Anita Hausser (LCI) : Bonjour Michèle Alliot-Marie.

Michèle Alliot-Marie : Bonjour.

Nous sommes le 11 septembre, Ben Laden réapparaît et menace toujours l’Amérique, George Bush répond "Al Qaida" sera vaincu, en France on entend que les voix des experts qui expliquent que la menace terroriste existe, que c’est une menace de guerre biologique et aucune voix politique ne s’élève, pourquoi ?

Si, nous sommes interrogés, nous répondons. Le plus important..

Vous êtes là.

Exactement. Le plus important c’est d’agir. Le terrorisme, c’est effectivement une de nos préoccupations constantes. J’ai eu souvent l’occasion de le dire. Le terrorisme menace tous les pays. Il peut frapper n’importe où et n’importe qui. C’est la raison pour laquelle nous sommes en alerte permanente, même si nous ne sommes pas parmi les premiers visés, nous le sommes aussi potentiellement. Un certain nombre de mesures ont été prises par le ministère de la Défense. Toutes les armées interviennent, l’armée de Terre bien sûr, qui participe notamment au plan VIGIPIRATE, mais aussi sur le terrain, comme en Afghanistan, aux sources du terrorisme.

Oui, mais il n’y a pas de sensibilisation de la population, par exemple à Londres on a vu un exercice de simulation grandeur nature dans la City, il y a des élus Parisiens d’ailleurs qui ont demandé pourquoi on ne fait pas ça à Paris.

Nous avons des entraînements permanents de la part des forces armées, qui sont les premières en ligne sur ce point. Nous organisons des exercices sur les plans de lutte contre d’éventuelles attaques, qu’elles soient biologiques, chimiques, nucléaires, etc. Il y a notamment eu un exercice important il y a quelques mois sur le plan militaire de Canjuers. Il a rassemblé à la fois la police, la gendarmerie, l’armée, tous ceux qui peuvent être concernés. De la même façon, nous sommes en alerte permanente avec l’armée de l’Air, qui protège totalement notre territoire. Cela ne se sait pas, mais chaque jour nous protégeons les abords du territoire, et notamment ceux des endroits sensibles.

Vous dites cela ne se sait pas, c’est parce qu’on ne veut pas faire savoir, on ne veut pas affoler la population ?

Non pas du tout. C’est un plan général et permanent. On ne va pas vous dire tous les jours, nous avons tant de vols qui s’effectuent, mais cela doit se faire en permanence. Nous avons aussi des informations par le biais de nos services de renseignements - intérieur et extérieur - qui travaillent là aussi en permanence. Nous pouvons éventuellement, à un moment donné, augmenter le degré de vigilance, puisqu’il existe plusieurs degrés qui ont été établis.

Vous l’annoncez toujours ?

On l’annonce, bien entendu, et dans ces cas-là on demande à la population d’être un peu plus en alerte. Il ne s’agit pas de créer la panique, il s’agit de savoir qu’il existe une menace permanente, qui va sans doute durer pendant des années. Cela qui implique simplement que les gens soient un peu en alerte, car dans ces moments-là, la population aide les forces de l’ordre, la police et l’armée.

Quand vous dites " la France est relativement préservée ", est-ce que c’est parce que la France n’est pas intervenue en Irak ?

Non, cela ne compte pas, car dans les groupes très extrémistes, c’est l’ensemble des pays du monde, et notamment du monde occidental, qui apparaît comme une cible. Certains pays, tels que les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne, sont peut-être un peu plus visés, mais nous ne sommes pas à l’abri. Il faut le savoir.

Est-ce que c’est une des raisons pour lesquelles nous sommes réticents à participer à l’effort de paix, comme disent les Américains, en Irak ou est-ce que c’est parce que la France attend une deuxième résolution de l’ONU, qu’elle ne souhaite pas vraiment… ?

Si nous sommes visés comme tous les autres pays, c’est parce que nous sommes à la pointe de la lutte contre le terrorisme. Je vous ai parlé de la prévention sur notre territoire, pour nos concitoyens, mais nous luttons aussi bien entendu contre le terrorisme international à travers l’ensemble des moyens. C’est-à-dire des moyens militaires, mais également avec les autres ministères, en particulier dans la lutte contre le blanchiment de l’argent qui peut servir un certain nombre de trafic. Nous travaillons avec les douanes, les services fiscaux. C’est aussi parce que nous sommes un des éléments forts de la lutte contre le terrorisme, que nous sommes une cible potentielle. En ce qui concerne l’Irak, nous avons toujours dit que ce qui est important, c’est que la population irakienne puisse retrouver le plus rapidement possible des conditions de vie normales au quotidien. C’est important qu’il y ait de l’eau, l’électricité, etc..

Manifestement il faut les aider.

Qu’il y ait de la sécurité, des conditions de vie politique et institutionnelle. Il faut que soit l’ONU qui en ait la charge, parce que c’est aussi le rôle des Nations Unies. C’est ce que nous demandons, et c’est ce sur quoi nous sommes aujourd’hui en train de travailler aujourd’hui pour obtenir une résolution qui confie à l’ONU l’ensemble de ce rétablissement d’une situation stable en Irak.

Quand le président Bush dit, " nous espérons que la France et l’Allemagne contribueront à la reconstruction de l’Irak ", ça va dans le bon sens ?

Nous avons effectivement dit depuis le début, que nous souhaitions pouvoir contribuer à la reconstruction de l’Irak, une reconstruction globale de l’Irak. C’est tout l’enjeu de la nouvelle résolution qui est en discussion.

Vous parlez de résolution, on sait que la France n’irait que sous l’égide de l’ONU, a-t-elle les moyens d’être là-bas ? Parce que la France a beaucoup d’hommes à l’extérieur.

Il y aura des tas d’actions à mener. Il faut reconstruire le secteur médical en Irak. Il faut reconstruire les réseaux que nous évoquions tout à l’heure. La France a l’habitude d’intervenir lorsqu’il y a un besoin d’aide. C’est évident.

Besoin d’aides, et de maintien de l’ordre, non ?

C’est un problème général, et il ne faut pas, me semble-t-il, isoler le problème de maintien de l’ordre du problème de l’ensemble de la reconstruction. Nous n’arriverons de nouveau à avoir la stabilité en Irak qu’à condition que l’ONU soit en charge d’une reconstruction globale et ayant pour but de transférer le plus rapidement possible aux Irakiens la responsabilité du fonctionnement de leur pays.

Est-ce que le budget de la Défense, dont on dit qu’il est " sanctuarisé " pratiquement, qu’il ne sera pas diminué, est-ce que vous en avez l’assurance aujourd’hui ?

Le ministère de la Défense fera des efforts comme tous les ministères, mais..

Dans quels domaines ?

Il fera des efforts sur une plus grande efficacité, sur des économies, sur le non-renouvellement d’un certain nombre des départs à la retraite. Ce qui était important pour moi, je le dis, c’est de permettre à notre défense de redevenir efficace. La défense a été beaucoup pénalisée sous le précédent gouvernement puisqu’elle a perdu 20 % des crédits, dont on avait jugé qu’ils étaient indispensables. Aujourd’hui, il faut nous remettre à niveau. Si nous voulons que nos hélicoptères et nos avions volent, que nos navires puissent assurer ces surveillances de nos côtes, il faut un certain nombre de moyens. Aujourd’hui, nous avons du retard à rattraper. La loi de programmation militaire qui a été votée l’année dernière a pour but de rattraper ce retard et de préparer nos armées..

Pas de gel des crédits ?

En ce qui concerne l’application de la loi de programmation militaire non.

Merci.

Source : ministère français de la Défense