Dans chaque pays de l’Union européenne, l’élaboration d’un modèle de relations Église/État est le fruit d’une trajectoire originale de construction de l’État, impliquant une manière de gérer la diversité, notamment religieuse, de la société civile ainsi qu’un style de participation à la vie politique démocratique, reposant sur une division plus ou moins stricte des sphères publiques et privées dictant les modalités d’action des groupes, notamment religieux, en direction des instances publiques. L’attachement à un modèle spécifique de relations Église/État est un des éléments de l’identité et de la culture politique nationales. Or l’élargissement des compétences de l’Union européenne crée un nouvel espace d’action, d’identification et d’allégeances possibles, différent de l’État-nation. Face au défi de la construction européenne, les Églises chrétiennes, puis d’autres religions et les communautés philosophiques agnostiques, ont ressenti le besoin de s’organiser pour s’informer et éventuellement peser sur le processus de décision communautaire. Pour ces organismes religieux et humanistes européens, il s’agit non seulement de sauvegarder les positions acquises dans les États membres, mais aussi d’apporter leur réflexion théologique ou philosophique sur des sujets d’intérêt général comme l’exclusion, l’immigration, l’aide au développement ou la

1. Évolution des modes de présence auprès de l’Union européenne : institutionnalisation et pluralisation

On observe un accroissement de la présence des religions et des humanismes auprès des institutions européennes, à la fois quantitativement : un nombre de plus en plus grand de représentations ont été ouvertes et reconnues par la Commission européenne, et qualitativement, car les modalités de la présence ont changé, donnant progressivement le rôle leader aux organismes d’Églises sur les groupements de croyants engagés. Il y a eu peu à peu institutionnalisation et pluralisation des représentations religieuses à Bruxelles.

1.1. Les modes de présence des structures protestantes et catholiques spécialisées sur l’Europe s’institutionnalisent peu à peu au rythme de la construction européenne. Cependant, il existe des spécificités en fonction de leur ecclésiologie et leur rapport à l’histoire de l’Europe communautaire.

Tout d’abord, il y a antériorité des structures pan-européennes correspondant au Conseil de l’Europe sur les regroupements correspondant à l’Europe communautaire. Il s’agit de la Conférence des Églises européennes (KEK), créée en 1959, regroupant protestants, anglicans et orthodoxes, et du Conseil des conférences épiscopales d’Europe (CCEE), fondé en 1971, rassemblant les conférences épiscopales européennes. Cette antériorité tient à une plus grande affinité entre les préoccupations des Églises et les sujets abordés par le Conseil de l’Europe (droits de l’homme, éducation, bioéthique, social) alors que la construction européenne se développe d’abord comme une réalité économique et technicienne. Côté protestant, l’engagement préférentiel au niveau de la “ grande Europe ” correspond aussi à une réticence face à l’Europe communautaire perçue comme une “ Europe vaticane ” où dominent les catholiques, en raison du poids de personnes issues de la démocratie chrétienne dans le haut exécutif communautaire et de l’engagement précoce de la papauté en faveur de la construction européenne  [1]. De plus, la KEK incarne une volonté de réconciliation Est-Ouest qu’un investissement en faveur de la “ petite Europe ” aurait rendu difficile  [2]. Côté catholique, la naissance du CCEE reflète une évolution de l’ecclésiologie, avec le tournant de Vatican II qui promeut l’exercice de la collégialité et donne naissance aux conférences épiscopales nationales puis régionales  [3].

Les premières structures confessionnelles présentes à Bruxelles doivent beaucoup plus à l’action de fonctionnaires européens chrétiens engagés qu’à l’action directe des Églises  [4] Cette caractéristique est la plus marquée pour la structure européenne protestante, compte tenu des réticences des églises protestantes à s’engager dans le processus de construction européenne. Il a aussi été plus difficile de générer un projet européen commun entre des Églises organisées sur une base nationale. À l’origine de la Commission œcuménique européenne pour Église et Société (EECCS), créée en 1973, se trouve l’AOES (Association œcuménique pour Église et Société), “ un groupe d’hommes politiques se réclamant du protestantisme et engagés dans la construction européenne… Les laïcs ont joué un rôle prépondérant dans cette initiative… Durant cette période (jusqu’en 1988), les institutions ecclésiales nationales maintiennent une certaine distance par rapport au milieu institutionnel européen et manifestent un intérêt mitigé à l’égard de ce qui s’y passe ”  [5] Côté catholique, la première structure à Bruxelles est à l’initiative d’un ordre religieux. À la base du bureau jésuite, l’Office catholique d’information sur les problèmes européens (OCIPE),  [6] fondé en 1956 à Strasbourg, puis en 1963 à Bruxelles, se trouve une association présidée par un laïc, Alexandre Grunelius  [7]. La création de la COMECE

en 1980 doit beaucoup à l’action de certains évêques et aussi à la demande de fonctionnaires européens  [8] Cette initiative officielle des conférences épiscopales de l’Union européenne a été précédée, en 1970, de l’ouverture des relations diplomatiques entre le Saint-Siège et l’Union européenne, rôle rempli par le nonce apostolique de Belgique et du Luxembourg. Ce décalage de dix ans entre l’initiative vaticane et épiscopale peut s’expliquer par la spécificité ecclésiologique catholique, structure unitaire et hiérarchique. Ceci illustre aussi une évolution de la perception des épiscopats européens quant à la nature de la construction européenne, considérée non plus comme un sujet de relations internationales à gérer exclusivement par la diplomatie du Saint-Siège, mais aussi perçue comme un processus engageant la vie même des églises sur le plan local et national.

Avec la signature de l’Acte unique (1986) et la perspective de l’achèvement du Grand marché européen (1992), la construction européenne devient plus complexe. Les Églises se trouvent ainsi dans la nécessité d’augmenter leurs moyens d’action pour suivre un agenda communautaire toujours plus chargé. La réalité européenne change aussi de nature ; d’uniquement économique et technique, elle intègre des préoccupations politiques, éthiques et sociales. Ainsi, les Églises se trouvent plus en affinité avec la réalité de l’Europe communautaire. On observe alors une institutionnalisation des structures par un investissement accru des hiérarchies religieuses, une spécialisation et une dotation supplémentaire en personnel et en moyens financiers. Il en résulte une certaine homogénéisation des structures quant au fonctionnement des bureaux catholique et protestant présents à Bruxelles, mais en amont les chaînes décisionnelles conservent leur spécificité.

La construction européenne a été, dans un premier temps, suivie avec retard par les Églises. Ce n’est plus le cas avec l’élargissement de l’Union européenne qui, lui, a été anticipé par les Églises, dans les stratégies et les structures. Côté protestant, cette perspective a entraîné des changements d’ampleur avec l’intégration progressive de l’EECCS comme Commission Église et Société (CES) de la KEK. Celle-ci comprend désormais un groupe de travail sur l’élargissement dirigé par un Slovaque. Côté catholique, la COMECE a prévu un statut d’observateur pour les pays candidats (Suisse, Pologne, Hongrie, République tchèque) et on note la présence d’un prêtre polonais chargé des questions de l’élargissement depuis mai 2000. En 1991, l’OCIPE a fondé un bureau à Varsovie et un à Budapest et la revue Europe-Infos paraît en polonais depuis novembre 1999.

1.2 La multiplication des groupements religieux et humanistes spécialisés dans le suivi de la construction européenne correspond à une pluralisation du paysage religieux européen. Avec la perspective de l’élargissement et l’annonce de la CIG de 1996, la plupart des groupes religieux ont ressenti le besoin d’ouvrir un bureau à Bruxelles. Au début des années quatre-vingt-dix, l’ouverture de la Commission européenne au dialogue avec les religions et humanistes a aussi été incitative. Leur mode de présence reflète des spécificités confessionnelles parfois articulées à des clivages nationaux, mais aussi une réelle dynamique d’européanisation.

L’accroissement du nombre de représentations religieuses à Bruxelles tient dans une certaine mesure à des clivages nationaux car tous les groupements ne sont pas des fédérations européennes. Il existe aussi des représentations nationales qui témoignent du rapport différent de chaque religion à l’État-nation. Côté orthodoxe, en plus du patriarcat œcuménique de Constantinople,  [9] s’ajoutent des représentations d’Églises autocéphales nationales, d’abord celle de Grèce et, depuis peu, celle de Russie. Côté protestant, les églises sont d’abord organisées sur une base nationale ce qui explique la représentation spécifique d’Églises de type Volkskirche, côté allemand (l’EKD) et anglais (l’Église anglicane)  [10] Côté juif, il y a des structures d’abord religieuses, comme la Conférence européenne des rabbins, et d’autres plus politiques visant à de meilleures relations entre l’Europe et l’État d’Israël, comme le Congrès juif européen. Une certaine diversité religieuse s’exprime avec récemment la fondation d’un bureau loubbavitch à Bruxelles. Côté humaniste, la Fédération humaniste européenne reflète une domination des mouvements humanistes de l’Europe du Nord, caractérisés par une stratégie visant à obtenir des droits égaux aux religions. Les mouvements laïques de l’Europe du Sud ou de l’Est, qui à l’imitation de la France, préfèrent une laïcisation de l’État, sont sous-représentés et des mouvements d’initiative française, comme le CAEDEL ou l’Observatoire européen de la laïcité, tentent de les fédérer  [11].

Cependant, ouvrir un bureau à Bruxelles suppose une stratégie d’européanisation. Chaque religion ou groupement philosophique est amené à dégager sa place dans l’héritage européen et dans la construction européenne à venir. Côté orthodoxe, l’Assemblée européenne inter-parlementaire de l’orthodoxie (EIAO), fondée en 1993, se donne pour but d’inciter les Européens de l’Est et du Sud-Est à se tourner vers l’Europe, d’amener les Occidentaux à penser que la tradition et la culture orthodoxe font partie intégrante de l’identité européenne et de formuler des contributions spécifiques à partir de l’identité orthodoxe au processus d’unification européenne  [12]. De même, les humanistes ont organisé un colloque en 1994, intitulé “ Europe, terre d’humanisme ”, qui, prenant le contre-pied du discours sur l’Europe chrétienne, insistait sur la pluralité des héritages religieux européens et sur la place de l’humanisme agnostique.

2. Structuration des liens avec les institutions européennes : l’informel et l’officiel

Depuis une dizaine d’années, les relations entre les organisations religieuses et humanistes et les institutions européennes se sont peu à peu structurées (2.1). Ces relations ont été possibles car les organisations religieuses ou philosophiques ont développé des modes de présence efficaces auprès des institutions européennes. La recherche d’un statut européen officiel par les religions révèle des clivages nationaux qui s’expriment d’autant mieux que, dans ce domaine, la décision se fait à l’unanimité des États membres (2.2). Par contre, les autres domaines d’action reflètent une certaine dynamique d’européanisation (2.3).

2.1. Au cours des dix dernières années, on note une dynamique d’institutionnalisation des rapports religions/Union européenne, mais non une officialisation garantie par le droit. La Déclaration annexe n° 11 au traité d’Amsterdam et la Charte des Doits des fondamentaux constituent des textes d’une portée symbolique réelle, mais sans valeur juridique. Si les religions sont mentionnées dans des directives communautaires, c’est incidemment.

Pourtant, les relations entre religions et groupements philosophiques d’une part et institutions européennes d’autre part se sont structurées. Aux contacts informels sur un dossier s’ajoutent des rencontres périodiques permettant la présentation des points de vue des uns et des autres. Ainsi, en plus des contacts ad hoc avec le Conseil des ministres et les représentations nationales permanentes, COMECE et CES de la KEK ont obtenu de rencontrer la future présidence de l’Union européenne pour discuter son programme et présenter des requêtes. Sans être officiels, ces contacts sont devenus une “ tradition ”  [13].

En outre, avec le Parlement européen, l’accès est immédiat, régulier, facile. Lors des sessions plénières à Strasbourg, une équipe œcuménique catholico-protestante organise des petits déjeuners-débats avec des parlementaires européens. À l’automne 1999, le président de la COMECE a demandé des rencontres périodiques avec le PPE, en plus des contacts informels existants [14].

Les contacts réguliers sont les plus poussés avec la Commission européenne, à travers deux réalisations : les rencontres à la cellule de prospective et l’initiative “ Une âme pour l’Europe ”. En juin 1992, Marc Luyckx, membre de la cellule de prospective, a reçu mandat de structurer des relations avec les religions, décision qui avait été précédée, dès 1990, par des contacts officieux avec l’EECCS, puis la COMECE. Aujourd’hui, des séminaires de dialogue bisannuels et des sessions d’informations pluriannuelles réunissent trente-deux partenaires religieux  [15] et des hauts fonctionnaires européens à propos de questions relatives à la politique de l’Union européenne  [16]. De plus, les projets étaient, au départ, présélectionnés par un comité de pilotage officieux, rassemblant des responsables des grandes religions et du mouvement humaniste  [17]. Ces deux réalisations sont des initiatives directes du président Jacques Delors. De la part de la Commission, elles illustrent une volonté de représentativité de la diversité religieuse et philosophique européenne avec cependant une pratique que l’on pourrait qualifier de “ pluralisme fermé ”  [18] avec différents niveaux d’accès en fonction du poids numérique, symbolique et historique des confessions en présence. Cependant, même si l’on relève des citations où de hauts fonctionnaires européens  [19] parlent ouvertement d’une “ Europe chrétienne ”, force est de constater que dans la pratique, la diversité religieuse actuelle de l’Europe est prise en compte. De même, les projets financés par “ Une âme pour l’Europe ” mettent en valeur la pluralité des racines religieuses et philosophiques du continent.

2.2. Au fur à mesure que la construction européenne s’approfondit à travers de nouveaux traités, les religions ont ressenti le besoin de se voir garantir un statut officiel auprès des institutions européennes. Sur ce thème, la mobilisation des groupements religieux et philosophique révèle des clivages nationaux et confessionnels.

En effet, cette volonté d’officialisation a été portée de manière préférentielle par l’Église catholique et les églises protestantes de type Volkskirche. Elles ont des intérêts plus importants à défendre face à de possibles retombées de la législation communautaire sur leurs activités dans les États membres (législation en matière de droit du travail, droit fiscal, droits fondamentaux). Ensuite, puisqu’elles sont dotées de moyens importants du fait même de leur régime national de cultes, elles ont de facto un poids important dans les structures d’Églises présentes à Bruxelles. Enfin, elles peuvent apporter un savoir-faire et des projets précis d’officialisation des relations religions/institutions européennes sur le modèle de ce qu’elles vivent dans leur pays. Ainsi, les Églises les plus engagées pour l’officialisation des relations religions/Union européenne ont été de manière constante les Églises allemandes catholique et protestante à des moments-clés : la CIG de 1996 et la négociation du traité d’Amsterdam, la CIG de 1999 et la rédaction d’une Charte des droits fondamentaux et actuellement la discussion sur les problèmes de gouvernance européenne. Dans ces différents contextes, elles ont anticipé les débats et fourni un cadre de réflexion à leurs coreligionnaires  [20].

Les actions développées par les organismes européens d’Églises et le mouvement humaniste européen en vue d’une officialisation de leurs liens avec les institutions européennes ou afin de se prémunir contre des aspects de la législation communautaire qui pourraient modifier leur position privilégiée dans les États membres, correspondent à un lobbying classique de défense d’intérêts particuliers. Ici, dominent des stratégies dictées par des références à un modèle national de relations Église/État. Ceci n’est pas à interpréter comme un défaut d’identification à l’Europe mais tout simplement comme une manière d’assurer la mobilisation la plus efficace lorsque la décision est prise à l’unanimité des États membres. Les organismes européens religieux et humanistes mènent une action directe auprès de représentants politiques européens ou indirecte en organisant des colloques. Ils ont avant tout une fonction de diffusion de l’information et de coordination de l’action de leurs membres nationaux auprès de leur propre gouvernement.

Lors de la préparation du traité d’Amsterdam, les mobilisations illustrent bien la réalité des clivages nationaux qui parcourent les groupements religieux et philosophiques. Dès janvier 1995, l’Église évangélique d’Allemagne (EKD) et l’épiscopat allemand ont rédigé une déclaration défendant l’idée d’un article garantissant les législations nationales sur les relations Églises/État. Elles ont ensuite produit un mémorandum conjoint en juin 1995. Ultérieurement, deux autres pays concordataires, l’Autriche et l’Italie, ont présenté à la CIG, à l’automne 1996, une proposition allant dans le même sens. Les débats entre les églises et les gouvernements en avril 1997 n’ont pas permis d’atteindre un accord sur l’incorporation dans le traité d’un article sur les religions, tant à cause de la nature défensive de ce projet heurtant les pays de sensibilité laïque (France, gauche espagnole) qu’à cause de la dynamique de constitutionnalisation des traités qu’impliquait un tel article, dynamique à laquelle Grande-Bretagne et pays nordiques sont hostiles. Finalement, fut mise au point la Déclaration annexe n° 11 au traité d’Amsterdam reprenant la proposition allemande modifiée, à laquelle fut adjoint un deuxième alinéa reconnaissant les groupements philosophiques sur le même plan que les religions  [21]. Ce dernier article doit beaucoup à la mobilisation des laïcs belges et des humanistes hollandais auprès de leur gouvernement.

Les clivages nationaux s’articulent aux clivages confessionnaux. Les protestants sont apparus relativement divisés, peinant à dépasser l’horizon de leur inscription nationale particulière. Au sein de l’EECCS fut préparée, au moment de la CIG de 1996, les 22-23 février 1996, une consultation des Églises et fédérations d’Églises membres. Les résultats de cette consultation montrent des différences de tradition nationale quant au modèle de relations Églises/État, entre Églises de type Volkskirche (EKD, Église anglicane, Église protestante du Danemark) voulant préserver leurs intérêts et Églises minoritaires (France, Italie, Espagne, Belgique, Portugal) préférant utiliser à leur profit le vide juridique. Les Églises protestantes néerlandaises, issues d’un pays bi-confessionnel et laïque, furent aussi réservées face à la proposition allemande  [22] Par contre, côté catholique, structure hiérarchique unitaire et inscription internationale ont permis une meilleure cohésion sur un projet européen. Le Vatican (via la nonciature apostolique de Bruxelles et via le gouvernement portugais) et la COMECE s’accordèrent sur l’idée d’une officialisation des relations Églises/Union européenne.

2.3. Il ne faut pas pourtant réduire l’explication des stratégies des organismes d’Église à Bruxelles par la variable nationale. Celle-ci fonctionne surtout pour un certain type d’action : celle qui concerne les affaires juridiques. Or, il y a d’autres domaines d’action où les églises agissent en fonction de leur vision du monde et au nom du plus grand nombre. Elles apparaissent alors moins comme des lobbies que comme des “ groupes de promotion ”  [23]

Dans les domaines du social, du développement ou des migrations, les représentations bruxelloises des Églises ont moins besoin d’agir en tant que telles. Une large part du travail est le fait d’ONG confessionnelles spécialisées, en concertation avec les groupes de travail mis en place par les Églises. Là, les stratégies de mobilisation se font à de multiples niveaux, national, européen et même international. Il existe une coordination œcuménique catholico-protestante importante et régulière à l’intérieur d’issues networks  [24] plus vastes. C’est ainsi que la professionnalisation des stratégies et des structures pour peser sur le processus de décision communautaire enclenche une dynamique d’européanisation, c’est-à-dire des processus transnationaux et transconfessionnels de coopération.

D’une certaine manière, les institutions européennes encouragent ce mouvement par leurs critères de sélection pour l’accès à des programmes. Ainsi, l’initiative “ Une âme pour l’Europe ” finance des colloques, débats

et activités portés par des organismes religieux et humanistes d’au moins trois pays, notamment lorsqu’il s’agit de pays membres de l’Union et des pays candidats à l’élargissement. Outre ce critère général, le comité officieux de sélection privilégiait les programmes œcuméniques et inter-religieux. Un autre exemple peut être cité, l’évolution des objectifs du Centre européen juif d’information (CEJI). Au contact des exigences européennes, dans son domaine d’action – l’éducation contre le racisme et l’antisémitisme – cette association a peu à peu délaissé son objectif premier strictement communautaire : être le point d’accès des organisations juives d’Europe à Bruxelles, pour se spécialiser dans des programmes d’action éducative l’amenant à travailler de plus en plus avec des organisations majoritairement non juives.  [25]

3. Participation à une société civile européenne en gestation : lien confessionnel transnational et œcuménisme

Il est plus aisé de comprendre l’intérêt que la Commission européenne porte aux groupements religieux et philosophiques européens au regard de leur spécificité (3.1) et des fonctions qu’ils assument (3.2). Dans leur fonctionnement quotidien, dans leur structure même à vocation européenne, ces groupes participent à leur manière à la formation d’une société civile européenne en gestation.

3.1. Les institutions religieuses ont comme particularité première d’être des organismes multi-niveaux,  [26] assurant une fonction de médiation entre le niveau communautaire et les niveaux nationaux, locaux et internationaux où ils sont également présents. Dans les cadres de programmes d’aide au développement ou d’action sociale, les religions peuvent se prévaloir d’une expertise, d’actions de terrain, d’informations pointues et de présence à long terme permettant d’assurer une bonne articulation local/global pour des actions communautaires. Cette spécificité leur confère une certaine légitimité et efficacité. Par exemple, l’année jubilaire 2000 a donné lieu à une vaste mobilisation de l’Église et des organismes catholiques internationaux, ordres religieux ou ONG, pour l’annulation de la dette des pays les plus pauvres. Des actions ont été menées tant auprès de l’Union européenne que du FMI, du PNUD et de la Banque mondiale. C’est le cas notamment du réseau Afrique-Europe-Foi et Justice (AEFJN) dès 1999, lors des élections européennes  [27]. De même, il est révélateur que le financement des religions et humanistes dans le cadre de l’initiative “ Une âme pour l’Europe ” soit au titre des “ fédérations et associations d’intérêt européen ”. Ce n’est pas officiellement en tant que tels, mais en tant qu’organismes favorisant la construction d’un lien transnational européen.

Religions et mouvements humanistes intéressent les institutions européennes dans la mesure où ils sont des organismes pérennes, porteurs de sens et pourvoyeurs d’identité à l’heure où la construction d’une Europe politique, éthique, civique et sociale nécessite une explicitation et une redéfinition d’un projet européen, mobilisateur et accessible au citoyen. Leur implantation nationale (institutions, associations, médias, enseignement) en fait des leaders d’opinion incontournables, susceptibles de diffuser un sentiment europhile au sein des populations des États membres ou des pays candidats à l’élargissement.

3.2. Les organismes européens religieux et dans une moindre mesure les humanistes fabriquent du lien social européen de cinq manières : l’information, la formation, la sociabilité et la coordination d’issues networks plus larges. Construction européenne et collaboration œcuménique vont aussi de pair.

Par leur presse et plus récemment leur site Internet, ces groupements diffusent une information spécialisée sur l’Europe différente de la presse généraliste des pays membres qui envisagent le plus généralement les enjeux de la construction européenne sous l’angle strictement national. S’informer est la principale raison de l’ouverture d’un bureau à Bruxelles, pour quelque organisation que ce soit. La spécificité de la presse confessionnelle européenne est de chercher à diffuser cette information auprès du plus grand nombre. Le meilleur exemple en est l’évolution de la politique éditoriale de l’OCIPE et plus généralement des organismes catholiques présents à Bruxelles. L’information a été, dès le début, un axe principal de l’OCIPE, avec La Lettre de l’OCIPE, périodique en français et en allemand qui devint en 1978 Objectif Europe/Projekt Europa/European Vision. Cette dernière était une revue mensuelle présentant des articles de fond sur les enjeux de la construction européenne. En 1995, l’OCIPE consacrait à sa revue un tiers de son budget  [28]. De même, avant la création de la COMECE, le Service d’information pastorale européenne catholique (SIPECA) éditait un journal sous forme de fiches spécialisées par domaine d’action. Pour partager la charge d’un mensuel, OCIPE et COMECE réalisent, depuis 1998, une publication commune, Europe-Infos, qui se présente comme un journal avec de brefs articles et un dossier spécial. Ce journal est édité en cinq langues : allemand, français, anglais, espagnol et polonais.

Tous les organismes européens religieux et humanistes participent de la formation des responsables dans les pays membres : des visites sont organisées auprès des institutions européennes ; leurs membres sont sollicités dans des réunions, conférences et débats par leurs homologues dans les pays membres. Côté catholique, on note une certaine spécialisation. La COMECE s’adresse de manière privilégiée aux conférences épiscopales nationales, aux responsables religieux, et à des groupes de jeunes. ESPACES mène notamment une action ciblée en direction des religieux. L’OCIPE s’intègre au plan de formation des futurs jésuites européens  [29] Leur site met en réseau les différentes facultés d’enseignement supérieur jésuites à travers l’Europe. Il mène également une action d’envergure dans les pays candidats à travers le lancement de journaux spécifiques et l’organisation de conférences-débats dans leurs différents centres. L’OCIPE cherche à diffuser un sentiment europhile dans une société polonaise majoritairement hostile à l’Europe. Le bureau de Varsovie organise des sessions de formation sur l’Europe pour la presse locale et la presse catholique et, a lancé, en 1995, un groupe de travail sur l’intégration européenne, de trente personnalités provenant d’horizons politiques différents et travaillant au ministère des Affaires étrangères, à la chancellerie du Parlement et au bureau du Conseil des ministres  [30].

Les groupements religieux et philosophiques européens présents à Bruxelles et/ou à Strasbourg mènent tous des activités de “ pastorale ” au sens strict du terme ou plus large : conférences, débats exposant des enjeux européens à la lumière de leurs convictions religieuses ou philosophiques. Ainsi, ces groupes participent de la formation d’une sociabilité transnationale. Ces actions sont aussi le moyen d’agir indirectement sur les institutions européennes par le biais de fonctionnaires croyants engagés. Il se construit, au fil des rencontres, des “ policy communities ”  [31] potentielles. Ces activités sont reconnues par la Commission européenne. Catholiques et protestants organisent des rencontres conjointes au “ lieu de recueillement ” à Bruxelles ou à Strasbourg, lors des sessions plénières du Parlement européen. La FHE propose une conférence mensuelle. Il existe un séminaire de réflexion rassemblant des fonctionnaires européens juifs autour d’un rabbin.

Les mouvements chrétiens présents à Bruxelles contribuent à la structuration de la société civile européenne en participant à des issue networks, c’est-à-dire des regroupements plus larges autour d’un domaine de compétence communautaire, ou en les initiant. Il se crée ainsi un degré d’interrelations plus denses qui est l’indice de la formation de cette société civile européenne. Par exemple, dans le domaine des migrations, en 1989-1990, l’OCIPE a été à l’origine du réseau MIGREUROPE  [32], chargé de réfléchir à la politique d’immigration de l’Union européenne, avant que ce réseau ne disparaisse dans une initiative plus large, soutenue par la Commission européenne, le Forum des migrants. De même, le CCME, Churches Committee for Migrants in Europe, ONG protestante, fut à l’origine du Migration Policy Group et d’ENAR, European Network Against Racism. Son secrétaire général assura la direction de ces deux réseaux. Le CCME est aussi membre fondateur du réseau Starting Line qui se mobilisa pour une directive sur la non-discrimination et en amont pour un article contre la discrimination dans les traités européens. Tous ces réseaux rassemblent, au-delà des ONG chrétiennes, des associations venues de tous horizons.

Enfin, dans leur travail d’approche des institutions européennes, catholiques et protestants expérimentent un œcuménisme au quotidien, au-delà des débats théologiques qui sont plutôt l’apanage du CCEE et de la KEK. Ainsi, la construction européenne créerait une dynamique de coopération entre les religions. D’ailleurs le thème de la réconciliation entre les nations européennes dont la construction européenne témoigne est étroitement associé par les Églises avec celui de l’œcuménisme. Il est symptomatique qu’un article d’Objectif Europe traitant du grand rassemblement œcuménique de Gratz en 1989, le qualifie d’“ acte unique œcuménique ” en parallèle avec l’Acte unique européen  [33]. Pour Hugues Délétraz, s.j., “ Cette origine religieuse et même spécifiquement chrétienne de la réconciliation accrédite les Églises comme interlocuteurs privilégiés de la Commission européenne pour donner une âme à l’Europe ”  [34]. D’ailleurs, certains regroupements religieux présents à Bruxelles reposent notamment au départ sur un esprit de réconciliation franco-allemand  [35]. Par contre, force est de constater que les rencontres inter-religieuses sont suscitées par la Commission européenne et qu’il n’existe pas à cette échelle de “ policy communities ”  [36].

Conclusion

Les modes de présence auprès des institutions européennes développés par les organismes européens religieux et humanistes témoignent de spécificités confessionnelles parfois articulées à des particularismes nationaux, dans la mesure où les religions et humanismes n’ont pas le même lien historique et symbolique au territoire national et ont un rapport différent à l’histoire de la construction européenne. Cependant, sur le long terme, on observe une dynamique d’homogénéisation des structures au-delà des spécificités ecclésiologiques parce que l’insertion dans le jeu européen nécessite des stratégies identiques de professionnalisation, de spécialisation et de réactivité que seule une certaine autonomie par rapport aux centres décisionnels nationaux ou internationaux permet. De même, en raison du nombre élevé de groupes d’intérêt présents à Bruxelles, les groupements religieux sont amenés à coordonner leurs actions pour peser sur les processus de décision et échanger des informations. Ils pallient ainsi leur manque de moyens financiers et humains, comparativement aux lobbies économiques. De plus, l’ouverture de la Commission européenne au dialogue avec les religions et le mouvement humaniste favorise des logiques de coopération transnationale et transconfessionnelle. Cependant, sur l’enjeu de l’officialisation des rapports religions/mouvements humanistes/Union européenne on constate des clivages nationaux et confessionnels tant l’appréhension des rapports religion/politique est marquée par les régimes de cultes, spécifiques à chaque État membre. De fait, les mobilisations sont avant tout nationales, coordonnées sur le plan européen et souvent in fine sur le plan œcuménique. Ainsi, l’exemple de la mobilisation des religions et du mouvement humaniste auprès des institutions européennes illustre une dialectique entre identité propre et dynamique d’européanisation, dans la mesure où la culture politique européenne ne se construit pas seulement par simple addition et compromis entre particularismes en compétition, mais aussi par l’édification d’un lien transnational européen qui n’annule pas les appartenances nationales.


Source : Commissariat général du Plan (France).
Institut universitaire de Florence, Chaire Jean Monnet d’études européennes

[1] Selon Philippe Chenaud, Pie XII prit d’abord position en faveur de la construction européenne par souci de lutter contre la menace communiste (message de Noël 1947) ou pour édifier la paix mondiale (message au Sacré-Collège de 1948), pour s’orienter clairement entre 1952 et 1957 vers un soutien de l’unification européenne avec le soutien du projet de la CED et le soutien à la négociation du traité de Rome. Cf. Chenaud (P.) : Une Europe Vaticane ?, Édition Ciaco, 1990.

[2] Selon Philippe Chenaud, Pie XII prit d’abord position en faveur de la construction européenne par souci de lutter contre la menace communiste (message de Noël 1947) ou pour édifier la paix mondiale (message au Sacré-Collège de 1948), pour s’orienter clairement entre 1952 et 1957 vers un soutien de l’unification européenne avec le soutien du projet de la CED et le soutien à la négociation du traité de Rome. Cf. Chenaud (P.) : Une Europe Vaticane ?, Édition Ciaco, 1990.

[3] Steindl (H.) : “ Le Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE) ”, in G. Vincent, J.-P. Willaime, Religions et transformations de l’Europe, op. cit., p. 285-291.

[4] Ceci est toujours vrai comme en témoigne la présence de hauts fonctionnaires européens dans l’Association pour le rachat et le fonctionnement de la Chapelle Von Maerlant. Ce qui change c’est le passage d’un mode de présence discret à une volonté de visibilité du religieux, en plein cœur du quartier européen.

[5] Lenders (M.) : “ La Commission œcuménique européenne ”, in G. Vincent et J.-P. Willaime, Religions et transformations de l’Europe , op. cit., p. 295.

[6] L’OCIPE signifie maintenant Office catholique d’information et d’initiative pour l’Europe ce qui implique une réévaluation et un élargissement de ses tâches.

[7] On trouve parmi les membres fondateurs Pierre Pflimlin, Marcel Rudloff, Théo Braun, Monseigneur Nédoncelle, etc. Voir Weydert (J.), s.j. : “ L’OCIPE : quelques mots d’histoire ”, OCIPE, septembre 1992, p. 2. Les laïcs restent aujourd’hui impliqués, dans le “ board of directors ” composé de trois jésuites et de trois laïcs engagés dans le processus de construction européenne pour ce qui est du bureau de l’OCIPE à Budapest.

[8] Mgr Treanor : The Development of Relations Between the Churches and the European Union : a Laboratory for the Future, Bonn, 22 janvier 2000, p. 2.

[9] Le patriarcat œcuménique a une primauté en matière de dogme et non sur le plan disciplinaire. Les orthodoxes immigrés en Europe de l’Ouest se rattachent soit au patriarcat œcuménique, soit à l’Église autocéphale de leur pays d’origine.

[10] De toute façon, le fonctionnement du CES de la KEK garantit les représentations d’Églises ou de fédérations d’Églises nationales avec une pondération des voix selon leur importance numérique.

[11] Massignon (B.) : Laïcité et construction européenne : les stratégies des mouvements laïques européens, communication au colloque de l’AISLF, Québec, juillet 2000.

[12] Archives de la cellule de prospective de la Commission européenne, Cdp/97/98/99, dossier orthodoxie, rapport de mission de Thomas Jansen, 8 avril 1997. L’EIAO a été fondé en 1993 à cause des changements à l’Est et de la signature du traité de Maastricht. C’est une initiative du Parlement hellénique. Son secrétaire général est toujours grec et le siège est Athènes. Les membres sont des parlementaires des pays suivants : Arménie, Bulgarie, Géorgie, Grèce, Estonie, Chypre, Lettonie, Biélorussie, Lituanie, Moldavie, Yougoslavie (Monténégro-Serbie), Finlande, Ukraine, Fédération de Russie.

[13] Mgr Treanor : The Development of Relations Between the Churches and the European Union…, op. cit., p. 5-6.

[14] Mgr Treanor, idem, p. 5.

[15] Il s’agit de responsables des grandes religions, de la FHE, d’ordres monastiques et d’ONG confessionnelles.

[16] Jansen (T.) : “ Europe and Religions : The Dialogue between the European Commission and Churches or Religious Communities ”, Social Compass, 47 (1), 2000, p. 103-112.]°. L’agenda de ces rencontres est préparé par l’EECCS et la COMECE. De plus, depuis décembre 1994, a été mise en place l’initiative “ Une âme pour l’Europe ” qui vise à financer des rencontres sur le sens de la construction européenne organisées par les religions ou les mouvements humanistes. Bien que le montant des financements de ce programme soit minime, la décision est symbolique dans la mesure où il s’agit du seul financement, en tant que tel, des religions par l’Union européenne [[Le financement de ce programme n’a été officialisé qu’en 1997, par un vote du Parlement européen. Il est mentionné dans une ligne budgétaire consacrée au financement de projets portés par des fédérations et associations d’intérêt européen. Voir Rapports d’activité annuels de 1995 à 2000 de l’initiative “ Une âme pour l’Europe ”.

[17] Le comité officieux de sélection a été géré par l’EECCS et présidé par la Fédération humaniste européenne (FHE). Il comprenait en outre des responsables de la COMECE, du bureau de l’Église orthodoxe auprès de l’Union européenne, de la Conférence européenne des rabbins et du Conseil musulman de coopération en Europe. Suite à la chute de la Commission Santer, de nouveaux standards dans l’accréditation de financement ont été décidés et ce comité officieux déclaré non conforme.

[18] Jean Baubérot distingue le “ pluralisme ” ouvert pratiqué par les États-Unis où toutes les confessions existent devant la loi sur le même pied d’égalité, du “ pluralisme fermé ” (régimes concordataires d’Europe) où il y a une pluralité de cultes reconnus par l’État mais avec des limites et des inégalités de statuts.

[19] Jacques Delors : “ J’ai beaucoup lu sur l’histoire de l’Europe. Il en ressort que le christianisme est un facteur constitutif très important de notre histoire commune. Il n’y a pas un endroit au monde où soient mieux harmonisées les relations entre l’individu et la société. Cela est dû à mon avis à l’influence du christianisme ”, Résumé des discours du président Delors aux Églises par Marc Luyckx, Commission européenne, cellule de prospective, Bruxelles, 1992.

[20] Ce différentiel d’engagement des églises par rapport au thème de l’officialisation des liens religions/UE s’observe aussi par la composition des bureaux des organismes d’Église présents à Bruxelles. À la KEK comme à la COMECE, le poste de coordination de la commission juridique a toujours été tenu par un Allemand. Il en va de même pour la personne chargée à l’OCIPE du suivi des débats sur la Charte au forum de la société civile. À la COMECE, une des personne chargée du suivi des débats sur la Charte des droits fondamentaux est une Italienne payée directement par l’épiscopat italien.

[21] “ L’Union européenne respecte et ne préjuge pas le statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les Églises et les associations ou communautés religieuses dans les États membres. L’Union européenne respecte également le statut des organisations philosophiques et non confessionnelles ”.

[22] Wydmusch (S.) : “ Les Églises protestantes et le processus d’Union européenne : entre réalité territoriale et idéalité européenne ”, p. 11-12, article paru en italien in Alfredo Carnavero, J.-D. Durand (dir.), Il fattore religioso nell’integrazione europea, Milan, Éditions Unicopoli, 1999, p. 159-175.

[23] Distinction d’Olivier de Schutter, La fonction des groupes de pression dans la Communauté européenne, CRISP, 1993. Les “ groupes de pression ” cherchent à influer sur le système décisionnel politico-administratif alors que les groupes de promotion tentent également de servir de relais et d’informer le grand public. Pour Laurence Flachon, Religion et intégration européenne, licence spéciale politique, Institut d’études européennes, Bruxelles, 1995-1996, les groupements religieux européens sont caractéristiques des “ groupes de promotion ” alors que pour nous, ils relèvent de l’une ou l’autre des catégories selon les enjeux.

[24] La littérature de sciences politiques sur les réseaux distingue les “ policy communities ”, groupements d’intérêts et d’organisation reliés par un niveau d’interrelations denses et stables et partageant une vision du monde ou un processus commun d’apprentissage aboutissant à une même vision des enjeux, des “ issues networks ”, groupements occasionnels et vastes autour d’un enjeu spécifique dont les membres ne partagent pas forcément les mêmes buts et les mêmes idéaux.

[25] Pour Pascale Charhon (CEJI), c’est un exemple extrême de dynamique d’européanisation, où la demande communautaire influe directement les objectifs d’une organisation. En effet, cette ONG tient une grande partie de ses ressources du financement communautaire, ce qui n’est pas le cas des autres organismes religieux et humanistes étudiés qui sont autofinancés et qui ont donc une plus grande autonomie d’action.

[26] Pour Felipe Basabe Llorens, c’est la caractéristique principale des organisations catholiques européennes, ce qui les distingue des autres lobbies présents à Bruxelles. Cf. Basabe Llorens (F.) : “ The Roman Catholic Church and the UE : an Emergent Lobby ? ”, College of Europe, Working Paper n° 15, Bruxelles, European Interuniversity Press, 1996.

[27] Talin (K.) : “ Les virtuoses du religieux sont-ils stratèges ? Présence et action dans l’Europe post-conciliaire. L’exemple de la Belgique et de la France ”, communication, Colloque de l’Association canadienne française pour l’avancement de la science, session thématique, “ Les nouvelles stratégies sociales des groupes religieux au Québec et dans le monde ”, Montréal, mai 2000.

[28] Basabe Llorens (F.), op. cit., p. 58. Aujourd’hui, dans la mesure où l’OCIPE a fusionné sa publication avec la COMECE, le budget publication n’est plus que de 10 %, selon le secrétariat de l’OCIPE, mars 2001.

[29] OCIPE, Rapport d’activité 1998.

[30] OCIPE, Rapport d’activité 1996.

[31] Voir la distinction issue network/policy community note 43, p. 34

[32] Basabe Llorens (F.), op. cit., p. 59.

[33] Lucal (J.) : “ Bâle : Un acte unique œcuménique ? ”, Objectif Europe, juillet-septembre 1989, p. 43-53.

[34] Delétraz (H.) : “ La réconciliation, un acte politique ”, Objectif Europe, n° 46, p. 46.

[35] Voir Montevecchi (C.) : Europe et œcuménisme. La contribution de deux organismes confessionnels : EECCS et OCIPE, mémoire de DEA d’études politiques, Institut d’études politiques, Strasbourg, 1996.

[36] Voir note 43, p. 34.