Monsieur le Président,

Je remercie MM. Blix et El Baradei pour les explications au sujet de leur rapport trimestriel. Tous deux peuvent compter sur le plein soutien de l’Allemagne.

Le but de la communauté internationale demeure le désarmement complet de l’Iraq, et rien que le désarmement, afin d’éliminer définitivement la menace internationale que font peser les armes de destruction massive iraquiennes, comme le stipulent toutes les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.

Il s’agit maintenant de l’unité de la communauté internationale. Nous sommes solidaires dans la lutte contre le terrorisme international. Nous sommes unis dans la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive. Et nous sommes d’accord pour condamner le régime iraquien. Nous sommes partagés sur la stratégie à suivre pour parvenir à un désarmement effectif et complet de l’Iraq. Le Conseil de sécurité doit tout essayer pour trouver une approche commune en vue d’atteindre notre objectif commun.

Les explications de MM. Blix et El Baradei ont à nouveau montré ceci : la coopération de l’Iraq avec la COCOVINU et l’AIEA ne répond toujours pas complètement aux demandes des Nations Unies. L’Iraq aurait pu prendre plus tôt et plus spontanément une grande partie des mesures engagées récemment. Ces derniers jours, la coopération s’est cependant sensiblement améliorée. Il s’agit là d’une évolution positive, et il est d’autant moins compréhensible de vouloir interrompre maintenant cette évolution.

Dans la mise en œuvre des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, des progrès concrets ont été enregistrés dans tous les domaines : De nets progrès ont été réalisés dans le domaine de la technologie des vecteurs. Ainsi l’Iraq a informé les inspecteurs au sujet de ses missiles Al-Samoud. À la suite de l’inspection, la COCOVINU a constaté qu’ils dépassaient la portée autorisée. Après avoir fixé au régime iraquien un délai pour leur destruction, l’Iraq a commencé à détruire les missiles dans le délai qui lui avait été imparti. Ce progrès important montre qu’un désarmement pacifique est possible et qu’il existe une véritable alternative à la guerre. Ce développement positif indique également que la méthode de Hans Blix, qui consiste à donner au régime de Bagdad des délais concrets, débouchent sur des résultats. Cette méthode devrait également être appliquée à d’autres problèmes non résolus.

En ce qui concerne l’éventuel potentiel nucléaire iraquien, nous pouvons constater de grands progrès, comme nous l’a confirmé M. El Baradei. Les informations fournies par l’Iraq sont plausibles et vérifiables. La coopération au niveau des inspections est bonne. L’AIEA a l’assurance qu’elle disposera prochainement de résultats définitifs.

S’agissant des armes biologiques, des progrès ont également été accomplis dans des domaines spécifiques, comme les nombreuses bombes R-400 qui ont été déterrées et que la COCOVINU est en train d’évaluer. Bagdad a annoncé la remise d’un rapport détaillé répondant aux questions qui restent en suspens dans le domaine des armes biologiques et chimiques.

Les interviews avec des scientifiques iraquiens ne sont désormais plus contrôlées ni enregistrées. La réalisation d’interviews à l’étranger est en préparation.

Monsieur le Président, La France, la Russie et l’Allemagne ont présenté le 24 février dernier au Conseil de sécurité un mémorandum qui propose un régime rigoureux d’inspections intensives. Sur la base de ces propositions, les inspections pourraient être désormais renforcées et accélérées. Pour ce faire, il faut spécifier les problèmes qui restent en suspens et établir des priorités. Un calendrier devrait être prévu pour le règlement de chaque problème.

C’est pourquoi MM. Blix et El Baradei devraient nous présenter un programme de travail détaillé et complet dans lequel ils expliquent comment ils envisagent de mettre en œuvre avec leurs équipes le désarmement complet de l’Iraq demandé par les Nations Unies. Il est très important que ce programme de travail soit soumis sans retard au Conseil de sécurité. D’ores et déjà, nous attendons une déclaration des inspecteurs au sujet des "remaining key disarmament issues" (tâches clefs de désarmement restantes) mentionnées dans le "cluster report" déjà prêt.

Les inspections ne peuvent pas être poursuivies indéfiniment. L’objectif du désarmement de l’Iraq doit être poursuivi de manière énergique et systématique. Le gouvernement iraquien doit pleinement coopérer avec les inspecteurs.

Mais compte tenu de la situation actuelle et des progrès continus, nous ne voyons pas la nécessité d’une deuxième résolution. Pourquoi quitter la voie sur laquelle nous nous sommes engagés au moment même où les inspections menées sur la base de la résolution 1441 débouchent sur des résultats viables ?

Monsieur le Président, C’est la troisième fois en l’espace d’un mois que le Conseil de sécurité se réunit au niveau ministériel pour débattre de la crise iraquienne. Cela prouve la haute importance que nous attachons au désarmement de l’Iraq et au risque d’une guerre. La crise en Iraq préoccupe nos gouvernements, elle préoccupe les citoyens de nos pays. Elle préoccupe l’ensemble de la région du Proche et du Moyen-Orient. En raison notamment de cette dimension dramatique, prenons conscience de ce que représenterait une guerre : toutes les souffrances qu’elle infligerait à une multitude d’innocents et toutes les conséquences catastrophiques qui en résulteraient au plan humanitaire. Sommes-nous vraiment dans une situation où il nous faut opter pour la solution du dernier recours ? Je ne le crois pas, car les moyens pacifiques ne sont nullement épuisés.

Le Conseil de sécurité, nous tous devons prendre une décision cruciale et nous sommes probablement à un tournant historique. L’alternative est claire : le désarmement de l’Iraq au moyen de la guerre ou le désarmement en épuisant tous les moyens pacifiques. Nous avons tous présent à l’esprit les risques d’une option militaire : s’il y a une guerre, la région ne sera probablement pas plus stable mais plus instable, et ce pour très longtemps ; le terrorisme international sera renforcé et non affaibli, et nos efforts communs en vue d’un règlement des conflits régionaux rencontreront encore plus de difficultés.

Par contre, si nous optons pour l’alternative et réussissons à imposer le désarmement effectif et complet de l’Iraq avec des moyens pacifiques, le non-recours à la force, la maîtrise des armements et un système coopératif de mesures de confiance permettront d’améliorer les conditions d’un processus régional de stabilité, de sécurité et de coopération.

Monsieur le Président, Les résolutions 1441 et 1284 indiquent clairement la voie à suivre au Conseil de sécurité. Notre action doit continuer à s’appuyer sur ces résolutions. Les progrès réalisés ces derniers jours ont clairement montré qu’il y a une alternative efficace à la guerre. En prenant cette voie, nous renforcerons le rôle des Nations Unies et du Conseil de sécurité.

Je vous remercie.