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Les GI’s ne sont pas les bienvenus en Afrique

Triste activation pour l’AfriCom

George W. Bush voulait déployer les GI’s en Afrique à la recherche du pétrole et des matières premières. La création d’un commandement unifié des troupes US en Afrique était une priorité des deux dernières années de sa présidence. Le projet se bornera finalement à une réorganisation administrative, les États africains ayant refusé d’aide militaire généreuse de Washington.

| Rome (Italie)
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Cérémonie d’activation de l’AfricCom (1er octobre 2008). De gauche à droite : amiral Mike Mullen (chef d’état-major interarmes), Henrietta H. Fore (directrice de l’aide internationale à l’USAID), Robert M. Gates (secrétaire à la Défense), porte-drapeau, général William E. Ward (commandant de l’AfriCom), sergent major Mark S. Ripka (AfriCom).

Ils auraient voulu fêter la naissance de leurs activités sur le sol africain. Mais les responsables de l’AfriCom, le nouveau commandement pour l’Afrique créé par le département de la Défense, opérationnel depuis le 1er octobre 2008, ont du trinquer sur le sol froid de Stuttgart, en Allemagne, où la structure a du garder son quartier général, malgré elle. L’AfriCom avait été lancé avec l’objectif de « rationaliser la gestion existante » —jusque là les pays africains tombaient sous la compétence de trois commandements militaires US différents— et ceux, moins avouables, de contrôler les réserves pétrolifères du continent et de s’opposer à l’avancée chinoise dans la nouvelle lutte pour les ressources ; mais il a en fait connu un re-dimensionnement progressif et incoercible. Sa création a été annoncée dès février l’an dernier, avec de grands objectifs pour un avenir glorieux. « La base d’AfriCom sera installée sur le sol africain » avait déclaré le général William « Kip » Wald, ex-responsable des troupes US en Bosnie et vice-commandant européen, nommé pour diriger la nouvelle créature en vertu surtout de ses origines afro-américaines. « À partir d’octobre 2008, le commandement AfriCom sera installé en Afrique » avait repris en écho Jendayi Frazer, la sous-secrétaire d’État aux Affaire africaines. Au département d’État et à celui de la Défense, on semblait n’avoir aucun doute : les pays africains allaient se battre pour avoir la base d’AfriCom sur leur sol. Puis, face à une longue liste de refus, on a du peu à peu y repenser ; pour finir par admettre —il y a quelques mois, quand la situation était désormais définitivement compromise— que « pour le moment » la base d’AfriCom resterait en Allemagne. C’est l’Afrique du Sud qui allait entamer le chœur de critiques, par la déclaration de son ministre de la Défense qui avait affirmé que les pays africains « s’opposent à la création d’un commandement unifié sur le continent ».

La position de Pretoria a été ensuite reprise par toute la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), l’organisation régionale qui réunit 14 pays de l’Afrique australe. Suivie à très peu d‘intervalle par le non d’autres états de poids, comme l’Algérie, la Libye et le Nigeria. Tous pays qui non seulement ont exclus l’éventualité que la base d’AfriCom puisse se dresser sur leur sol mais ont aussi exercé une « persuasion morale » sur leurs aires d’influence respectives. C’est ainsi que la Communauté des États sahélo-sahariens (Cen-Sad) créée par la Libye, comme la la Communauté économique d’Afrique Occidentale (Cedeao/Ecowas) où le Nigeria a un rôle prédominant, se sont rangées officiellement contre la naissance d’AfriCom en Afrique. Finalement, un seul pays —le Liberia d’Ellen Johnson-Sirleaf, qui voyait dans la création du commandement une opportunité pour la reconstruction de son pays par ses amis de la bannière étoilée— s’est offert pour accueillir la base. Mais la carence en infrastructures dans un pays qui vient à peine de sortir d’une guerre civile dévastatrice, en plus de la contrariété suscitée chez les États voisins, a poussé le commandement à refuser l’offre de Monrovia. Il y a quelques mois, les anti-Africom avaient découvert un soutien inattendu de l’ex-président de la Banque mondiale, ex-secrétaire adjoint à la Défense et « faucon » impénitent de la première administration Bush, Paul Wolfowitz. « Je ne suis pas du tout convaincu qu’AfriCom, dont la création m’a pris par surprise, soit une bonne idée. Je peux parfaitement comprendre que les Africains, qui n’ont certainement pas oublié notre appui dans le passé à des dictateurs comme Mobutu, expriment une résistance à la présence de soldats américains (états-uniens, Ndt.) sur leur propre sol », avait déclaré celui qui a été l’architecte de la guerre en Irak.

Aux critiques de Wolfowitz ont succédé celles de certains représentants démocrates, qui s’interrogent eux aussi sur l’utilité du nouveau commandement et qui, surtout, demandaient des comptes sur les dépenses et perspectives futures. « Il semble que nous soyons en train de créer AfriCom pour protéger le pétrole et combattre les terroristes, selon la même procédure erronée que celle avec laquelle nous sommes allés combattre des terroristes dans d’autres régions du monde » a dénoncé Stephen Lynch, représentant démocrate du Massachusetts. En effet, personne ne semble avoir de doutes sur les intentions réelles d’AfriCom : renforcer la présence militaire sur un continent de plus en plus important du point de vue géostratégique.

Le vice président Dick Cheney l’avait déjà annoncé dans son National Energy Policy [1]en mai 2001 : les importations étasuniennes de pétrole du Golfe de Guinée doivent augmenter progressivement pour se substituer aux provisions de pays non fiables et peu amicaux, comme le Venezuela de Chavez. Ce qui, depuis lors, s’est produit de façon ponctuelle, même si ce n’est pas au rythme souhaité par le vice-président de Bush : les importations de brut d’Afrique de l’Ouest sont passées de 10 % en 2001 à 15 % actuels. AfriCom s’insérait aussi dans ce dessein général : établir des rapports militaires intégrés avec des pays producteurs et battre de vitesse la Chine dans la lutte pour s’accaparer le pétrole brut africain. La gifle du continent africain à propos de la création de la base n’est pas un bon signe pour les perspectives futures de Washington au sud de la Méditerranée.

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Documents joints

 
Africa Command : U.S. Strategic Interests and the Role of the U.S. Military in Africa

Étude du Service de recherche du Congrès, 22 août 2008.


(PDF - 544.1 ko)
 
 
AFRICOM’s Dilemma : The "Global War on Terrorism" "Capacity Building," Humanitarianism, and the Future of U.S. Security Policy in Africa

Étude du Strategic Studies Institute de l’École de guerre des États-Unis, novembre 2007.


(PDF - 347.9 ko)
 

Article initialement paru dans Il Manifesto du 2 octobre 2008.

[1] « Les ombres du rapport Cheney », par Arthur Lepic, Réseau Voltaire, 30 mars 2004.

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