Madame la présidente,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

C’est pour moi un grand honneur que de pouvoir être aujourd’hui l’invité de la Fondation Rajiv Gandhi. Je souhaite aborder un thème, auquel Rajiv Gandhi s’est fortement consacré pendant toute sa vie politique. Je le fais avec un grand respect pour la réalisation de sa vie. Pour Rajiv Gandhi, la préservation de la liberté et de la sécurité et l’établissement de la justice sociale étaient au centre de sa pensée et de son action. Ce sont ces buts de liberté, de développement et de justice dans notre monde dans son ensemble, dans lesquels les politiques étrangères et de sécurité de l’Allemagne et notre façon de collaborer économiquement se sentent engagées. Ils sont actuellement inchangés et représentent une mission durable pour tous les hommes qui portent une responsabilité en politique, en économie ou dans la société civile.

 

Nous sommes, Mesdames et Messieurs, témoins au début du 21ème siècle d’une évolution dramatique se propageant profondément dans notre monde, qui est marqué très abstraitement par le concept de la globalisation. Les conséquences de ce changement ne se répercutent pas seulement avec insistance sur les possibilités d’action des états nationaux. Non, elles peuvent être senties jusque dans le quotidien de tout individu. Certains se sentent livrés avec impuissance à ses procédés et méchanismes. Mais la résignation et le fatalisme seraient des conseillers inappropriés. Toute forme unilatérale de critique envers la globalisation omet les énormes possibilités pour le développement et la croissance dans le monde entier - possibilités découlant de l’intégration des économies populaires nationales dans le système d’économie mondiale, comme du libre-échange et de la circulation des capitaux.

 

Nous voulons et devons profiter en commun des chances offertes par une coopération améliorée et la communication, des chances offertes par de nouveaux produits et de nouveaux emplois, mais aussi des chances d’amélioration de notre qualité de vie. Les marchés globalisés offrent aussi et justement pour les pays modestes et les plus pauvres de nouvelles perspectives et en cela des avantages. Le devoir de la politique ne peut donc être qu’influencer le processus de la globalisation et le gouverner, mais pas le combattre. Cette conduite est indispensable, pour que les hommes n’aient pas le sentiment d’être exposés à des forces anonymes, qui se dérobent à tout contrôle démocratique. En d’autres termes : une globalisation à dimension humaine doit être le but de nos efforts communs.

 

Mesdames et Messieurs, nous ne pouvons pas omettre les multiples effets positifs de l’interdépendance économique croissante. De nombreux pays ont atteint grâce à l’ouverture de leurs marchés une croissance plus rapide et plus forte. Le développement économique a mené à une meilleure espérance de vie et aussi à un niveau de vie plus élevé. Il y a des progrès en ce qui concerne la lutte contre la précarité. A travers les aides internationales servant à mettre sur pied les infrastructures, le régime de santé et le système d’éducation, les conditions de vie de millions d’êtres humains se sont améliorées. L’économie globalisée permet aussi aux pays plus pauvres l’accès aux nouvelles technologies et aux connaissances mises à la disposition de l’Humanité. En conclusion : des Etats toujours plus nombreux se sont décidés à prendre le chemin de la démocratie.

 

Et néanmoins il existe des zones d’ombre, que nous n’avons pas le droit de taire. Malgré tous les progrès, le fossé entre pauvres et riches n’a pas été surmonté. La faim, l’injustice et l’oppression n’ont toujours pas disparu. Trop de jeunes gens sont encore exclus de l’accès à la formation, et ainsi des chances d’une meilleure vie. Avant tout : le monde au début du 21ème siècle n’est même pas devenu plus sûr. Beaucoup d’espoirs liés à la fin de la Guerre Froide et la disparition de l’ordre mondial bipolaire ne se sont pas réalisés. Au contraire, le nombre des guerres entre les Etats a augmenté. Donc le terrorisme international, la violence privatisée, les structures étatiques en ruines et la propagation des armes de destruction massive menacent notre sécurité à tous. Des conflits régionaux vieux et toujours pas résolus empêchent une paix et une stabilité durable dans de nombreuses parties du monde. Mais il doit être clair pour nous tous que sans paix il ne peut y avoir de sécurité, sans sécurité pas de développement, et sans développement dans la durée pas de paix. C’est pourquoi nous sommes appelés, à travers un travail international renforcé en commun, à résoudre les vieux conflits et à faire face aux nouvelles menaces.

 

Mesdames et Messieurs, la lutte contre le terrorisme international est pour la communauté internationale un des plus grands défis. La sécurité ne peut être divisée dans notre monde. C’est ce que nous ont appris de façon cruelle les attentats à New-York et Djakarta, Madrid et Djerba, Bali et Beslan. La terreur, où qu’elle soit commise et quelqu’en soient les auteurs, est une déclaration de guerre à toute civilisation. En vient la question de notre amour-propre en tant que sociétés démocratiques, sociales et en paix, de mener le combat contre le terrorisme avec toute notre détermination. Nous savons que la sécurité pour nous tous ne peut pas être atteinte qu’avec des moyens policiers ou militaires. Qui veut rétablir ou maintenir la sécurité doit combattre la violence de façon déterminée d’un côté. Mais de l’autre côté, de la même façon et avec la même détermination, les causes de la violence et les racines du terrorisme doivent être prises en compte. Pour soustraire au fanatisme et au terrorisme leur terreau, nous devons nous préoccuper de la sécurité sociale, matérielle et aussi culturelle.

 

Le combat contre le terrorisme ne peut être gagné que lorsque les hommes vivent un succès dans leur propre vie, que lorsqu’ils apprennent que l’éloignement de la violence et du terrorisme paie, que le retour dans la communauté internationale amène à plus de liberté et de sécurité, également à plus de confort et à de meilleures chances de développement. Ce "dividende de paix" doit être accessible aux peuples.

 

Mesdames et Messieurs, un danger particulier et croissant pour la paix et la stabilité vient de la propagation des armes de destruction massive. Le risque, que des groupes terroristes se procurent un accès à de telles armes, ne s’est pas amenuisé. L’Allemagne et les autres pays de l’Union Européenne ont l’intime conviction que les instruments multilatéraux existants pour le contrôle des armements et la non-prolifération doivent être renforcés. Il est tout à fait évident que l’accomplissement de menaces globales nécessitent des réponses globales.Aucun pays dans le monde n’est aujourd’hui seul dans la situation de faire face aux nouvelles exigences.

 

Nous avons besoin pour cela d’un système multilatéral fort et effectif, qui repose sur la force du droit, et pas sur le droit des plus forts, qui offre un cadre fiable de coopération et solidarité entre les Etats, et malgré toutes divergences d’intérêt garantisse une gouvernance globale ; et nous avons besoin d’un système, qui encourage une utilisation eficace des ressources limitées de notre planète. Ce sont pour moi, Mesdames et Messieurs, les éléments centraux d’un multilatéralisme effectif.

 

Il n’y a qu’un endroit à la mesure d’une telle politique de multilatéralisme : les Nations Unies comme garantes de l’ordre universel du droit et de la dignité humaine. Nous soutenons avec une insistance particulière les efforts du secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, pour réformer l’organisation mondiale. Le conseil de sécurité a à ce sujet un sens particulier - l’organe central pour le maintien de la sécurité et de la paix internationales. Le conseil de sécurité n’est plus perçu par beaucoup - particulièrement par les Etats du Sud - comme représentatif de la communauté internationale du 21ème siècle. De là résultent encore maintenant des doutes sur la légitimité de ses décisions. C’est pourquoi une réforme et un élargissement de cet organe important est beaucoup plus que le réajustement - tardif - qui a vu l’élargissement des 51 Etats membres d’origine aux 191 actuels dans les Nations Unies.

 

Il est essentiel qu’un conseil de sécurité réformé reflète les réalités du monde d’aujourd’hui. La composition future du conseil de sécurité doit prendre en compte la place croissante d’Etats importants d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine. Les pays industriels devraient aussi y être considérés, eux qui ont exercé et continueront d’exercer des contributions essentielles à la préservation de la paix dans le monde et de la sécurité internationale. Ainsi l’Inde, comme plus grande démocratie du monde et membre fondateur des Nations Unies, et l’Allemagne ont l’intention et sont en passe de prendre plus de responsabilité dans le conseil de sécurité.

 

Mesdames et Messieurs, le renforcement du multilatéralisme ne s’épuise pas avec la réforme du conseil de sécurité. Le droit des peuples appartient aux fondements de notre système multilatéral. Amarrer l’interdiction de la violence fondée sur des principes dans la Charte des Nations Unies étaient une pierre d’achoppement dans le développement du multilatéralisme. C’est exactement sur cette voie et sur aucune autre que nous devons avancer. C’est pourquoi l’Allemagne s’emploie avec insistance pour que le droit des peuples existant continue à se développer, mais aussi pour que son respect s’améliore. L’édification de la Cour Pénale Internationale est en cela un pas significatif. Elle doit poursuivre en juridiction pénale les crimes les plus graves contre les droits de l’homme comme le génocide et les crimes contre l’humanité. Il est aussi important de rendre plus efficace la participation des pays en voie de développement dans les organes autorisés des institutions économiques et financières. Du reste, ceci ne vaut pas que pour la formation de l’opinion, mais aussi pour les décisions.

 

Mesdames et Messieurs, notre but commun est de faire partager tous les hommes aux chances de la globalisation et particulièrement d’ouvrir aux jeunes des perspectives honnêtes pour une vie libre, digne et une sécurité matérielle. Nous devons nous attacher à intégrer tous les pays dans les relations économiques globales de façon honnête. Nous devons empêcher que le monde ne se divise entre vainqueurs de la globalisation et perdants de la globalisation. Parce que le libre-échange prouve qu’il augmente les chances de prospérité, les pays pauvres doivent avoir accès aux marchés. Ils ne peuvent en être tenus à distance par des sanctions douanières ou des clauses de protection. C’est la raison pour laquelle l’Allemagne s’emploie à un accès plus large aux marchés pour les produits provenant de pays en développement et à la suppression de subventions déformant le commerce.

 

Nous allons aussi nous consolider pour le désendettement des pays les plus pauvres du monde. L’initiative de Köln pour le désendettement, initiée par mon gouvernement il y a cinq ans, englobe entre-temps 27 des pays en développements les plus pauvres et les plus endettés. L’initiative leur offre la possibilité de réduire leur dette dans une échelle totale de plus de 50 milliards de dollars. Cette convention indique aussi que les pays débiteurs investissent dans la lutte contre la pauvreté et s’engagent à une meilleure gouvernance.

 

Mesdames et Messieurs, une coopération régionale intensive des Etats et la construction d’organisations fortes et capables d’agir sont d’après ma plus ferme conviction un pas important vers plus de paix et de stabilité. C’est l’expérience historique que nous avons faite en Europe. A travers l’intégration de l’Europe, le marché commun et plus tard la monnaie commune et d’autres institutions, nous sommes arrivés à enliser les nationalismes qui avait amené tant de malheur sur notre continent. L’Europe - ce fut la réponse de nos peuples à la guerre et à l’annihilation, et l’Europe est aussi notre réponse aux exigences de la globalisation. A nous Européens s’offre la grandiose chance historique, de faire de notre continent le lieu d’une paix durable et avec elle d’un bien-être de ses citoyens durable. Les expériences de l’Union Européenne avec la coopération régionale et l’intégration ne peuvent peut-être pas servir de modèles pour être copiées facilement de part et d’autre. Mais on peut en apprendre également de telles expériences dans d’autres régions du monde.

 

L’Union Européenne est prête à prendre, vu sa taille, sa force économique et son poids, plus de responsabilité internationale. Pour cela elle a besoin de plus de partenaires dans le monde. C’est pourquoi la Commission Européenne a présenté des propositions à l’Inde, pour étudier comment le partenariat peut être développé et approfondi. Je me réjouis que ces propositions aient été accueillies positivement par votre gouvernement, Madame Gandhi. Dans les discussions que j’ai pu mener avec vous, nous avons beaucoup parlé de ces perspectives. J’ai de mon côté assuré au gouvernement indien tout le soutien concevable dans ce dessein, pour entrer dans une relation beaucoup plus étroite avec l’Union Européenne.

 

Je considère comme un développement encourageant de pousser à l’intégration plus avant : en Asie, en Amérique Latine et aussi en Afrique. Au début de l’année j’étais en Afrique et j’ai rendu aussi visite à l’Union Africaine à Addis Abeba. Précisément en Afrique, de nombreuses crises couvent avec des menaces considérables pour la stabilité régionale, et pas que pour la stabilité régionale. Il a été pour moi encourageant d’apprendre comment l’Union Africaine développe ses capacités à assurer la paix et la résolution de conflits. Les troupes de maintien de la paix et une mission civile d’observateurs de l’Union Africaine aident en ce moment à assurer le cessez-le-feu au Darfour.

 

Mesdames et Messieurs, dans l’union sud-asiatique échoit un rôle central à l’Inde, plus grande démocratie, en tant que pays qui a un développement économique vraiment impressionnant. Le processus de rapprochement qui a été instruit par l’Inde et le Pakistan, est pour la région dans son ensemble et au-delà d’une extrême importance. Dans mes discours d’aujourd’hui j’ai ressenti que le gouvernement indien veut avancer plus avant sur le chemin du dialogue et du développement de la confiance. C’est exactement ce que j’exprimerai dans les prochains jours en présence du président pakistanais.

 

Personne ne peut avoir d’intérêt à une course aux armements régionale en Asie du Sud. La paix entre les Etats - c’est ce que nous apprend l’expérience en Europe - est avant tout une question de confiance réciproque. J’espère et souhaite aux deux pays que pour toutes les questions sur la base de la confiance réciproque, des solutions acceptables vont être trouvées. Cela ne vaut pas que pour ces deux pays, et pas que pour la région. C’est important pour tout le monde.

 

Mesdames et Messieurs, un élement essentiel d’une politique de coopération fondée globalement consiste à encourager la compréhension mutuelle des cultures différentes. Des voix peuvent toujours être perçues de plusieurs parties du monde, qui donnent raison à un combat des cultures. Je trouve que nous devons nous y opposer ensemble de façon déterminée. Le combat des cultures ne jouerait qu’en faveur des forces du fanatisme.

 

Il y a beaucoup de choses qui peuvent accentuer les éléments communs aux cultures, et engager des conversations sur les valeurs qui nous lient : l’aspiration à la paix, la justice et la tolérance. Les sociétés qui organisent en leur sein un équilibre des intérêts, qui garantissent la participation de leurs citoyennes et citoyens dans l’expression des opinions, qui sont ainsi démocratiquement constituées et disposent d’une forte société civile, vont aussi chercher à l’extérieur un équilibre pacifique des intérêts.

 

Rajiv Gandhi avait cette cohésion à l’esprit, quand il chercha dans les années quatre-vingt le dialogue en question avec les organisations non-gouvernementales indiennes et l’étendit continuellement par la suite. Je me réjouis de pouvoir vous annoncer aujourd’hui que le gouvernement fédéral soutiendra à l’avenir le travail de cette fondation financièrement et dans des projets en commun, particulièrement dans le domaine de la formation.

Mesdames et Messieurs, le partenariat germano-indien est porté par le souhait de travailler en commun pour cela, pour venir à bout des défis de notre temps. Je suis fermement convaincu que cela est possible pour nos deux pays, car plus que l’exploitation d’opportunités économiques, un échange d’expériences sur les questions sociales et écologiques nous lie. Le respect mutuel des grandes cultures nous lie - c’est ce qui m’a toujours touché - et continue à porter des fruits comme choses en commun à ce jour. Parce qu’il en est ainsi, je suis persuadé que notre dessein, pour travailler pour le bien des Hommes de nos pays et dans une responsabilité de paix et de stabilité dans le monde, peut réussir.