Sujet : DPS

Audition de : Jean-Pierre Chabrut

En qualité de : responsable du DPS

Par : Commission d’enquête parlementaire sur le DPS, Assemblée nationale (France)

Le : 30 mars 1999

Présidence de M. Guy HERMIER, Président

M. Jean-Pierre Chabrut est introduit.

M. le Président lui rappelle que les dispositions législatives relatives aux commissions d’enquête lui ont été communiquées. A l’invitation du Président, M. Jean-Pierre Chabrut prête serment.

M. le Président : Mes chers collègues, nous accueillons maintenant M. Jean-Pierre Chabrut qui a succédé à la tête du DPS à M. Marc Bellier qui, lui-même, remplaçait M. Bernard Courcelle. Vous êtes donc aujourd’hui le responsable du DPS ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : C’est exact !

M. le Président : Dans quelles conditions avez-vous été désigné ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : En tant que militant, je devais répondre au profil souhaité.

M. le Président : Quelles ont été auparavant vos responsabilités au sein du DPS ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : J’ai fait partie du DPS à sa création.

M. le Président : C’est-à-dire ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : En 1986.

M. le Président : Et quelles responsabilités y avez-vous occupées depuis ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Je suis resté deux ans comme chef d’équipe. C’était une petite mission après laquelle j’ai été conduit à occuper une fonction plus politique puisque j’étais secrétaire adjoint du XVIème arrondissement de Paris.

M. le Président : Ce n’est pas votre activité professionnelle ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Pas du tout ! Je parlais là de militantisme puisque vous m’interrogiez sur ma carrière politique.

M. le Président : Pouvez-vous nous éclairer sur vos activités professionnelles ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Tout à fait, j’ai été pendant cinq ans chargé d’investigation sur les marchés parallèles pour le compte d’une société de luxe ; ensuite je me suis orienté vers la sécurité et je me suis retrouvé à travailler pour une société de sécurité à l’étranger.

M. le Président : De quelle société s’agissait-il ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : De la SIA.

M. le Président : Vous travailliez à l’étranger mais où ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : En Afrique.

M. le Président : Dans quel pays ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : L’Angola.

M. le Président : Vous y avez eu quelle mission ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : J’étais directeur des opérations, notamment pour protéger les gens de l’ONU, les membres de la société Elf, les ressortissants étrangers en fait.

M. le Président : Vous avez eu des relations avec le Groupe Onze ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Oui, tout à fait !

M. le Président : Lesquelles ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Amicales.

M. le Président : Mais encore ? Vous n’y avez pas exercé de responsabilités ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : En fait, je n’ai pas eu de relations avec le Groupe Onze mais avec des membres du Groupe Onze ce qui n’est pas tout à fait pareil.

M. le Président : Vous n’avez pas eu de responsabilités au sein de ce groupe ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Nullement !

Mme Geneviève PERRIN-GAILLARD : Comment, aujourd’hui, fonctionne le DPS. Pouvez-vous entrer un peu dans les détails de son organisation ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Volontiers ! Comme son nom l’indique, il s’agit d’un département au même titre qu’un département juridique ou financier. Il est constitué de bénévoles qui m’aident à organiser des meetings ou des manifestations publiques.

J’ajouterai simplement que lorsque l’on nous demande de mettre en place un service de sécurité, le DPS - donc moi-même - prend en compte les forces de l’ordre. Cela signifie d’abord que j’entre en contact avec la préfecture qui me délivre l’autorisation d’organiser la réunion, ce qui revient à dire qu’il n’y a aucune manifestation sauvage, ensuite qu’on veille à ce que tout se passe bien en matière de sécurité incendie, de secourisme - j’essaie d’avoir des garçons qui sont formés dans ce domaine - et que nous contrôlons l’accès de façon à surveiller les entrées, les invitations etc. : nous observons donc un schéma classique.

Lorsqu’il s’agit de manifestations extérieures telles que le défilé du 1er mai, nous nous assurons du suivi du trajet, de la bonne tenue du défilé et du respect des horaires. Notre service consiste donc à assurer la protection des personnes mais aussi des biens lorsque les réunions se tiennent dans des locaux fermés.

Mme Geneviève PERRIN-GAILLARD : Comment s’effectue le recrutement ? Puisque vous parliez de formation au secourisme ou à la sécurité incendie, j’aimerais savoir si vous organisez des stages, et si oui, comment et avec qui ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Je suis encore un peu trop jeune dans ma fonction pour avoir organisé des stages mais je sais que cela s’est fait. Il faut bien voir que les membres du DPS sont tous des militants bénévoles et - je vous dis ce qui se fait car je n’ai pas encore eu moi-même à mettre le système en pratique - qu’on recherche donc tous ceux dont le cursus comprend des diplômes incendie, qu’ils soient pompiers ou autres et qui ont l’habilitation à instruire des gens. A partir de là, on leur demande de se déplacer et d’assurer la formation des membres du DPS.

M. le Président : Il n’y a pas que des pompiers, il y a aussi d’anciens gendarmes et d’anciens policiers ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Oui, anciens toujours ! Mais ce sont surtout les pompiers qui nous intéressent. C’est-à-dire que les gendarmes et les policiers peuvent nous intéresser quant à la discipline - on a aussi beaucoup d’anciens militaires - mais il s’agit d’un autre aspect qui ne concerne plus tellement la formation.

Vous savez, comme nous faisons de la sécurité, nous avons besoin de gens disciplinés. Lorsque je demande à quelqu’un de rester à une porte pour que personne ne passe, j’aime bien avoir des gens qui ont un cursus militaire pour être certain de ne pas les retrouver à dix mètres de là...

En l’occurrence, je parlais donc de sécurité et de secourisme car nous avons également beaucoup de secouristes qui initient nos gars mais je répète que je n’ai pas encore eu l’occasion d’organiser de stages même si c’est là un aspect des choses qui m’intéresse beaucoup et que je considère comme très important.

De toute façon, nous avons eu l’occasion, lors de notre convention au Bourget, de constater qu’on nous demandait de pouvoir disposer d’un certain nombre de gens ayant le RP1 qui est un diplôme de sécurité incendie. Je recherche donc dans mon fichier tous ceux qui ont ce profil avant de les mettre en contact avec l’organisation du Bourget, par exemple.

Mme Geneviève PERRIN-GAILLARD : Vous avez globalement répondu à ma question mais je souhaiterais l’étayer : donc, en fait et en clair, vous avez un fichier des militants du Front National que vous consultez en fonction...

M. Jean-Pierre CHABRUT : Non, non, pas du Front National mais des militants du Front National qui sont au DPS : ce sont des gens à qui je fais remplir un questionnaire sur leurs compétences.

Mme Geneviève PERRIN-GAILLARD : Et qui ont, à un moment donné, demandé à faire partie du DPS ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Absolument !

Mme Geneviève PERRIN-GAILLARD : Il nous a été dit que vous aviez aussi, au sein du DPS, des personnes qui ne sont pas obligatoirement des militants, qui adhèrent aux thèses du Front National, mais sont, en quelque sorte le " tout venant ". Avez-vous également un fichier les concernant, s’ils font acte de candidature pour venir au DPS ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Alors là, je ne vois pas du tout où vous voulez en venir : à partir du moment où ils sont au Front National, pour nous, cela suffit !

Mme Geneviève PERRIN-GAILLARD : On nous a dit que certains n’y étaient pas.

M. Jean-Pierre CHABRUT : Pas à ma connaissance et, en tout cas, j’ai donné des directives pour que ce soit des militants de chez nous !

M. le Président : Ce ne sont pas les directives qu’avaient données M. Fabre et M. Courcelle.

M. Jean-Pierre CHABRUT : Je ne sais pas, mais moi je viens de publier une note indiquant que les candidats devaient impérativement être militants, sans quoi nous n’avons plus de contrôle possible.

M. le Président : M. Courcelle nous a confirmé qu’il y avait effectivement dans le DPS des personnes qui pouvaient ne pas être membres du Front National...

M. Jean-Pierre CHABRUT : Je vous remercie de cette information dont je vais m’inquiéter.

M. le Président : Eh bien, vous voyez que vous aurez appris quelque chose en venant devant cette Commission !

M. Jean-Pierre CHABRUT : Oui !

M. le Rapporteur : Quelle était cette société SIA ? Que recouvre ce sigle, par qui était-elle dirigée et comment vous a-t-elle recruté ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Elle dépendait d’une société HRM, société d’hôtellerie qui travaillait pour la société Elf et qui avait monté un département sécurité, baptisé SIA

- Société internationale d’assistance -, qui s’occupait de la sécurité des ressortissants étrangers.

M. le Rapporteur : C’était donc une filiale d’Elf ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Nullement, d’HRM !

M. le Rapporteur : Qui était elle-même totalement indépendante d’Elf ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Totalement !

M. le Rapporteur : Et de quelle origine ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Française.

M. le Rapporteur : Et que signifie HRM ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Hôtellerie, restauration... quelque chose comme cela !

M. le Rapporteur : Vous avez dit que vous étiez en charge de la protection et de la sécurité des personnalités françaises d’Elf...

M. Jean-Pierre CHABRUT : Du personnel, de tous les ressortissants étrangers.

M. le Rapporteur : ... et de l’ONU. Comment aviez-vous été recruté ? Par l’ONU ? Etiez-vous armé ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Non, personne n’était armé ; nous n’étions pas recrutés par l’ONU. C’est l’ONU qui a demandé à la société qui existait déjà douze ans avant mon arrivée, d’assurer la protection de son personnel sur place. L’Angola n’était plus en guerre lorsque j’y étais, mais il règne encore une grande instabilité dans ce pays.

M. le Rapporteur : Etiez-vous en relation avec le gouvernement angolais, avec les services de police ou l’armée angolaise ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Avec les services de police, oui, bien sûr !

M. le Rapporteur : Et le cas échéant, avec d’éventuels mouvements mercenaires qui existaient en Angola ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Je n’en ai jamais vu. Ils étaient là-bas bien avant moi... Je suis arrivé à une période relativement calme.

M. le Rapporteur : En quelle année ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Je suis resté peu de temps, environ six mois, et je suis rentré en mai 1997.

M. le Rapporteur : Vous semblez être effectivement un spécialiste de sécurité et de protection, mais j’aimerais savoir quel a été votre parcours précédent. Votre spécialisation est-elle due à un passé militaire, policier ou simplement à l’expérience ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Je suis officier de réserve bien sûr et je vous ai dit que j’étais entré dans la parfumerie - quand je parlais du luxe, il s’agissait de la parfumerie - pour m’occuper de tous les marchés parallèles. Je suis resté quelques années dans ce secteur d’activité.

M. le Rapporteur : Quelle était cette société de parfumerie ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Givenchy.

M. le Président : C’est quoi les marchés parallèles ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : C’est un peu compliqué à expliquer mais si vous avez le temps, je veux bien le faire !

La contrefaçon est une simple copie de produits sur laquelle je ne m’étendrai pas. Les marchés parallèles, sont le fait de détaillants qui, de par le monde, revendent à des pays qui n’ont pas de distributeurs. Les sociétés de produits de luxe, n’ont plus alors que deux solutions : soit dans le pays qu’elles visent trouver un distributeur à qui vendre avec des droits de douane conséquents, soit fabriquer sur place. En effet, par le biais des marchés parallèles, un produit vendu à un prix x en France, quand il transite dans d’autres pays sans que soit acquitté le moindre droit de douane, peut, quand il atteint sa destination finale, y être vendu à un prix parfois cent fois, voire deux cents fois moins élevé.

Il s’agissait donc, pour moi, de retrouver les filiales et de remonter les filières.

M. le Rapporteur : Je reviens à votre parcours militaire : vous étiez officier de réserve. Quel était votre grade ? Avez-vous été officier de réserve seulement durant votre service militaire ou avez-vous eu des périodes " d’active " ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Non, j’ai fait mon service militaire et je suis actuellement commandant.

M. le Rapporteur : Dans quelle arme ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Troupes de marine.

M. le Rapporteur : Mais vous n’avez jamais été activé ? Vous n’avez jamais fait de périodes autres ?...

M. Jean-Pierre CHABRUT : Jamais !

M. le Rapporteur : Dans quelle unité serviez-vous ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Premier régiment d’infanterie de marine.

M. le Rapporteur : Au premier IMA ? Pas au premier RPIMA ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Non, j’aurais bien aimé...C’est un régiment illustre s’il en est !

M. le Rapporteur : Par conséquent, à part le fait d’être réserviste dans l’infanterie de marine, comme je l’ai moi-même été jadis, rien dans vos études ou votre formation, ne vous prédisposait à rencontrer le monde de la sécurité ou du renseignement ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Mon passage dans l’infanterie de marine n’a rien à voir, lui, non plus avec la sécurité. C’est uniquement le hasard et mon séjour en Angola qui m’ont amené à connaître le métier.

M. Jacky DARNE : Vous avez indiqué avoir maintenant la responsabilité du DPS et j’aimerais en savoir un peu plus sur l’organisation et les moyens dont vous disposez.

D’abord, concernant votre statut, êtes-vous salarié ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Absolument !

M. Jacky DARNE : Vous n’avez plus d’activité professionnelle autre que celle-là ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Non !

M. Jacky DARNE : Vous avez un contrat de travail ? Selon quel type de délégation ? Du président du Front National, j’imagine ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Exactement !

M. Jacky DARNE : Quel est votre niveau actuel de rémunération ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Je suis à 18 000 francs nets.

M. Jacky DARNE : Vous avez aussi des frais ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Oui, absolument. Je suis amené à me déplacer et j’ai des frais d’hôtellerie et de restauration.

M. Jacky DARNE : Et quelles relations hiérarchiques entretenez-vous avec la direction politique du Front National ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Je dépends directement du Président, M. Jean-Marie Le Pen : " point-barre " comme on dit à l’armée.

M. Jacky DARNE : Et quels sont vos collaborateurs salariés ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : J’ai une assistante et un nouveau - même arrivé avant moi, en février, il n’en demeure pas moins nouveau dans son poste - responsable de la sécurité sur les locaux.

M. Jacky DARNE : Il est salarié également ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Exactement !

M. Jacky DARNE : Et vous êtes les seuls salariés DPS, les autres étant tous des bénévoles ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Tout à fait !

M. Jacky DARNE : Les autres bénéficient cependant de remboursements de frais lors des manifestations ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Pas nécessairement ! Comme je vous l’ai dit ce sont des militants et, comme tout militant, ils viennent aux meetings. Maintenant, il y a les secrétaires départementaux qui peuvent les aider puisque vous savez que chez nous, il existe ce qu’on appelle " le drapeau " : à la fin des meetings on met un drapeau et s’il y a eu des frais de déplacement, les secrétaires départementaux les remboursent, sinon ce sont les militants qui supportent les frais et qui achètent leur cravate : libre à eux de venir ou de ne pas venir...

M. Jacky DARNE : Il peut vous arriver de mettre des cars à leur disposition, par exemple ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Oui, si les secrétaires départementaux veulent bien les financer sans quoi, on ne fait bouger personne.

M. Jacky DARNE : Disposez-vous d’une ligne budgétaire pour le fonctionnement ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Pas du tout ! Je n’ai rien !

M. Jacky DARNE : Vous ne pouvez signer aujourd’hui aucune note au trésorier du Front National ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Non ! Je fais ma demande pour obtenir un stylo ou un crayon au responsable du bureau. Je n’ai aucun budget.

M. Jacky DARNE : On vous posait tout à l’heure des questions sur le ficher. Vous avez indiqué que vous en aviez mais j’aimerais savoir si vous passez par l’intermédiaire des responsables régionaux ou départementaux ou si vous contactez directement les chefs d’équipe pour un service d’ordre ? Comment procédez-vous ? L’organisation géographique antérieure est-elle maintenue ou modifiée ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Complètement maintenue.

M. Jacky DARNE : Il existe donc toujours des régions ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Tout à fait !

M. Jacky DARNE : Qui sont au nombre de combien ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : C’est une bonne question. Je ne sais pas encore : autant de régions qu’il y en a en France.

M. le Rapporteur : Vingt-deux régions administratives ou six régions DPS ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Alors, il y a six zones DPS, vingt-deux régions plus les départements : voilà !

M. Jacky DARNE : Et les personnes responsables de ces régions ou de ces départements sont étiquetées DPS par définition ; avez-vous, notamment en cette période de mouvements entre DPA et DPS, une délégation pour autoriser, agréer, valider la présence de telle ou telle personne ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Bien sûr ! C’est-à-dire qu’on me propose des candidatures et qu’elles remontent par la voie hiérarchique - si je puis me permettre cette expression et si elle ne vous choque pas - avant d’arriver sur mon bureau signées par tous les responsables départementaux, régionaux et de zones.

M. Jacky DARNE : Quels sont les types de documents que vous exigez pour les valider ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Il faut déjà fournir un casier judiciaire vierge et remplir un questionnaire selon un schéma très classique.

M. Jacky DARNE : Vous estimez disposer de quel potentiel de personnes ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Mauvaise question !

M. Jacky DARNE : Pourquoi ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Je ne parviens pas à savoir exactement : je sais qu’il y en a 300 qui ont répondu et signé leur lettre de fidélité et je m’en tiendrai à ce chiffre car je ne dispose pas d’assez d’éléments pour en avancer un autre. J’ai donc 300 personnes sûres.

M. Jacky DARNE : On vient de décrire votre activité actuelle et de faire allusion à vos nouvelles responsabilités. Vous nous avez indiqué que vous apparteniez au DPS depuis 1986. Quelles sont les manifestations importantes auxquelles vous avez participé en tant que membre du DPS ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Les défilés du 1er mai.

M. Jacky DARNE : Quand on est militant du DPS - puisque vous avez commencé en 1986, cela fait donc onze ans...

M. Jean-Pierre CHABRUT : Je ne compte pas onze ans d’activité DPS...

M. Jacky DARNE : Disons donc un bon nombre d’années...

M. Jean-Pierre CHABRUT : Tout à fait !

M. Jacky DARNE : ... quelle est la fréquence de participation à des manifestations sur une année civile, par exemple ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Disons que, sur une année, on retrouve toujours les mêmes manifestations dont les principales sont la fête des " Bleu Blanc Rouge " et le 1er mai. En dehors de cela, le rythme est extrêmement fluctuant et varie selon que l’on se situe ou non en période électorale. Je ne pourrais même pas établir une moyenne. Il faut se baser sur les deux principales manifestations qui sont les plus intéressantes.

M. le Président : Vous étiez à Montceau-les-Mines ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Non, nullement.

M. le Président : A Strasbourg ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Non plus !

M. le Président : Vous n’étiez pas au congrès de Strasbourg ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Non, non ! J’avais un peu " levé le pied " depuis quelques années.

M. le Président : Vous êtes responsable du DPS depuis quelle date exactement ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Depuis le 1er mars.

M. le Président : C’était M. Marc Bellier qui l’était auparavant. Pour quelles raisons ne l’est-il plus ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : En fait, le Président, ainsi qu’il l’a dit, souhaitait le mettre comme intérim mais il ne pouvait pas l’énoncer ainsi sans lui faire perdre du pouvoir, bien qu’il soit extrêmement respecté et respectable ! Cela ne se faisait pas de dire qu’il était là par intérim même s’il était clair, pour lui comme pour le président, que c’était le cas.

M. le Président : A vous entendre, vous avez encore beaucoup à apprendre sur le DPS...

M. Jean-Pierre CHABRUT : Ah oui ! Je suis un petit poussin...

M. le Président : Or, comme nos premières auditions ne donnent pas l’impression que tout ce qui tourne autour de M. Jean-Marie Le Pen se fait dans l’improvisation, il y a bien quelqu’un au DPS qui en a une meilleure connaissance que vous ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Assurément. Tout à fait, ils sont même légion, mais il n’y en a pas beaucoup qui ont voulu prendre la place : je crois que c’est cela !

M. le Président : Une convention du Front National s’est tenue tout récemment : je suppose que l’organisation de son service d’ordre et de sa protection ne s’est pas faite comme cela ! Vous veniez d’arriver et il y a donc quelqu’un qui s’en est occupé et qui vous a secondé dans cette affaire ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Oui, je vous ai dit que j’avais plein de bénévoles...

M. le Président : Oui mais je ne parle pas des bénévoles en général, je parle de ceux qui peuvent assumer des responsabilités, qui peuvent connaître l’organisation.

M. Jean-Pierre CHABRUT : Même ceux qui ont des responsabilités sont bénévoles...

M. le Président : Oui d’accord !

M. Jean-Pierre CHABRUT : Vous allez d’ailleurs en recevoir certains demain...

M. le Président : C’est-à-dire M. Eric Staelens ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Oui.

M. le Président : Quel rôle joue-t-il ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Il est responsable de zone, c’est-à-dire qu’il occupe la fonction de chargé de mission comme je vais l’appeler maintenant, qui consiste, lorsqu’il y a une manifestation sur une zone, à la prendre en charge avec les responsables régionaux et départementaux. Il connaît parfaitement la mécanique et, pour la convention, nous avons organisé les choses, rencontré les forces de l’ordre comme c’est l’habitude.

M. le Président : Vous vous appuyez donc sur M. Eric Staelens ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Entre autres !

M. le Président : Qui d’autre ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Comme je vous le disais M. Jean-Marie Lebraud qui est au " paquebot " et qui était aussi responsable de zone, mais qui ne l’est plus maintenant puisqu’il travaille au bureau, et tous les autres responsables de zones...

Il doit y avoir un élément qui vous échappe ! Il y a une structure qui existe déjà : je n’y ai rien changé. Excepté le remplacement d’un ou deux cadres et les quelques départs qui ont pu survenir, la structure demeure identique et fonctionne toujours. Je reprends les choses, j’essaie de rencontrer les gens, mais tout cela fonctionne.

M. le Rapporteur : Vous étiez dans les troupes de marine par choix, par classement ou par hasard ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Pour les deux premières raisons. A la sortie de Coëtquidan, l’affectation se fait en fonction du rang de sortie : je visais les troupes d’élite et j’ai eu la chance de pouvoir entrer dans les troupes de marine.

M. le Rapporteur : Vous avez des diplômes de parachutiste ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Non !

M. le Rapporteur : Avant Coëtquidan, vous étiez étudiant. Dans quel domaine ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Le commerce.

M. le Rapporteur : Votre attitude à l’égard des skinheads qui gravitaient jadis autour du Front est-elle la même que celle de M. Bernard Courcelle ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : J’ignore quelle était son attitude. Je connais très peu M. Bernard Courcelle ; si vous m’expliquez comment il réagissait, je pourrai vous répondre.

M. le Rapporteur : Quelle sera alors votre attitude à l’égard des skinheads ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Ce ne sont pas mes amis.

M. le Rapporteur : Et à l’égard de la mouvance néo-nazie ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Ce ne sont pas mes amis, non plus ! Ecoutez, le Front National est un mouvement démocrate donc tous ceux qui ne le sont pas ne nous suivent pas...

M. le Rapporteur : Que pensez-vous de M. Gérard Le Vert qui est Front National, même s’il appartient aujourd’hui à un courant différent ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Je ne le connais pas. Je ne porte donc aucun jugement.

M. le Rapporteur : Par conséquent, vous ne pouvez pas indiquer comment il s’est trouvé entraîné dans des manifestations qui se sont révélées être des réunions d’anciens Waffen SS autrichiens ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : J’ai bien fait de venir : j’apprends des tas de choses ici !

M. le Rapporteur : M. François-Xavier Sidos, cela ne vous dit rien non plus ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Si, je le connais. Je l’ai rencontré plusieurs fois !

M. le Rapporteur : Dans quelles circonstances ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Nous étions voisins.

M. le Rapporteur : Voisins de palier ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Non, voisins de quartier, de rue.

M. le Rapporteur : Pourquoi employez-vous le terme de " garde " ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Parce que lorsqu’il y une porte, il faut la garder.

M. le Rapporteur : Cela n’a rien à voir avec la connotation ancienne du terme qui renvoie à d’autres mouvements ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Vous pensez à quoi ?

M. le Rapporteur : A la milice.

M. Jean-Pierre CHABRUT : Parce qu’ils parlaient de " gardes " à la milice ?

M. le Rapporteur : Oui !

M. Jean-Pierre CHABRUT : D’accord ! Je ne sais pas, mais lorsque l’on fait une garde à l’armée, ce sont des gardes. J’aurais pu employer un autre terme mais celui-là est français et ne me déplaît pas. Je crois qu’il a été utilisé avant moi et il ne me choque pas outre mesure....

M. le Président : Vous n’avez jamais eu de responsabilités à la direction du Groupe Onze ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Non, jamais ! Je vous l’ai dit.

M. le Président : Vous témoignez sous serment !

M. Jean-Pierre CHABRUT : Des responsabilités, jamais ! Je connais deux dirigeants de la société, c’est tout !

M. le Président : Non seulement vous témoignez sous le régime du secret mais vous avez aussi juré de dire toute la vérité !

M. Jean-Pierre CHABRUT : Tout à fait !

Mme Geneviève PERRIN-GAILLARD : Vous avez, tout à l’heure, laissé entendre que vous étiez " un petit poussin " en matière de DPS et qu’il y avait beaucoup de gens qui le connaissaient mieux que vous mais qu’aucun n’avait voulu prendre la place que vous occupez. Pourquoi, vous, l’avez-vous acceptée ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Vous n’ignorez pas la crise qu’a traversé le Front National. Je m’étais un peu retiré pendant trois ans, mais j’ai beaucoup souffert de cette crise et c’était l’occasion pour moi de justifier ce que j’avais fait pendant plusieurs années. Une période de crise - je vais prendre une métaphore - c’est un peu comme lorsque quelqu’un tombe avec un drapeau : on a tout de suite envie de le ramasser et de repartir...C’est un réflexe très simple et humain ! Il s’est avéré que j’avais la possibilité de le faire et que je connais pas mal de gens au Front National qui m’y ont incité. Disons que c’est un ensemble de facteurs qui ont joué. Voilà !

Mme Geneviève PERRIN-GAILLARD : Vous dépendez, si j’ai bien compris, directement de M. Jean-Marie Le Pen. Quelles sont les grandes lignes qu’il vous a tracées pour mener votre activité ?

Par ailleurs, j’imagine que vous avez rencontré ou que vous allez rencontrer l’équipe - et je fais référence aux militants - du DPS. Qu’allez-vous lui dire et avez-vous des ordres précis à lui communiquer concernant notamment les tenues ou les armes ?

Enfin, je crois que M. Bernard Courcelle a été licencié il y a peu de temps, que vous lui avez succédé : l’avez-vous rencontré ? Si oui, dans quelles conditions, si non, pourquoi ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : La principale consigne qui m’a été transmise a été de recruter au niveau national, parce que nous avons besoin de gens et de faire en sorte que tout se passe bien. Les directives sont que nos meetings soient sécurisés, que nos rencontres se passent dans la bonne humeur et sans incident.

Mme Geneviève PERRIN-GAILLARD : Vous avez donc carte blanche pour recruter et organiser les choses, ou vous avez des comptes à rendre à M. Jean-Marie Le Pen et des rapports à lui adresser ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Oui, je me dois de lui adresser des rapports. Je le fais déjà et je continuerai. C’est normal et j’y tiens : c’est mon chef et dans toute entreprise, on doit rendre compte...

Mme Geneviève PERRIN-GAILLARD : Avez-vous, par rapport au fichier que vous avez, rencontré des membres du DPS ? Avez-vous des directives à leur communiquer ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Votre question est très intéressante !

J’ai en effet déjà été amené à me déplacer un peu en province. J’ai rencontré les membres du DPS à la convention et je vais m’efforcer de tous les rencontrer très rapidement. J’ai rédigé à leur intention, avec la collaboration de notre conseiller juridique, une sorte de bréviaire où figure tout ce qui peut relever de la législation sur les armes. J’y ai également fixé tous les cadres dans lesquels nous devons travailler et les limites à ne pas dépasser : c’est un point auquel je tiens énormément !

Concernant les tenues, je considère que nous sommes représentatifs et que nous sommes " la vitrine " du Front National. En conséquence, pour un meeting comme celui qui s’est tenu le week-end dernier, je demande à tout le monde d’être habillé d’une certaine façon, de porter la tenue que vous connaissez, qui est celle du DPS, et qui se compose d’un blazer, d’une cravate, de pantalons et de chaussures cirées...

M. le Président : ... et le bouclier et le casque ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : ... oui et le mortier de 120 aussi !

M. le Président : Ah non excusez-moi, à Montceau-les-Mines...

M. Jean-Pierre CHABRUT : Non !

M. le Président : Permettez...

M. Jean-Pierre CHABRUT : Je vous en prie !

M. le Président : ... sur les images que nous avons vues de Montceau-les-Mines, certains membres du DPS portaient casque, bouclier, matraque et bottes et ont fait pendant une heure ou deux le service d’ordre du meeting de M. Bruno Gollnisch. Par conséquent, la question est une question sérieuse !

On appelle cette tenue nous a-t-on dit, la tenue n° 2, mais peut-être n’en êtes-vous pas encore arrivé là dans votre connaissance du DPS ?...

M. Jean-Pierre CHABRUT : Si, si j’ai entendu parler de Montceau-les Mines. Cela étant, je n’en veux pas aux membres du DPS d’avoir utilisé des moyens de défense. La matraque était absente mais ils avaient effectivement casque et bouclier : on en a longuement parlé.

Le problème, c’est que nous sommes attaqués. Pour ce qui me concerne, depuis que je connais le DPS, j’ai eu de la chance puisque je me suis toujours retrouvé dans des meetings ou des manifestations où les forces de l’ordre faisaient tout à fait bien leur métier et étaient d’une efficacité redoutable en empêchant les manifestants d’approcher. A la dernière manifestation d’Amiens j’ai reçu des oeufs, mais je m’en sors encore bien puisque cela ne coûte que des frais de teinturerie et pas d’hospitalisation.

Les casques et les boucliers sont donc encore la meilleure façon de se protéger même si, effectivement, cela fait un peu diabolique et ressemble à la tenue des forces de l’ordre qui, elles-mêmes, n’ont pas trouvé de meilleure façon de se protéger. C’est pourquoi je n’en veux pas à nos militants. En revanche, pour ce qui me concerne, je considère que la matraque est prohibée : si on en arrive là, c’est que les forces de l’ordre n’ont pas fait leur travail et comme je vais essayer d’entretenir les meilleures relations avec la force publique, j’espère ne jamais me trouver dans cette situation. Comme, de toute façon, je vais interdire l’usage de la matraque, au pire, c’est encore nous qui prendrons des coups sur la tête...

M. le Président : Donc cela n’existe pas au DPS ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Quoi donc ?

M. le Président : La tenue n° 2.

M. Jean-Pierre CHABRUT : La tenue n° 2 est une tenue décontractée : jeans, blouson. Elle est utilisée en extérieur lorsqu’on ne peut pas être en blazer comme, par exemple, dans les meetings de nuit.

M. le Président : A Montceau-les-Mines, il est assez évident que quinze à vingt personnes, selon les témoignages, étaient vêtues de la tenue n° 2 avec casque et bouclier et qu’elles organisaient pour une part le service d’ordre. Cela ne s’est pas produit de manière improvisée. Manifestement, le déroulement des événements a montré qu’elles avaient quelque connaissance ou quelque maîtrise des problèmes de maintien de l’ordre ; nous sommes donc soucieux de savoir s’il existe, au sein du DPS, des forces qui ont cette mission plus particulière.

M. Jean-Pierre CHABRUT : Non, cela a été le seul cas et je crois que c’était à l’initiative du département qui devait savoir que ses membres allaient recevoir des objets contondants et durs sur la tête...

Maintenant, je ne peux pas vous en dire plus mais si vous voulez le savoir, cela ne s’inscrit pas du tout dans mon cadre d’ordres. Pour moi, la tenue n° 2 se limite au port de vêtements chauds, de blousons et de jeans pour être plus à l’aise.

M. le Rapporteur : Vous êtes donc chargé de la sécurité personnelle de M. Jean-Marie le Pen ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Du tout ! Il a une sécurité personnelle.

M. le Rapporteur : Par conséquent, son chauffeur ne dépend pas de vous ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Non, non !

M. le Rapporteur : Donc vous ne pouvez rien dire sur les armes trouvées dans sa voiture à Bruxelles ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Non ! Vous dites " les armes " mais je crois qu’il n’y en avait qu’une...

M. le Rapporteur : Un fusil à pompe et une grenade lacrymogène.

M. Jacky DARNE : Il vaudrait mieux que la garde de M. Le Pen soit sous la responsabilité du DPS puisque vous interdisez les armes...

M. Jean-Pierre CHABRUT : Attention, son garde du corps avait une autorisation de détention et de port d’arme jusqu’au premier janvier. Il y a donc peut-être eu un problème de régularisation. En outre, je vous rappelle qu’il s’agissait de balles en caoutchouc.

M. Jacky DARNE : Vous n’avez pas répondu à ma collègue sur le fait de savoir si vous avez rencontré, à l’occasion de votre entrée en fonction ou avant, M. Bernard Courcelle.

M. Jean-Pierre CHABRUT : Je le connaissais. Je l’avais rencontré à deux reprises par l’intermédiaire de son frère qui est un ami, mais dans le cadre de mes fonctions, je ne l’ai jamais rencontré !

M. Jacky DARNE : Vous avez dit que vous aviez donné des directives écrites et que vous aviez rédigé un document juridique...

M. Jean-Pierre CHABRUT : Non, pas juridique : enfin, j’ai deux pièces dans mon dossier qui sont effectivement juridiques.

M. Jacky DARNE : Quand vous-même étiez bénévole au DPS, avez-vous reçu des documents équivalents ? Saviez-vous ce que vous deviez faire dans un certain nombre de situations et conservez-vous, depuis 1986, des conseils écrits.

M. Jean-Pierre CHABRUT : Pour resituer les choses, je précise que j’ai été au DPS de 1986 à 1988. A l’époque, c’est-à-dire à la création du DPS, nous ne recevions pas de consignes écrites mais verbales que nous transmettaient les chefs d’équipe qui fixaient le cadre d’ordres et le cadre juridique. Cela tient sans doute au fait que je n’étais pas à un grade assez élevé. Au-dessus, les directives sont retransmises aux personnes concernées pour qu’elles les retranscrivent ou apportent la bonne parole.

M. Jacky DARNE : Conservez-vous l’ensemble des directives données aux responsables régionaux ou départementaux sur la façon de s’organiser ou de fonctionner ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Je l’ignore. Je n’ai rien vu et je n’ai pas cherché à le faire parce que les lois changent. Comme la législation sur les armes a complètement changé, je suis allé voir le conseiller juridique et nous avons élaboré une directive portant sur différents points.

M. le Président : Il n’y a pas de fichier, dites-vous ? C’est M. Bruno Mégret qui est parti avec, peut-être...

M. Jean-Pierre CHABRUT : Je n’ai pas dit cela ! J’ai dit que je n’avais pas cherché mais je pense qu’il y en a.

M. Jacky DARNE : Puisque vous arrivez dans votre nouvelle fonction, si vous trouviez des notes ou directives, il serait intéressant que vous les portiez à la connaissance de la Commission.

M. Jean-Pierre CHABRUT : Il y avait des consignes. Dire qu’il y en avait d’ordre juridique, je ne sais pas, je n’y ai pas fait attention mais il y avait bien des consignes de tenue et de comportement, nombreuses...

M. Jacky DARNE : Avoir des consignes générales peut être intéressant !

M. Jean-Pierre CHABRUT : J’en ai retrouvé une sur la législation relative aux armes mais elle est complètement obsolète. Cette dernière mise à part, je n’ai pas cherché, mais il y en a sûrement.

M. Jacky DARNE : Lorsque vous avez adhéré et que vous avez été recruté pour le DPS, avez-vous participé à des actions de formation, à des actions vous permettant de connaître ces consignes, d’apprendre le travail collectif ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Non !

M. Jacky DARNE : A quel type de stages de formation avez-vous participé ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : A aucun !

Comme je vous l’ai dit, j’ai adhéré au DPS à ses débuts. De telles formations ont dû exister par la suite. Ce que je retrouve chez nous, ce sont des papiers et des certificats, principalement de stages incendie et de secourisme.

M. le Rapporteur : Vous êtes très attentif, et je vous en félicite, à ce que les gens du DPS n’aient pas d’armes. Dans ces conditions, comment se fait-il, que la protection rapprochée de M. Jean-Marie Le Pen ait utilisé un fusil à pompe ? Par ailleurs, le garde du corps de M. Jean-Marie Le Pen a-t-il, d’après vous, un permis de détention ou de port d’arme ? Enfin de qui détenez-vous l’information selon laquelle il s’agirait de balles en caoutchouc ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : De la presse.

M. le Rapporteur : De quel journal ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Des revues de presse. Tous les journaux faisaient état de l’existence de grenades avant de préciser qu’il s’agissait de grenages lacrymogènes. Mais je vous invite à rencontrer les responsables de la sécurité du Président. Cette dernière n’étant pas de mon ressort, je ne répondrai pas à leur place.

Mme PERRIN-GAILLARD : Vous avez souligné tout à l’heure qu’étant fréquemment attaqués, le meilleur moyen de vous protéger était celui adopté par la police, à savoir le port du casque et du bouclier.

Il en existe un autre qui consiste à apprendre à se défendre, notamment par la pratique des arts martiaux et des sports de combat. Est-ce que, lorsque vous choisissez des personnes pour assurer la sécurité des manifestations, vous privilégiez celles qui ont une formation de cette nature ? Est-ce que vous incitez, dans les directives que vous pouvez leur donner, les membres du DPS à s’initier aux rudiments de ces techniques de défense ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Je ne me suis pas encore penché sur la question. Je suis très content d’avoir des bénévoles avec moi qui sont prêts à prendre des coups. Nous n’avons pas de cours d’arts martiaux mais si l’un des membres du DPS me dit qu’il fait de l’aïkido, je réponds " tant mieux parce que si un jour nous sommes légèrement bousculés, cela peut toujours servir ! ", mais je ne donne aucune directive dans ce sens.

Pour ce qui est de l’usage du bouclier, je répète qu’il n’y a eu qu’un seul cas et que je n’en veux pas à ceux qui y ont eu recours, à force de prendre des pavés, de l’avoir fait. Cela étant, cet usage ne fait pas, non plus, partie de mes directives.

Je sais que cela a choqué alors que, ainsi que je vous le disais nous sommes " la vitrine " du Front National. Cela nous a servi de leçon ! Nous avons vu que l’on nous avait pris pour des CRS ou pour une milice et donc le recours à ce genre d’attirail ne se renouvellera pas sous mon commandement même si, je le répète, je le comprends puisqu’il s’agit de matériel de défense. L’image n’est pas excellente et on évitera donc qu’elle se reproduise.

Mme PERRIN-GAILLARD : Je ne suis pas tellement satisfaite de cette réponse et je reformule donc ma question : est-ce que, si vous avez, dans le fichier, à sélectionner des gens pour venir à une manifestation, vous privilégiez, oui ou non, ceux qui ont une formation...

M. Jean-Pierre CHABRUT : Non !

Mme PERRIN-GAILLARD : ... est-ce que vous conseillez, oui ou non, de suivre à travers des clubs, ou un certain nombre d’autres formules, une initiation...

M. Jean-Pierre CHABRUT : Non ! Comme je vous le disais, je suis content d’avoir des bénévoles. Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues et c’est le nombre qui fait la force : pour garder une porte, il n’y a pas forcément besoin d’être quatrième dan... Il faut comprendre qu’il s’agit de militants qui essaient de servir, qui ne peuvent pas prétendre à des fonctions politiques, et qui sont très contents de pouvoir servir d’une façon ou d’une autre et d’avoir trouvé ce biais pour militer. Voilà !

M. le Président : Connaissez-vous M. Frédéric Jamet ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : M. Frédéric Jamet ? Non !

M. le Président : C’est le responsable d’un syndicat de police...

M. Jean-Pierre CHABRUT : Non, je ne le connais pas.

M. le Président : Dans quelles conditions avez-vous rencontré les responsables du Groupe Onze puisque vous dites que vous y aviez des amitiés ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Quand j’ai travaillé dans la sécurité : en travaillant dans la sécurité, on connaît beaucoup de gens de la sécurité.

M. le Président : Vous travailliez dans la sécurité pour la parfumerie de luxe ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Non, non, je parlais de mon séjour en Angola.

M. le Président : Oui, mais vous n’avez pas connu le Groupe Onze avant ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Je l’ai connu avant, c’est vrai ! Oui, je l’ai connu avant.

M. le Président : C’est pourquoi je vous pose cette question.

M. Jean-Pierre CHABRUT : Oui c’est vrai ! La sécurité pour moi c’est l’Angola, mais il est vrai que le milieu de l’investigation est un milieu très fermé.

M. le Président : Dans quelles conditions avez-vous été amené à faire la connaissance de ces personnes ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : C’est une bonne question ! Je crois que cela remonte au moment où j’étais instructeur de tir pour le centre d’entraînement et de préparation des réserves à Satory : j’avais des amis qui connaissaient les gens de la société. Vous savez comment les choses se passent : on prend un verre et on se rencontre !

M. le Président : Instructeur de tir ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Vous savez avec une arme.... ?

M. le Président : Oui, oui, dans une société de tir ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Non, au centre d’entraînement et de préparation des réserves, à l’armée.

M. le Président : C’est donc depuis cette date que vous connaissez les responsables du Groupe Onze ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Attendez ! Ils n’étaient pas au tir....

M. le Président : Alors, précisez !

M. Jean-Pierre CHABRUT : Il s’agissait d’amis d’amis : je crois que c’est comme cela que nous nous sommes rencontrés.

Je ne sais pas très bien où vous voulez en venir mais je répondrai à toutes vos questions ! Il n’y a pas de problème !

M. le Président : C’est juste pour savoir : on nous a dit que vous aviez occupé des responsabilités au sein du Groupe Onze...

M. Jean-Pierre CHABRUT : Je vous affirme que non, ou alors ce sont des responsabilités amicales.

M. le Président : Nous prenons note de votre réponse !

Dans le DPS - mais vous allez dire que vous y arrivez et que vous ne le savez pas naturellement - y a-t-il de personnes qui travaillent dans des sociétés de gardiennage ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : C’est possible ! Certainement ! Vous savez, toutes les couches sociales y sont représentées : des électriciens, des maçons et nous devons certainement avoir des gardiens de supermarchés !

M. le Président : Vous dites que vous avez reçu 300 lettres de fidélité ; par rapport au chiffre qui nous a été avancé selon lequel, avant la division du Front National, l’effectif du DPS se situait vraisemblablement autour d’un millier de personnes, cela fait une grosse décrue ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Tout à fait !

M. le Président : Les 700 autres personnes sont parties chez M. Bruno Mégret ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Non, je ne pense pas. Je crois qu’une bonne partie d’entre elles restent dans l’expectative, mais ignorant les chiffres qu’ils ont en face, il m’est difficile de vous répondre.

M. le Rapporteur : Vous êtes commandant depuis quelle date ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Le 1er octobre 1997.

M. le Président : Vous avez une affectation de réserve ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Tout à fait !

M. le Président : Dans quelle unité ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Je suis officier de réserve d’état-major.

M. le Président : ORSEM ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Exactement, voilà : Officier de réserve spécialiste d’état-major.

M. Jacky DARNE : Quelles relations pensez-vous entretenir avec votre concurrent le DPA et estimez-vous que ceux qui ont quitté le DPS pour le DPA, ont des attentes différentes, non pas au sens idéologique ou politique du terme mais dans leur conception de la sécurité ? J’imagine que c’est une question qui se discute au sein du Front National ?

Quelle est votre analyse à ce sujet ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : J’imagine qu’ils veulent refaire la même structure qu’au DPS : ils auraient tort de faire autrement !

M. Jacky DARNE : Vous avez des systèmes d’observation et vous envisagez, par exemple, d’aller espionner leurs meetings ou leur réunions ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : Nullement. Ce sera peut-être le cas au niveau politique mais pas au niveau du DPS qui à " d’autres chats à fouetter " même si cela peut être intéressant. Je n’ai encore rien décidé mais je n’en ai pas envie. Je ne souhaite pas du tout chercher la provocation, parce qu’effectivement tout le monde se connaît et sait dans quel camp l’autre se situe. Si les membres du DPA veulent venir nous espionner, cela les regarde. Ils s’exposent peut-être à quelques petits problèmes puisque nous sommes là pour éviter tous les conflits - à moins qu’ils ne restent calmes - mais je n’ai aucune envie d’aller chercher des noises : ce n’est pas dans notre intérêt et nous n’avons rien à gagner à ce jeu-là !

M. le Rapporteur : C’est une activité à temps plein que vous exercez actuellement. Continuez-vous à avoir une activité en dehors du DPS ?

M. Jean-Pierre CHABRUT : A part les ORCEM, non, je n’ai pas le temps.

M. le Président : Nous vous remercions !