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Deux fois plus large et trois fois plus haut que le mur de Berlin, la « barrière de sécurité » qui annexe, de fait, des terres palestiniennes et enferme les populations cisjordaniennes.

Le 10 avril 2002, le Parlement européen a voté une résolution appelant au gel de l’accord d’association Union européenne-Israël [1]en raison de la violation par Israël de l’article 2 de cet accord sur le respect des Droits de l’homme et des principes démocratiques.

Or, dix-huit mois après, cette résolution est toujours ignorée par la Commission européenne. Peut-on considérer qu’il s’agit d’un soutien infaillible à la politique actuelle de l’État israélien malgré ses violations des Droits de l’homme et du droit international ?

Comme vous le savez, cette guerre coloniale fait de plus en plus de victimes ! Ariel Sharon, en toute impunité, poursuit sa stratégie d’éradication de l’entité nationale palestinienne et de destruction de toute perspective de paix négociée entre Israéliens et Palestiniens.

Alors que la « feuille de route » prévoit le gel de la colonisation, les colonies juives continuent de croître, l’armée assure leur protection et plus de 450 km de routes de contournement, réservées aux Israéliens, ont été construites pour les relier à Israël et éviter les villes palestiniennes.

En Israël même, la situation est dramatique. Des citoyens israéliens sont discriminés, persécutés et exclus de certains droits car ils sont arabes israéliens, et leurs élus comme Ahmad Tibi ou Ismir Bishara sont sous pression et sous menaces continuelles.

Ainsi, le 31 juillet dernier, la Knesset a voté une loi qui empêche les Palestiniens d’obtenir la citoyenneté israélienne par mariage ainsi qu’aux enfants nés de cette union. Plusieurs députés arabes et israéliens ont jugé cette loi « discriminatoire et raciste ».

Un rapport du 25 août 2003 de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et du Réseau euro-méditerranéen des Droits de l’homme dénonce une forme moderne d’esclavage envers les travailleurs migrants, dont 60 % sont en situation illégale : bas salaires, absence de jours de congé, mauvaises conditions de travail, confiscation du passeport par l’employeur, violations des conventions de l’OIT et des Nations unies, etc.

Avraham Burg, député et ancien président de la Knesset, lance un cri d’alarme dans la presse israélienne fin août 2003 : « La nation israélienne s’appuie sur un échafaudage de corruption, lui-même posé sur des fondations d’oppression et d’injustice [...] qui se réduit à un État de colonies, dirigé par une clique sans morale de hors la loi corrompus [...]. Nous ne pouvons pas garder sous la botte d’Israël une majorité palestinienne et, en même temps, nous prendre pour la seule démocratie du Proche-Orient. Il ne peut pas y avoir de démocratie sans droits égaux pour tous ceux qui vivent ici, juifs et arabes... »

Quant à Javier Solana, haut-commissaire européen aux Affaires étrangères, il a renoncé le 31 août, à rencontrer Yasser Arafat et Mahmoud Abbas, conformément à la requête du gouvernement israélien qui clame son refus de s’entretenir avec les responsables étrangers qui rendent visite au Président Arafat. Mais pourquoi le représentant de l’Union européenne se plie-t-il aux volontés de Sharon ?

Le 2 septembre, le résultat d’une commission d’enquête officielle accuse la police israélienne d’hostilité flagrante envers la minorité arabe, la rend responsable de la mort de plusieurs manifestants et dénonce « sa culture du mensonge » en ayant voulu cacher le fait que les policiers ont tiré à balles réelles.

Dans les territoires occupés, la situation est catastrophique. Elle s’est encore dégradée depuis la guerre contre l’Irak. Profitant de l’agression américaine, l’armée israélienne multiplie les incursions dans les villes et les camps de réfugiés pour assassiner, emprisonner et détruire les habitations et les terres.

Faut-il également que je parle de ce mur de la honte qui matérialise l’apartheid et l’injustice que vit la société palestinienne ? Ce mur transforme la vie de dizaines de milliers de personnes en enfer, sépare des familles et ainsi « crée un peuple de détenus et un peuple de gardiens de camp ». Ce mur est également un désastre écologique en Palestine : destruction d’habitations, spoliation de terres, arrachage de cultures, altération des flux d’eau, confiscation et détournement des sources et des puits, déclin et raréfaction des populations animales et végétales, déchets des colonies polluant les villages, les cours d’eau et les exploitations agricoles, canalisations des eaux usagées brisées et contaminant l’eau potable, empoisonnements des terres et de l’eau provoqués par les munitions à l’uranium appauvri ou par la non-gestion, non-transfert ou non traitement des déchets solides qui se retrouvent dans des décharges de fortune en zones urbaines...

Ne laissons pas ce « mur de Berlin » israélien, durer trente ans. Nous devons le combattre avec force et vigueur et agir pour mettre fin rapidement à ce drame !

Aujourd’hui ce mur se construit dans le silence de l’Europe sous prétexte de sécurité pour protéger la population israélienne. Mais qui est victime du terrorisme aujourd’hui ? Ce terrorisme d’État qui assassine quotidiennement une population civile réfugiée dans des camps et poussée au désespoir.

Voulez-vous des chiffres ? Savez-vous que depuis le début de l’Intifada plus de 5 000 Palestiniens se trouvent arbitrairement incarcérés dans des prisons et centres de détention israéliens sans jugement, plus de 2 500 Palestiniens civils ont été tués et 23 000 blessés au cours d’attaques israéliennes par les forces militaires et les colons en Palestine occupée. Sans parler des liquidations ciblées qui tuent aussi des populations civiles comme les derniers raids israéliens à Gaza. Et depuis le 1er juillet, il y a eu 845 violations de la trêve par les forces d’occupation israélienne.

Il ne s’agit pas de refaire l’histoire, ni d’être pro-israélien ou pro-palestinien, mais il s’agit de faire reconnaître la vérité et rendre justice aux victimes.

Envoyons d’urgence une force de protection du peuple palestinien ! L’Union européenne, comme les Nations unies, doit assumer leur responsabilité politique et historique.

N’avons-nous pas le devoir de faire pression sur le gouvernement israélien par tous les moyens dont nous disposons, y compris les moyens économiques et commerciaux ? Et pourquoi ne pas paralyser nos accords d’association avec Israël, comme hier nous l’avons fait contre l’apartheid en Afrique du Sud ?

Cet appel reprend le texte de l’intervention de Madame Alima Boumédiene-Thiery ce matin, 4 septembre 2003, en séance plénière du Parlement européen.

[1] Le texte intégral de cet accord est téléchargeable au format Pdf (457 Ko)