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À la suite du traumatisme qu’ils ont subi le 11 septembre 2001, les États-uniens ont accepté de renoncer à une partie de leurs libertés en échange de garanties pour leur sécurité. Ainsi, revenant sur l’interdit séculaire de toute intervention militaire dans la vie civile, ils ont confié à l’armée fédérale une mission de « défense de la patrie » jusque-là confiée par certains aspects au FBI, par d’autres à la Garde nationale.

Depuis la guerre de Sécession, le Posse Comitatus Act de 1878 prohibe toute intervention militaire pour faire appliquer la loi. Cependant, avec le temps, quelques entorses à ce sacro-saint principe ont été acceptées, notamment pour ce qui concerne la « guerre aux drogues ». Une brèche par laquelle le Pentagone s’est engouffré.

Le Northern Command supervise l’intervention des militaires dans la vie civile

Le 25 avril 2002, un nouveau commandement régional a été créé : le Commandement du Nord (Northern Command), capable de superviser toutes les forces de maintien de l’ordre et de sécurité en cas de situation « extraordinaire ». Doté d’un état-major de 500 hommes, il a été installé sur une base de l’Air Force à Colorado Springs. Il est articulé au département (civil) de Sécurité de la Patrie, à diverses agences militaires (le Quartier général des forces conjointes pour la sécurité de la patrie, situé à Norfolk, Virginie ; les Unités de sécurité de la patrie du Commandement conjoint ; la Force d’intervention conjointe pour les opérations civilo-militaires, située à Fort Monroe, Virginie ; et la Force conjointe six chargée des opérations anti-drogues, basée à Fort Bliss, Texas), et bien sûr à la Garde nationale (qui dépend des gouverneurs et non de l’État fédéral). En outre, il assure la coordination de la défense avec les pays limitrophes : le Canada, le Mexique et les îles des Caraïbes.

À peine installé, la gestion du Commandement central s’est avérée un casse-tête administratif. Comme aucun moyen ne lui avait été affecté, il a fallu se servir sur d’autres lignes budgétaires. Pour le personnel, on a fait appel à des officiers détachés de leur corps d’origine, d’où un certain flou sur l’organisation hiérarchique. Sans parler des agences civiles qui refusent d’obéir à des militaires, ni sur les réticences à coopérer des États limitrophes, hormis le Canada qui a au contraire signé un accord plaçant de facto sa propre armée, en certaines circonstances, sous l’autorité du Northern Command.

Le Commandement du Nord a été confié au général Ralph E. Eberhart, qui commande déjà toutes les forces concernées par le programme de « guerre des étoiles ». Ces pouvoirs sans ampleur équivalente dans le système militaire US récompensent son action le 11 septembre. Ce jour-là, il était en charge de la sécurité aérienne. Il n’a pas respecté la procédure de crise et a pris des initiatives qui se sont avérées mauvaises, puisqu’elles ont été inefficaces pour empêcher la suite des événements. Ayant sa part de responsabilité dans le traumatisme du 11 septembre, il n’a pas été sanctionné, mais au contraire a bénéficié personnellement des mesures d’exception qu’il a justifiées.

La National Geospatial Intelligence Agency (NGIA)

Le Commandement du Nord n’a pas de capacité de renseignement. Aussi, pour remplir sa mission de « défense de la patrie », il se repose sur un organe ad hoc, le mystérieux Counterintelligence Field Activity (CIFA), créé le 19 février 2002 (DoD Directive 5105.67). Les compétences de cette unité ont été étendues discrètement. En définitive, elle est en charge d’un fichier nominatif relatif aux risques terroristes qui menacent le département de la Défense et ses personnels.

Les 14 et 15 octobre 2003, le Commandement du Nord a co-organisé un colloque au cours duquel a été présenté un projet de contrôle social sans précédent : il s’agit de croiser des photographies satellites du service de cartographie militaire avec des données humaines nominatives du CIFA. À cette occasion, l’agence de cartographie devrait abandonner son nom actuel de National Imagery & Mapping Agency NIMA, pour devenir la National Geospatial Intelligence Agency (NGIA).

Dès janvier 2003, Jack Hill de la NIMA avait proposé ce changement de dénomination afin de mieux décrire les nouvelles activités de l’agence : une surveillance orientée vers le territoire national des États-Unis, au service du département à la Sécurité de la Patrie, du FBI et du Nortcom entre autres. En effet, pour la première fois en janvier 2003, la NIMA fournissait ses services à des agences de sécurité intérieure à l’occasion du Super Bowl de San Diego.
À la suite de cette grande première, la direction de la NIMA se félicitait et exposait ses projets : fusionner des données géographiques, infrastructurelles avec sa base d’imagerie satellitaire pour les 133 principales villes états-uniennes ; augmenter la précision des images satellite en passant d’une résolution à 30 mètres à une résolution au mètre près. Concernant la précision des images, la NIMA a signé, le 30 septembre 2003 un contrat de cinq ans avec la société DigitalGlobe qui lui fournira des images de résolution deux fois plus fine (50 cm).

La précision cartographique très détaillée du territoire des États-Unis associée aux données nominatives des agences gouvernementales (FBI, CIFA...) permettra de cartographier et de localiser les logements et lieux de travail. On y portera les opinions politiques des habitants et les risques qu’ils représentent.