Quand on parle de Ronald Reagan en Pologne, le sujet devient vite personnel parce que nous lui devons notre liberté et cela ne sera jamais assez répété. Les Polonais se sont battus pendant des années pour leur liberté et ils ont donc une estime spéciale pour ceux qui les ont soutenus. Le soutien était le test de l’amitié et le président Reagan a prouvé son amitié en faisant sortir les pays d’Europe centrale et orientale des jours sombres de la Guerre froide.
Il croyait dans la démocratie, les Droits de l’homme et dans la société civile. Je me suis souvent demandé pourquoi Reagan avait pris tant de risques politiques pour nous aider tout en soutenant un réarmement qui mena l’économie soviétique à la faillite. Il faut se souvenir en effet que les États-Unis connaissaient alors la récession économique et les Américains étaient avant tout intéressés par leurs problèmes domestiques. En fait, il était de ses dirigeants qui mettaient en avant leurs valeurs et qui estiment qu’elles méritent qu’on leur sacrifie tout.
Les années 80 était une période étrange. Le communisme arrivait à sa fin et le changement approchait, mais celui-ci nécessitait la coopération de différents acteurs politiques. C’est l’action combinée de Ronald Reagan, Jean-Paul II, Margareth Thatcher et même Mikhail Gorbatchev qui a permis l’émergence d’un nouvel âge en Europe. Reagan avait une vison et elle nous a libéré des Soviets. Moi et Reagan avions des tempéraments différents, mais nous avions les mêmes valeurs. Solidarnosc avait été brocardé par ses ennemis comme un mouvement de cow-boy, mais le cow-boy se bat pour la justice. Peut-être que nous n’avons pas suffisamment exprimé notre gratitude à Reagan, mais il a dû réaliser les changements remarquables qu’il a apportés à la Pologne.

Source
Wall Street Journal (États-Unis)

« In Solidarity », par Lech Walesa, Wall Street Journal, 11 juin 2004.