ». Sur la guerre globale au terrorisme, il a isolé six organisations terroristes ou lieux dignes d’être mentionnés : Ansar al-Islam et le réseau al Zaquaoui, tous les deux en Irak, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat et le Salafiya Jihadyia, tous deux en Afrique du Nord, Jemaah Islamiya en Asie de l’Est et du Sud-Est et le Mouvement islamique d’Ouzbékistan. Il a aussi fait référence aux « milliers de jihadistes de par le monde qui se sont battus lors des conflits au Kosovo, au Cachemir, en Tchétchénie et ailleurs. »

Certains observateurs pensent que la mention du Mouvement islamique d’Ouzbékistan était un alibi pour l’utilisation de bases dans ce pays. Cependant le paysage « terroriste » d’Asie centrale-Chine de l’Ouest est confus, et c’est le moins qu’on puisse dire.Depuis des années, la Chine a minimisé les fréquents incidents violents dans la région autonome du Xinjiang-Oïgour (XUAR). Mais après le 7 octobre 2001, quand les premières bombes états-uniennes se sont abattues sur l’Afghanistan, Beijing a commencé à les exagérer, les attribuant aux « terrorists » islamistes du Turkestan oriental qui feraient partie du réseau terroriste international et seraient à ce titre une cible légitime de la Coalition menée par les États-Unis.

Au premier abord, Washington a résisté aux pressions de Beijing. Après sa rencontre du 6 décembre 2001 avec les vice-ministres des Affaires étrangères chinois Li Zhaoxing et Wang Yi, Francis Taylor, le coordinateur de la lutte anti-terroriste du Département d’État, déclarait : « Les problèmes économiques et sociaux auxquels sont confrontés les peuples de Chine occidentale ne sont pas nécessairement des problèmes de terrorisme et devraient être résolus politiquement plutôt que par le recours à des méthodes de contre-terrorisme. » Néanmoins, l’opposition se transforma en ambivalence jusqu’à ce que finalement le Turkestan oriental soit ajouté à la liste.

Un autre groupe, Hizb-e Tehir (HT) ou Parti de la libération, affirme qu’il compte de nombreux membres en Ouzbékistan, au Tadjikistan et au Kyrgyzystan. Son agenda inclut l’instauration d’un caliphat qui unirait le Turkestan de l’Est et de l’Ouest (le XUAR en Chine et les républiques d’Asie centrale, respectivement). Les médias russes les associent au Mouvement islamique d’Ouzbékistan, qui aurait adopté les vues de Hizb-e Tehir.

Un regard vers l’avenir

Comment définir l’avenir à partir de tout cela ? Pour le moins brumeux, jusqu’à ce que Commission de déploiement outre-mer finisse son travail. Mais d’autres examinent des options basées sur des critères définis par le Pentagone.

En mai 2004, le Bureau parlementaire du budget (CBO) publiait une étude qui examinait les bases à l’étranger et des options de redéploiement allant du status quo par des consolidations mineures à un retrait complet de la plupart des forces basées de manière permanente.

L’un des principaux critères pris en compte par le CBO était le « temps nécessaire pour déployer une brigade lourde de combat de l’armée (BCT) par voie maritime » jusqu’aux zones de conflits potentiels - l’un des arguments de l’administration pour demander un changement. (Le programme de « transformation » de Donald Rumsfeld prévoit de s’en tenir à une chronologie 10-30-30 : 10 jours pour déplacer les forces jusqu’à n’importe quel endroit du globe, 30 jours pour vaincre un ennemi et 30 jours pour récupérer en vue d’une autre guerre.) CBO s’est particulièrement intéressé au Nigeria, à l’Azerbaïdjan (importantes sources potentielles futures de pétrole), à l’Ouganda et à Djibouti (bases opérationnelles potentielles pour conduire des opérations en Afrique et sur la péninsule Arabique pour contrer l’instabilité et le terrorisme).

CBO a comparé les délais nécessaires pour déplacer un BCT d’hypothétiques FOBs en Bulgarie, en Pologne et en Roumanie avec les bases actuelles dans l’océan indien avec Diego Garcia (équipement sur les bateaux) ainsi qu’en Allemagne. L’Azerbaïdjan est la seule destination qui pourrait être atteinte plus rapidement (six jours) à partir de FOBs - mais seulement de Bulgarie et de Roumanie. Dans tous les cas, les départs de Pologne mettent autant de temps (ou un jour de plus) que d’Allemagne, alors que les départs de Bulgarie et de Roumanie prennent un, trois et six jours de plus que depuis Diego Garcia pour atteindre la Nigeria, Djibouti et l’Ouganda respectivement.

(Changer la configuration du BCT de tank-lourd pour adopter la nouvelle configuration équipée de Stryker permettrait d’économiser encore plus de temps par rapport au temps actuel, mais cette différence est davantage due au fait que les BCT équipés de Strykers peuvent être déplacés par voie aérienne plus efficacement.)

CBO s’est également intéressé au temps nécessaire pour déplacer les unités de service de combat et les unités de soutien de service de combat qui assurent la logistique des BCTs. Le laps de temps depuis l’Allemagne était égal ou plus court que depuis les États-Unis dans tous les cas, mais depuis le Qatar, qui abrite l’équipement d’une division entière, l’Ouganda et Djibouti pouvaient être atteints neuf et sept jours plus rapidement, respectivement, que depuis l’Allemagne.

L’étude du CBO suggère deux conclusions. D’abord, resituer les bases en Europe n’améliore pas le temps de réponse opérationnelle sauf pour la région de la Caspienne. Néanmoins, le Pentagone semble déterminé à poursuivre le retrait des plus importants sites principaux d’opération (MOBs) de troupes à l’extérieur des États-Unis tout en augmentant le nombre de FOLs et CSLs pour améliorer sa « liberté d’action ». Ces deux derniers types de bases sans aucun doute se multiplieront en Afrique sub-saharienne, en Europe de l’Est et en Asie du Sud-Ouest.

Ensuite, malgré les consolidations actuellement en cours en Allemagne (13 installations en cours de fermeture) et en Corée du Sud (18 installations en cours de fermeture), ce qui reste confirmé dans le rapport CBO est la remarque émise par des observateurs extérieurs selon laquelle les futurs sites de bases états-uniennes en Europe, au Moyen Orient, en Asie du Sud-Ouest et en Asie centrale seront liés aux sources de pétrole et aux considérations en termes de transport de pétrole.

Malgré des fermetures et consolidations supplémentaires aux 701 « installations » d’outre-mer (381 pour l’armée, 44 pour la marine, 2 pour les corps navals, 275 pour l’armée de l’air) identifiées par le CBO, les États-Unis continueront à maintenir la structure de bases à l’étranger la plus étendue de tous les pays. Pour le Pentagone, semble-t-il, non seulement « les sites de déploiement sont le plus important », mais ils sont aussi « partout ».