Presque un an auparavant, en pleine Sierra Maestra, Fidel et le Che en avaient avancé l’idée qui serait ensuite menée à bien par le journaliste argentin Jorge Ricardo Masetti, un journaliste qui était parvenu jusqu’au cœur même de l’Armée Rebelle en tant que reporter de la radio El Mundo de Buenos Aires et qui, plus tard, avait écrit le livre Ceux qui se battent et ceux qui pleurent, un reportage fascinant sur l’épopée de la Révolution à Cuba. Cette première dépêche de l’agence Prensa Latina informait des déclarations de l’ambassadeur du Honduras aux Nations Unies. Il avait été émis depuis les bureaux centraux de l’agence, installés à la Havane.

Le diplomate réfutait une autre dépêche, fort malveillante, qui avait été émise par une agence de presse nord-américaine, et qui tentait de faire porter à l’île la responsabilité des révoltes militaires qui s’étaient produites dans la nation centre-américaine.

Ce jour là, il y a cinquante ans, Masetti avait déclaré : « Nous n’avons pas engendré une créature parfaite, mais elle est à nous, et nous devons en prendre soin ».

A l’époque, peu de gens avaient calculé la transcendance de l’évènement. On travaillait avec une obstination fébrile et beaucoup d’amour, malgré les prédictions pessimistes d’autres agences qui avaient auguré seulement trois mois de vie à la nouvelle venue.

« Il ne peuvent rien faire contre le monopole de l’information qui est tenu par AP, AFP, UPI, Reuters… », affirmaient-t-ils sans hésitation.

Une fois choisie l’équipe de rédacteurs, pour laquelle Masetti avait fait appel à des cubains et des latino-américains, l’envoi de la première dépêche était, sans aucun doute, un coup d’audace, vu les circonstances.

En un peu moins de quatre mois, celui qui plus tard allait devenir le Commandant Segundo de la guérilla argentine, avait réussi à transformer Prensa Latina en une excellente école de journalisme.

Il était au courant de chaque détail, depuis l’installation de locaux jusqu’à l’achat et l’installation des appareils de transmission. Rien n’échappait à son attention. Il savait enchaîner les tâches avec une précision d’orfèvre. « Tout a été fait dans la précipitation – a ensuite écrit son collègue Juan Marrero – mais tout était prévu ». A l’heure de définir les axes éditoriaux de l’audacieuse entreprise, Masetti a été précis et poétique : « Nous voulons savoir qui souffre, pour essayer de minorer leurs souffrances ; et qui rie, pour prendre plaisir à leur joie ; qui est enchaîné, pour l’aider à se libérer ; et qui a mis les chaînes, pour le combattre de toutes nos forces ».

La naissance de Prensa Latina avait été saluée par d’importantes personnalités du continent comme Salvador Allende, Wolfgang Larrazábal, Nicolás Guillén, Rómulo Gallegos et d‘autres encore, et le poète chilien Pablo Neruda en a synthétisé l’importance lorsqu’il a écrit : « Monopoliser le cuivre, c’est incorrect. Monopoliser le pétrole, le café, les bateaux, le blé, c’est encore pire. Mais monopoliser l’information est un crime et nous en avons souffert assez longtemps ».

L’idée, formée pendant la période de lutte insurrectionnelle puis cuisinée avec beaucoup d’amour par Masetti et sa troupe, arrive maintenant au demi siècle. La recherche de la vérité, la communion de pensée et la diversité des points de vue d’une équipe de journalistes tous unis par le sang commun, ont permis d’exposer au grand jour la nature de l’ennemi permanent de notre Sud. Dans la réalisation de la grande idée surgie il y a maintenant cinquante ans, il n’y a jamais eu le moindre espace pour le mensonge.

Source
Agence Cubaine de Nouvelles
L’Agence Cubaine de Nouvelles (ACN) est une division de l’Agence d’information nationale (AIN) de Cuba fondée le 21 mai 1974.

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