Tendances et événements au Liban

Discours historique de Hassan Nasrallah

Les différents analystes ont qualifié d’« historique » le discours prononcé ce vendredi par le secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, lors d’une cérémonie organisée à la mémoire des trois grands martyrs du parti, un de ses fondateurs Ragheb Harb (assassiné en 1985), son ancien secrétaire général Abbas Moussaoui (assassiné en 1992) et son chef militaire, Imad Mughniyé, tué le 12 février dernier à Damas. Des centaines de milliers de personnes ont assisté à cette cérémonie.
Entre-temps, la crise politique persiste et rien ne laisse croire que le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, attendu à Beyrouth dans les prochaines heures, pourra réaliser une percée. M. Moussa et le président de la Chambre, Nabih Berry, ont assuré que la réunion entre les chefs de du 14-mars pro-US et l’opposition nationale, aura bien lieu dimanche soir en dépit du climat peu encourageant.
Les principaux développements des dernières 24 sont les suivants :
- 1. Sayyed Hassan Nasrallah a tranché le débat initié par des milieux pro-américain sur les circonstances de l’assassinat d’Imad Mughniyé. Il a une nouvelle fois assuré que c’est Israël qui se tient derrière l’attentat de Damas.
- 2. Le chef de la Résistance a présenté un long exposé historique du conflit arabo-israélien, soulignant que le Liban est victime des agressions israéliennes depuis la création de l’État hébreu, en 1948.
- 3. Les loyalistes ont ignoré dans leurs réactions au discours l’insistance de sayyed Nasrallah à préserver l’unité nationale libanaise, réaffirmant que l’ennemi est Israël. En dépit des circonstances difficiles et des fortes pressions exercées sur la Résistance, sayyed Nasrallah a affirmé qu’il était disposé à dialoguer autour d’une stratégie de défense nationale.
- 4. Sayyed Nasrallah a révélé que des milieux du 14-mars ont informé leurs cadres qu’une prochain offensive israélienne est prévue au printemps, ce qui permettrait d’en finir une fois pour toute avec l’opposition. Cela explique l’intransigeance du 14-mars et son refus de faire la moindre concession susceptible de sortir le pays de la crise.
- 5. Le chef de la Résistance a assuré que le droit de riposter à l’assassinat de Imad Mughniyé et celui de se défendre sont sacrés. La Résistance choisira le moment et l’endroit opportuns pour venger la mort de son chef militaire.
- 6. De nombreux médias continuent à faire le lien entre la tournée extérieure du Premier ministre de facto Fouad Siniora et les tentatives d’internationalisation de la présidentielle libanaise.

Principaux dév eloppements au Liban

• Le « tribunal de la conscience » a commencé ses premières audiences à Bruxelles, en présence de personnalités libanaises. Ce tribunal, créé sur une initiative libanaise, vise à juger les crimes de guerre israéliens commis au Liban et il vise à remplacer en quelque sorte le tribunal de La Haye qui refuse de recevoir ce genre de plaintes. L’idée vient principalement de Me Kassem Ezzeddine et elle a été relayée par des personnalités libanaises comme l’ancien ministre Issam Naaman, le spécialiste en droit international le Dr Hassan Jouni, le Dr Ali Fayyad, directeur du Centre d’études du Hezbollah, le Dr Haïdar Dekmak, Me Albert Farhat et des activistes internationaux des droits de l’homme, notamment au sein des Nations unies.
La délégation libanaise est arrivée à Bruxelles vendredi et la première audience du tribunal s’est tenue en soirée. Elle était destinée à définir les objectifs du tribunal qui souhaite combattre le principe de l’impunité pour les crimes de guerre. La première audience a été aussi consacrée à annoncer la composition du tribunal et à la lecture de l’acte d’accusation.

• Dans le cadre de sa tournée européenne, qui l’a mené d’abord à Londres puis à Paris, le Premier ministre de facto Fouad Siniora a rencontré hier, à Berlin, la chancelière allemande Angela Merkel. Lors d’une conférence de presse commune qu’elle a tenue avec le président de facto du Conseil, Angela Merkel a réitéré son soutien au gouvernement de facto libanais et appelé la Syrie à jouer un « rôle constructif » dans le règlement de la crise au Liban. « L’Allemagne est convaincue qu’une rapide élection présidentielle est nécessaire dans l’immédiat, avant qu’un accord soit conclu en ce qui concerne la composition du prochain gouvernement, sur base des principes démocratiques », a-t-elle également affirmé. « L’Allemagne continuera à participer à la surveillance des frontières libanaises, le long du littoral du pays. Le gouvernement libanais peut compter sur nous et nous ne ménagerons aucun effort pour l’aider à aller de l’avant », a-t-elle conclu. De son côté, Fouad Siniora a salué le soutien « technique, politique et diplomatique » fourni par l’Allemagne au Liban, « notamment en matière de surveillance des frontières et de projets de développement », insistant sur la nécessité d’accélérer le processus d’élection d’un chef de l’État.

Déclarations publiques

- SAYYED HASSAN NASRALLAH, SECRETAIRE GENERAL DU HEZBOLLAH
Discours prononcé devant des centaines de milliers de personnes à l’occasion de la semaine de l’assassinat du chef militaire de la Résistance, Imad Mughniyé

« Les agressions israéliennes contre le Liban n’ont pas cessé depuis 1948, avant même l’arrivée des factions palestiniennes au Liban. Lors de massacres commis avant les années 60, Israël avait tué parfois 150 et 180 personnes. Certains dirigeants libanais feignent d’ignorer cette réalité. Lorsque nous avons tenu ce discours à la conférence de dialogue national, certains avaient protesté, affirmant que les agressions avaient commencé avec l’arrivée des factions palestiniennes. Des députés avaient dû amener des documents des archives du Parlement pour infirmer ces allégations. À ces pauvres types, à tous les pauvres types du Liban qui parlent de la décision de guerre et de paix dans le pays, nous disons que ce ne sont pas eux ou le gouvernement qui détiennent cette décision, mais Israël. Nous sommes là pour défendre nos compatriotes et nos villages lorsque l’État et le monde nous lâchent. Israël ne veut pas que le Liban soit neutre. Je défie l’équipe du pouvoir, que je n’appellerais plus la coalition du 14 février par respect au souvenir de Rafic Hariri, je la défie de revenir à la pensée de l’imam Moussa Sadr (…)
Imad Mughniyé s’est employé après la guerre de juillet à renforcer les points forts de la Résistance et à corriger ses faiblesses. Le Hezbollah est le seul parti au monde à avoir réussi à constituer une résistance préventive, à même de barrer la voie aux visées de l’ennemi israélien. L’assassinat de Mughniyé s’inscrit dans le cadre des préparatifs israéliens d’une opération plus vaste, visant la région et le Liban. Il est regrettable que certains partis proches du pouvoir rassurent leurs bases et leurs cadres sur l’avènement d’une nouvelle guerre, en avril, mai ou juin, qui éliminera le Hezbollah et l’opposition. Nous riposterons avec une violence incomparable à toute nouvelle guerre déclenchée par Israël. Nous écraserons l’armée israélienne aux pieds d’Imad Mughniyé. Personne ne pourra protéger le territoire israélien de nos roquettes. La disparition d’Israël est inévitable. C’est une loi historique et divine. Sa présence est temporaire et ne peut se poursuivre dans la région. Israël n’existe pas par sa propre force, mais par une volonté internationale qui va changer dans les prochaines années. L’armée d’Israël disparaîtra, et Israël, sans son armée, ne sera plus Israël. C’est le Hezbollah qui choisira le lieu, le temps et la manière dont se déroulerait l’affrontement.
C’est notre droit légitime de nous défendre contre toute agression israélienne parce que nous ne pouvons pas compter pour cela sur l’État ou sur le Conseil de sécurité qui n’a pas réagi lorsque des enfants ont été tués à Cana (en juillet 2006) et lorsqu’Imad Mughniyé a été assassiné. Nous ne pouvons pas, non plus, compter sur le tribunal international pour que justice soit faite, surtout lorsque son procureur général se trouve à Maarab (allusion à Samir Geagea, ndlr) et son juge à Clemenceau (allusion à Walid Joumblatt ndlr). L’enquête menée par la Syrie pour élucider les circonstances de l’attentat contre Imad et sérieuse. Les premiers éléments des investigations confirment l’implication directe d’Israël dans cette affaire. Les informations de presse sur la création d’une commission d’enquête mixte irano-syrienne sont infondées.
« Certains pays ont fermé leurs centres culturels (La France) et ont recommandé à leurs ressortissants de ne pas aller au Liban (L’Arabie saoudite). Nous leur disons que notre ennemi est Israël, pas eux. S’ils redoutent cependant l’intervention d’une tierce partie, ils doivent nous avertir, parce que nous devons tous prendre nos précautions si des pêcheurs en eau trouble doivent intervenir. À moins qu’il n’y ait une volonté de créer un climat de tension, de faire échec à l’initiative arabe et d’internationaliser le dossier libanais sous prétexte que le pays est au bord de l’effondrement et de la guerre civile. Nous espérons que tel n’est pas le cas (…)
Soit les deux camps rivaux (au Liban) organisent chacun une manifestation, loin de toute mobilisation et de toute commémoration d’un événement, et on verra alors le nombre de personnes qui répondra présent, soit on amènera les films des deux rassemblements, organisés, le premier dans la banlieue sud pour la commémoration de l’Achoura et le deuxième pour la commémoration du 14 février et on comptera le nombre des manifestants. Dans les deux cas, nous pourrons déterminer la majorité réelle. Je tiens ces propos parce qu’en affirmant qu’un nouveau Liban a vu le jour, après le 14 février, ils ont voulu se servir de cette commémoration comme prétexte pour bloquer toute forme de solution et imposer leurs propres choix. C’est dans ce cadre qu’il faut situer les visites effectuées dans plusieurs capitales (en allusion à la tournée du Premier ministre de facto en Europe et dans certaines capitales occidentales, ndlr). S’ils veulent réellement une entente, cette tournée est absolument inutile. Le problème, c’est qu’ils s’adressent à leurs partisans en leur demandant de résister quelques mois encore, dans l’attente d’une guerre dans la région ou d’une guerre contre le Hezbollah. Je termine en jurant à Imad Mughniyé que son sang ne sera pas perdu. »

- MARWAN HAMADE, MINISTRES DE FACTO DES TELECOMMUNICATIONS (14-MARS)
« Les forces du 14-mars sont déterminés à garantir l’élection du général Michel Sleimane à la présidence de la République, puis la formation d’un gouvernement d’union nationale au sein duquel l’opposition n’aurait pas de pouvoir de blocage. L’opposition a paralyse le pays politiquement et économiquement et continue à appeler à des aventures, tournant le dos à l’intérêt du peuple libanais, et en particulier des habitants du Liban-Sud. »

Presse et agences internationales

• L’imam chiite irakien Moqtada Sadr a reconduit pour une nouvelle période de six mois la trêve des opérations de sa puissante milice, qui a contribué à une relative accalmie dans les violences en Irak. « Je prolonge le gel des activités de l’Armée du Mahdi jusqu’au 15 du mois (musulman) de chaabane » (16 ou 17 août du calendrier grégorien), a proclamé Moqtada Sadr dans une déclaration lue par l’imam Assad al-Nassiri. « Ô Dieu, ne faites pas de moi une personne causant du mal aux musulmans ou semant la division dans la communauté », a ajouté cheikh Nassiri, lisant la lettre à Koufa, où réside d’habitude Moqtada Sadr, non loin de la ville sainte chiite de Najaf. La reconduction de la trêve a été communiquée aux combattants de l’Armée du mahdi, estimés à 60000, et aux sympathisants du courant Sadr, notamment dans les mosquées, à l’heure de la prière.
Le gouvernement irakien, dirigé par Nouri al-Maliki, s’est félicité du « sens élevé de la responsabilité » de Moqtada Sadr, qui représente un « acteur fondamental dans le processus politique irakien ».
L’armée états-unienne a salué cette annonce, estimant que le « renouvellement » de cette « promesse » était « un engagement important qui peut, de manière générale, contribuer à améliorer davantage la sécurité ». Le représentant spécial de l’ONU en Irak, Staffan de Mistura, s’est également félicité de la décision, espérant qu’elle aiderait « à renforcer la baisse de la violence et les progrès en vue (...) d’une réconciliation ». La Maison-Blanche a quant à elle salué un « développement positif ».
Au terme de la trêve, décidée le 29 août, les opérations de l’Armée du Mahdi avaient cessé contre les forces américaines et les autres groupes armés irakiens.

• Il n’y aura pas de « changement » à Cuba, comme l’a espéré le président états-unien George Bush, affirme Fidel Castro dans un article publié vendredi, sa première déclaration depuis l’annonce mardi qu’il renonçait à la présidence de l’île. Sous le titre « Réflexions du camarade Fidel » en lieu et place des traditionnelles « Réflexions du commandant en chef », Fidel Castro revient sur les réactions à l’annonce de son retrait, notamment celles de son « adversaire » US. Le président américain « a dit que mon message était le premier pas sur la voie de la liberté à Cuba, autrement dit sur celle de l’annexion », écrit Fidel Castro, 81 ans, dans cet article. Il y précise avoir suivi à la télévision « la gêne de tous les candidats à la présidence des États-Unis, qui se sont vus contraints de proclamer leurs exigences immédiates envers Cuba pour ne pas risquer de perdre un seul électeur », en référence à l’élection présidentielle de novembre aux États-Unis. « Un demi-siècle de blocus ne leur semble pas assez, à ces privilégiés. Changement, changement, changement, se sont-ils écrié à l’unisson. Je suis d’accord pour du changement, mais aux États-Unis », ajoute M. Castro.

• Un total de 122 États étaient représentés à la conférence de Wellington sur les armes antipersonnel. À la clôture de la réunion vendredi soir, 82 s’étaient prononcés en faveur d’un projet de traité interdisant les bombes à fragmentation, ont annoncé les organisateurs. Toutefois, des pays comme la Chine, la Russie et les États-Unis, principaux fabricants de ces armes, restent opposés à une interdiction totale et n’étaient pas représentés à Wellington. Cette conférence de cinq jours fait partie d’une série de réunions dans le cadre d’une initiative norvégienne lancée en février 2007 et qui doit aboutir à la conclusion en mai à Dublin d’un traité interdisant ces armes. La conférence était soutenue par la Coalition sur les munitions à fragmentation (CMC), un réseau de 200 organisations de la société civile, dont la Campagne pour l’interdiction des mines antipersonnel (CBL), qui a obtenu le prix Nobel de la paix.
La Déclaration de Wellington prévoit de nouvelles négociations sur la formulation du traité, une aide aux survivants et un travail de déminage. La déclaration souligne que les bombes à fragmentation frappent les civils d’une manière inacceptable et que leur utilisation, leur production et leur commerce doivent être interdits. Elle appelle à la création d’une infrastructure qui accorde une aide et favorise la réhabilitation des personnes blessées par des bombes à fragmentation. Les bombes à fragmentation contiennent un grand nombre de petites bombes (ou sous-munitions) qui s’éparpillent sur une large superficie et peuvent n’exploser que des années plus tard, tuant principalement des civils.

EUROPOLITIQUE (AGENCE DE PRESSE DE L’UNION EUROPEENNE)
• Le Conseil de l’Union européenne a étendu le mandat de son représentant spécial pour le processus de paix au Proche-Orient, Marc Otte, jusqu’au 28 février 2009. Il l’a également élargi à la mission de police de l’UE dans les Territoires palestiniens (Eupol Copps) et à la mission d’aide aux frontières au point de passage de Rafah (EU BAM Rafah).
• La nouvelle délégation du Parlement européen pour les relations avec l’Irak a tenu sa première réunion et a élu Nickolay Mladenov (PPE-DE, BG) comme premier vice-président. Les députés PPE-DE Jana Hybá ková (CZ) et Tunne Kelam (EE) sont également membres de la délégation. M. Mladenov a une vaste expérience du Moyen orient et a travaillé comme conseiller auprès du Conseil irakien des représentants en 2006.

AGENCE EUROPE (AGENCE DE PRESSE DE L’UNION EUROPEENNE)
Dans une résolution commune aux groupes PPE-DE, PSE, ALDE, UEN, Verts et GUE/NGL, le Parlement européen réaffirme sa « vive inquiétude » au vu de la crise humanitaire et politique qui sévit dans la bande de Gaza et aux « graves incidences » qu’elle pourrait impliquer. « Convaincu que la politique d’isolement de la bande de Gaza a échoué aussi bien au niveau politique qu’humanitaire », le PE appelle à la fin du blocus et à une réouverture contrôlée des passages pour l’entrée et la sortie de la bande de Gaza, à Rafah, Karni et aux autres points de passage. Il appelle, en outre, à rétablir la mission d’assistance frontalière de l’UE à Rafah.

RIA-NOVOSTI (AGENCE DE PRESSE RUSSE)
• Le gouvernement russe a approuvé le projet d’accord avec Israël sur l’abrogation des visas, présenté par le ministère des Affaires étrangères et les autres organismes concernés.
• « L’invasion de la Turquie dans le Nord de l’Irak rend évidente la duplicité de certains Etats qui estiment légitime la proclamation unilatérale par Pristina de l’indépendance du Kosovo. En effet, d’une part, Ankara reconnaît et soutient les séparatistes kosovars, de l’autre, la Turquie mène une lutte acharnée contre la menace du séparatisme kurde dans le Sud turc et le Nord irakien », a fait remarquer Mikhaïl Marguelov, président du Comité pour les Affaires internationales du Conseil de la Fédération de Russie.
• Le premier vice-premier ministre russe Dmitri Medvedev, président du conseil de direction de Gazprom et candidat à l’élection présidentielle, pourrait se rendre dans les prochains jours à Belgrade (Serbie) afin d’examiner la construction du gazoduc South Stream destiné à acheminer le gaz naturel russe vers les Balkans et l’Europe via la Mer Noire et la Bulgarie. South Stream constituera une alternative au projet Nabucco, soutenu par l’Union européenne, un gazoduc qui ira de l’Iran et l’Asie Centrale via la Géorgie, l’Azerbaïdjan, l’Arménie et la Turquie vers l’Europe.

LE TEMPS (QUOTIDIEN SUISSE)
La polémique n’a cessé d’enfler depuis la diffusion par la télévision alémanique de photographies attestant l’usage par l’armée tchadienne d’un avion suisse Pilatus PC-9 lors de bombardement de rebelles au Darfour. Ces avions d’entraînement ont été illégalement militarisés (probablement en Israël) avec des canons de 20mm. Ils ont largué des bombes à fragmentation Denel Mk81 de 120 kilos. Les faits étant désormais clairement établis, le Conseil fédéral suisse a mis à l’étude les sanctions qui peuvent être prises contre le Tchad. Il apparaît que l’Afrique du Sud, l’Angola, la Birmanie, la Bolivie, le Botswana, la Slovénie et indirectement le Guatemala auraient également acquis des Pilatus et les auraient militarisés. La ministre de l’Economie, Doris Leuthard, a évoqué la possibilité de supprimer les aides au développement de ces pays, lorsqu’ils en reçoivent. Mais cette proposition ne fait pas l’unanimité car elle sanctionnerait les populations pour des fautes commises par leurs gouvernements.

LE MONDE (QUOTIDIEN FRANÇAIS, GROUPE LAGARDERE)
Les juges Jean-Marie d’Huy et Henri Pons, en charge de l’affaire Clearstream depuis septembre 2004 vont prochainement clôturer leur enquête. Ils ont acquis la convition que les faux listings avaient été fabriqués par Imad Lahoud, un informateur de la DGSE, et qu’ils avaient été mis en circulation par Jean-Louis Gergorin, ancien vice-président d’EADS. Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Dominique de Villepin, les aurait fait vérifier par le général Philippe Rondot, des services secrets. Puis, il en aurait fait usage pour diffamer Nicolas Sarkozy alors qu’il les savait faux. Les juges ne font pas mystère de leur volonté de renvoyer en correctionnelle M. de Villepin pour « complicité de dénonciation calomnieuse », « complicité d’usage de faux » et « recel d’abus de confiance et recel de vol ».

GAZETA WYBORCZA (QUOTIDIEN POLONAIS, CENTRE GAUCHE)
Les négociations polono-US sur l’installation d’éléments du bouclier antimissile sur le territoire polonais sont au point mort, Varsovie étant déçue des propositions états-uniennes. La Pologne a annulé les consultations bilatérales qui devaient se tenir vendredi. Aucune autre rencontre n’était prévue avant la visite du Premier ministre polonais Donald Tusk aux États-Unis le 10 mars. Selon des sources bien informées, « le gouvernement est déçu par les propositions états-uniennes des dernières semaines ». Ces propositions étaient arrogantes. Le bouclier existera-t-il ?

THE GUARDIAN (QUOTIDIEN BRITANNIQUE, MAJORITE PARLEMENTAIRE)
Le gouvernement britannique a présenté à la Commission européenne son projet de nouvelles mesures anti-terroristes. Il souhaite détenir des informations précises sur toutes les personnes entrant sur son territoire, y compris les Européens. Il s’agirait de 19 données, incluant le numéro de téléphone portable et celui de carte bancaire, qui seraient stockées pour 13 ans. Cette requête britannique, sans équivalent au sein de l’Union europénne, semble coordonnée avec le système équivalent aux États-Unis.

THE WASHINGTON POST (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
- Éditorial
L’incendie de l’ambassade des Etats-Unis à Belgrade démontre a posteriori pourquoi l’OTAN a bien fait d’intervenir en 1999 pour protéger les Kosovars. Cet incident a été provoqué par le discours nationaliste du Premier ministre serbe, Vojislav Kostunica. Mais celui-ci n’est pas légitime : son parti a perdu les élections, il y a deux semaines, au profit du président pro-occidental Boris Tadic.
• La secrétaire d’État Condoleezza Rica a vu dans le rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) sur l’Iran une base « très forte » pour appuyer le projet de résolution en attente au Conseil de sécurité. Une réunion du Groupe des six (les cinq permanents du Conseil de sécurité + l’Allemagne) se réunira donc lundi 25 février au département d’État pour préparer son adoption.
Le rapport de l’AIEA éclaircit tous les points en suspens sauf un : sur la base de données fournies par les Etats-Unis, il existe un soupçon de recherches en matière d’explosifs et de missiles dans les années 90. Or, l’Iran a refusé de répondre à ces allégations, affirmant que les documents fournis étaient des montages.

LOS ANGELES (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
Le résultat des élections pakistanaises plonge Washington dans l’embarras. Son allié principal, Pervez Musharraf —qui vient de publier une tribune libre en forme d’allégeance dans le Washington Post— n’est plus légitime, alors que 10 milliards de dollars d’aide ont été investi sur son gouvernement depuis 2001. Et Asif Ali Zardari, le veuf de Benazir Bhutto devenu chef de son parti, n’est pas une figure suffisamment forte. Quoi qu’il en soit, Washington s’active pour organiser l’après-élection : jeudi George W. Bush a téléphoné à Musharraf ; vendredi, l’ambassadrice Anne W. Patterson, accompagnée du sénateur Kay Bailey Hutchison (R-Texas), a successivement rencontré Musharraf et Zardari. Des interventions peu discrètes qui sont vivement critiquées au Pakistan.

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions allemande, arabe, anglaise, espagnole et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise, espagnole et arabe.