Mesdames et Messieurs,

Bonjour,

Comme l’a indiqué le président de la République hier à Toulon, l’objectif prioritaire de la France demeure l’arrêt des violences au Liban. Face aux destructions et aux victimes civiles qui se multiplient et alors que le risque d’une escalade militaire supplémentaire se dessine, il est plus que jamais essentiel que les combats s’arrêtent immédiatement.

C’est dans ce sens que la France travaille depuis plusieurs jours aux Nations unies pour présenter un dispositif de sortie de crise. Elle le fait avec une double exigence :

- assurer la sécurité d’Israël ;

- restaurer la pleine souveraineté du Liban.

C’est la raison pour laquelle notre pays a œuvré en gardant à l’esprit la nécessité de ne rien faire sans l’accord des autorités libanaises et avec le souci de définir une solution de long terme qui permette enfin au Liban de retrouver la paix, la stabilité et la prospérité dont il a tant besoin.

Ces principes restent aujourd’hui au cœur de notre action et continuent à inspirer notre contribution aux travaux du Conseil de sécurité.

Précisément, où en sommes-nous actuellement à New York ?

Comme l’a souligné le président de la République à Toulon, la France a mis au point, il y a quelques jours, en concertation avec les Etats-Unis, un projet de résolution qu’elle a diffusé auprès de tous les Etats membres du Conseil de sécurité.

L’accueil à New York de la part de la très grande majorité des membres du Conseil a été positif. En revanche, les autorités libanaises, soutenues par les pays arabes, nous ont fait savoir que notre texte suscitait de leur part plusieurs demandes :

- la plus importante était que la cessation complète et immédiate des hostilités, prévue dans notre projet, s’accompagne d’un retrait tout aussi immédiat de l’armée israélienne du Liban-Sud. Pour le gouvernement de M. Siniora, il s’agit là d’une exigence prioritaire.

La question des fermes de Chebaa constituait un deuxième sujet sur lequel les autorités libanaises souhaitaient une action plus concrète et plus urgente du Conseil de sécurité.

Enfin, plusieurs autres demandes nous ont été présentées pour bien marquer les conséquences immédiates d’un arrêt des hostilités : levée du blocus au niveau des ports et des aéroports, début de retour des personnes déplacées et acheminement de l’aide humanitaire.

Face à de telles demandes, la France a réagi en soulignant sa volonté d’aller à la rencontre des autorités libanaises et arabes et d’examiner les moyens de prendre en compte ces préoccupations en modifiant son projet de résolution.

Tel est le sens de l’action qu’elle a menée depuis le début de la semaine à New York. Elle agit d’abord dans le cadre d’une nouvelle concertation avec nos partenaires américains, puis en élargissant, depuis hier, cette coopération aux membres permanents du Conseil de sécurité, ce qu’on appelle le P5. Elle sera amenée naturellement à étendre, très prochainement, cette concertation à l’ensemble des membres du Conseil de sécurité.

Notre objectif en la matière, comme l’a indiqué le président de la République, est de partir de la base de travail constituée par notre premier projet de résolution et d’y intégrer les préoccupations des différentes parties. Si cet effort peut se faire en accord avec nos partenaires américains, nous pouvons espérer en rester à un texte appuyé par nos deux pays et, éventuellement, par d’autres encore. Si nous devions constater des différences que nous ne pourrions pas surmonter, alors la France, comme l’a dit hier le président de la République, n’écarte pas la possibilité de présenter un texte en son nom propre.

Des discussions se tiennent actuellement entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Nous espérons qu’elles seront productives. Mais nous n’entendons pas renoncer à ce qui constitue depuis le début de cette négociation le cœur de nos positions.

Quelles sont ces points essentiels pour la France dans cette dernière phase de la négociation ?

Pour la France, qui reste attachée à une solution à long terme dont les grandes lignes devront faire l’objet d’un engagement du Liban et d’Israël, l’essentiel, à ce stade, demeure un arrêt des violences qui permette d’enclencher immédiatement un double processus : d’une part, celui d’un retrait progressif de l’armée israélienne au sud de la Ligne bleue, d’autre part, celui d’un déploiement graduel de l’armée libanaise avec l’appui d’une FINUL renforcée.

Face à cet objectif, nos priorités dans la négociation portent sur les points suivants :

- obtenir la mise en place de ce processus, le retrait des soldats israéliens d’un côté et le déploiement de l’armée libanaise de l’autre avec l’appui d’une FINUL renforcée ;

- définir avec précision les modalités d’un renforcement de la FINUL : au-delà du fait de savoir sir la FINUL sera placée ou non sous le chapitre VII. L’élément le plus important pour nous c’est la définition des missions de cette force qui doivent en rester à des tâches de surveillance et de contrôle de la situation sur le terrain, ainsi qu’une fonction d’assistance à l’armée libanaise dans ses efforts pour sécuriser le sud du Liban ;

- préciser la réponse à apporter à la question des fermes de Chebaa : nous sommes désireux de définir clairement les modalités par lesquelles ce problème pourrait trouver enfin sa solution. Pourquoi ne pas demander au Secrétaire général des Nations unies, dans une lettre annexe à la résolution, de dire qu’il pourra envisager toutes les solutions y compris celle de mettre les fermes de Chebaa sous juridiction, sous tutelle des Nations unies ;

- faire entériner les principes et les éléments d’une solution à long terme qui permettront de consolider le cessez-le-feu et de lui donner un caractère durable : il s’agit en particulier de la mise en œuvre de tous les engagements liés aux résolutions 1559 et 1680 et relatifs, par exemple, au désarmement de toutes les milices, au respect des frontières ou encore au contrôle des armes à destination du Liban, en vue de restaurer la pleine souveraineté des autorités de ce pays sur le territoire libanais.

C’est dans cet esprit que nous sommes aujourd’hui mobilisés pour tenter de trouver un accord à New York. Je reste confiant dans la capacité des membres du Conseil à mettre un terme à leurs divergences. A l’heure où il est essentiel que le Liban retrouve la paix et la stabilité, la communauté internationale doit être à la hauteur de ses responsabilités. Nous devons réussir à faire cesser les souffrances du peuple libanais et à redonner à ce pays, tant éprouvé par l’histoire, un vrai espoir dans son avenir.

Je voudrais également, de manière concomitante, associer à ce que je viens de dire, son aspect humanitaire. Comme vous le savez, demain partira un bateau pour le Liban avec plus de 35 tonnes en accord avec l’UNICEF, le PAM, le CICR et le HCR, avec les organisations non-gouvernementales, qui permettra d’acheminer au Liban dans les jours qui viennent une aide qui est majeure, quand on sait qu’il y a un million de déplacés aujourd’hui au Liban, que la moitié de ces déplacés sont des enfants et qu’il commence à y avoir une pénurie de denrées alimentaires, de médicaments en particulier pédiatriques.

Je voudrais également dire que nous étudions, de la même manière, les modalités de soutien humanitaire aux populations du nord d’Israël, qui sont déjà 500.000 à être déplacés."

Q - Est-ce que les Israéliens ne vous ont finalement pas répondu hier en annonçant une grande offensive, 30.000 hommes sur le terrain ? Cela ne démontre pas une volonté de vouloir céder la place à terme à l’armée libanaise.

R - Comme vous l’avez compris à l’instant, nous souhaitons que dans la résolution, qui va être présentée au Conseil de sécurité des Nations unies, et qui doit être adoptée, je l’espère, le plus vite possible, il puisse y avoir de manière concomitante au déploiement de l’armée libanaise au Liban-Sud, le retrait de l’armée israélienne avec l’appui de la FINUL. C’est un élément important pour nous. Nous sommes évidemment en contact permanent avec le gouvernement de M. Siniora et il est important que ce gouvernement conserve à la fois son unité et qu’il puisse garantir à son peuple sa pleine souveraineté sur l’ensemble du territoire. C’est la raison pour laquelle nous avons salué lundi ce fait politique majeur, qui est un fait politique nouveau depuis 2000, que constitue le déploiement de l’armée libanaise au Liban-Sud.

Q - Cela fait deux fois en 24 heures que la France parle, le président de la République hier, et vous aujourd’hui, de menacer de présenter un texte propre, et sans accord des Américains, au Conseil de sécurité. Si le texte est présenté, le risque d’avoir un échec des négociations est très grand. Quel est votre espoir de présenter cet accord aux Américains ?

R - Nous souhaitons tous avoir un accord mais comme vous le savez, la chose la plus importante, la plus urgente pour nous est la cessation immédiate des hostilités. A nos yeux également, il est important de prendre en considération les demandes du gouvernement libanais et du gouvernement israélien, du droit à la sécurité. Or le gouvernement libanais demande, et cela est bien normal, le retrait de l’armée israélienne au moment même ou son armée se déploiera. Nous souhaitons que cela figure dans une résolution.

Ce n’est pas parce que nous souhaitons avoir un accord le plus vite possible avec nos partenaires que nous cédons du terrain sur des éléments qui nous paraissent essentiels.

Q - A quel moment allez-vous constater l’échec, au-delà de 24 heures, de deux jours… ?

R - Toutes les heures comptent. J’ai vu qu’il y avait depuis maintenant 24 heures des évolutions très positives, qui vont dans le sens indiqué par le président de la République hier. Les choses bougent aujourd’hui à New York. Je souhaite qu’elles bougent encore plus vite et cela, dans les heures qui viennent. Nous attendons, d’un moment à l’autre, un accord à New York.

Q - Dans quel sens justement les choses bougent-elles ? Les Américains ont avancé vers la position française. Sur quels points précisément ?

R - Par exemple, sur les missions de la FINUL. Comme vous le savez, la France a toujours prôné un calendrier diplomatique en trois temps, sous forme de triptyque : d’abord une cessation immédiate des hostilités, ensuite un accord politique et une force internationale éventuellement qui viendrait en appui.

Depuis que le gouvernement libanais a proposé ce déploiement de 15.000 hommes au Liban-Sud, il est évident que cela doit se faire, sous le contrôle, et avec l’appui de l’ONU, et par conséquent de la FINUL qui aurait un mandat renforcé. Quel est ce mandat ? C’est la question que nous avons posée. Il y a eu une divergence au début, c’est vrai, entre différents partenaires, en particulier les Etats-Unis et la France, et d’autres. Au fur et à mesure des discussions, je vois que nous avons progressé, y compris avec les Américains. Je vous ai dit que pour nous, ce qui est important, c’est que les missions de la FINUL se limitent à des tâches de surveillance et de contrôle de la situation sur le terrain, ainsi qu’à une fonction d’assistance à l’armée libanaise dans ses efforts pour sécuriser le sud du Liban. Ces missions sont pour nous importantes.

Q - Est-ce que cela veut dire que la force internationale se limiterait à fournir des moyens logistiques ?

R - Comme nous l’avons toujours dit, une force multinationale pour vérifier que le cessez-le-feu soit bien respecté ne peut être déployée que s’il y a un accord politique. C’est la raison pour laquelle dans la résolution que nous présentons, il y a, à la fois l’essentiel de ce qui avait été proposé en termes de cessation des hostilités mais que figurent également les éléments d’un accord politique comme la question des fermes de Chebaa, comme celle des déplacés, du retrait des Israéliens, du déploiement de l’armée libanaise. C’est à dire, autrement dit, déjà les conditions de l’accord politique associé à une FINUL qui aurait comme mission uniquement la surveillance, le contrôle et la formation de l’armée libanaise.

Nous souhaitons, comme je vous l’ai dit, qu’il puisse y avoir dans la résolution un retrait des troupes israéliennes au moment où il y aura un déploiement de l’armée libanaise.

Q - Sur le plan humanitaire, la France va envoyer de l’aide dès demain, mais sur le terrain le PAM, le CICR se plaignent de ne pas pouvoir approcher les populations au sud de la Ligne, environ 100.000 personnes. Est-ce que la communauté internationale, la France, les Etats-Unis peuvent obliger l’Etat d’Israël à respecter les lois de la guerre, et à amener les ravitaillement et les soins médicaux nécessaires à cette population ?

R – Il y a trois types de problèmes sur le plan humanitaire.

Le premier, c’est la pénurie d’eau, de médicaments - en particulier pédiatriques - mais aussi de stocks de carburant pour l’acheminement de l’aide.

Le deuxième, c’est que les corridors humanitaires s’arrêtent à un moment donné, comme tout corridor, et les organisations non-gouvernementales disent : "à la fin de ce corridor, nous ne pouvons pas poursuivre la distribution de l’aide parce qu’il y a eu des bombardements, en particulier de routes, et on ne peut pas accéder à tout le territoire" - c’est la raison pour laquelle nous acheminons, pour l’UNICEF, des camions à six roues motrices susceptibles de les aider.

Le troisième, c’est que ces corridors humanitaires ne sont pas sûrs et nous trouvons totalement anormal que l’acheminement humanitaire ne se fasse pas de façon sécurisé. Nous l’avons demandé à plusieurs reprises et nous l’exigeons aujourd’hui.

Nous avons obtenu des résultats positifs dans le sud entre Tyr et Beyrouth. Il y a d’autres résultats qui sont plus négatifs. Nous demandons sans cesse aux autorités israéliennes d’ouvrir des corridors humanitaires sécurisés.

Je voudrais ajouter que la chose la plus importante, sur le plan humanitaire, c’est de faire passer la résolution actuellement en discussion au Conseil de sécurité des Nations unies et que les bombardements s’arrêtent./.

Source
France (ministère des Affaires étrangères)