Il y aura un avant et un après le 11 septembre 2001.

L’ignoble a encore frappé et sans doute là où on l’attendait le moins : New York, la ville la plus cosmopolite et la moins américaine des villes des USA, était le théâtre du plus spectaculaire des attentats terroristes. Des hommes, des femmes, des enfants sans doute, assassinés, aveuglément mais toujours dans le but de faire le plus mal possible. Ignoble et inquiétant pour l’avenir de ce pauvre monde déjà si rudoyé.

Pourtant, on est surpris par la tournure des évènements : 3 jours après l’attentat, le monde décrète une journée de deuil, en Europe, 800 d’européens observent 3 minutes de silence, mettent les drapeaux en berne, annulent les manifestations culturelles ou festives, s’arrêtent dans les stades. Les radios et TV bouleversent leurs programmes, des heures durant, des experts de tous poils (pompiers, stratèges, politiciens, sociologues, philosophes, américanistes, " terroristologues "...) défilent au micro...

On s’étonne aussi, de l’énormité de l’attentat, du crime contre l’humanité, du courage des américains qui retroussent leurs manches et se remettent au travail quelques jours seulement après l’attentat, déblaient les gravas pour reposer leurs ordinateurs et faire repartir la machine économique au nom de leur patrie, leur Président promettant de gagner la première guerre du millénaire. Et pourtant.

Et pourtant, au Rwanda, il y a 7 ans, les morts se comptaient par centaines de milliers, le crime contre l’humanité s’appelait génocide, les assassins ne frappaient pas aveuglément mais ciblaient leurs victimes même si, comme à New York, leur crime était longuement prémédité et bien préparé.

Et pourtant, depuis 7 ans, quel pays a décrété une seule minute de silence ? Quel dirigeant d’Europe (ou d’ailleurs) s’est-il déclaré solidaire avec le peuple rwandais à l’égal d’un Jean-Marie Colombani qui dans son éditorial du Monde déclare " Nous sommes tous des américains " ? Quel match de football, manifestation culturel ou émission radiophonique a-t-on interrompue, annulée, reportée pendant les trois mois qu’a duré le génocide ? Le Président de la République française est-il intervenue en direct sur les chaînes de TV ou est-il parti tout de suite sur place pour se recueillir et affirmer sa solidarité ? La vie d’un africain ne vaut-elle pas celle d’un américain ? Qu’a t il pensé le rwandais (ou le cambodgien, le timorais ou le bosniaque) a qui on a demandé de respecter 3 minutes de silence dans une des capitales européennes ? [1]

Et pourtant, au lendemain du génocide et pendant le génocide, les rescapés ont commencé à enterrer leurs morts, retrousser leurs manches et commencer à rebâtir leur maison, leurs champs, leurs écoles, en ne comptant que sur leurs propres forces dans l’indifférence générale et pratiquement sans l’aide de personne. Qui a visité le Rwanda à cette époque-là se souvient du chantier perpétuel qu’était ce pays. Là bas aussi la vie était plus forte.

Quant à la première guerre du 21ème siècle, le monde n’a pas attendu les Etats Unis pour la commencer, hélas. C’est la même qui continue depuis la fin du 20ème siècle : en Palestine, en Europe ou en Afrique où, depuis ce génocide, la région des grands lacs est en proie a des soubresauts et convulsions interminables, où les victimes sont les peuples qu’on martyrisent [2] sous les yeux indifférents des grandes puissances quand ce ne sont pas elles qui attisent les flammes ou fournissent les armes.

Mais tant pis, il y aura un avant et un après le 11 septembre 2001. (TL)

[1] Il faut dire que contrairement au drame rwandais, les puissances occidentales n’y sont pour rien dans la préparation et la perpétration du crime du World Trade Center, chacun a donc la conscience tranquille pour se recueillir, condamner et témoigner de sa solidarité. Ce n’était pas le cas au Rwanda.

[2] Les organisations humanitaires estiment que 2,5 millions de personnes sont mortes directement ou indirectement depuis le début du conflit en 1998 au Congo