« La liberté, c’est toujours la liberté
de celui qui pense autrement »

Rosa Luxembourg

Le test suivant tire l’essentiel de ses informations de la remarquable Anthologie érotique de la censure de Bernard Joubert, administrateur du Réseau Voltaire, parue aux Editions La Musardine. Elle présente près de 50 larges extraits d’œuvres censurées dont certaines sont toujours interdites de vente ou d’exposition. Bernard Joubert a fait précéder chaque texte de plusieurs pages d’informations précises sur l’auteur, ses œuvres et ses mésaventures. Ces pages sont ici allégrement pillées, sans pour autant les épuiser. A chaque question correspond une ou plusieurs réponses valables.

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DE TINTIN A MANARA
Les éditions casterman ont parfois bien du mal à concilier la publication de bandes dessinées adultes et l’esprit vertueux qui sied à une maison dont le nom reste indissociablement lié à celui de Tintin. Il est ainsi demandé à Manara de supprimer purement et simplement une séquence montrant un pot de vaseline et de modifier certaines cases. Dans la version que connaîtront les lecteurs, la perverse Isabella est rhabillée, elle ne profère plus d’obscénités et ce n’est plus un herculéen amant qui se trouve derrière elle mais son malingre époux.

QUESTIONS

I. Peut-on concevoir la liberté de conscience sans la liberté d’expression ?  [1]
a) oui
b) non

II. La censure existe-t-elle en France ?  [2]
a) oui
b) non

III. La loi du 17 mai 1819 réprimait « l’outrage aux bonnes mœurs » mais aussi à la « morale publique » et à la « morale religieuse ». Parmi ses victimes on trouve :  [3]
a) le chansonnier Pierre-Jean de Béranger
b) Gustave Flaubert, pour Madame Bovary
c) Charles Baudelaire, pour treize poèmes du recueil Les Fleurs du Mal
d) Eugène Sue, pour Les Mystères du Peuple

IV. Un livre du surréaliste Benjamin Peret au titre énigmatique, Les Rouilles encagées, est saisi en cours de fabrication à l’imprimerie en 1928. Il ne sera disponible pour le grand public que : [4]
a) 12 ans plus tard, en 1940
b) 26 ans plus tard, en 1954
c) 42 ans plus tard, en 1970

V. La loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse est justement fameuse pour son article 1 : « L’imprimerie et la librairie sont libres ». Mais l’histoire de cette grande loi républicaine est aussi l’histoire des violations répétées de son principe fondateur. L’article 14, par exemple, introduisait dès le départ des restrictions pour les journaux politiques importés de l’étranger. Rappelons les aggravations successives de la loi :
a) dès 1895 ce sont les journaux publiés en France dans une langue étrangère qui sont concernés b) à partir de 1939 ce sont les livres en langue étrangère. c) après 1945 l’application est officiellement étendue à toutes les publications réputées étrangères et cataloguées libertines [5] Question : quelle fut la plus célèbre victime de cet article ?

VI. Au cours des cinquante dernières années, l’article 14 de la loi de 1881 sur la « liberté de la presse » a été utilisé pour interdire : [6]
a) 20 publications
b ) 200 publications
c ) 2.000 publications

VII. Le délit d’ « outrage aux bonnes mœurs » a été renforcé par un décret-loi relatif à « la protection de la famille, de la race et de la natalité française ». Ce décret a été appliqué jusqu’à la fin des années cinquante contre des journaux, des films, des affiches… Dans le cas d’imprimés non illustrés, une Commission du livre rendait des avis. Ce décret-loi a été promulgué par : [7]
a) le gouvernement du radical Edouard Daladier en 1939
b) le président du Conseil Pierre Laval en 1942
c) le maréchal Philippe Pétain en 1944

VIII. Parmi les victimes du décret-loi évoqué ci-dessus on trouve [8]
a) Boris Vian
b) Isidore Isou
c) André Hardellet

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PUBLICITE DE PRESSE
Les Cahiers du cinéma publièrent en 1976 un numéro spécial consacré à la censure cinématographique dont la couverture était illustrée par Willem. Le Monde s’effraya de la publicité qu’il lui était demandé de passer et modifia cette allégorie de la censure…

IX. La loi du 16 juillet 1949 sur « les publications destinées à la jeunesse » s’applique : [9]
a) aux publications destinées à la jeunesse
b) à toutes les publications

X. La loi du 16 juillet 1949 a été invoquée pour interdire : [10]
a) 50 publications
b) 500 publications
c) 5 000 publications

XI. Peut-on concevoir des écrits libertins sans une dimension anticléricale ? De nombreux textes interdits mettent en scène moines, curés et religieuses pratiquant avec conviction des activités peu orthodoxes. Parmi leurs auteurs on trouve : [11]
a) le marquis de Sade
b) Jean de la Fontaine
c) Pierre-Jean de Béranger
d) André Lorulot
e) Jean-Pierre Bouyxou
f) Benjamin Peret
g) Raoul Vaneigem

XII. Pour répondre aux fréquentes accusations d’arbitraire , les diverses commissions de « contrôle » font valoir que les éditeurs peuvent faire appel auprès du Conseil d’Etat. En 50 ans, sur des milliers d’arrêtés d’interdictions, le Conseil d’Etat en a annulé : [12]
a) 1 (un)
b) 10
c) 100
d) 1.000

XIII. Le Ministre de l’Intérieur a notamment la lourde tâche d’assurer la sécurité de nos corps. Faut-il lui confier le soin de nos âmes en lui laissant le choix de nos lectures ? [13]
a) oui
b) non

XIV. Comment s’appelle , au Ministère de l’Intérieur, le service chargé de choisir les lectures qui nous seront interdites ? [14]
a) le service des affaires classées
b) la direction des libertés publiques
c) la commission non paritaire de la lecture

XV. Combien de temps faut-il pour photocopier (format A4, recto-verso) un livre interdit (broché, 200 pages) ? [15]
a) 20 minutes
b) 2 heures
c) 2 jours

XVI. Devant le développement exponentiel de l’internet, il est urgent de : [16]
a) mettre au point les techniques nécessaires à identifier les concepteurs de sites à interdire suivant les critères divers et variés de chaque pays de la planète
b) obliger les fournisseurs d’accès et les hébergeurs à censurer les sites voulus en fonction des critères qui leur seront fournis
c) obliger les imprimeurs, suivant le même principe appliqué au papier comme aux écrans, à censurer les livres voulus en fonction des critères qui leur seront fournis. C’est en fait une vieille tradition. Elle remonte, au moins, à l’exécution en 1533 de Antoine Augerau, imprimeur du Miroir de l’âme pécheresse de Marguerite de Navarre.

XVII. S’il fallait censurer le pire, ce serait : [17]
a) Mein Kampf, d’Adolf Hitler
b) Le Juif Süss, de Lion Feuchtwanger
c) Forces occultes, de Jean Marquès-Rivière

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B.D. JAPONAISE
Sexes et pilosités étant bannis des B.D. japonaises pour ne pas tomber sous le coup de l’article 175 du Code pénal, les auteurs, au moment de les dessiner, cassent leur crayons.

XVIII. Les bonnes histoires d’Anastasie… La meilleure, c’est : [18]
a) la prohibition, par le décret de 1939, de, outre les publications, les films ou les affiches, d’objets tels que … les godemichets.
b) le passage de Madame Bovary censuré par la Revue de Paris, qui attira l’attention du procureur Pinard, ne décrivait ….rien.
c) une des modifications apportées en 1958 à la loi de 1949 sur la protection de la jeunesse interdit à toute publication « de faire état de ce qu ’elle n’a pas fait l’objet des interdictions précitées ». Cela visait des illustrés égrillards (Galant, Pschitt !, Sensualité de Paris…) qui indiquaient sur leur couverture « non interdit à l’affichage ». Il était interdit à un journal de se déclarer non interdit, même lorsque c’était la vérité !
d) en 1994 un pamphlet du prédicateur musulman Ahmed Deedat Comment Salman Rushdie a leurré l’Occident (ainsi que seize autres de ses livres) est interdit. Cet ouvrage reproduisait le texte intégral d’une conférence donnée devant plusieurs milliers de personnes au Royal Albert Hall de Londres. Les Editions Ramou avaient publié la traduction française qui fut interdite. Elles continuent de diffuser la cassette vidéo de l’enregistrement de la conférence (sous titrée en français) qui, elle, …n’est pas interdite.
e) après la guerre un Cartel d’action morale et sociale fit beaucoup parler de lui. Animé par un évangéliste, Daniel Parker, il fut à l’origine de beaucoup d’interdictions dont celles des livres de Boris Vian signés Vernon Sullivan. C’est aussi Daniel Parker qui engagea la bataille contre Sexus de Miller. Mais l’éditeur de celui-ci, Gaston Gallimard, découvrit que Parker avait commis dans le passé non pas des écrits mais des attentats à la pudeur sur des mineurs de sexe masculin. Le censeur a disparu de la circulation. Les lois de censures sont restées. [19]

« On dit qu’il s’est établi dans Madrid un système de liberté sur la vente des productions, qui s’étend même à celles de la presse ; et que, pourvu que je ne parle en mes écrits ni de l’autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale ou des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l’opéra, ni des autres spectacles, ni de personnes qui tiennent à quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l’inspection de deux ou trois censeurs… »
- Monologue de Figaro, dans l’acte V de La folle journée ou le mariage de Figaro de Beaumarchais

« Pourquoi donc, dans un Etat moderne, conserve-t-on ces pratiques désuètes, irritantes et inconciliables avec le dogme de la liberté démocratique ? Pour deux raisons qui d’ailleurs s’étayent l’une l’autre, et se rejoignent.
Pour une raison d’ordre politique : la censure morale appliquée à l’œuvre d’art et à la chose écrite est un complément de la censure politique. C’est un moyen de contrôle des esprits dans un régime autoritaire. La sujétion du citoyen ne peut être assurée de manière complète qu’à la condition de briser son raisonnement logique, son esprit d’analyse, et jusqu’à ses goûts artistiques.
Pour une raison d’ordre social. La censure est une institution d’origine chrétienne, qui puise sa source dans la pratique de la confession, et dans l’ Index. Cette censure avait une raison parfaitement discernable au cours des siècles d’expansion chrétienne. Depuis que, dans les divers pays, s’est accomplie la séparation des Eglises et de l’Etat, cette pratique a été reprise par le pouvoir politique… »

- Maurice Girodias, L’affaire Lolita. Le célèbre roman de Vladimir Nabokov Lolita édité par Girodias avait été interdit en 1956. L’éditeur publia en défense l’année suivante un essai collectif L’affaire Lolita dont plusieurs pages sont reproduites dans l’ Anthologie de Bernard Joubert.

« La persistance d’un acte que les sociétés démocratiques feignent de réprouver, et dont l’efficience reste à démontrer, témoigne de sa vitalité et de son enracinement dans l’imaginaire. La censure apparaît comme un acte symbolique par lequel le censeur tente de museler les peurs qui le hantent, d ’échapper aux dangers qui l’assaille ou au destin dont il se sent menacé. Les hommes ont toujours cru pouvoir disparaître les forces qui leur semblent hostiles en supprimant les textes dans lesquels elles s’incarnent… L’efficace de la censure rituelle se situe dans le geste même qui l’accomplit, indépendamment des effets ultérieurs qu’il produira ».
- Marie Kuhlmann, Censure et bibliothèques, Editions du Cercle de la Librairie.

[1] Réponse : La liberté de conscience sans la liberté d’expression…b) non, c’est évidemment inconcevable. Quel que soit le sujet, un citoyen ne peut se faire une vraie opinion qu’en confrontant tous les points de vue, y compris ceux qu’il trouve les plus détestables. Exemple classique : celui du « blasphème ». Au Moyen age les écrits étaient bien plus libres qu’on ne le croit… sauf en cas de « lèse-majesté divine ». C’était le pire des crimes, inouï, presque impensable. Le plus célèbre catalogue de livres interdits reste l’Index librorum prohibitorum. Il eut une belle carrière du concile de Trente (1562) au concile Vatican II (1965). C’est contre cet interdit qu’ont été conquises, ensemble, la liberté d’expression et la liberté de conscience. Elles sont absolues ou elles ne sont pas. Voir Mon dieu, pourquoi tous ces interdits ? Revue Panoramiques N°11, et plus particulièrement Alain Cantabous, Histoire du blasphème en Occiden,t Ed Albin Michel, Collection L’évolution de l’humanité.

[2] Réponse : La censure en France…b) non, elle n’existe pas - officiellement. Mais…mais…mais…de 1819 à 1994 « l’outrage aux bonnes mœurs » est un motif fréquent de condamnation. Ce délit n’apparaît plus dans le nouveau Code Pénal entré en vigueur en 1994. Mais l’article L 227-24 du même Code rend le même service aux ligues de vertu. Depuis 1881 la loi sur « la liberté de la presse », et depuis 1949 la loi sur « la protection de la jeunesse » ont été utilisées pour interdire à des titres divers des milliers de publications. La censure ne dit pas son nom. La censure est toujours hypocrite. Voir La censure en France sous la direction de Pascal Ory Ed Complexe.

[3] Réponse : Les victimes du délit d’ « outrage aux bonnes mœurs » … a) c) d) seul Flaubert y a finalement échappé. Il ne subira que la censure de la Revue de Paris qui publiait son roman en feuilleton en 1856. Sinon le procureur impérial Ernest Pinard ne parviendra pas à faire condamner Flaubert.
a) Béranger. Condamné en 1821 pour un recueil de chansons, puis pour une brochure intitulée Procès fait aux chansons de P.J. de Béranger, et encore en 1828 (avec son imprimeur). Après la révolution de 1830, il devient un véritable héros national.
b) Baudelaire. Victoire d’Ernest Pinard en 1857, suivie d’une nouvelle condamnation en 1868 à la suite de la publication en Belgique des poèmes interdits sous le titre Les épaves. La Cour de Cassation annulera ces condamnations en… 1949.
c) Sue. L’auteur étant mort à l’époque des poursuites, furent condamnés le propriétaire des droits (un an de prison, 6 000F d’amende), l’éditeur (deux mois de prison, 2 000F d’amende) et même l’imprimeur (un mois de prison, 1 000F d’amende).

[4] Réponse : Les « Rouilles encagées » ne seront éditées qu’en …c) 1970 par Eric Losfeld, pour être interdites en 1971, puis enfin autorisées en 1975, soit un demi siècle après leur rédaction. Losfeld s’était risqué à un tirage limité, une centaine d’exemplaires, en 1954. Il était illustré par des dessins d’Yves Tanguy. Les premières poursuites n’avaient pas abouti en raison d’une procédure défectueuse.

[5] Réponse : La victime la plus célèbre de l’article 14 de la loi de 1881 fut Henry Miller pour Sexus, premier volume de sa trilogie autobiographique romancée La Crucifixion en Rose.

[6] Réponse : L’application de l’article 14 de la loi de 1881 a entraîné l’interdiction… c) de plus de 2.000 publications

[7] Réponse : Le décret loi sur la « protection de la race » a été promulgué …c) en 1939 sous le gouvernement de Daladier, aussi consternant que cela paraisse. Il faut toutefois noter que les rédacteurs de la loi entendaient le mot « race » au sens de « nation » plutôt qu’en son sens biologique. Il reste qu’au milieu de mesures d’intérêt public , l’article 119 instaurait bel et bien une censure.

[8] Réponse : Les victimes du décret de 1939 furent… a) b) c) les trois écrivains.
a) Vian pour J’irai cracher sur vos tombes et Les morts ont tous la même peau signés du pseudonyme de Vernon Sullivan.
b) Isidore Isou, fondateur du lettrisme, avait publié Isou et la mécanique des femmes. Cet expert ayant manifesté sa joie d’être poursuivi, cela fut retenu à charge contre lui. Quelques années plus tard son Histoire de la volupté sera interdite d’exposition et de publicité.
c) Hardellet. Le grand poète, auteur de la chanson Le bal chez Temporel, fut condamné pour Lourdes, lentes…

[9] Réponse : La loi de 1949 sur les « publications destinées à la jeunesse » s’applique à …b) toutes les publications, bien sûr. Sinon où serait l’intérêt ? En 1954, en plus des illustrés et magazines, elle est étendue aux livres. Il y avait trois niveaux d’interdiction : aux mineurs de moins de 18 ans, à l’exposition, à l’affichage. Leur vente en librairie, discrètement et à des adultes, restait légale. En 1958 apparaît l’interdiction de toute publicité. Un lecteur potentiel peut-il demander à un libraire un livre dont il ignore l’existence ?

[10] Réponse : La loi de 1949 a causé l’interdiction de …c) 4.900 publications, bientôt 5.000 puisqu’elle est toujours appliquée. Et cela malgré l’opposition de la quasi totalité du monde culturel et journalistique. La campagne déjà ancienne de la Ligue des droits de l’homme et du citoyen pour l’abrogation de cette loi n’a toujours pas abouti.

[11] Réponse : Libertins et anticléricaux … tous les auteurs mentionnés dans la question en ont croqué. Deux autres cas d’auteurs censurés sont plus originaux. Celui du fascinant Georges Bataille et de son travail sur l’interdit et la transgression. Et celui de l’auteure de Histoire d’O (Dominique Aury, née Anne Desclos), ancienne secrétaire générale de la NRF, qui a publié une remarquable et sérieuse Anthologie de la poésie religieuse française, Ed Gallimard.

[12] Réponse : Sur des milliers d’interdictions , le Conseil d’Etat n’en a annulé… a) qu’une seule ! Il s’agissait de Une fille tranquille de M. G. Braun. Ce roman policier fort bénin relatait la première aventure de Sam et Sally qui seront les héros de 80 volumes ultérieurs, de deux séries télévisées et d’une bande dessinée.

[13] Réponse : Le Ministre de l’Intérieur et le choix de nos lectures…b) non ! Connaissez-vous quelqu’un qui aurait répondu oui ? D’ailleurs Ministre de l’Intérieur ne rime pas forcément avec censeur. Jules Sénard avait assumé la première fonction avant de devenir l’efficace défenseur de Flaubert.

[14] Réponse : Au Ministère de l’Intérieur c’est … b) la Direction des libertés publiques qui dresse la liste des publications qui nous seront interdites ! Voir… le Journal Officiel.

[15] Réponse : Photocopier un livre demande environ … a) 20 minutes. Une fois photocopié sur feuilles A4, on peut en tirer une douzaine d’exemplaires en une heure. Une technique contre la censure.

[16] Réponse : Censurer internet … une campagne internationale pour la liberté d’expression sur internet se développe, symbolisée par un ruban bleu. Cette « Blue Ribbon Campain » est née aux USA où la liberté d’expression de chaque citoyen est garantie par le premier amendement à la Constitution. Parmi les très nombreux sites opposés à toute forme de censure, on pourra consulter www.ifas.org (Institute for first amendment studies), www.gilc.org (Global internet liberty campain), www.censure.org (en français), www.cyber-rights.org (University of Leeds Grande Bretagne) … Reporters sans Frontières a publié une remarquable étude Les ennemis d’internet : les entraves à la liberté de circulation de l’information sur internet, Editions 00h00. Voir le site www.rsf.fr .Tout internaute un peu dégourdi est d’ailleurs apte à contourner la plupart des blocages de l’information. Rappelons par ailleurs, pour répondre aux inquiétudes les plus légitimes, que lorsque des réseaux de pédophiles se sont aventuré sur internet, cela a permis à la police de les repérer. De manière générale la presse nationale française (Le Monde, Libération, Le Figaro…) a manifesté son opposition à l’interdiction des sites controversés en publiant les adresses de leurs sites. Leur prohibition favorise en fait leur expansion (voir le cas de Roger Garaudy). On ne défend pas les libertés en utilisant des procédés liberticides. Le combat politique démocratique n’en est pas affaibli mais renforcé Voir sous la direction de Pierre-André Taguieff le recueil de deux volumes intitulé Face au racisme, Editions La découverte.

[17] Réponse : Censurer le pire… serait une défaite devant le pire. Il faut affronter le pire.
a) Mein Kampf. Hitler s’était opposé à la traduction de son livre en français. C’est en relation avec la LICA (Ligue internationale contre l’antisémitisme) de Bernard Lecache que les Nouvelles Editions Latines le publient en 1934. Cette traduction est interdite sous l’Occupation. Lors de sa réédition en 1978, la LICRA (avec R supplémentaire pour « racisme ») fait insérer un « Avertissement au lecteur » mais ne s’oppose pas à la publication.
b) Le Juif Süss est un roman tout à fait honorable paru en 1925. Son auteur Lion Feuchtwanger, issu d’une famille de la bourgeoisie juive assimilée de Bavière, s’est inspiré de la vie de Joseph Süss Oppenheimer célèbre « juif de cour » du Wurtemberg. Les ventes de ce livre ont dépassé les deux millions d’exemplaires dans le monde. En France les Editions Belfond en ont fait paraître une nouvelle traduction en 2000. C’est le réalisateur Veit Harlan qui en tira un film pro-nazi en 1940. Un dossier comprenant des extraits du film resitués dans l’époque et du procès du réalisateur en 1949 a été diffusé le 21 septembre 2001 par la chaîne télévisée ARTE sous le titre Un film devenu crime ?
c) Forces occultes, film réalisé par Paul Riche. Jean Marquès-Rivière fut l’auteur du scénario. Marquès-Rivière, ex-maçon devenu anti-franc maçon, écrivit plusieurs pamphlets dont, en 1941, La trahison spirituelle de la franc maçonnerie aux Editions Jean Renard. Forces occultes est aujourd’hui projeté par des Loges en version intégrale, projection associée à une présentation historique et politique précise. Voir Jacques Lemaire L’antimaçonnisme. Aspects généraux (1738-1998) Encyclopédie maçonnique Edimaf).

[18] Réponse : Les bonnes histoires d’Anastasie… Si la censure tue des livres, le ridicule ne tue pas. Le passage de Flaubert ne décrit que le trajet assez long et apparemment sans but d’un fiacre transportant Emma Bovary et le fringant Léon. L’imagination du lecteur (et du censeur) fait le reste. L’auto censure de la Revue de Paris ne lui servira à rien. Elle fut interdite l’année suivante. Les aventures de Daniel Parker sont relatées par Jean-Jacques Pauvert qui l’apelle Monsieur X dans Nouveaux (et moins nouveaux) visages de la censure Ed Les Belles Lettres. Ce recueil contient plusieurs illustrant le combat de toujours mené par Pauvert pour la liberté absolue d’expression. Pauvert est d’ailleurs le préfacier de l’Anthologie érotique de la censure de Bernard Joubert.

[19] Cet article de Charles Conte est publié simultanément sur le site du Réseau Voltaire et dans la revue Humanisme du Grand Orient de France.