Contre le terrorisme - Pour l’humanité

Monsieur le Premier Ministre de Norvège, Cher Ami,
Cher Elie WIESEL,
Mesdames et Messieurs les Chefs d’État et de Gouvernement,
Monsieur le Secrétaire Général de l’ONU,
Mesdames, Messieurs,

Merci Monsieur le Premier Ministre pour cette initiative, conforme à la tradition norvégienne qu’illustra, voici exactement dix ans, le processus d’Oslo. Merci à vous, cher Elie WIESEL, grande voix de la conscience contemporaine. *

Ici à New York, ville sauvagement agressée, ville de liberté et d’espoir, ville des Nations Unies à laquelle je suis particulièrement attaché, je voudrais dire d’emblée la détermination totale de la France. On ne justifie pas le terrorisme. On ne transige pas avec le terrorisme. On le combat.

Aucun prétexte ne peut légitimer le recours à l’attentat terroriste. Les revendications nationales, politiques, religieuses, sociales, avancées par les terroristes pour justifier leurs crimes sont nulles et non avenues car rien n’autorise jamais à prendre pour cibles des populations civiles, à attaquer lâchement des innocents. Ce principe fondamental est au cœur de notre conception de la dignité humaine.

*

Vaincre le terrorisme prendra du temps, demandera un effort constant de toute la communauté internationale. Contre les forces de haine déployées à travers le monde, liées par des réseaux occultes qui tirent parti des technologies modernes, abritées par des pays complices ou impuissants, alliées aux trafiquants de drogue et aux mafias, il nous faut serrer les rangs.

Les terroristes s’imaginent toujours que les démocraties sont lâches et velléitaires. Certes, elles sont lentes à la colère, elles préfèrent la paix à la guerre, elles débattent avant d’agir. Mais l’histoire démontre que lorsqu’elles sont attaquées dans ce qu’elles ont de plus précieux, leur liberté et leur sécurité, elles sont les plus combatives et les plus efficaces, car le peuple souverain se bat toujours mieux que le peuple soumis.

La réaction du monde au lendemain des attentats du 11 septembre inspire confiance. La communauté internationale a construit une coalition dans le cadre des Nations Unies. Elle s’appuie sur des traités. Ce n’est pas l’arbitraire contre la violence aveugle : c’est l’état de droit contre le crime. C’est dans le respect de nos valeurs, du droit, des libertés publiques que nous parviendrons à terrasser le terrorisme. Sans quoi nous perdrions notre âme.

Progressivement, par l’alliance de nos moyens militaires engagés en Afghanistan, de nos systèmes de renseignement, de nos polices et de nos justices, nous construisons un dispositif anti-terroriste à l’échelle mondiale. Nous avançons sur quatre fronts : l’efficacité des coopérations policières et judiciaires ; la lutte contre le financement du terrorisme ; l’assistance technique à tous les Etats qui en expriment le besoin ; et la lutte contre la prolifération.

*

Mais, de même que dans nos Etats la lutte contre le crime ne se résume pas à l’action policière, de même devons-nous aller plus loin dans l’analyse du terrorisme. Il constitue un révélateur des maux de son temps. Il est l’expression délirante de souffrances, de frustrations ou d’injustices. Lorsque la démocratie fait défaut, il usurpe le drapeau de la liberté. Lorsque la question sociale se pose avec acuité, il prend le masque de la justice et de la solidarité. Lorsqu’un pays est occupé par des forces étrangères, il s’approprie indûment le combat pour l’indépendance. Lorsqu’une communauté se sent bafouée, il prétend agir en son nom.

Alors, portons sur le monde d’aujourd’hui un regard lucide, sans complaisance.

L’action terroriste prend prétexte des frustrations qui naissent de conflits non résolus. Je pense particulièrement à celui du Moyen-Orient qui engendre depuis cinquante ans souffrances, colère et incompréhension parmi tous les peuples de la région. Seule une paix juste et durable permettra d’y mettre un terme.

Au-delà, cette partie du monde doit retenir toute notre attention. Creuset de grandes cultures et de civilisations prestigieuses, elle doute et se cherche. Les crises intérieures ou internationales alimentent un trouble profond au sein de populations souvent nostalgiques, insatisfaites de leur sort, inquiètes de l’avenir.

Nos destins sont liés. Nous devons être à leurs côtés pour les aider à surmonter les défis auxquels elles sont confrontées, pour les aider à offrir à leur jeunesse d’autres perspectives, celles du développement et de la démocratie, de la modernité, de l’ouverture au monde, du dialogue.

Notre monde est marqué par l’écart croissant entre les riches et les pauvres, par la déstabilisation des sociétés traditionnelles, par la difficulté des classes moyennes des pays en développement à s’assurer un minimum de stabilité. L’un des enjeux du combat pour le développement économique, c’est une prospérité partagée qui donne à chacun sa chance et sa part du progrès, apaisant ainsi les sentiments d’injustice et d’exclusion.

La mondialisation est souvent perçue au sud comme l’expression moderne de l’emprise de l’occident sur le monde, comme une menace contre les identités, comme un processus d’uniformisation. Paradoxalement, ses promesses de liberté sont parfois vécues comme une agression contre les cultures du monde. Voilà pourquoi j’estime absolument essentiel de donner au dialogue des cultures une place éminente dans l’action internationale. Il nous faut inventer, dans le respect des valeurs universelles qui nous rassemblent, une politique de la diversité qui prenne en compte la fierté des peuples, fierté de leur identité, de leurs origines, de leurs cultures, de leur apport à la richesse de l’homme et du monde.

*

Mesdames, Messieurs,

New York a su se redresser. C’est pour nous tous un message d’espoir. Nous lui devons, nous devons aux victimes du 11 septembre, comme à toutes les victimes du terrorisme, une action résolue contre ce fléau. Et en hommage à leur destin tragique, je propose que le 11 septembre soit désormais « Journée Mondiale contre le Terrorisme ».

Je vous remercie.