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Déclaration de l’OLP pour la solution à un seul État binational

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Au Nom de Dieu
Message à notre Peuple en lutte, en Palestine et dans l’exil.

Des initiatives et des propositions de résolution du conflit arabo-israélien apparaissent, de temps à autre. Qu’elles soient israéliennes, israélo-palestiniennes, moyen-orientales ou internationales, ces propositions sont fondées sur l’hypothèse que la question des réfugiés palestiniens serait susceptible d’être solutionnée dans le cadre d’un Etat palestinien à créer.

Plus préoccupant encore est le fait que le régime palestinien actuel a ouvert la porte à de telles initiatives sans disposer au préalable d’une vision claire [d’une stratégie] qui soit compatible avec les aspirations de notre peuple ! Le régime a encouragé ces initiatives, auxquelles il a participé, en justifiant sa prise de position au motif qu’il s’agirait de la recherche d’une avancée permettant de sortir du blocage actuel, conjointement aux Israéliens et à la communauté internationale. Oublieux du tort porté à l’unité du peuple palestinien, ce régime est partagé entre des gens qui initient ce genre d’initiatives et les gèrent, et d’autres, qui les rejettent. Cette situation pousse le peuple palestinien vers un conflit interne qui risquerait de dégénérer en " guerre civile ", à seule fin de préserver les intérêts de l’élite palestinienne aujourd’hui en charge des affaires. Cette élite, guidée par son seul intérêt égoïste, menace l’unité du peuple palestinien et sa résistance, et tout particulièrement le droit au retour des réfugiés palestiniens, qui est le noyau de la question palestinienne.

Soucieux d’aboutir à une position palestinienne unifiée, correspondant au consensus national, nous affirmons ce qui suit :

1°) Considérant que le droit au retour représente la pierre angulaire du consensus palestinien, l’objectif central de son combat, le mobile de sa révolution actuelle et le rêve des deux tiers des Palestiniens, nous rejetons énergiquement toutes les initiatives, les agréments et les ententes, qu’ils soient formels ou informels (notamment les pourparlers Beilin/Abu Mazen, Nusseibeh/Ayalon, et l’accord dit " de Genève ") qui remettent en cause ce droit sacré. Nous voyons dans de tels initiatives et accords une tendance dangereuse à transformer le consensus national en un enjeu de négociations ;

2°) Nous ne tenons pas pour responsables les seules personnes qui ont pris part à ces initiatives. Nous tenons pour responsable, aussi, le régime palestinien, qui joue avec le sort de notre peuple et contribue au tort porté à ses aspirations. Au cours des trois mois écoulés, ce régime a été entièrement absorbé par des conflits internes mesquins autour de la formation d’un gouvernement, et il s’est désintéressé des problèmes de notre peuple et des questions décisives. Le régime, qui a placé les personnes les plus corrompues qui soient aux postes de responsabilité, dans les ministères et dans les administrations civiles et de sécurité, a continué à jouer avec l’unité de notre peuple et avec le consensus national (consensus national dont la pierre angulaire est le droit au retour des réfugiés), en y portant atteinte d’une manière absolument sans précédent et, cela, à seule fin de maintenir la souveraineté palestinienne sur quelques mètres carrés de territoire.

3°) Nous rappelons à ceux qui jouent à la roulette russe le sort de notre peuple qu’un Etat palestinien indépendant, établi dans les seuls territoires occupés en 1967, n’est pas constitutif du consensus stratégique palestinien : il ne s’agit que d’un programme de transition, adopté par l’OLP lors d’un congrès du Conseil National Palestinien, en 1974. Le droit au retour est un élément fondamental de la Charte Nationale Palestinienne et il est la raison première du déclenchement de la Révolution palestinienne. S’il était besoin d’une quelconque manoeuvre tactique, c’est l’Etat palestinien qui devrait être utilisé comme monnaie d’échange dans des tractations, afin d’arracher le droit au retour des réfugiés. L’Etat palestinien n’est plus une priorité. Il n’est pas non plus dans l’intérêt du peuple palestinien. Il est devenu un atout pour la sécurité d’Israël, et il se trouve qu’elle sert aussi, de manière incidente, les intérêts de certains membres du régime palestinien actuel, qui ne voient en lui qu’un moyen d’accroître leurs propres profits immédiats. C’est donc bien sacrifier l’Etat palestinien à l’obtention effective du retour des réfugiés qui servirait la stratégie palestinienne globale, alors que sacrifier le droit au retour des réfugiés afin de monnayer un pseudo-Etat à la souveraineté limitée (comme actuellement) revient à sacrifier les droits, les rêves et les aspirations de notre peuple.

4°) Nous pensons que nous pouvons parvenir à une paix globale et juste, une paix dans laquelle cette terre accueillera les deux peuples au sein d’un Etat démocratique et pluraliste, une paix qui reconnaîtra les droits et les devoirs tant des Palestiniens que des Israéliens, une paix qui abattra les frontières, les murailles et les barrages militaires, une paix non pas basé sur des déplacements de population et la partition de villes et villages, mais bien sur le retour des réfugiés palestiniens, une paix dans laquelle tout le monde gagnerait et personne ne passerait de marchés douteux. Une paix, enfin, dans laquelle les deux parties soient gagnantes, et dans laquelle personne ne soit perdant.

5°) Afin de maintenir l’unité de notre peuple, de construire des institutions palestiniennes démocratiques et de permettre à tout le monde d’exercer son droit à apporter sa contribution et à participer à la construction d’une société civile et à la détermination [démocratique] d’une politique [nationale], nous appelons à des élections démocratiques, dans la transparence, à tous les niveaux, à commencer par le Comité Central du Fatah, en passant par les conseils municipaux, le Conseil Législatif palestinien, la Présidence et le Conseil National palestinien. L’objectif de ces élections : remettre en ordre la maison palestinienne, la prémunir contre la corruption administrative, financière et politique actuelle, et mettre un frein à l’engrenage du délitement et de la division.

Sur la base des idées que nous venons d’exposer, et sans hésitation, nous allons lancer une campagne populaire, en Palestine et dans la diaspora palestinienne, sous le titre : " Le Retour d’abord, et la Paix pour (nos) Deux Nations, dans Un Seul Etat ".

C’est seulement avec ce mot d’ordre que nous serons fidèles aux rêves et aux aspirations de notre peuple. Et aussi au sang de nos martyrs. Nous adopterons une approche plus réaliste, afin de parvenir à une paix globale et juste, qui n’imposera aucun compromis douloureux à quiconque. Une solution au conflit qui ignorerait les intérêts des deux tiers du peuple palestinien ne saurait être considérée comme autre chose qu’un simple cessez-le-feu entre deux protagonistes. Unis. Ensemble. Jusqu’à la réalisation du Retour, de la Libération et de la Paix.

Traduction de Marcel Charbonnier pour Le Point information Palestine

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