Le rôle de commandant en chef est la part la plus importante du travail de président, mais les campagnes électorales offrent peu d’occasions aux électeurs d’évaluer quel candidat serait le plus à même de tenir cette fonction. Pour mon livre Plan of Attack, j’ai posé des centaines de questions à George W. Bush sur la guerre d’Irak et ses réponses sont dans mon livre. J’ai voulu faire de même avec John Kerry, mais après que ses conseillers m’aient promis qu’il répondrait à mes question, il a changé d’avis. Comme cette interview n’a pas eu lieu, il n’est pas possible de comparer les positions des deux candidats.
Je fournis la liste des 22 questions que je voulais poser :
- 72 heures après le 11 septembre, Donald Rumsfeld a demandé à voir les plans d’attaque disponibles contre l’Irak. Le président Bush lui a demandé de n’en avertir ni le National Security Council, ni la CIA. Dans une telle situation, si le président Kerry voulait voir les plans d’attaque d’un pays particulier qui serait convié ? Quel aurait été le processus de décision ? Était-il raisonnable de se tourner vers l’Irak à ce moment-là ?
- À la fin de l’année 2001, on demanda à la CIA de donner ses conclusions sur l’Irak et elle déclara qu’il n’y avait aucun moyen pour elle de renverser Saddam Hussein, elle préconisa donc une intervention militaire. Comment une telle prise de position peut-elle être évité ? Comment la diplomatie peut-elle s’accompagner d’actions secrètes ?
- En janvier 2002, George W. Bush a prononcé son fameux discours sur l’« Axe du Mal ». Ce discours était-il trop peu diplomatique ? Comment un président Kerry envisagerait les relations avec l’Iran et la Corée du Nord ? Les considérez-vous comme membre d’un « Axe du Mal » ?
- Le 16 février 2002, le président a signé un ordre secret demandant à la CIA de commencer les actions secrète pour renverser Saddam Hussein, mais à l’été aucune stratégie diplomatique pour gérer la question irakienne n’avait été produite. Comment le planning militaire et la diplomatie peuvent-ils s’articuler ?
- À partir du 24 mai 2002, Tommy Franks et l’état-major ont commencé à travailler sur un plan d’attaque de l’Irak, mais Bush n’a été impliqué que sept mois plus tard sur les questions de l’après-guerre. Si vous étiez président comment vous assureriez vous que la préparation du plan d’attaque est suffisante ? Sur quelles questions vous impliqueriez vous ?
- Etes vous favorable à la doctrine des frappes préventives ? Dans quelles conditions ? Bush a affirmé que les États-Unis avaient un devoir de libérer l’Irak, êtes vous d’accord ?
- En juillet 2002, le président Bush ordonna la construction d’installations pour un coût de 700 millions de dollars afin de préparer la guerre d’Irak sans que le Congrès soit impliqué. Quel devrait être le rôle du Congrès dans la préparation de la guerre ?
- En août 2002, Colin Powell a averti le président qu’une guerre en Irak pourrait avoir des conséquences désastreuses. Comment auriez-vous réagi à un tel avertissement ?
- Le 8 novembre 2002, la résolution 1441 a été acceptée à l’unanimité des membres du Conseil de sécurité de l’ONU et Powell a estimé que c’était une victoire diplomatique. Pensez-vous qu’il aurait été possible de chasser Saddam Hussein du pouvoir via la diplomatie et des inspections d’armes continues ?
- En novembre-décembre 2002, les forces états-uniennes se sont déployées alors qu’on continuait d’affirmer que la guerre n’était pas inévitable. Rumsfeld a affirmé au président Bush qu’au bout de deux à trois mois sur place, les capacités d’action des troupes déclineraient. Comment un président Kerry aurait-il géré cette situation ?
- En décembre, la CIA a affirmé au président qu’elle avait un dossier solide concernant les armes de destruction massive irakiennes. Comment un président Kerry réagirait-il s’il sentait qu’un dossier de renseignement est faible ?
- Le 9 janvier, Franks a affirmé à Bush que lorsque les forces spéciales seraient déployées, il devrait prendre sa décision. Selon vous, le président avait-il pris sa décision quand il a ordonné un déploiement de troupes ?
- Rumsfeld a affirmé à Bush qu’une fois que les États-Unis avait demandé à leurs alliés d’engager des troupes, ils ne pouvaient plus revenir en arrière. ÊEtes-vous d’accord ?
- Le 13 janvier, la NSA a réalloué 300 à 400 millions de dollars de ses fonds sur la question irakienne sans que Rumsfeld, Tenet ou Bush ne l’aient demandé. Était-ce une bonne décision ? Comment cela se serait-il passé dans une administration Kerry ?
- Le 20 janvier 2003, le président créé le Bureau pour la reconstruction de l’Irak. Était-ce un bon timing selon vous ?
- Le 7 février 2003, Jacques Chirac a appelé le président Bush et s’est montré très conciliant, affirmant que malgré son désaccord concernant la guerre, il aiderait les États-Unis pour la reconstruction. Comment un président Kerry aurai-il réagi à une telle déclaration ?
- Le 17 mars2003, le président Bush a estimé que Saddam Hussein mentait et il a ordonné la guerre bien que les inspecteurs soient encore en Irak ? Était-ce la bonne décision ou était-elle trop prompte ?
- Le 30 septembre 2003, Tony Blair a déclaré qu’il avait reçu des lettres de parents de soldats morts en Irak qui déclaraient le haïr et il mettait quiconque au défi de ne pas avoir des doutes dans de telles conditions ; Bush lui n’a jamais fait part de ses doutes. Quelle doit être la part du doute dans la prise de décision d’un président ?
- Powell a déclaré qu’il pensait que Dick Cheney était obsédé par Al Qaïda et l’Irak et que cela l’a poussé à mal interpréter les dossiers concernant ce pays et à mettre en place « un petit gouvernement séparé » avec, entre autre, Paul Wolfowitz et Douglas J. Feith. Quelle est votre réaction ? Comment pensez-vous qu’il faut gérer ce type d’organisation au sein d’un gouvernement ?
- Powell a aussi déclaré qu’il pensait que Bush ne parvenait plus à envisager un changement de politique concernant l’Irak. Comment un président peut-il organiser un moyen de jauger les conséquences de ses politiques et de faire marche arrière si besoin ?
- Bush affirme n’avoir pris les conseils que de Condoleezza Rice avant de décider de mener la Guerre d’Irak. Quelle est votre réaction ? Quel système de consultation auriez-vous mis en place ?
- Bush a affirmé qu’il ignorait comment l’Histoire jugerait la guerre. Qu’en pensez-vous ?

Source
Washington Post (États-Unis)
Quotidien états-unien de référence, racheté en août 2013 par Jeff Bezos, fondateur d’Amazon.

« Decision Iraq », par Bob Woodward, Washington Post, 24 octobre 2004.