Communiqué de la deuxième session extraordinaire de la Conférence islamique sur l’Irak

La deuxième session extraordinaire de la Conférence islamique au sommet s’est tenue le 2 Muharram 1424 H (5 mars 2003), à Doha, État du Qatar.

La Conférence s’est penchée sur la situation grave découlant des développements de la question irakienne, sur l’éventualité de voir la situation déboucher sur une confrontation militaire et sur les conséquences graves qu’elle pourrait avoir pour la région et le reste du monde.

Partant des dispositions de la charte de l’Organisation de la Conférence islamique et des principes de solidarité islamique entre les États membres qu’elle renferme et de la nécessité de respecter la souveraineté et l’intégrité territorial des États membres et se fondant sur les résolutions adoptées par les différentes sessions de la Conférence islamique au Sommet et de la Conférence islamique des ministres des Affaires étrangères, la Conférence :

1. S’est félicitée de l’acceptation, par l’Irak, de la résolution 1441 du Conseil de sécurité et de la coopération qu’il a manifestée en vue de faciliter la mission des inspecteurs internationaux. Elle a invité tous les États a soutenir les efforts islamiques visant à éviter la guerre et a exprimé l’espoir de voir cette coopération se poursuivre afin que les inspecteurs puissent parachever leur mission définie par la résolution du Conseil de sécurité. Elle a salué les appels lancés et soulignant la nécessité de poursuivre le travail des inspecteurs internationaux et de permettre aux efforts diplomatiques et pacifiques de trouver une solution a cette crise.

2. A manifesté son rejet catégorique de toute frappe contre l’Irak ou menace dirigée contre la sécurité et l’intégrité de tout État islamique et a souligné la nécessité de régler la question irakienne par les moyens pacifiques dans le cadre de l’Organisation des Nations Unies et conformément aux résolutions pertinentes de la légalité internationale.

3. A souligné la nécessité de préserver la sécurité, la souveraineté et l’intégrité territorial de I’Irak et des États voisins.

4. A indiqué que les États islamiques s’abstiennent de prendre part à toute action militaire dirigée contre la sécurité et l’intégrité territoriale de l’Irak ou de tout autre État islamique.

5. A demandé à la communauté internationale d’œuvrer pour l’élimination des armes de destruction massive dans la région du Moyen-Orient, y compris Israël, conformément au paragraphe 14 de la résolution 687 (1991), du Conseil de sécurité et a, à ce propos, appelé a mettre fin à la politique du deux poids deux mesures.

6. A exprimé son rejet de toute tentative visant à imposer des changements dans la région, à s’ingérer dans ses affaires intérieures ou a occulter ses intérêts et ses justes causes.

7. A réitéré sa solidarité avec le peuple irakien et a exigé que l’embargo imposé à ce peuple soit levé dans le cadre de la légalité internationale.

8. A demandé de nouveau à la République d’Irak de mettre l’accent sur la nécessité de respecter l’indépendance, la souveraineté et la sécurité de l’État du Koweït et d’assurer son intégrité territoriale à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues, de manière à éviter tout ce qui serait de nature à provoquer la reproduction de ce qui s’était passé en 1990. Elle a appelé à adopter des politiques pouvant assurer cela dans le cadre des bonnes intentions et des relations de bon voisinage. À cet égard, elle a appelé à la cessation des campagnes médiatiques et des déclarations négatives afin de créer un climat positif pouvant rassurer les deux pays quant à l’attachement aux principes de bon voisinage et de non-ingérence dans les affaires intérieures.

9. S’est félicitée de la reprise, le 8/1/2003 du travail de la Commission technique issue du comité tripartite sur la question des prisonniers et détenus koweitiens depuis 1990 et 1991. Elle a salué le fait que l’État du Koweït ait favorablement accueilli les informations sur ses ressortissants portés disparus, fournies par l’Irak à travers le Comité international de la Croix Rouge. A ce propos, elle a exprimé le vœu de voir se réaliser un progrès substantiel et concret sur cette question et s’est félicitée de ce que l’Irak ait restitué une partie des archives koweitiennes. Elle a demandé à l’Irak de restituer à l’État du Koweït le reste de ses archives et autres biens.

Déclaration de la deuxième session extraordinaire de la Conférence islamique sur la situation grave qui prévaut en Palestine

La Conférence islamique au sommet, réunie en sa deuxième session extraordinaire, qui suit avec la plus vive préoccupation les développements graves dont les territoires palestiniens occupés sont le théâtre et la situation tragique où vivent le peuple palestinien et sa direction nationale à la suite des crimes barbares perpétrés par les forces de l’occupant israélien et qui se sont soldés par de nombreuses victimes et de lourdes pertes en vies humaines et en dégâts matériels, sachant que les objectifs de cette agression consistent à imposer la politique du fait accompli, à menacer la ville d’Al-Qods et à saper les efforts régionaux et internationaux visant à stopper l’agression et à relancer le processus de paix :

Souligne que cette agression constitue une violation flagrante des droits du peuple palestinien et une violation non moins flagrante de toutes les conventions et de toutes les règles du droit international et du droit humanitaire, et notamment à la 4ème convention de Genève de 1949, tout comme elle tend à saper les efforts déployés pour instaurer la paix dans la région, eu égard aux conséquences graves qui en découlent pour la paix et la sécurité internationales.

Salue la résistance opposée à l’occupation par le peuple palestinien et sa direction légitime, sous l’égide du frère Yasser Arafat, et réitère son soutien à la juste lutte du peuple palestinien et sa détermination à continuer de mobiliser les énergies islamiques au service de la cause palestinienne.

Invite les dirigeants du monde islamique à apporter une assistance financière d’urgence à l’Autorité palestinienne pour couvrir les besoins créés par les problèmes consécutifs à l’agression israélienne qui perdure et s’intensifie pour la troisième année d’affilée. Cela permettra à l’autorité palestinienne de disposer des moyens de continuer à dispenser les prestations médicales et éducatives et à aider les centaines de milliers de sans emploi, et permettant du même coup de soutenir la résistance du peuple palestinien, de venir en aide aux familles des martyrs, des blessés et des prisonniers, et d’assurer le minimum nécessaire pour la reconstruction, la replantation des champs dévastés par la machine de guerre israélienne et la remise en état des routes et des infrastructures.

Réaffirme l’importance pour les médias de continuer à mettre l’accent sur l’évolution de la situation dans les territoires palestiniens occupés, de déployer des efforts constants en matière d’information en vue de mobiliser le soutien et la solidarité internationales avec le peuple palestinien dans sa lutte nationale légitime contre l’occupation israélienne.

Demande aux Nations Unies et au Conseil de sécurité d’assurer leurs responsabilités dans le maintien de la sécurité et de la paix internationales, en amenant Israël à mettre fin à son agression contre le peuple palestinien et en assurant à celui-ci la protection internationale nécessaire, afin de prévenir les graves violations commises jusqu’à ce qu’il parvienne à exercer ses droits nationaux inaliénables, conformément aux résolutions internationales.

Appelle à la tenue d’une réunion des hautes parties signataires de a IVème convention de Genève de 1949, pour statuer sur les violations commises par Israël dans les territoires palestiniens occupés et prendre les mesures nécessaires pour assurer une protection internationale au peuple palestinien vivant sous le joug de l’occupant israélien.

Réaffirme la position islamique constante au sujet de la cause d’Al-Qods al-Charif et de son importance pour le monde islamique, et particulièrement les conclusions du Comité d’A-Qods au terme de sa l9ème session tenue sous la présidence de Sa Majesté le Roi Mohamed VI, Souverain du Royaume du Maroc ; réaffirme également son soutien à la position de l’État de Palestine fondée sur l’attachement à la souveraineté sur Al-Qods al-Charif, en tant que capitale de l’État indépendant de Palestine.

Condamne la politique d’agression systématique, de colonisation, d’expansionnisme, de confiscation des terres, d’érection de barrages et d’un véritable mur de d’apartheid pour y construire ou agrandir des colonies, de construction de routes de contournement et toutes les autres activités de colonisation pratiquées par les autorités sionistes et qui constituent une violation flagrante des résolutions des Nations Unies et du droit humanitaire international, en particulier la 4ème convention de Genève de 1949, considère les colonies comme des constructions illégales, nulles et non avenues et qu’elles doivent être démantelées, conformément à la résolution n°465 du Conseil de sécurité.

Confirme la nécessité d’une action prompte de la part de la communauté internationale et en particulier du groupe des quatre (États-Unis, Fédération de Russie, l’Union européenne, ONU) pour :

- l’arrêt de l’agression israélienne contre le peuple palestinien, des assassinats, des arrestations, de la démolition des maisons, de la destruction des infrastructures et de la profanation des lieux saints islamiques et chrétiens,

- l’arrêt immédiat de toutes les mesures d’agression israélienne contre la ville d’al-Qods al-Charif et les autres villes palestiniennes, en particulier l’arrêt de la politique de judaïsation, d’implantation de colonies, de destruction de maisons, de confiscation des terres, de modification du caractère, des villes et l’arrêt immédiat de la politique d’isolement de la ville d’Al-Qods al-Charif de son environnement palestinien, de son blocus et de I’interdiction de l’accès aux lieux de culte ;

- amener Israël à renoncer à la construction d’un mur de l’apartheid qui mord sur les territoires palestiniens, crée une réalité attentatoire au droit frontalier de l’État palestinien et aggrave la situation dans la région ;

- garantir le retrait des forces d’occupation israéliennes, la levée du blocus intérieur et extérieur et de toutes les restrictions imposés aux villes, aux villages et aux camps palestiniens, ainsi que la levée de toutes les mesures et pratiques inhumaines pratiquées par Israël contre le peuple palestinien et qui sont contraires à toutes les conventions et à tous usages internationaux.

- l’arrêt de toutes les activités d’implantation de colonies israéliennes dans les territoires palestiniens occupés, y compris la ville d’al-Qods al-Charif,

- la libération de tous les Palestiniens détenus dans les prisons israéliennes,

- l’autorisation de l’entrée des produits médicaux et alimentaires dans les territoires palestiniens et le déblocage des fonds palestiniens saisis par Israël,

- la reprise des négociations de paix sur la base des principes sur lesquels elles ont été fondées, en particulier les résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité, le principe de la terre en échange de la paix et à partir du point où elle se sont arrêtées, conformément à un calendrier précis et à des mécanismes fondés sur les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, l’initiative de paix arabe comportant I’établissement d’un État palestinien indépendant ayant pour capitale Al-Qods al-Charif sur les territoires occupés par Israël en 1967 et le règlement d’une manière équitable du problème des réfugiés conformément aux résolutions internationales et en particulier la résolution 194.

Les dirigeants réaffirment leur totale solidarité avec la Syrie et le Liban et leur rejet de toute menace dirigée contre ces deux pays frères. Ils réaffirment la nécessité du retour du Golan syrien occupé jusqu’aux frontières du 4 juin 1967 et du retour, à la souveraineté libanaise, des territoires libanais occupés, y compris les fermes de Chaba.

Source : Organisation des conférences islamiques