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Tribunes et décryptages - 24 janvier 2006
Russie : la grande offensive de George Soros trahit l’urgente réalité énergétique

Décryptage

Le 23 janvier, le FSB, les services de renseignement russes, ont dévoilé avoir démasqué un réseau d’espions britanniques travaillant à l’ambassade britannique à Moscou. Le FSB a affirmé que les agents identifiés entretenaient des contacts avec des organisations russes prétendant lutter pour la défense des Droits de l’homme. Cette révélation n’arrive pas à un moment politiquement neutre. L’affaire a été découverte à la fin de l’année 2005, mais est dévoilée à la presse alors que doit être promulguée la loi renforçant le contrôle de l’État sur les associations financées depuis l’étranger. Cette loi est présentée dans la presse occidentale mainstream comme une nouvelle entrave aux libertés démocratiques mise en place par un Kremlin de plus en plus autoritaire, tandis que Moscou affirme qu’elle vise à empêcher des opérations de déstabilisation du pays par des États étrangers sous couvert d’actions d’ONG, comme en Ukraine ou en Géorgie.
Curieusement, la presse occidentale a laissé bien peu de place à la question des organisations faussement non-gouvernementales dans ses pages « opinion ». Par contre, elle s’est largement fait l’écho du différend russo-ukrainien sur le prix du gaz ; toujours dans une optique défavorable à la Russie. Dans cette campagne, on peut noter la suractivité de Project Syndicate, un cabinet de diffusion de tribunes abondamment financé par l’Open Society Institute de George Soros, une organisation menacée par la loi russe sur les associations, tout comme d’autres organisations financées également par le milliardaire états-unien.
Tout comme il est difficile de croire que la révélation des activités des espions britanniques par le FSB est un hasard du calendrier, il est douteux d’imaginer que l’activité de Project Syndicate sur la question ukrainienne n’est pas une riposte détournée.
Le cabinet diffuse ainsi dans les médias qui lui sont affiliés des textes mettant à la fois en cause la politique énergétique russe et l’orientation politique du pays. Compte tenu de l’audience dont ils disposent et de l’effet de répétition, on constate que les arguments développés dans les tribunes estampillées Project Syndicate ont non seulement un impact sur l’opinion, mais aussi sur les autres analystes traitant de ces questions.

Le professeur d’études russes de l’université de Cambridge Alexander Etkind présente, dans le Taipei Times, La Vanguardia, le Korea Herald, le Daily Star, le Daily Times et sans doute d’autres titres, le régime russe comme archaïque et même « diabolique ». Il affirme que l’arrogance dont Moscou a fait preuve dans son différend avec Kiev a révélé la vraie nature du Kremlin à « l’Occident ». M. Etkind assure qu’aujourd’hui, le pétrole et le gaz russe ne servent qu’une petite élite qui s’enrichit et assoit son pouvoir en traquant les intellectuels et les opposants. Le Kremlin chercherait à construire une société sous-éduquée qu’on peut asservir en se contentant d’acheter la technologie étrangère. Pour lutter contre cette tendance, l’auteur appelle à une mobilisation des sociétés occidentales afin qu’elle boycottent les matières énergétiques russes.
Sous une forme moins virulente, l’ancien assistant du secrétaire états-unien à la Défense, le démocrate Joseph S. Nye, appelait lui aussi dans un texte Project Syndicate diffusé par le Korea Herald et le Daily Star, à une diversification des sources d’alimentation énergétique européenne.

Les lecteurs attentifs de nos publications ne sont pas pris au dépourvu face au développement des tensions sur la scène énergétique mondiale et à ce titre le conflit autour du gaz russe intervient de manière très prévisible. En effet le Réseau Voltaire s’est attaché à décrire cet ensemble de circonstances, essentiellement liées aux réserves et à la répartition mondiale des hydrocarbures, symbolisé par le « pic pétrolier », c’est-à-dire le point au-delà duquel la source d’énergie principale et la plus versatile de notre civilisation, le pétrole, déclinera irrémédiablement en quantité et qualité disponibles. De plus, la traditionnelle diversité des sources d’approvisionnement sera dorénavant remplacée par une dépendance croissante des pays grands consommateurs vis-à-vis du Moyen-Orient et de la Russie. Ce dernier phénomène s’illustre très clairement dans les tensions actuelles entre l’Iran, la Russie et l’Irak d’une part, tous trois dans le quatuor de tête des réserves en pétrole et gaz, et les pays atlantistes d’autre part, motivés par leur mode de consommation et de domination économique traditionnellement basé sur le contrôle d’une énergie abondante et bon marché.
La virulence des tribunes publiées actuellement tend ainsi à masquer les causes véritables du problème en s’appuyant sur le manque d’information d’un lecteur qui, même s’il occupe un poste à responsabilités dans le privé ou le public, n’est pas forcément averti des contraintes géologiques sous-jacentes. Il est alors aisé de brosser un portrait totalitaire de Vladimir Poutine ou Mahmoud Ahmadinejad, alors que ces derniers mènent clairement une politique très populaire qui consiste nationaliser les énormes profits générés par les prix des hydrocarbures, pour ensuite les redistribuer. Les récentes mesures sociales d’envergure en Russie, principalement une augmentation des minimas sociaux, sont bien entendu passées inaperçues dans la presse atlantiste. On assiste au même phénomène au Venezuela (et bientôt en Bolivie), avec cette fois un mouvement tout aussi populaire, mais politiquement décomplexé et plus ouvertement socialiste, donc plus difficile à camoufler d’ici.
Les élites financières des pays consommateurs exercent de réelles pressions politiques visant à empêcher la nationalisation des profits dans les pays producteurs d’hydrocarbures : ce sont autant de dividendes en moins pour les actionnaires des grosses compagnies pétrolières occidentales qui alimentent à leur tour souvent les budgets nationaux. L’agressivité croissante à l’égard des dirigeants cités, dans des tribunes promues par des spéculateurs comme George Soros, s’inscrit parfaitement dans ce mouvement de pression des milieux financiers et éclaire leur rôle dans les mécaniques de guerre.

L’ex-Premier ministre ukrainienne et ancienne magnat des hydrocarbures, Yuliya Tymoshenko, s’intéresse moins, pour sa part, à la question de la nature du régime russe qu’à celle de la relation de Kiev avec Moscou. Dans le Taipei Times, le Daily Times, El Tiempo et, sans doute, d’autres titres, elle dénonce le blocage par la Russie des solutions alternatives d’approvisionnement via la société RosUkrEnergo chargée d’alimenter l’Ukraine en gaz d’Asie centrale passant par la Russie. Elle stigmatise également la construction d’un gazoduc passant par la Mer baltique et alimentant directement les pays d’Europe occidentale sans passer par les pays de l’Est. Selon elle, ce gazoduc est un stratagème permettant à la Russie de couper l’alimentation en gaz des ex-pays communistes sans se priver de la fourniture lucrative aux pays occidentaux. Cet argument est le même que celui qu’avait développé Vytautas Landsbergis, l’ancien président lituanien, dans une tribune, elle aussi, diffusée par Project Syndicate. L’ex-Premier ministre ukrainienne estime donc qu’il faut dénoncer l’accord russo-ukrainien et accélérer l’intégration européenne de l’Ukraine afin d’empêcher la mainmise russe sur le pays.
Ce point de vue est commenté dans le Moscow Times par l’ex-diplomate suédois Anders Aslund. L’auteur est expert de Project Syndicate (même si ce dernier texte n’est pas diffusé par cette organisation), signataire des l’appel des 115 atlantistes contre Vladimir Poutine et ancien thuriféraire de la « révolution » orange. M. Aslund relaye les propos de l’ex-Premier ministre ukrainienne concernant le détournement de fond au profit de RosUkrEnergo et assure que le compromis trouvé entre Kiev et Moscou ne règle la question gazière que pour six mois. Toutefois, bien moins vindicatif que Mme Tymoshenko, il assure que l’accord est favorable à l’Ukraine. Selon lui, si le parti de Mme Tymoshenko a fait tomber le gouvernement ukrainien sur cette question c’est parce qu’il est passé dans l’opposition, pas parce que l’accord était mauvais. Ainsi, tout en ne contestant pas les accusations de détournements de fonds proférés par l’ex-égérie de la « révolution » orange, il accorde à Viktor Yushchenko le bénéfice du doute concernant ses négociations avec la Russie.

L’ancien président de l’Aspen Institute, Frederick Starr ,et l’ancien ministre géorgien de l’Économie, Vladimer Papava, s’inquiètent pour leur part de l’influence que le gaz russe donne à Moscou en Arménie et en Géorgie dans le Korea Herald, le Daily Star et le Taipei Times. Ils supplient les pays « occidentaux » d’aider la Géorgie pour empêcher un rachat par Gazprom du gazoduc alimentant en gaz la Géorgie et l’Arménie sous peine de voir ces pays tomber dans l’orbite russe.
Depuis la publication de cette tribune, le gazoduc a explosé, victime d’un attentat ce week-end, la Géorgie accuse sans vergogne Moscou d’en être responsable.

Ces derniers points de vue se heurtent à la dure réalité géologique. Avec la moitié des réserves mondiales de gaz naturel, la Russie contrôle le marché régional par la force des choses, d’autant que le gaz nécessite une importante infrastructure pour son transport. La présence de Gazprom, compagnie nationale russe, dans sa région paraît donc plus logique (bien que plus contestée dans la presse occidentale) que celle, par exemple, de British Petroleum, dont les actionnaires sont pour la plupart outre-Manche et outre-Atlantique.

Project Syndicate n’est pas seul dans sa dénonciation de l’influence russe.
L’ancien ministre conservateur britannique des Transports et de l’Énergie et porte-parole des conservateurs à la Chambre des Lords, David Howell, s’alarme dans le Japan Times de la crise russo-ukrainienne. Il estime que cela démontre que la Russie n’est pas un partenaire commercial fiable et que l’Europe, et surtout le Royaume-Uni ne doit pas trop compter sur le gaz russe sous peine de mettre en danger sa sécurité énergétique.
Dans le Los Angeles Times, Rajan Menon, de la New America Foundation, et Oles M. Smolansky, professeur de relations internationales de l’université de Lehigh, se réjouissent de l’accord trouvé entre Kiev et Moscou mais déplorent que « l’Occident » n’ait pas plus fait pour aider Kiev. Les auteurs affirment que l’Ukraine a globalement gagné son bras de fer avec Moscou qui essayait de lui extorquer des fonds et de la punir pour son rapprochement avec l’OTAN. Les auteurs estiment que si cela devait recommencer, « l’Occident » devrait utiliser la candidature russe à l’OMC pour faire pression sur Moscou et l’empêcher de s’en prendre à l’Ukraine. Mais il y a contradiction dans les termes avec cette proposition. La Russie doit justement libéraliser son marché du gaz pour entrer dans l’Organisation mondiale du commerce, et donc supprimer les prix préférentiels dont bénéficiait jusque là certains de ses voisins, dont l’Ukraine.
On constatera que le serpent se mord systématiquement la queue lorsque l’on tente de faire abstraction de notre position, certes humiliante, de dépendance vis-à-vis des ressources russes, iraniennes ou irakiennes, dans toute réflexion stratégique. Pour reprendre une déclaration récente du président iranien, nous avons davantage besoin de l’Iran qu’ils n’ont besoin de nous. Instaurons un dialogue, car taxer de totalitarisme leur volonté de contrôler leurs propres ressources ne peut nous mener qu’à la confrontation. Les peuples de Russie, d’Iran et d’Irak, qui sont beaucoup plus éduqués que les préjugés communs ne le donnent à penser, ne sont pas dupes.

Comme on peut le constater, la sphère de communication occidentale parle d’une seule voix sur le gaz russe. Cependant, hors des médias occidentaux, le différend russo-ukrainien est analysé d’un point de vue bien plus favorable à la Russie.
L’analyse qu’en livre deux experts du journal arabophone AlarabOnline en donne un aperçu.
Le journaliste Ali Ouhida ne stigmatise ainsi pas l’attitude de la Russie mais voit l’action de Moscou comme une contre-offensive visant à briser la politique euro-atlantique d’isolement de la Russie. Alors que les experts occidentaux voit un expansionnisme russe, l’auteur voit la politique russe comme un moyen de retrouver les liens naturels que Moscou entretenait avec ses voisins avant l’installation d’alliés de l’Occident aux commandes de pays voisins de la Russie. Pour Ali Ouhida, c’est la politique européenne qui est expansionniste et a échoué face à la démonstration de force russe.
Le chercheur Adel Samara, voit lui aussi cette affaire sous un bon œil. Pour lui, c’est le signe que le monde unipolaire n’est qu’un mythe et que la Russie a retrouvé son statut de grande puissance. Il conseille à l’Ukraine de retourner vers son ancien allié russe. Non seulement, il n’a rien à gagner en provenance de l’Occident mais en plus la Russie ne le laissera pas partir.

Réseau Voltaire




24 janvier 2006

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 Russie (Fédération de)

Thèmes
 Pétrole et ressources énergétiques
 Ukraine
 Nouvelle Guerre froide : la stratégie antirusse

Auteurs et sources des Tribunes et décryptages

« La Russie va-t-elle dominer l’Europe grâce au pétrole ? »

Auteur Alexander Etkind

 Alexander Etkin est professeur d’études russes à l’université de Cambridge.

Sources Daily Star (Liban), Taipei Times (Taïwan), Korea Herald (Corée du Sud), Daily Times (Pakistan), La Vanguardia (Espagne)
Référence « ’Oil-for-skills’ scheme fortifies Russian regime », par Alexander Etkind, Taipei Times, 13 janvier 2006.
« Paradojas del petróleo y gas ruso », La Vanguardia, 13 janvier 2006.
« Russia’s ’oil-for-knowledge’ scheme, Korea Herald, 14 janvier 2006.
« Illiberal Russia produces oil growth, but can it enjoy this ? », Daily Star, 17 janvier 2006.
« Russia’s ‘oil-for-knowledge’ scheme », Daily Times, 19 janvier 2006.

Résumé Quelle que soit votre voiture, quand vous payez votre plein d’essence, vous payez l’équivalent d’un mois de salaire d’un instituteur russe. Vous financez également un régime archaïque, inefficace et diabolique. La Russie a commencé son année de présidence du G8 en entamant une guerre du gaz avec l’Ukraine. Ayant pratiquement le monopole de l’approvisionnement de ce pays, la Russie a estimé qu’elle pouvait décider des prix à sa convenance. Mais l’Ukraine a pratiquement le monopole des livraisons, aussi la Russie a cédé aussitôt que les livraisons de gaz vers l’Europe de l’Ouest ont baissé.
Aujourd’hui, l’économie russe repose sur le gaz et le pétrole. Comme leur valeur augmente, les salaires aussi et cela crée de l’inflation. Pour la limiter, le gouvernement russe verse une partie des bénéfices à un fond de stabilisation. Mais comme le Kremlin n’a pas confiance dans ses propres valeurs boursières, le Fonds de stabilisation investit dans des titres occidentaux. Ainsi, le gouvernement perd une occasion de moderniser les villes, les routes, les hôpitaux et les universités de Russie. L’inflation se poursuit et les loyers deviennent hors de prix, ce qui pousse la population vers des activités illégales ou dans la pauvreté.
La Russie illustre une triste vérité de notre temps, à savoir que des pays qui n’ont rien de démocratique peuvent se développer aussi vite, et même plus vite, que des sociétés plus libres. Quand on a du pétrole, il suffit d’avoir des acheteurs pour s’enrichir. La plupart des pays qui disposent d’abondantes ressources naturelles ne sont pas des démocraties. La Russie a profité de la technologie et des modes de gestions occidentaux pour développer la production pétrolière. Les premiers qui en ont profité sont des hommes comme Mikhail Khodorkovsky mais ils ont été remplacés par des hommes mieux en cours. Mais les dirigeants étrangers n’y prêtent pas d’intérêt, certains comme Gerhard Schröder sont même à la tête de filiales de Gazprom.
Aujourd’hui, la Russie échange son pétrole contre des produits issus du savoir sans former ses propres spécialistes. Elle manque de géologues, d’économistes, d’avocats… un gang de politiciens lui suffit. Dans ce contexte, les gens éduqués sont dangereux et ils sont traités avec suspicion, voire harcelés, comme les ONG ou les partis politiques d’opposition. Les élections sont annulées ou truquées. Et les pays voisins sans pétrole sont soumis à un chantage. Dépendant qu’ils sont du gaz, du pétrole et des multinationales, les pays du G8 font preuve de beaucoup de tolérance à l’égard de leur président actuel, Vladimir Poutine. Mais l’arrogance des dirigeants russes a peut-être dépassé ce que l’Occident est prêt à supporter. Les sociétés occidentales doivent boycotter le gaz russe.

« L’accord sur le gaz d’Ukraine : la mauvaise solution »

Auteur Yuliya Tymoshenko

 Multimilliardaire ukrainienne, Yuliya Tymoshenko a été une des actrices principales de la « Révolution orange » en Ukraine. Suite à ce coup d’État, elle devint Premier ministre en janvier 2005, poste dont elle a été limogée en septembre 2005. Elle dirige le parti de la mère patrie, aujourd’hui dans l’opposition.

Sources Taipei Times (Taïwan), Daily Times (Pakistan), El Tiempo (Colombie)
Référence « Ukraine’s gas settlement : The wrong solution », par Yuliya Tymoshenko, Taipei Times, 9 janvier 2006.
« Ukraine comes in from the cold », Daily Times, 9 janvier 2006.
« Ucrania llega del frío », El Tiempo, 10 janvier 2006.

Résumé Le soupir de soulagement de l’Europe quand la dispute entre la Russie et l’Ukraine sur le gaz a soi-disant pris fin pouvait s’entendre jusqu’à Kiev. Mais cet accord, qui place les besoins énergétiques ukrainiens dans les mains d’une entreprise fantôme liée à un gang de criminels internationaux, soulève plus de questions qu’il n’en résout. C’est pourquoi j’attaque cet accord devant les tribunaux.
L’accord entre l’Ukraine et Gazprom, l’entreprise d’État russe, place l’avenir énergétique de l’Ukraine dans les mains de RosUkrEnergo, excroissance criminelle accroché à notre société de gaz par la volonté de l’ancien président Leonid Kuchma. Elle a pris le contrôle des importations de gaz d’Asie centrale en Ukraine et l’accord signé lui permet de garder ce contrôle. Je sais, pour avoir travaillé dans le gaz, que c’est un secteur totalement corrompu. Lorsque j’étais Premier ministre j’ai demandé une enquête sur RosUkrEnergo et j’ai découvert qui était les propriétaires de cette entreprise et comment ils avaient obtenu le contrôle des importations. Aujourd’hui, ce dossier est aux oubliettes depuis mon limogeage. Mais l’approvisionnement de l’Ukraine, et de l’Europe, ne sera jamais sécurisé tant que le gaz transitera entre les mains de société opaques.
Cet accord nous pose aussi la question de la place de l’Ukraine en Europe. Comme tout autre pays, les relations de l’Ukraine avec le reste du monde sont déterminées par quatre facteurs liés : l’histoire, le patriotisme, les intérêts nationaux et la géographie. L’Ukraine a un intérêt stratégique au développement du libre échange, aux marchés ouverts à travers le monde, à disposer de voisins démocrates et prospères et à éviter tout conflit entre l’Occident et la Russie pour ne pas devenir un champ de bataille. Les risques dans « l’espace postsoviétique « restent importants, c’est pourquoi l’Ukraine souhaite intégrer l’Union européenne.
La proposition d’un pipeline en mer Baltique, qui amènerait le gaz en Allemagne directement depuis la Russie sans passer par la Pologne, l’Ukraine, les États baltes et le reste de l’Europe centrale, est une proposition dangereuse dans ce sens, car elle permettrait à Gazprom de cesser les livraisons à ses clients selon son gré, sans jamais mettre en danger l’approvisionnement de ses marchés préférés en Occident. L’Ukraine cherche à assurer sa sécurité et sa stabilité, nous ne pouvons accepter les accords qui nous placent dans les mains de sociétés opaques.

« Nouveaux joueurs et nouveaux enjeux dans une nouvelle guerre du gaz »

Auteur Anders Aslund

 Anders Aslund est un ancien diplomate suédois devenu conseiller économique des régimes de transition en Russie, en Ukraine et au Kirghizstan. Après avoir dirigé le Stockholm Institute of East European Economics et travaillé à la Brookings Institution, il dirige le programme de recherches économiques de la Carnegie Endowment for International Peace à Moscou. Membre du Groupe de Bilderberg, il préside le Comité consultatif du Center for Social and Economic Research (Varsovie). Son dernier ouvrage s’intitule : Building Capitalism : The Transformation of the Former Soviet Bloc. Il est signataire de l’appel des 115 atlantistes contre Poutine.

Source Moscow Times (Fédération de Russie)
Référence « New Players and New Stakes in a New Gas War », par Anders Aslund, Moscow Times, 12 janvier 2006.

Résumé Dans les années 2000-2001, l’Ukraine et la Russie ont adopté des réformes visant à limiter les abus de prix sur le gaz qui bénéficiaient aux oligarques. Un contrat entre la Russie et l’Ukraine fut signé et un accord sur les prix conclu. Après la révolution orange, la Russie et l’Ukraine firent part de leur mécontentement autour de cet accord. La Russie souhaitait obtenir des prix proches de ceux du marché et l’Ukraine demanda des relations commerciales plus saines. Ces deux demandes étaient compréhensibles.
Toutefois, le compromis signé le 4 janvier et rendu public par Yuliya Tymoshenko soulève bien des questions. Ce n’est qu’un contrat de six mois qui fixe le prix des 1000 mètres cubes de gaz à 95 dollars puis ne fixe rien pour les six mois suivants. L’accord prévoit la vente de 34 milliards de mètres cubes alors que l’Ukraine a besoin de 21 milliards de plus. Le complément sera donc acheté au Turkmenistan pour 50 dollars les 1000 mètres cubes pendant six mois puis 60 dollars les six mois suivants. Les frais de transit par le territoire russe ne sont pas fixés par l’accord. Cela signifie que l’Ukraine achète à un prix inférieur au marché pendant six mois mais qu’après les négociations reprendront.
Tel qu’il est rédigé, l’accord dessert la compagnie publique Gazprom mais favorise Rosukrenergo, une compagnie privée qui, d’après Yuliya Tymoshenko appartient à des proches de Vladimir Poutine, et notamment Igor Seckin.
Toutefois, tel qu’il est rédigé, l’accord n’est pas mauvais pour l’Ukraine. Le vote du Parlement contre le gouvernement ukrainien est surtout le signe d’un changement d’alliance au Parlement.

« Impérialisme économique en Russie »

Auteurs Frederick Starr, Vladimer Papava

 Ancien président de l’Aspen Institute, Frederick Starr est le président du Central Asia-Caucasus Institute de la School of Advanced International Studies de l’université Johns Hopkins de Washington.
Vladimer Papava est ancien ministre de l’Économie de Géorgie.

Sources Daily Star (Liban), Taipei Times (Taïwan), Korea Herald (Corée du Sud)
Référence « Economic imperialism in Russia, par Frederick Starr et Vladimer Papava, Korea Herald, 20 janvier 2006.
« In the Caucasus, a ’neo-imperial’ Russian revival », Daily Star, 20 janvier 2006.
« Russia turning to entrapment with its satellite states », Taipei Times, 20 janvier 2006.

Résumé L’utilisation du gaz par la Russie pour exercer des pressions sur l’Ukraine a inquiété l’Occident. Pourtant, les pressions sur la Géorgie sont encore plus fortes bien qu’elles aient été peu notées. En Géorgie, comme en Ukraine, Vladimir Poutine veut mettre en œuvre la doctrine de l’empire libéral, doctrine formulée par Anatoli Tchoubais, le président de l’United Energy System. Il vise à créer un nouvel empire russe avec l’argent plutôt qu’avec les tanks.
La première étape de cette stratégie a été de prendre le contrôle de l’économie arménienne. Ensuite, il fallait intégrer l’Arménie à une zone économique unifiée avec la Russie, mais compte tenu des intérêts géorgiens dans le pays, il fallait d’abord remettre Tbilissi dans le rang. C’est ce que tenta la Russie, d’abord avec des pressions politiques puis avec des pressions économiques. Le plan a été perturbé par la révolution des roses, mais les compagnies russes ont quand même réussi à acquérir les actions des compagnies géorgiennes.
Le principal acteur de la politique étrangère russe en Géorgie est Gazprom. Son objectif est de prendre le contrôle du secteur gazier en Géorgie ainsi que du gazoduc alimentant la Géorgie et l’Arménie. Sans soutien de l’Occident, la Russie pourrait en prendre le contrôle. La Russie pourrait aussi compter sur la Banque d’État russe Vnershtogbank qui a pris possession de banques en Arménie et en Géorgie. Progressivement, la Russie étend son influence impériale qui pourrait même aller jusqu’à une annexion de l’Abkhazie.
Si l’occident ne réagit pas, c’est tout le Caucase du Sud qui pourrait devenir anti-occidental et sera lié à l’alliance russo-iranienne.

« Le gaz comme arme de choix »

Auteur David Howell

 David Howell est ancien ministre conservateur britannique des Transports et de l’Énergie et ancien président de la Commission des affaires étrangères de la Chambre des communes. Il est aujourd’hui le porte-parole de l’opposition à la Chambre des Lords sur les questions d’Affaires étrangères.

Source Japan Times (Japon)
Référence « Gas as a weapon of choice », par David Howell, Japan Times, 13 janvier 2006.

Résumé Qu’est-ce que les Russes espéraient ? Dès le départ, on savait que leur menace de couper l’alimentation en gaz de l’Ukraine aurait un effet négatif pour eux aussi. Tout d’abord parce qu’il est très difficile de mener sa menace à exécution. 90 % du gaz russe en direction de l’Europe occidentale passe par l’Ukraine. Tout ce que les Ukrainiens ont à faire en cas de blocus, c’est détourner le gaz russe destiné à l’Europe occidentale en affirmant qu’il leur revient de droit.
La seule explication est donc que la menace n’avait pas une finalité commerciale, mais était une punition de l’Ukraine pour la politique pro-occidentale de Viktor Yushchenko. Ce n’est pas une bonne politique car sa seule conséquence est d’affaiblir l’image de la Russie comme pourvoyeur fiable en gaz, un secteur où l’image est vitale.
Même sous l’ère soviétique, l’URSS était considérée comme un partenaire fiable au niveau de l’alimentation du gaz. Le passage de la Russie au capitalisme rassura plus encore l’Europe qui ne cessa alors de développer sa consommation de gaz pour son énergie. Le Royaume-Uni a suivi le même chemin et le secteur énergétique britannique est passé de 1 à 2 % de consommation de gaz en 1980 à 30 % aujourd’hui. Londres dépend donc aussi de la Russie aujourd’hui. Le gaz venant du Golfe pourrait servir de substitut, mais lui aussi pour être amené à manquer. Heureusement, la Norvège découvre de plus en plus de réserves gazières.

« Les contrecoups du braquage de la Russie »

Auteurs Rajan Menon, Oles M. Smolansky

 Rajan Menon est membre du Council on Foreign Relations, membre de la New America Foundation et président des études politiques eurasiennes du National Bureau of Asian Research. Il est professeur de relations internationales à la Lehigh University.

 Oles M. Smolansky est professeur de relations internationales à l’université Lehigh.

Source Los Angeles Times (États-Unis)
Référence « Russia’s thuggery backfires », par Rajan Menon et Oles M. Smolansky, Los Angeles Times, 8 janvier 2006.

Résumé La Russie et l’Ukraine ont mis fin à leur différend sur le prix du gaz naturel. L’Ukraine paiera davantage, mais moins que la Russie ne demandait au départ. C’est une bonne nouvelle. La mauvaise nouvelle est que l’Occident n’est pas pour grand chose dans ce dénouement.
Gazprom avait demandé une augmentation de 400 % des prix du gaz à un Ukraine en difficulté financière. Kiev étant dépendant de la Russie pour 30 % de son gaz, la Russie espérait ainsi assoir son influence en Ukraine, saper les politiques pro-occidentales de Viktor Yushchenko et punir le rapprochement de l’Ukraine avec l’Occident. Mais l’Ukraine a contre-attaqué en déclarant sa souveraineté sur le détroit de Kerch, autorisant un parti tiers, c’est-à-dire l’OTAN, à faire naviguer ses navires dans la mer d’Azov. L’Ukraine menaça également de quitter la CEI. La Russie a alors mis sa menace à exécution et, se faisant, Gazprom a démontré qu’il n’était qu’un instrument du Kremlin. La compagnie avait affirmé vouloir aligner ses prix sur ceux du marché mondial, mais elle ne le fait pas pour la Biélorussie, alliée de Vladimir Poutine. Le président russe est donc apparu comme un extorqueur de fonds.
L’Union européenne n’a aidé l’Ukraine que parce que son alimentation en gaz était compromise et qu’elle redoutait un hiver froid. L’Occident doit faire davantage pour aider l’Ukraine et exploiter les ambitions russes sur la scène internationale et à l’OMC pour apaiser les relations russo-ukrainiennes.

« Le gaz russe, une arme pour menacer l’Europe »

Auteur Ali Ouhida
Ali Ouhida est journaliste dans le quotidien AlarabOnline, basé à Londres. Il travaille depuis Bruxelles, d’où il est correspondant de plusieurs publications telles la « palestine-info » et d’autres. Il est spécialisé dans les affaires de l’Union européenne.

Source Alarabonline.org
Référence « روسيا تشهر سلاح الغاز فى وجه أوروبا  », par Ali Ouhida, AlarabOnlie, 26 décembre 2005.

Résumé Le gaz russe semble être l’élément imprévu et central faisant obstacle à la volonté expansionniste affichée par Bruxelles vis-à-vis les anciennes protectorats russes.
Le Kremlin s’est confronté, depuis longtemps, à un plan conçu par l’Union européenne et l’OTAN visant à mettre la main basse sur toute une zone pro-russe. Pour faire face à l’aventure euro-atlantique, le gaz russe semble être la carte gagnante dans cette confrontation entre Moscou et Bruxelles. La crise entre la Russie et l’Ukraine, concernant l’approvisionnement du gaz, représente le coté sensible de l’équation énergétique entre Moscou et l’Europe. L’Union européenne semble incapable de défendre l’Ukraine, qu’il considère, depuis un an, comme son nouvel allié. Vu que le Kremlin dispose dans son conflit avec l’Europe d’une arme fatale, celle de l’énergie, qui empêchera le vieux continent de soutenir les pays de l’Europe de l’Est. D’ailleurs, le recrutement d’un nombre de hauts responsables européens et l’éventuel recrutement d’ex responsables états-uniens par Moscou, dans le domaine des hydrocarbures, montre à quel point les Russes comptent jouer sur le facteur énergétique pour déterminer leur futur et celui de leurs rivaux.
Des sources européennes à Bruxelles prévoient une guerre farouche contre la Russie, dans le domaine énergétique à partir de l’année en cours. Dans ce cadre, Javier Solana, dont l’un des objectifs importants est d’affaiblir la Russie, refuse toujours de commenter la crise actuelle. La menace énergétique russe ne concerne pas que l’Ukraine, mais elle s’étende sur les autres pays alliés de l’UE qui dépendent des ressources énergétiques du Kremlin. De même, certains experts parlent d’une volonté russe de dominer la totalité du marché de gaz européen, vue la baisse de la production dans des pays tels que le Norvège, le Royaume-Uni et les Pays-bas.
Le but de Moscou, trois mois avant les élections ukrainiennes, est de faire chuter le gouvernement pro-européen actuel. Dans le même sens, les membres européens à Bruxelles ont commencé graduellement à abandonner l’Ukraine, leur allié d’hier.

« Le gaz, oh le gaz ! Le réchauffement pour la Russie…le gel pour l’Occident »

Auteur Adel Samara

 Dr Adel Samara est journaliste dans le quotidien AlarabOnline. Il est également le directeur du Centre oriental pour les études culturelles.

Source Alarabonline.org
Référence « الغاز وما أدراك ما الغاز ! التّدفئة لروسيا... التّجمد للغرب  », par Dr Adel Samara, AlarabOnline, 15 janvier 2006.

Résumé L’Occident nous a toujours fait croire que c’est nous, les Arabes, qui décidions tout sur le marché pétrolier. Or, ça n’a jamais était le cas. Pis, les pays pétroliers arabes ne peuvent même pas décider le sort de leurs propres sources énergétiques.
La crise pétrolière actuelle est bel et bien provoquée par la Russie. Mais, s’agit-il de l’État russe ou de ses compagnies pétrolières ? On ne sait pas encore. Vladimir Poutine semble avoir acquis la parfaite maîtrise non seulement de l’État russe, mais aussi de ses compagnies pétrolières, surtout après avoir envoyé le « sioniste-occidental » Mikhail Khodorkovsky en prison.
Les manifestations états-uno-européennes contre Moscou sont normales, même si cette dernière n’a pas procédé illégalement. Vu qu’elle détient le droit absolu de vendre son gaz à l’Ukraine au prix du marché, le marché occidental. La Russie n’a-t-elle pas le droit d’empêcher Kiev de voler son gaz ? Poutine doit faire face à la volonté du capitalisme états-uno-européen visant à dévorer l’Europe de l’Est dans le cadre de l’OTAN. L’Ukraine doit payer sa trahison, en se joignant au nouvel amant. Les agents de l’Occident doivent savoir que ce dernier ne peut pas les protéger du froid, et que ce même Occident est né pour prendre et ne jamais donner. La situation économique en Ukraine se dégrade de plus en plus. De ce fait, le coup russe est sûrement bien calculé. Poutine veut rappeler le citoyen ukrainien qu’il peut se chauffer beaucoup mieux dans les bras de son allié traditionnel que dans ceux de ses rivaux.
Les grandes compagnies pétrolières occidentales, dont les politiques sont gérées par Kissinger, Thatcher, la famille Bush et d’autres, se sont trompées en ayant cru, après avoir occupé l’Afghanistan et l’Irak, qu’elles avaient mis la main basse sur le marché pétrolier mondial. La crise actuelle confirme que le concept de l’unipolarité états-unienne n’est pas très évident. La preuve n’est autre que la mise en cause du système capitaliste actuelle, suite à une petite crise pétrolière. Cette dernière ne peut représenter que le premier coup dans une liste de mesures russes visant à renforcer le pouvoir de Moscou sur la scène internationale.

 



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11 septembre 2001
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