Tendances et événements au Proche-Orient

La médiation du Koweït entre Damas et Riyad sur les rails

Le regard des analystes se tourne vers l’Irak où les équations politiques connaissent des changements importants, et vers l’activité diplomatique arabe initiée par le sommet de Damas :
- 1. L’émir du Koweït, Sabah el-Ahmad el-Sabah, se rendra demain samedi à Riyad pour tenter une médiation entre l’Arabie saoudite et la Syrie, dont les relations sont tendues au sujet de la crise politique au Liban. Selon le quotidien koweitien al-Qabas, cheikh Sabah va s’entretenir avec le roi Abdallah des tensions entre Riyad et Damas. L’émir du Koweït avait participé au sommet de Damas, auquel l’Arabie saoudite, cédant aux pressions états-uniennes, n’avait envoyé qu’une délégation diplomatique de bas niveau. Al-Qabas ajoute que l’émir sera porteur d’un message de la Syrie au royaume wahhabite.
Mais cette démarche de bons office risque fort de se heurter aux pressions des États-Unis qui veulent empêcher toute réconciliation arabe, dans l’espoir que l’axe des État dits « modérés » participera à la cérémonie de signature d’une déclaration de principe entre l’Autorité palestinienne et Israël. Cette cérémonie qui sera très médiatisée sera exploitée dans la campagne électorale du candidat républicain John McCain.
- 2. La forte tension provoquée par les vastes manœuvres israéliennes à la frontière avec le Liban, ainsi que les menaces proférées par des responsables israéliens contre Damas et la Résistance libanaise, pèsent de tout leur poids sur le climat régional. Elles contrastent avec le ton clame et l’approche conciliante envers les Arabes, adoptés par le président Bachar al-Assad lors du sommet des 29 et 30 mars. Le chef de l’État syrien a fait primer l’assainissement des relations interarabes sur toute autre considération.
- 3. En Irak, de nouvelles équations commencent à apparaître après l’échec des forces gouvernementales dans leur tentative de liquidation de l’Armée du Mahdi et du mouvement sadriste, qui a prouvé son poids populaire et militaire. D’ailleurs, le chef du mouvement, Moqtada Sadr, a appelé les Irakiens, toutes tendances politiques et communautaires confondues, à organiser une manifestation « millionienne » à l’occasion du cinquième anniversaire de la chute de Bagdad, le 9 avril. Le jeune chef veut ainsi asseoir son image de leader national hostile à l’occupation de l’Irak par les États-Unis et à son partage. Selon de nombreux analystes, ces changements dans l’équation politique irakienne vont avoir des répercussions décisives qui ne vont certainement pas servir les intérêts des États-uniens.

Presse et agences internationales

• Une conférence sur le Proche-Orient pourrait avoir lieu en juin à Moscou, a indiqué, dans la capitale russe Nabil Shaath, conseiller du président palestinien Mahmoud Abbas qui est attendu en Russie du 17 au 19 avril. « Moscou envisage d’organiser cette rencontre en juin. Condoleezza Rice a exprimé son accord avec cette date approximative. Nous aussi, nous préférerions que la rencontre ait lieu en juin pour que nous puissions mettre en œuvre les décisions qui y seront prises », a déclaré M. Shaath. « Nous ne pouvons pas rester les bras croisés et attendre que les États-Unis élisent un nouveau président. La rencontre de Moscou est l’unique chance de relancer le processus de négociations avant l’élection d’un nouveau président états-unien », a-t-il ajouté. « Je ne pense pas que les dates de la conférence soient annoncées lors de la visite de M. Abbas à Moscou. La Russie doit encore mener des consultations avec d’autres parties », a précisé le conseiller, disant « craindre » qu’Israël « ne fasse preuve d’hésitation ».

• « Les Nations unies sont l’ennemi de l’islam et des musulmans », affirme le n°2 d’al-Qaida, Ayman al-Zawahiri, dans un enregistrement audio rendu public par IntelCenter, une société US spécialisée dans la surveillance des sites Internet islamistes. « C’est elles (les Nations unies) qui ont codifié et légitimé l’instauration de l’État d’Israël et l’appropriation des terres des musulmans », déclare M. Zawahiri dans ce message. Il répondait à la question d’un étudiant algérien qui lui demandait pourquoi les locaux de l’ONU à Alger avaient été la cible d’attentats, tuant 41 personnes dont 11 employés des Nations unies. Ces déclarations font partie de réponses à plus d’une centaine de questions qui ont été posées au n°2 d’al-Qaida via l’Internet. Sommé de justifier « la mort d’innocents » lors des attentats d’Alger, M. Zawahiri a avancé que ceux qui étaient morts n’étaient pas des innocents. « Au lieu de ça, selon le communiqué des frères d’al-Qaida au Maghreb islamique, ils font partie des croisés infidèles et des troupes gouvernementales qui les défendent », a-t-il dit.

• Au terme de discussions houleuses qui ont retardé de plus de deux heures leurs travaux, les dirigeants de l’OTAN ont refusé d’accorder immédiatement le statut de candidat officiel à la Géorgie et à l’Ukraine. Mais ils ont pris l’engagement de les accueillir au sein de l’OTAN à plus long terme. L’Alliance atlantique continuera à dialoguer avec les deux pays et reverra leur dossier en décembre à l’occasion d’une réunion de ses ministres des Affaires étrangères. À la veille de leur réunion avec le président Vladimir Poutine, également à Bucarest, les dirigeants de l’OTAN ont été visiblement soucieux de ne pas donner à la Russie, hostile à l’expansion de l’Alliance atlantique vers l’Est, un droit de veto implicite sur son élargissement. Dans une première réaction de Moscou, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Alexandre Grouchko a estimé que l’entrée promise à Kiev et Tbilissi serait une « grande erreur stratégique qui aura les conséquences les plus sérieuses pour la sécurité en Europe ». La Russie n’a pas lieu de s’offusquer de l’engagement pris jeudi par l’OTAN d’intégrer à terme la Géorgie et l’Ukraine, a estimé la Maison-Blanche. « C’est une bonne chose en ce qui concerne les intérêts de la Russie », a même dit Stephen Hadley, conseiller à la Sécurité nationale de M. Bush. L’octroi du statut de candidat était jugé prématuré par la France et l’Allemagne, qui ne souhaitent pas heurter de front la Russie déjà irritée par l’indépendance du Kosovo. Les dirigeants de l’OTAN sont en revanche tombés d’accord pour inviter l’Albanie et la Croatie à ouvrir les négociations d’adhésion. Ces deux pays devraient d’ici à quelques mois devenir les 27e et 28e membres de l’Alliance atlantique fondée en 1949 et qui en est à son sixième élargissement, le troisième depuis la fin de la guerre froide en 1990.

ROSSIÏSSKAÏA GAZETA (QUOTIDIEN RUSSE)
- Mikhaïl Gorbatchev, ancien président soviétique
« La tentation de faire que l’Ukraine s’écarte de la Russie et entre dans l’OTAN est un jeu géopolitique dangereux. L’appel du politologue états-unien d’origine polonaise Zbigniew Brzezinski d’écarter le plus loin possible l’Ukraine de la Russie est devenu général pour les hommes politiques aux États-Unis, c’est soi-disant dans l’intérêt de la démocratie. Mais où est la démocratie, si on fait entrer l’Ukraine dans l’OTAN bien que la majorité des Ukrainiens se prononce contre cette adhésion. »

• En Égypte, le prix du panier alimentaire du ménage moyen a renchéri de 50 % depuis le début de l’année, a estimé le Programme alimentaire mondial (PAM). Après avoir fustigé les « fauteurs de vie chère », le président Hosni Moubarak a décrété l’exemption de droits de douane de produits importés, comme le riz, le lait en poudre, ou l’huile domestique. Il était intervenu pour ordonner à l’armée d’aider à la distribution du pain subventionné. Son fils Gamal, qui viserait sa succession, a affirmé que la crise du pain prendrait fin « d’ici à quelques semaines ». Au fil des mois, la pénurie de cet aliment de base a cristallisé toutes les frustrations sociales dans un pays qui reste le plus fort consommateur au monde de pain, avec 400 grammes par habitant et par jour. C’est dans ce contexte que vont se tenir mardi prochain, sans le moindre suspense, les municipales. Face aux Frères musulmans, la principale opposition parlementaire avec un député sur cinq, le pouvoir n’a pas hésité une seconde à tout faire pour empêcher leur candidature. Officiellement interdite, mais tolérée, la confrérie a subi des vagues d’arrestations —plus de 1 000, dont 297 depuis mardi, selon elle— et divers obstacles pour contrer l’enregistrement de ses candidats comme « indépendants ». « Nous n’avons plus que 20 candidats acceptés dans toute l’Égypte, c’est une honte », a affirmé hier Mohammad Habib, n° 2 des Frères musulmans. Au total, l’opposition dispersée présentera un millier de candidats face aux 53000 candidats de la formation de M. Moubarak, le Parti national.

• Un nouveau point de passage à travers le no man’s land symbolisant les décennies de division de Chypre a été ouvert jeudi dans la liesse à Nicosie, augurant d’un nouvel élan dans les efforts de réunification de l’île. Les maires chypriote grec, Eleni Mavrou, et chypriote turc, Cemal Bulutoglulari, assistaient ensemble à la cérémonie d’ouverture, entourés des représentants de l’Union européenne, de l’ONU et de diplomates. Mme Mavrou a qualifié cette ouverture de « première étape » en vue de la réunification de Chypre, divisée depuis l’occupation en 1974 de sa partie nord par l’armée turque. C’est rue Ledra que les premières barricades avaient été dressées à Nicosie, fin 1963, durant les violences communautaires qui avaient entraîné l’intervention de l’ONU en 1964.

• La Corée du Nord a annoncé jeudi qu’elle cessait tout dialogue avec la Corée du Sud et fermait sa frontière aux Sud-Coréens, en rejetant la responsabilité sur son voisin du Sud, après le refus des autorités de Séoul de s’excuser pour des propos de leur général en chef, a rapporté l’agence de presse officielle nord-coréenne. Le général en chef sud-coréen Kim Tae-young, aurait indiqué que Séoul lancerait des frappes contre les installations nucléaires nord-coréennes si le régime communiste montrait des signes indiquant qu’il comptait attaquer le Sud au moyen d’armes nucléaires. Mardi, la Corée du Nord avait lancé une violente diatribe contre le président sud-coréen Lee Myung-bak, estimant que sa ligne ferme à l’égard du voisin communiste aurait des « conséquences catastrophiques ».

• Au moins 15 militaires somaliens ont été tués et plus de 20 blessés jeudi dans une attaque menée par des insurgés islamistes contre des forces gouvernementales dans le centre de la Somalie, selon des sources militaires et des témoins. « Les combats étaient très violents. Les shebabs (insurgés islamistes) ont attaqué notre base militaire à l’extérieur d’Addado et nous avons perdu 15 hommes et six véhicules », a déclaré à l’AFP un commandant de l’armée somalienne, Dahir Shidane.

Tendances et événements au Liban

Moussa rassemble les données, Berry s’active

La grève des professionnels de l’éducation a totalement paralysé le secteur de l’enseignement alors que des voix s’élèvent dans les milieux syndicaux et politiques pour réclamer une augmentation des salaires, gelés depuis 1996. Devant les fortes pressions, le gouvernement de facto de Fouad Siniora tente la manœuvre à travers une majoration modeste du salaire de base. Les analystes s’attendent à une intensification du mouvement social dans les semaines à venir, qui a un rendez-vous important début mai avec une grève générale à l’appel de la Confédération générale des travailleurs (CGTL).
Le social occupe le devant de la scène mais n’occulte pas le politique :
- 1. Le retour à Beyrouth du président de la Chambre, Nabih Berry, a suscité de nombreuses interrogations sur la nature des contacts qu’il a entrepris à l’étranger dans le but de relancer le dialogue national. Les efforts de M. Berry s’accompagnent de fortes critiques de la part des loyalistes dont certaines figurent ont carrément appelé au boycott des séances du dialogue jugé « inutile et infructueux ». Seul le chef druze du 14-mars, Walid Joumblatt, a exprimé une position relativement favorable à la reprise du dialogue. La coalition du 14-mars attend le retour à Beyrouth de son chef sunnite, Saad Hariri, avant de se prononcer officiellement au sujet de l’initiative de Nabih Berry.
- 2. Le chef chrétien de l’opposition. Sleimane Frangié, a annoncé que l’élaboration d’une nouvelle loi électorale constitue une priorité nationale. Il a ajouté que l’élection présidentielle ne pourra pas avoir lieu après le 21 août prochain, date fixée par le commandant en chef de l’armée, Michel Sleimane, qui est également le candidat consensuel à la présidence, pour quitter ses fonctions (Voir ci-dessous). M. Frangié a déclaré qu’après cette date, l’opposition réclamera l’organisation des élections législatives avant l’élection d’un président de la République (Voir ci-dessous).
- 3. Des figures de l’opposition ont poursuivi leurs critiques du ministre saoudien des Affaires étrangères, Saoud al-Fayçal, lui reprochant d’avoir complètement ignoré le rôle joué par les loyalistes dans le sabotage de toutes les initiatives depuis fin 2005.
- 4. Selon des informations en provenance du Caire, le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a chargé son adjoint Hicham Youssef de rester en contact avec les différentes parties libanaises pour sonder les possibilités de commencer une nouvelle démarche centrée sur la formation d’un gouvernement d’union nationale.

Développements

• Les avocats des quatre généraux incarcérés depuis le 31 août 2005 dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de Rafic Hariri, Mes Issam Karam, Nagi Boustany et Akram Azouri, ont dénoncé « une détention arbitraire qui se perpétue sans qu’aucune preuve tangible ou accusation n’ait été adressée à l’encontre des quatre généraux ». Ils ont stigmatisé « les violations des textes libanais, notamment le code de procédure pénale, et les atteintes graves aux principes des droits de l’homme ». Akram Azouri a souligné que ces « violations » ont été relevées dans les rapports des commissions des droits de l’homme de l’ONU et du département d’État US. Les avocats ont dénoncé les récents propos de l’ancien chef de la Commission internationale, Detlev Mehlis. Issam Karam s’est demandé comment un juge d’envergure internationale peut se permettre ainsi de se prononcer, publiquement, sur une enquête qui se poursuit sous le sceau de la confidentialité. Les avocats ont rappelé les déclarations de l’ancien chef de la commission d’enquête, Serge Brammertz, et du conseiller de l’ONU pour les Affaires juridiques, Nicolas Michel, « qui ont clairement fait état de la compétence exclusive des autorités judiciaires libanaises concernant l’arrestation ou la libération » de suspects.

Audiovisuel

BBC (CHAINE DE TELEVISION PUBLIQUE BRITANNIQUE)
- Invité : Général Michel Aoun, chef chrétien de l’opposition
« Je ne vois pas ce que le général Michel Sleimane veut dire par conditions (posées pour son élection à la présidence). Ces conditions ne sont pas posées au président de la République, mais à la coalition au pouvoir. Nous avions dès le départ tenu le chef de l’État à l’écart des négociations. Je déplore les pressions qui continuent d’être exercées sur l’opposition pour l’écarter de la scène politique ou pour la réduire à sa plus simple expression. Ils ont essayé de nous éliminer avant les législatives, mais nous avions réussi à imposer notre présence. Aujourd’hui, ils essaient de répéter la même manœuvre. Rien ne s’arrangera tant qu’ils (le 14-mars) ignorent la loi électorale. Nous sommes favorables à l’organisation des élections sur base de la loi électorale de 1960, fondée sur le caza. Si ce découpage assure une représentation meilleure que les nouvelles formules proposées, pourquoi devrions-nous le changer ? Nous estimons que le découpage de 1960 est le meilleur possible. Nos réunions avec le 14-mars, sous l’égide du secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, pourront ne plus se poursuivre si les revendications de l’opposition ne sont pas satisfaites. Même cette formule de réunions nécessite une reconnaissance des droits de l’opposition. Si on ne lui reconnaît pas le droit de participer au pouvoir, il sera inutile de poursuivre les négociations, que ce soit au niveau quadripartite ou selon une formule plus élargie. J’ai réclamé l’un des deux portefeuilles, les Finances ou l’Intérieur, en raison de leur influence sur la politique. Nous pourrons contrôler les banques et les dossiers financiers importants à travers le ministère des Finances, alors qu’à travers celui de l’Intérieur, nous pourrons suivre la situation au niveau de sécurité ainsi que l’action des municipalités. »

LBC (CHAINE LIBANAISE PROCHE DU 14-MARS)
- Invité : Sleimane Frangié, chef chrétien de l’opposition
« J’accuse dès maintenant les États-Unis et Israël de se tenir derrière tout assassinat qui pourrait avoir lieu au Liban prochainement. Car les alliés locaux de ces deux pays ont toujours anticipé les attentats avant qu’ils ne se produisent. Le sommet arabe de Damas est un succès. Si des divergences éclatent entre les Arabes, elles auront certainement des répercussions sur le Liban. L’Arabie saoudite a des ambitions dans notre pays qu’elle souhaite contrôler à travers ses alliés, qui sont un allié indirect d’Israël. Le vide à la présidence de la République profite (au Premier ministre de facto) Fouad Siniora. C’est le Courant du futur qui a fait main basse sur les prérogatives de la présidence. Le vide qui va se produire à la tête de l’armée après le départ du général Michel Sleimane profitera à Walid Joumblatt (car le chef d’état-major, le général Chaouki Masri, qui assurera l’intérim, est un de ses proches). Je suis catégorique : il n’y aura pas de conflit sunnite-chiite au Liban. »

Presse libanaise

AS-SAFIR (QUOTIDIEN PROCHE DE L’OPPOSITION)
- Entretien avec le général Michel Sleimane, commandant de l’Armée et candidat consensuel à la présidence.
« Je vais faire valoir mes droits à la retraite le 21 août prochain. Ma décision à ce sujet est irrévocable. Je n’accepterais aucune interprétation de la législation en vigueur afin de proroger mon mandat à la tête de l’armée. Je vais profiter d’un solde de congés accumulés (trois mois), et je suis déterminé à quitter mes fonctions le 21 août. J’ai récemment informé le Conseil militaire de ma décision irrévocable de me retirer le 21 août. Je n’attendrais pas jusqu’au dernier jour de mon service à l’armée. J’ai assumé mon rôle jusqu’au bout. J’ai préservé l’unité de l’institution militaire dans les moments les plus difficiles. L’armée a réussi à faire face à l’occupation, à affronter le terrorisme et à sauvegarder la paix civile et la stabilité. Nous ne braderons pas ces acquis. Je commence à me sentir humilié, mon élection à la présidence étant suspendue à un consensus interne devenant chaque jour de plus en plus difficile et à un consensus arabe quasi impossible. J’ai accepté ma candidature à la présidence et je continue à le faire pour servir mon pays et apporter une solution, mais si mettre fin à mon mandat à la tête de l’armée pouvait faciliter un consensus sur un autre candidat, alors je ne serais jamais un obstacle. Je regrette que l’élection du président de la République soit confrontée à une montagne de conditions et de contre-conditions qui ne semblent pas avoir de fin.
Le maintien de la situation actuelle a pour résultat d’entraîner l’armée sur la voie d’une situation d’usure quotidienne, à l’instar des Libanais qui en ont assez de la politique et des politiciens, sans compter la situation socio-économique difficile à laquelle ils sont confrontés. Je ne vois pas d’inconvénients à adopter la loi électorale de 1960. Les Libanais ont laissé passer l’occasion historique de tirer profit de plusieurs grands événements qui ont marqué notre histoire contemporaine, à commencer par la libération en 2000, en passant par les manifestations de mars 2005, jusqu’à notre victoire lors de la guerre de juillet 2006 et la guerre contre le terrorisme au camp de Nahr el-Bared. Un autre pays qui aurait connu ce genre d’événements aurait su en tirer profit afin de consolider l’unité nationale, alors nous, nous avons été entraînés dans un surcroît de dissensions internes. J’écarte une nouvelle agression israélienne contre le Liban, mais en cas d’attaque israélienne, l’armée se tiendra aux côtés de la Résistance. Les Libanais doivent tenir bon et faire preuve de calme. »

Déclarations

- BAN KI-MOON, SECRETAIRE GENERAL DES NATIONS UNIES
« A cause de la présence de mines dans au moins 68 pays, dont le Liban, des millions d’hommes, de femmes, de garçons et de filles vivent dans la peur d’être tués, de perdre un membre ou de ne plus pouvoir gagner leur vie. Les efforts d’estimation de l’ampleur de la contamination provenant du récent conflit de 2006 sont continus, mais on estime qu’il y a 800 endroits au Liban-Sud qui contiennent des bombes à sous-munitions. Les restes des explosifs de la guerre affectent plus de 30% de la population libanaise. »

- MOHAMMAD KABBANI, DEPUTE DU BLOC HARIRI (14-MARS)
« En principe, l’appel au dialogue est toujours une bonne chose. Mais les dialogues bilatéraux, et même quadripartites, ont montré leurs limites. Ce qui est requis aujourd’hui, c’est l’application de l’initiative arabe et plus particulièrement l’élection d’un président de la République. Il est désormais clair qu’un dialogue dans le genre de celui qui a eu précédemment lieu est inutile et ne sert qu’à faire passer le temps. »

- ANTOINE ZAHRA, DEPUTE DES FORCES LIBANAISES (14-MARS)
« Le sommet de Damas n’a rien apporté de nouveau. Il a renforcé l’influence de l’Iran sur les pays arabes, puisque c’est Téhéran qui se chargera du suivi des questions en suspens du sommet. Le refus de la Syrie d’assumer ses responsabilités à l’égard du Liban, en considérant que la crise actuelle est purement interne, est inacceptable. Depuis le retrait de ses forces du Liban, la Syrie n’a cessé d’affirmer qu’elle est favorable à toute décision sur laquelle les Libanais sont d’accord, tout en prenant bien soin d’empêcher un tel accord. La condition préalable à la reprise d’un dialogue interne est l’élection d’un président de la République, qui, lui, présiderait le dialogue au palais de Baabda. Le président Nabih Berry a reconnu lui-même être partie prenante, et, par conséquent, il ne peut plus initier lui-même le dialogue qui a besoin d’un parrain neutre et consensuel comme le futur président. »

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions allemande, arabe, anglaise, espagnole et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise, espagnole et arabe.