L’opération secrète, lancée par le président Clinton contre Milosevic, a été largement décrite dans la presse : financement de l’opposition serbe, recrutement de dissidents au sein du gouvernement et de l’état-major, pénétration des ordinateurs des grandes banques et cambriolage des comptes bancaires du clan Milosevic... Voilà une opération secrète qui n’a plus rien de secret.

Elle pourrait être une grave erreur de plus. En effet, la première question n’est pas de savoir si ces objectifs sont judicieux, mais pourquoi avoir recours à l’action secrète pour les atteindre ? Par exemple, les partis occidentaux pourraient très publiquement financer l’opposition serbe. Si Clinton a recours à l’action secrète, ce n’est pas pour elle-même, mais parce que tout le reste a échoué.

Au demeurant, nous recommençons la même erreur qu’avec l’Irak. À l’été 1996, la CIA prépara le renversement de Saddam Hussein en recrutant des comploteurs dans son entourage et en aidant deux factions kurdes. À la fin, Saddam utilisa les factions kurdes l’une contre l’autre et tua tout le monde. En Serbie comme en Irak, on ne peut renverser un régime en s’appuyant sur une opposition sans programme, incapable d’incarner une alternative.

Quand à l’idée lumineuse de vider les comptes bancaires des Milosevic en pénétrant dans les systèmes informatiques des grandes banques, il est à craindre que nos dirigeants aient trop accordé d’importance aux productions hollywodiennes, type " Ennemi d’État ". D’une part, il est plus difficile qu’on ne le pense de percer des systèmes informatiques et, d’autre part, vider un compte bancaire de cette manière ne trompe pas longtemps et ne saurait donc avoir d’effet durable. Que fera-t-on si, pour vider ces comptes, il faut entrer dans les ordinateurs de grandes banques occidentales ? Lorsque la CIA se fera pincer, on ne manquera pas de dénoncer une " agence hors contrôle ".