(Résumé de la partie publique de l’audition)

1) EXPOSE DU PROFESSEUR J. RIES (UCL), MEMBRE DE " L’OEUVRE "

Le professeur Ries scinde son exposé en deux par-ties : quelques considérations générales, en qualité d’expert, et un témoignage sur " L’OEuvre " en particulier, en qualité d’ecclésiastique.

Le professeur Ries est docteur en théologie, licencié en philologie et histoire orientales (Leuven), auteur de nombreuses contributions scientifiques (notamment sur le manichéisme). Il a été professeur d’histoire des religions à l’UCL (1968-1990) et est un spécialiste des sectes et des " nouveaux mouvements religieux ".

1. Considérations générales

.1 Typologie des sectes

Sur le continent européen, de nombreuses sectes ont vu le jour depuis le début de notre ère : au cours du premier siècle, au moyen âge, au cours de la Réforme et aux XVIII e et XIX e siècles. Après la Seconde Guerre mondiale, on a surtout assisté à l’éclosion de sectes non européennes. Pour la commission d’en-quête, c’est toutefois la vague de sectes occidentales née après l968 qui est intéressante, dans la mesure où ce sont précisément ces sectes qui sont à l’origine des mouvements actuels.

Il convient, à cet égard, de se référer à l’important ouvrage du pasteur allemand, F.W.Haack, paru sous le titre " Jugendreligionen " (Munich, 1974), qui fait un tour d’horizon des sept sectes les plus importantes de notre temps.

.2 Analyse

La vague de sectes née après l968 ne se prête pas aux méthodes d’analyse de grands sociologues tels que Max Weber, Ernst Troeltsch ou Joachim Wach. Depuis l968, le phénomène des sectes dépasse en fait tous les phénomènes historiques analogues et cause de graves soucis aux hommes politiques et même aux Etats.

L’analyse du phénomène est avant tout la tâche des spécialistes, tels que les historiens des religions, qui peuvent notamment se pencher sur les causes de l’apparition de ces sectes.

.3 Le phénomène en tant qu’idéologie

L’expansion des sectes est incontestablement l’ex-pression d’une nouvelle sorte de religiosité dans le monde.

Il s’agit avant tout d’une idéologie présentant plusieurs facettes : on retrouve des références à l’hindouisme, au bouddhisme, à l’islam et au judéo-christianisme dans une forme de religiosité coupée des institutions authentiques. Ce constat vaut certainement pour les mouvements, importés d’Orient en Europe, via les Etats-Unis, après 1968, tels que la secte Moon.

Une seconde caractéristique est la quête du spirituel, du sacré, la recherche de nouveaux exemples et de nouveaux modèles choisis, le plus souvent, en Asie. La société occidentale, sécularisée et affaiblie par le règne de la technologie, subit un phénomène de pseudomorphose ( 1 ), qui est à l’origine de la gnose ( 2 ). Devenu étranger à un monde en pleine mutation, l’individu cherche un nouveau sanctuaire.

Enfin, la troisième caractéristique est la quête du sentiment religieux par l’éveil de l’énergie divine (recherche d’harmonie et d’union, typique pour les sectes venues d’Inde et du Japon). Les trois caractéristiques précitées relèvent de ce que l’on appelle le " holisme ".

.4 Sectes et comportement social

De l’adhésion à une idéologie déterminée résulte un comportement social déterminé.

* Le phénomène de la micro-société

Il s’agit de groupes antinomiques, c’est-à-dire de groupes qui se trouvent dans un état d’opposition totale à la société organisée, ses lois, ses structures et ses rapports sociaux. Ici se situe précisément la différence entre une secte et un mouvement religieux nouveau, authentique, qui s’appuie sur des valeurs évangéliques afin de les réaliser dans la société moderne.

* L’objectif de transformation sociale, sous la direction d’un gourou

L’idée d’un guide possédant la sagesse provient principalement d’Asie et se retrouve dans les sectes inspirées de l’Orient. En Europe occidentale, on fera plutôt appel à l’autorité d’un guide qui dirige son groupe de façon autoritaire. Ici aussi, il convient de faire une distinction par rapport à de nouveaux groupements religieux qui se basent sur une forme de charisme dont il est question dans les écrits de saint Paul et qui a été un des thèmes des travaux du Concile Vatican II. Il s’agit de deux mondes totalement différents, en ce qui concerne les fondements, l’organisation et le comportement à tous les niveaux. Seule l’Eglise peut reconnaître le charisme dans un mouvement qu’elle est appelée à approuver.

* La tendance à l’isolement social

Il existe un certain retour aux sociétés secrètes, à l’occultisme, la magie, etc.

.1 Psychologie et thérapie dans les sectes

Dans son ouvrage " La spiritualité totalitaire " (Paris, 1995) le professeur français Michel Lacroix met en lumière la problématique des sectes intellectuelles qui, de toute évidence, répondent à des besoins de développement personnel dans un climat de crainte généralisée et à des questions à caractère culturel de l’homme post-moderne.

De soi-disant idéologies de substitution devraient permettre l’Homme du Verseau (Aquarien) de se transcender en une personnalité sans limites. Cette théorie a fait le succès du mouvement " New Age ", né en Californie et qui annonce l’avènement d’une humanité nouvelle.

.2 Spécifiques de ce que Haack appelle " Jugendreligionen ", sont encore les caractéristiques de la mystique d’un chef de groupe (maître du rituel d’initiation), la gnose et la séduction émanant du groupe qui entoure le novice. Une différence par rapport à la foi catholique est qu’il n’y a pas de véritable conver-sion, mais une incitation, une manipulation, un langage propre et la perte de contact avec la réalité.

1.7. L’Eglise catholique n’est pas indifférente au problème des sectes. Deux enquêtes ont déjà été effectuées par des conférences nationales et épiscopales. * **

1. TEMOIGNAGE CONCERNANT

L’OEuvre Le professeur Ries est attaché depuis le 19 mars 1960, au Paulusheem (dénommé depuis 1973 " L’OEuvre ") et est dès lors parfaitement au courant des objectifs de cette association, de la vie évangélique et de l’esprit et de la méthode de formation.

.1 Les personnes

La Mère Fondatrice, Julia Verhaeghe, laisse une forte impression. Le témoin la connaît depuis 36 ans et, après des centaines de rencontres, il parle d’elle comme d’une personne d’une grande force spirituelle qui s’engage pour les autres, simple, humble et équilibrée. Elle est pleine de respect pour son prochain et a le sens de la réalité et de la communauté. Elle possède en outre une grande clairvoyance, des connaissances étendues et une bonne faculté de jugement.

Dans son chef, il n’a jamais été question d’intérêts politiques ou économiques. Elle ne désirait ni subis-sait l’influence de personnages comme Mao, Lénine, Staline ou Hitler.

Plusieurs évêques et ecclésiastiques, qui l’ont suivie de près pendant des dizaines d’années (également à Rome), n’ont que des éloges pour elle et pour sa fidélité au charisme.

Elle sait faire une nette distinction entre l’élément religieux et l’élément humain, entre l’Eglise comme institution divine et les faiblesses des hommes.

Une estime analogue vaut pour Soeur Maria Katharina Strolz, responsable internationale des soeurs, et pour le Doyen Theo van Galen, prêtre responsable régional pour l’Europe du Nord.

.2 Les groupes

L’OEuvre comprend :

a) les soeurs rendent divers services à l’Eglise, à la demande des évêques, des autorités de Rome ou même des autorités civiles. Ces services sont rendus dans un véritable esprit d’humanisme chrétien, au niveau religieux, social, culturel ou éducatif ;

b) les frères contribuent au charisme, dans un esprit d’unité, de paix, de joie et de fraternité ;

c) les prêtres, dont un groupe des prêtres diocésains associés et un groupe de prêtres appartenant à la communauté sacerdotale par l’alliance au sein des trois conseils évangéliques.

Les missions du groupe de prêtres diocésains consistent essentiellement en divers services à la communauté ecclésiale : sacrements, prédication, catéchèse, formation, travail social et culturel, ainsi que travail académique. Les prêtres du deuxième groupe sont membre de L’OEuvre au sens strict, conformément au code de droit canon de 1983. Ils sont formés à Rome, au Collegium Paulinum, et ordonnés prêtres par des évêques qui sont désignés par les autorités ecclésiastiques ;

d) les laïcs et les familles qui souhaitent s’engager volontairement à L’OEuvre, mais sans aucune obligation financière vis-à-vis de l’association.

.1 Statut - organisation

En Belgique, L’OEuvre a la forme juridique d’une association sans but lucratif dont les statuts ont été publiés au Moniteur belge ( 1 ). Sur le plan ecclésiastique, L’OEuvre dépend entièrement de l’Eglise catholique, qui est seule compétente pour examiner les statuts de l’organisation et porter un jugement sur la vie spirituelle et religieuse de ses membres.

Le Concile Vatican II et la publication, le 25 janvier 1983, du nouveau code de droit canonique par le pape Jean-Paul II, revêtent une grande importance dans l’existence de la communauté, qui a été fondée en 1938.

Deux structures essentielles de l’OEuvre doivent recevoir l’approbation et la reconnaissance de l’Eglise, à savoir : L’OEuvre en tant que telle, et la communauté de prêtres. Parallèlement à l’évolution progressive de son charisme, l’association a obtenu sa reconnaissance, chaque fois par diocèse et sous la responsabilité de l’évêque du diocèse. En Belgique, l’OEuvre a été erigée dans le diocèse de Tournai en 1959. L’approbation lui a été accordée à Liège en 1985 et à Hasselt en 1991. L’OEuvre et sa communauté de prêtres ont également été reconnues à l’étrangers dans 17 diocèses, dont celui de Rome, où l’OEuvre a son siège.

.2 Charisme et spiritualité au sein de L’OEuvre

Par charisme, il faut entendre un don spirituel spécifique pour le bien et le service à la communauté. Le mot a été souvent utilisé au cours du Concile Vatican II pour décrire la spécificité et l’authenticité de nouvelles communautés religieuses. Le charisme de L’OEuvre est reconnu officiellement par l’Eglise catholique, tant au niveau diocésain qu’au niveau collégial, par les vingt évêques, parmi lesquels des cardinaux, qui chacun ont reconnu L’OEuvre. Tous les actes d’érection et d’approbation ont été confiés au Vatican en 1994.

Le charisme de L’OEuvre est basé surtout sur les idées et les écrits de saint Paul (le nom originel de L’OEuvre était " Paulusheem "), qui voulait édifier l’Eglise en s’appuyant sur la foi, l’espérance et la charité. Ces trois piliers sont encore spécifiés dans trois conseils évangéliques destinés aux membres consacrés : la virginité, la pauvreté évangélique et l’obéissance de la foi. On sert le Christ en se mettant au service de ses frères et soeurs : soins aux malades, enseignement, assistance pastorale, catéchèse, travail de secrétariat, aide aux familles, aide sociale, recherche scientifique, vocation sacerdotale, etc.

Lorsque ces valeurs sont vécues dans le cadre familial, la famille devient le lieu où ceux qui la composent peuvent s’épanouir. Dans ce sens, la famille, le foyer, devient une " catacombe ", un symbole fort et suggestif, qui a été emprunté aux premières communautés chrétiennes. Dans la Rome antique, les catacombes étaient les lieux proches des tombes des premiers martyrs, où se célébraient les messes. L’OEuvre a repris ce symbole de dévouement désintéressé et de la réalisation des vertus théologales de la foi, de l’espérance et de la charité, sans toutefois faire obstacle à la liberté des membres de la famille. D’autres symboles sont les ornements liturgiques habituels.

Le charisme de L’OEuvre, les Constitutions, les écrits de la Mère Fondatrice et divers documents de l’association religieuse ont été examinés par des théologiens et des universitaires et leurs constatations ont été déposées au Vatican. Dans une lettre du 22 avril 1994, adressée à Mgr. Cauwe, secrétaire de la Conférence épiscopale de Belgique, Mgr. Re, substitut au secrétariat d’Etat du Saint-Siège, évoque non seulement la reconnaissance diocésaine de L’OEuvre, mais aussi la prépara-tion d’une reconnaissance papale.

L’OEuvre bénéficie en outre d’une forme de sécurité doctrinale interne : des dizaines de membres - prêtres et soeurs - sont titulaires d’un grade universitaire (docteur ou licencié) dans des domaines tels que le droit canonique, la théologie, la philosophie, la médecine, la philologie et l’histoire orientale, la sociologie, la pédagogie, les sciences économiques et administratives, les sciences naturelles, etc.

.3 Conclusion

a) Le professeur Ries estime, sur la base de sa compétence et de son expérience, que L’OEuvre n’est pas une secte, mais un mouvement religieux au sein de l’Eglise catholique, qui signifie pour la société une promesse et un enrichissement.

b) En ce qui concerne les accusations de violation du secret de la confession, le droit canonique prévoit pour cette faute la peine la plus lourde qui soit, à savoir l’excommunication. Il est cependant impensable que de telles pratiques s’installent dans une association qui a été reconnue dans vingt diocèses.

c) En ce qui concerne le prétendu intérêt de la Mère Fondatrice pour des dictateurs et des idéologies fascistes, le professeur Ries ne peut que constater que les bibliothèques de L’OEuvre ne possèdent aucun ouvrage de cette tendance.

d) Quant aux accusations de lavage de cerveau, d’atteinte à la liberté personnelle et de manipulation, l’intervenant estime qu’elles sont dénuées de tout fondement.

1) QUESTIONS

1° L’OEuvre et l’Eglise catholique

1. Quelle est la différence de conception entre L’OEuvre et l’Eglise catholique ?

Le professeur Ries fait observer que L’OEuvre fait partie de l’Eglise catholique. Toutefois, l’Eglise n’est pas une masse uniforme mais possède un certain nombre de propriétés et de catactéristiques spécifiques et se compose d’ailleurs d’un très grand nombre d’organisations comme par exemple les dominicains, les franciscains et les jésuites. L’OEuvre est l’un des nouveaux groupements qui sont apparus, surtout après le Concile Vatican II. L’Eglise examine le statut juridique propre à chacun.

2. L’OEuvre est-elle reconnue par l’Eglise catholique ?

L’OEuvre et sa communauté sacerdotale sont re-connues dans 20 diocèses de l’Eglise catholique. Les actes d’érection et d’approbation sont enregistrés à Rome et, d’après le professeur Ries, une approbation papale devrait intervenir prochainement. L’OEuvre en tant que telle pourra donc être approuvée par l’Eglise. Actuellement, le Vatican ne s’est pas encore prononcé, mais la procédure normale d’examen est en cours. En Belgique, trois diocèses ont reconnu L’OEuvre : Tournai, Hasselt et Liège. Chaque diocèse a une compétence juridique dans ce domaine. En revanche, l’Eglise de Belgique, en tant que telle, n’a pas cette compétence : celle-ci est réservée à chaque évêque pour son propre diocèse.

3. Que peut apporter L’OEuvre à l’Eglise catholique ?

Le professeur Ries estime que L’OEuvre peut avoir un certain rôle stimulant en tant que tenant de l’humanisme chrétien et en tant que facteur d’équilibre en ces temps d’incertitude morale. L’OEuvre peut contribuer au rétablissement d’un sens plus élevé des valeurs morales. Dans cette optique, L’OEuvre se présente d’ailleurs sous un jour pluraliste (le mouvement collabore avec des religions ou des courants de pensée non catholiques, voire non chrétiens).

4. La devise attribuée à la responsable, citée par des témoins, " ne pas penser, ne pas discuter, ne pas critiquer " est-elle compatible avec la doctrine de l’Eglise catholique ? D’après le professeur Ries, la devise citée est une caricature de la foi, de l’espérance et de la charité. Ce sont précisément ces trois éléments qui permettent de ne pas s’écarter de son objectif. Ils doivent être compris à la lumière du charisme et d’un humanisme chrétien qui doit être vécu par chacun d’une manière personnelle. La force de L’OEuvre réside précisément dans une communauté au sein de laquelle l’apport individuel occupe une place centrale.

2° Manipulation mentale ?

a) Certaines sectes manipulent-elles leurs membres ? Comment cette manipulation s’opère-t-elle ? A-t-on décelé au sein de L’OEuvre des phénomènes tels que la dépersonnalisation et l’infantilisation ?

Le professeur Ries confirme qu’il existe des sectes qui se livrent à ce type de pratiques. Pour plus d’informations concernant ces sectes, on peut se référer à l’ouvrage déjà cité de Haack, qui a donné lieu à des recherches approfondies en Allemagne, et au rapport Vivien en France. Il n’est, en effet, pas toujours facile de faire la différence, d’un point de vue méthodologique, entre l’initiation, d’une part, et la fascination ou la répétition systématique d’une idéologie aboutissant à une sorte de lavage de cerveau, d’autre part. L’infantilisation et la dépersonnalisation n’existent pas au sein de L’OEuvre, dès lors que la formation est dispensée suivant des programmes officiels d’études et d’apprentissage et par des professeurs agrégés venant du monde de l’enseignement.

b) Une vision collective a-t-elle été imposée aux membres comme étant la seule vraie vision ?

Il n’existe pas de vision collective ; par contre, il y a, comme dans toute famille, la force de la communauté, qui est amplifiée par la force de ses membres (la " communio ", c’est-à-dire l’unité dans la diversité des dons, occupe une place centrale dans l’église).

c) Que peut apporter L’OEuvre à l’Eglise catholique ?

Le professeur Ries estime que L’OEuvre peut avoir un certain rôle stimulant en tant que tenant de l’humanisme chrétien et en tant que facteur d’équilibre en ces temps d’incertitude morale. L’OEuvre peut contribuer au rétablissement d’un sens plus élevé des valeurs morales. Dans cette optique, L’OEuvre se pré-sente d’ailleurs sous un jour pluraliste (le mouvement collabore avec des religions ou des courants de pensée non catholiques, voire non chrétiens).

d) La devise attribuée à la responsable, citée par des témoins, " ne pas penser, ne pas discuter, ne pas critiquer " est-elle compatible avec la doctrine de l’Eglise catholique ?

D’après le professeur Ries, la devise citée est une caricature de la foi, de l’espérance et de la charité. Ce sont précisément ces trois éléments qui permettent de ne pas s’écarter de son objectif. Ils doivent être compris à la lumière du charisme et d’un humanisme chrétien qui doit être vécu par chacun d’une manière personnelle. La force de L’OEuvre réside précisément dans une communauté au sein de laquelle l’apport individuel occupe une place centrale.

3° Le nombre de membres et de sympathisants en Belgique

A la question de savoir s’il y a plus de 500 membres, Soeur Bommerez répond par la négative. Il y a en Belgique une cinquantaine de membres, dont une trentaine de soeurs, quelques prêtres et laïcs ou familles de sympathisants.

4° Recrutement et procédures de formation

- Comment se déroule le recrutement des membres ? L’OEuvre organise-t-elle dans ce but des séminaires spéciaux ou des séjours gratuits à l’étranger ? Selon Soeur Bommerez, les membres sont contactés de diverses manières, généralement par une rencontre personnelle au sein de familles, chez des prêtres ou dans le cadre d’activités. L’adhésion au mouvement doit procéder d’un choix fait par des personnes arrivées à l’âge de la maturité, et le mem-bre doit s’appliquer à affirmer son choix et sa conviction. Il est faux que les enfants sont " embrigadés ". Des séminaires ou séjours sont organisés dans le but d’approfondir la foi, et non de recruter. Il peut cependant arriver qu’à ces occasions, des personnes veuillent suivre leur vocation au ministère sacerdotal, à la vie consacrée (dans l’OEuvre ou dans d’autres communautés ecclésiales), à la vie conjugale ou à une vie célibataire dans le monde.

- Existe-t-il des procédures de formation spécifiques destinées aux nouveaux membres ? L’OEuvre propose en effet un noviciat (gratuit). On ne demande ni argent, ni legs, ni vêtements aux membres lors de leur adhésion. Les membres ne sont pas du tout isolés de leur famille. La plupart d’entre eux ont conservé de bons contacts avec leur famille et celle-ci s’associe même aux événements importants au sein de L’OEuvre.

5° Réactions négatives à l’égard de L’OEuvre

1) Comment peut-on expliquer le fait qu’en Belgique, l’Eglise catholique se soit montrée très réservée à l’égard de L’OEuvre (l’évêché de Gand émet apparemment beaucoup de critiques) ? Lors de l’acquisition d’une maison dans l’évêché de Gand, nous nous sommes heurtés à la résistance d’un petit groupe d’action qui était clairement opposé à L’OEuvre. Soeur Bommerez nous signale que L’OEuvre a reçu, par cession, une maison des soeurs de Saint-Nicolas. Ces dernières ont immédiatement reçu la visite de quelques anciens membres de l’association pour les convaincre que L’OEuvre serait une secte et qu’ils continueraient à mener des actions contre ce mouvement. La maison a été restituée par la suite. L’évêché de Gand est au courant de cette situation. Toute cette histoire est liée à la teneur du livre de Rik Devillé et, comme on l’a dit, à l’action de quelques anciens membres.

2) Comment peut-on expliquer les nombreuses plaintes à l’égard de L’OEuvre ? Selon les témoins, des plaintes ont surtout été enregistrées après qu’un individu eût mis sur pied une action déterminée et, probablement, incité d’autres personnes à lancer un flot de rumeurs étayées ou non par de soi-disant preuves.

3) Le nombre important des plaintes est quand même remarquable. Pourquoi est-ce précisément L’OEuvre qui est accusée, alors que d’autres ordres existant au sein de l’Eglise catholique ne sont manifestement pas présentés sous un jour défavorable ? Est-ce que cela ne prouve pas qu’il y a quelque chose qui ne va pas ? Personne ne prétend, souligne le professeur Ries, que l’OEuvre ne soit pas confrontée avec des difficultés. Des problèmes se sont d’ailleurs posés à travers l’histoire de l’Eglise dans différents ordres et différentes congrégations de l’Eglise catholique. Néanmoins, le fait que des plaintes presque identiquement formulées reviennent dans plusieurs témoignages, trahit une action concertée, une machination dirigée contre L’OEuvre.

4) L’OEuvre considère-t-elle les affirmations de Rik Devillé comme diffamatoires ? L’OEuvre a fait examiner la question par un avocat, mais n’a, jusqu’à présent, pas encore pensé à déposer une plainte officielle. Le professeur Ries estime de toute façon que les témoignages formulés contre L’OEuvre ne correspondent pas à la réalité et sont donc contraires à la vérité. Les témoins veulent, preuves en main, démontrer que ces faits dénoncés ne sont pas avérés.

6° Les moyens financiers de L’OEuvre

- D’où L’OEuvre tire-t-elle ses ressources (dons, salaires des membres) ? Selon certains témoins, elle profite des moments de faiblesse de certaines personnes pour leur faire signer des engagements (en blanc).

Certains membres ont un travail fixe et disposent, par conséquent, d’un salaire. La règle de vie des membres consacrés étant celle de la communauté des biens, le salaire est mis à la disposition de la communauté. C’est la conséquence du libre choix de la vie en communauté.

Il va de soi que les ressources de L’OEuvre peuvent aussi être complétées par des legs et des dons. Cha-cun est libre de faire des dons et, quand une personne décide faire un don, c’est toujours en étant pleinement consciente de ce qu’elle fait. Le fait est que les membres ont leur mot à dire quant à l’utilisation des ressources.

Soeur Bommerez affirme que les histoires concernant la captation d’héritages, etc., ont été inventées ou déformées. Les membres ne sont pas obligés de signer des documents en blanc. Ce n’est que lorsqu’un membre devait se rendre soudainement à l’étranger, qu’il a fallu, dans un ou deux cas, prendre des dispositions exceptionnelles pour régler des questions familiales urgentes, ce qui ne saurait être confondu avec des documents en blanc.

Il est exact que le voeu de pauvreté librement émis fait partie des conseils évangéliques. Ainsi un membre consacré peut mettre des biens, y compris des héritages, à la disposition de la communauté. Il y a également beaucoup de personnes - oui ou non membres de l’OEuvre - qui veulent témoigner leur sympathie ou leur reconnaissance envers la communauté par un soutien financier ou par des dons en nature.

- Que penser de ce que l’on raconte à propos du placement de ces fonds (à l’étranger) et des gains qui en découlent ?

Soeur Bommerez nous fait remarquer qu’il existe également d’autres témoignages qui prouvent le contraire. L’OEuvre est, en tous cas, en règle en ce qui concerne toutes les formalités. Elle ne vise pas à réaliser des bénéfices, et ce n’est pas l’objectif de l’A.S.B.L. Les fonds nécessaires pour la subsistance quotidienne des membres et le fonctionnement des associations, se trouvent dans les pays où résident les membres.

7° La vie quotidienne des membres. Leur statut social

a. Quelles est, en ce qui concerne leurs droits à la sécurité sociale, la situation des membres qui désirent quitter L’OEuvre après 10 ou 20 ans ? Ont-ils un statut social et ont-ils droit à des allocations de chômage ? Au moment du départ, fait-on le bilan de ce que le membre a apporté à la communauté (travail, legs, biens, etc.) et de ce que le membre a reçu de celle-ci (un toit, de la nourriture, etc.) ? Ou bien, quitte-t-on L’OEuvre comme une sorte de paria ?

Contrairement aux divers témoignages d’anciens membres, Soeur Bommerez explique que pour les membres qui ont un emploi rémunéré, toutes les cotisations sociales sont payées ; pour les autres membres, l’OEuvre prend les dispositions nécessaires afin que leur soient dûment assurées prévoyance, sécurité sociale et assistance médicale. Les personnes qui quittent la communauté ont donc des droits, un " statut ", mais parfois, elles négligent d’entreprendre les démarches nécessaires afin d’exercer leur droit à certaines indemnités ou prestations.

Selon le droit ecclésiastique, une personne qui quitte légitimement la communauté dont elle fait partie ou qui en a été légitimement renvoyée ne peut rien lui réclamer pour quelque travail que ce soit, accompli dans l’institut, mais ce même droit canonique incite l’institut à l’équité et à la charité évangélique à l’égard du membre qui se sépare. L’OEuvre fait preuve d’esprit caritatif vis-à-vis des personnes qui le quittent : si possible, elle leur remet une somme d’argent qui leur permet de prendre un nouveau départ ; souvent elles ont obtenu durant leur formation et leur engagement dans l’OEuvre un diplôme supérieur à celui dont elles étaient titulaires à leur arrivée, elles ont acquis une plus grande expérience et de meilleurs qualifications professionnelles, de manière à ce qu’elles puissent acquérir un statut social plus favorable.

On a également affirmé qu’un membre qui a quitté la communauté avait été dépouillé d’un héritage important. Soeur Bommerez déclare que cet argent est toujours resté sur le compte personnel de cette personne et qu’elle en a fait libre usage après avoir quitté l’OEuvre.

b. A-t-on interdit aux membres d’assister aux funérailles de leurs parents ? Les a-t-on forcés de rompre avec leur famille (de déchirer des photos) ?

Soeur Bommerez affirme que l’on ne déchire pas de photos. La preuve en est qu’elles existent toujours. En général, la relation avec les parents des membres est normale et les représentants de L’OEuvre accompagnent même les membres aux funérailles. Des circonstances exceptionnelles (par exemple, un séjour à l’étranger) peuvent, en effet, empêcher un membre d’assister à une cérémonie importante telle que les obsèques d’un parent très proche.

c. Pourquoi n’a-t-on apparemment pas respecté le secret de la confession au sein de L’OEuvre et comment peut-on concilier ce non-respect avec la doctrine de l’Eglise catholique ?

Ce que l’on affirme est, selon le Professeur Ries, inexact. A côté de la confession, il y a également la " pastorale " de la confession, ce qui correspond à la préparation aux sacrements. Les jeunes doivent être préparés à la confession et apprendre ce que cela signifie exactement. On leur dit de manière générale ce qu’il peuvent éventuellement confesser. Cependant, lors du sacrement de la confession, le prêtre est tenu au secret de la confession de la manière la plus absolue et ce principe a dans tous les cas été respecté au sein de L’OEuvre. Pour l’Eglise, la confession est strictement personnelle et totalement secrète.

d. L’OEuvre considère-t-elle la maladie comme un péché ? Les membres n’ont-ils pas droit à des soins médicaux ?

Soeur Bommerez affirme avec force qu’il n’en est rien. Les histoires concernant des personnes qui n’auraient pas reçu de soins ont été déformées et ne correspondent pas à la vérité. Les témoignages tirés du livre de Rik Devillé ne donnent qu’une vision unilatérale des faits ; il s’agit en fait de mensonges et d’accusations diffamatoires. L’oratrice dispose de témoignages à ce propos.

Soeur Bommerez affirme également que les nombreuses histoires concernant des abus sexuels ne sont que des mensonges.

La vision que L’OEuvre a du mariage et de la sexualité est fondée sur le respect et le bon sens. L’OEuvre défend précisément l’institution familiale. Ses membres assurent la pastorale familiale et accompagnent les jeunes dans la voie du mariage. Il y a également un certain nombre d’infirmières qui travaillent entre autres dans une maternité.

e. Rédige-t-on toujours des déclarations quand un membre de la communauté tombe malade ou se blesse ?

Soeur Bommerez explique que l’association dispose toujours des prescriptions médicales, des documents relatifs à l’hospitalisation, etc. Les témoignages ne sont consignés que depuis peu, vu l’actuelle campagne de diffamation. Quand quelqu’un raconte des mensonges, la personne concernée est libre de rétablir elle-même la vérité. Le témoin assure que l’on a toujours dispensé les soins nécessaires aux membres.

f. Le secret des lettres est-il violé ?

Soeur Bommerez explique qu’on ne peut pas parler de violation du secret des lettres, mais que, dans les communautés religieuses, les séminaires, les écoles et internats, etc. il arrivait assez souvent, jusqu’aux années soixante, que les responsables ouvraient le courrier. Ce fait était accepté comme une procédure tout à fait légitime et normale. Cette situation a cependant évolué et, à présent, les membres de L’OEuvre reçoivent leur courrier fermé.

g. Existe-t-il des statistiques concernant les frais d’entretien des membres ? L’OEuvre achète-t-elle des vêtements, de la nourriture ? Peut-on calculer ce que chaque membre a coûté séparément ?

Les membres qui ont fait voeu de vivre les conseils évangéliques sont entièrement entretenus par L’OEuvre pour la vie. Les familles, les collaborateurs et les sympathisants doivent subvenir eux-mêmes à leurs besoins. On pourrait normalement calculer ce que l’entretien d’une personne coûte.

h. Pourquoi les membres de L’OEuvre sont-ils obligés de rédiger un rapport mensuel ou bimestriel de leurs activités ? Si ce n’est pas obligatoire, ce n’en est peut-être pas moins vivement souhaité. Doit-on parler des autres membres dans les rapports ?

Soeur Bommerez précise qu’il faut faire une distinction. D’une part, il y a des rapports normaux et indispensables concernant le déroulement efficace des activités (missions prévues, tâches effectuées, tâches à effectuer). D’autre part, il y a le respect pour le cheminement personnel de chaque personne, qui peut faire des communications personnelles en toute liberté, comme elle le veut et quand elle le veut.

Comme dans toute communauté poursuivant un but, on fait de temps à autre le point.

Il n’est cependant pas exact que les membres doivent s’espionner l’un l’autre. La vie au sein de L’OEuvre se déroule comme dans une famille, où les uns prennent soin des autres par charité et sens des responsabilités et non pas pour se contrôler mutuellement.

i. Existe-t-il au sein de L’OEuvre des techniques spécifiques pour faire disparaître la tension psychologique ou physique (imposition des mains, massages) ?

La communauté vit dans une ambiance franche, décontractée, familiale et sereine, en permettant à chacun de jouir de la détente dont il a besoin. On ne recourt à aucune technique spéciale (massages relaxants, ...). Soeur Bommerez qualifie les témoignages d’anciens membres concernant des abus sexuels de faux et vulgaires. On n’a jamais pratiqué d’exorcisme.

8° Les membres qui quittent la communauté

a. Combien de membres ont, jusqu’à présent, quitté L’OEuvre ?

Un grand nombre de ceux qui affirment avoir quitté L’OEuvre, n’étaient pas de véritables membres. Il y a, comme dans toutes les communautés, des membres qui décident vraiment de partir, mais ils ne sont pas nombreux.

b. Comment peut-on expliquer que des membres qui quittent la communauté, ne reçoivent apparemment pas toutes leurs données personnelles ?

Ceux qui en ont fait la demande par écrit reçoivent leur dossier. Avec certains anciens membres, les relations sont restées bonnes et normales dans un respect réciproque. Quand un membre souhaite quitter l’OEuvre pour des raisons personnelles et conformément aux règles du droit ecclésiastique, cela peut se faire en bonne entente commune. Pour ceux qui ont quitté l’OEuvre, contrairement aux engagements réciproques, l’OEuvre ne peut pas supporter les conséquences de leur geste.


Source : Chambre des Représentants de Belgique http://www.lachambre.be