Si, sur un plan technique cette opération a incontestablement constitué un succès, Amaryllis a néanmoins fait l’objet de critiques multiples portant principalement sur sa nature même -n’était-elle qu’une opération à vocation humanitaire ?- et sur le caractère sélectif des évacuations réalisées.

La nature de l’opération

Amaryllis est d’abord une opération d’évacuation classique de ressortissants français et étrangers dont il a été indiqué qu’elle avait été présentée comme neutre et humanitaire. Toutefois, certains éléments prouvent qu’Amaryllis aurait pu évoluer autrement que comme une simple opération humanitaire, mais cela ne fut pas le cas.

L’utilisation de missiles Milan

La destruction du toit de la Mission de coopération, le 11 avril, pour y installer une batterie de missiles Milan a fait l’objet de critiques, car elle a été interprétée comme une ingérence française, destinée à aider les FAR dans leur résistance armée contre le FPR. Cette destruction a été confirmée par le chef de la Mission civile de coopération, M. Michel Cuingnet, qui s’en est étonné auprès de l’attaché adjoint de défense, le Lieutenant-Colonel Jean-Jacques Maurin. Celui-ci lui aurait répondu qu’il s’agissait d’un problème militaire, que " c’était la guerre " et que cela ne le concernait plus puisqu’il allait être évacué.

Cette question, posée au Général Jean-Pierre Huchon, l’a conduit à indiquer que ces missiles avaient peut-être été posés sur le toit par simple précaution, la compagnie pouvant craindre une arrivée des blindés du FPR. Il a également été signalé que, dans chaque compagnie, se trouve toujours un groupe de deux pièces Milan.

Interrogé lui aussi sur cette question par la Mission, le Lieutenant-Colonel Jean-Jacques Maurin a indiqué que l’unité envoyée était la compagnie d’éclairage et d’appui du 3ème RPIMA, commandée par le Capitaine Millet ; la compagnie avait ce matériel en dotation. Le Lieutenant-Colonel Jean-Jacques Maurin a précisé que la batterie Milan avait été placée au-dessus de son PC, et qu’elle n’était pas armée de missiles. Il a aussi indiqué que ce matériel était équipé d’une lunette performante permettant de suivre attentivement, notamment la nuit, les différents mouvements alentour.

Il paraît, dans ces conditions, hasardeux de considérer la présence de ces missiles, le 11 avril, sur le toit de la Mission de coopération, comme la manifestation d’une volonté de soutenir les FAR contre le FPR. Il ne s’agissait que d’un matériel d’observation. Il convient également de préciser que l’opération Amaryllis supposait qu’on maîtrisât les axes de communication jusqu’à l’aéroport et qu’à cette fin les missiles Milan pouvaient se révéler utiles.

La fermeture de l’ambassade

Un message du Colonel Jean Balch fait état d’une analyse plus personnelle. Tout en reconnaissant la réalité du danger justifiant l’évacuation des ressortissants, cet officier estime pour autant que la fermeture de l’ambassade, symbole de la présence française, a été prise un peu hâtivement. Il précise : " rien ne laissait en effet présager à ce moment-là une victoire du FPR, les FAR résistaient tout à fait correctement à la poussée des Inkotanyi. Il aurait suffi de très peu de choses (quelques conseillers militaires français) pour que l’on assiste à un renversement de la situation. Juin 1992 et février 1993 auraient parfaitement pu être "rejoués" en avril 1994 ".

Il est toutefois important de noter que ce commentaire au conditionnel n’est que l’expression d’un point de vue personnel. Il témoigne cependant de l’état d’esprit de certains militaires qui, parce qu’ils avaient tissé des liens personnels avec des militaires des FAR dont ils avaient instruit les compétences dans le cadre d’une coopération qui fut parfois longue, ont éprouvé quelque difficulté à quitter subitement le Rwanda. De même qu’ils n’ont pas toujours pris l’exacte mesure des événements sanglants qui ont conduit au génocide.

Il faut ici rappeler l’extrême rapidité avec laquelle la situation s’est dégradée et le fait que les 25 militaires restés sur place dans le cadre de l’Assistance militaire technique n’étaient pas préparés à un départ aussi soudain. Sur ce point, le Lieutenant-Colonel Grégoire de Saint-Quentin, alors Commandant, a fait remarquer qu’au lendemain du 6 avril, il n’avait pas ressenti comme une priorité urgente la recherche d’éléments explicatifs de l’attentat, car il pensait avoir le temps d’y procéder dans les jours qui allaient suivre.

Le maintien du COS

Le 12 avril, le Général Le Page, responsable du commandement des opérations spéciales (COS), envoie au Lieutenant-Colonel Jean-Jacques Maurin, commandant les opérations spéciales, les consignes suivantes :

Un détachement du COS est maintenu à Kigali et placé sous commandement opérationnel du CEMA.

Sa mission est :

- d’extraire les ressortissants, non volontaires jusqu’à présent et qui le souhaiteraient, ou dans tout autre nouveau cas ;

- de tenter de localiser le coopérant disparu ;

- de renseigner sur la situation locale ;

- de proposer des attitudes ou des modes d’action en fonction de l’évolution de celle-ci ;

- de guider toute opération d’appui aérien ;

- de s’exfiltrer si nécessaire.

Sur la base de cette adresse personnalisée et compte tenu de la situation qui ne cesse de s’aggraver, le Lieutenant-Colonel Jean-Jacques Maurin décidera le rapatriement de l’ensemble du détachement du COS et des deux derniers AMT le 14 avril.

Toutefois, si tel n’avait pas été le cas, on aurait pu légitimement remettre en cause le principe du maintien du COS à Kigali, alors que nous n’avions plus de représentation diplomatique. Il convient surtout de s’interroger sur la mission consistant à guider toute opération d’appui aérien dont on ne voit pas à qui elle aurait pu bénéficier, si ce n’est aux FAR.

Les accusations du Colonel Marchal

Dans une interview accordée en août 1995 à la BBC, le Colonel Marchal, commandant le secteur de Kigali dans le cadre de la MINUAR, a déclaré que la France avait procédé à des livraisons d’armes aux forces armées rwandaises pendant le déroulement de l’opération Amaryllis. Interrogé sur cette déclaration par les rapporteurs, le ministère belge a fait parvenir à la Mission une réponse écrite indiquant : " le Colonel Marchal confirme qu’un des observateurs des Nations Unies sous ses ordres à l’aéroport de Kigali, un officier sénégalais, lui a rapporté oralement, dans le courant de la nuit du 8 au 9 avril, que des caisses de munitions de mortiers avaient été débarquées d’un des trois avions militaires français ayant atterri cette nuit là à Kigali et qu’elles avaient été chargées sur des véhicules de l’armée rwandaise. "

En réponse à cette correspondance, le Colonel Henri Poncet a fait part de ses commentaires écrits :

" - Les unités sous mes ordres n’étaient pas équipées de mortiers et n’ont donc pas déchargé de munitions.

" - J’ai effectivement procédé à la " réquisition " de quelques véhicules militaires rwandais le 9 avril au matin afin d’acheminer un détachement à l’ambassade de France.

" - A ma connaissance, seul un officier uruguayen, observateur militaire, était présent sur l’aéroport mais il m’a été impossible de le localiser et de le rencontrer. Un capitaine sénégalais s’est par contre présenté à mon PC le 11 ou le 12 avril."

La non interposition face aux massacres

A la critique d’une opération de soutien militaire déguisée en opération humanitaire, s’ajoute celle, diamétralement opposée, d’une opération trop exclusivement humanitaire qui aurait dû être une opération militaire d’interposition. Ce regret a notamment été exprimé devant la Mission par Mme Alison Des Forges, qui a considéré qu’il aurait été possible d’arrêter le génocide dès son commencement car les génocidaires étaient en nombre limité dans une structure très centralisée.

Elle a rappelé que le Général Christian Quesnot avait, lui aussi, estimé devant la Mission que la réunion des forces d’évacuation et des forces de la MINUAR aurait permis d’arrêter les tueries. Elle a cependant reconnu que " le Général Roméo Dallaire n’était pas enthousiaste à l’idée d’une force conjointe avec les forces d’évacuation, estimant que, logistiquement, elle serait difficile à mettre en oeuvre ". Mme Alison Des Forges a aussi précisé qu’avec 1 800 hommes supplémentaires, le Général Roméo Dallaire pensait pouvoir agir avec la MINUAR.

Il faut toutefois se souvenir que le FPR était présent dans Kigali au moment du déclenchement des massacres, avec un bataillon de 600 à 700 hommes, soit largement autant que la totalité des forces d’Amaryllis. La première réaction des représentants du FPR, le 7 avril, fut d’aller demander au Général Roméo Dallaire de quelles instructions il disposait pour intervenir, puis de constater que cette carence des Nations Unies l’autorisait à engager l’action militaire pour sauver les Tutsis des massacres en donnant à ses troupes basées à Mulindi l’ordre de faire mouvement. Cette analyse a été très clairement exposée aux deux rapporteurs lors de leur déplacement à Kigali par M. Jacques Bihozagara.

Pour autant, en application des accords d’Arusha, le bataillon du FPR basé à Kigali ne s’est pas non plus interposé entre le 6 et le 10 avril pour neutraliser les auteurs des massacres. Les militaires français ont, quant à eux, exécuté les missions d’évacuation des ressortissants français et étrangers qui leur avaient été assignées, respectant strictement les ordres d’opérations. Les documents recueillis par la Mission concernant les conditions d’exécution de l’opération Amaryllis indiquent, s’agissant des rapports entretenus avec la presse, que les médias ont été très présents dès le deuxième jour de l’opération. Ils précisent que le COMOPS a facilité leur travail en leur faisant deux points de presse quotidiens et en les aidant dans leurs déplacements, mais avec un souci permanent de ne pas leur montrer des soldats français limitant aux seuls étrangers l’accès aux centres de regroupement sur le territoire du Rwanda ou n’intervenant pas pour faire cesser des massacres dont ils étaient les témoins proches.

Les personnes évacuées

Le bilan des évacuations établi au 14 avril 1994 par l’EMA/COIA fait état de l’évacuation aérienne par la France de 1 238 personnes dont 454 Français et 784 étrangers parmi lesquels 612 Africains dont 394 Rwandais. Parallèlement, 115 Français ont été exfiltrés par la route vers le Zaïre et le Burundi. A titre de comparaison, la Belgique a évacué 1 226 personnes dont 1 026 Belges, l’Italie et le Canada respectivement une centaine de personnes.

L’accusation d’évacuation sélective

La France a été accusée d’avoir, d’une part, procédé à l’évacuation exclusive des dignitaires du régime hutu sans s’être préoccupée du sort des représentants de l’opposition hutus modérés ou tutsis, d’autre part, d’avoir appliqué un traitement différent aux personnels français de l’ambassade et aux personnels rwandais.

La France a effectivement évacué par le premier avion la veuve du Président Juvénal Habyarimana ainsi que deux de ses filles, un de ses fils, deux de ses petits-enfants et quelques membres proches de son entourage limité, conformément aux ordres, à une dizaine de personnes. Les membres du " deuxième cercle " de la famille Habyarimana figuraient bien sur la liste des passagers à évacuer au cours des rotations ultérieures mais ces personnes, comme il a été indiqué, sont parties par la route à Gisenyi.

S’agissant des personnels de l’ambassade, il est faux de prétendre qu’il y aurait eu un refus de les évacuer, comme le montre le télégramme du 11 avril venant de Paris : " le département vous confirme qu’il convient d’offrir aux ressortissants rwandais faisant partie du personnel de l’ambassade (recrutés locaux), pouvant être joints, la possibilité de quitter Kigali avec les forces françaises ".

Il est en revanche exact que les membres français du personnel de l’ambassade ont pu être plus facilement contactés que les personnels rwandais qui se sont trouvés, eux, dans l’obligation de se faire connaître, ce qui les plaçait dans une situation inégalitaire par rapport aux ressortissants français. Seul, semble-t-il, M. Pierre Nsanzimana, employé tutsi à l’ambassade de France et cité par l’ambassadeur Jean-Michel Marlaud, a pu être évacué avec sa famille.

En annexe d’un ouvrage collectif Les crises politiques au Burundi et au Rwanda, M. André Guichaoua a publié une liste de 178 personnalités évacuées par l’ambassade de France. Cette liste lui aurait été communiquée par les autorités burundaises et accréditerait l’idée que l’ambassade de France a refusé d’abriter de nombreuses personnalités et n’a recueilli que les dignitaires du régime. M. Jean-Michel Marlaud s’est inscrit en faux contre cette thèse et a souligné que se réunissaient à l’ambassade de France non seulement des personnes liées au régime ou des membres du Gouvernement intérimaire mais aussi des opposants qui se sentaient en danger et qu’ainsi M. Pascal Ndengejeho, ancien Ministre d’opposition MDR, et M. Alphonse Nkubito, procureur général, réfugiés à l’ambassade, avaient demandé l’asile politique, comme le précise le télégramme n° 350.

M. Gérard Prunier a relevé qu’à sa connaissance, un seul opposant politique avait pu se réfugier à l’ambassade française, " en raison d’une amitié personnelle avec un membre " de celle-ci, M. Joseph Ngarembe, cadre du parti social-démocrate PSD, dont tous les leaders avaient été assassinés. Cette présence est confirmée par le télégramme n° 342.

Il est exact, en revanche, de dire que la très large majorité des personnalités réfugiées à l’ambassade étaient des représentants et dignitaires du régime Habyarimana. Il n’est pas acceptable pour autant de prétendre que la France, par principe, aurait évacué les génocidaires et notamment M. G. Ruggiu, qui répond actuellement de ses actes devant le tribunal d’Arusha. Animateur de la radio extrémiste des Mille Collines, M. G. Ruggiu " ne figure sur aucune des listes des personnes à rapatrier envoyées par l’ambassade de France à Kigali, non plus que sur aucune liste de personnes transportées, détenue par le quai d’Orsay ". C’est ce que confirment les services du ministère des Affaires étrangères qui ont entrepris des vérifications sur cette demande précise de la Mission.

L’évacuation des enfants d’Agathe Uwilingiyimana, Premier Ministre

Entendu par le rapporteur, M. Bernard Cazeneuve, M. Le Moal, à l’époque adjoint du Directeur du Programme des Nations Unies pour le développement (PNVD) et chargé de la mise en place des moyens d’accompagnement de l’accord de paix à partir de septembre 1993, a indiqué que, le 7 avril, avec trois voitures de l’ONU, il était lui-même allé chercher les enfants du Premier Ministre, Mme Agathe Uwilingiyimana, et qu’il les avait conduits à l’hôtel des Mille Collines, où il avait demandé au directeur de les abriter. Le dimanche 10 avril, alors que l’Ambassadeur de France Jean-Michel Marlaud venait de lui signifier qu’il n’était pas possible sans risquer de provoquer de très graves incidents, compte tenu du climat de haine qui régnait, de faire évacuer les " enfants d’Agathe ", il était retourné à l’hôtel des Mille Collines, où il avait appris que les enfants venaient d’être récupérés par M. André Guichaoua et un ressortissant américain.

M. André Guichaoua a raconté que, devant le refus d’évacuer les cinq enfants du Premier Ministre assassiné (ils avaient été sauvés par des employés de l’ONU et s’étaient réfugiés à l’hôtel des Mille Collines), il avait détourné l’attention des soldats français pour les faire monter dans l’avion54. Les responsables militaires ont nié toute possibilité d’embarquement sans leur consentement exprès et ont indiqué qu’ils n’avaient jamais refusé d’embarquer ces enfants. Il est vrai que la très grande méticulosité de l’opération d’évacuation paraît incompatible avec le fait que des enfants soient embarqués en cachette. Amenés à l’aéroport, " les enfants d’Agathe " ont bien été évacués en toute connaissance de cause par les forces françaises, l’Ambassadeur Jean-Michel Marlaud ayant finalement obtenu ou donné l’accord pour les faire partir.

" Les enfants d’Agathe " ont été évacués à Bujumbura, d’où ils ont pris un vol Air France le lundi 11 avril, ce qui fera dire à l’Ambassadeur : " s’agissant de l’évacuation des enfants d’Agathe Uwilingiyimana, je suis surpris que l’on puisse parler d’un retard. Ils ont été évacués le lundi suivant l’attentat, en même temps, par exemple, que mon épouse, celle de l’attaché de défense ou du directeur de l’école, avant les personnes qui s’étaient réfugiées à l’ambassade et qui n’ont été évacuées qu’au moment de la fermeture de cette dernière ".

En revanche, M. Michel Cuingnet, Chef de la Mission civile de coopération, fait part d’un sentiment différent. Il n’aurait pas eu connaissance du retard de leur évacuation, mais aurait été profondément choqué par ce retard, par rapport à l’empressement mis à évacuer les proches d’Habyarimana, comme M. Nahimana, responsable de la Radio des Mille Collines.

M. André Guichaoua a également affirmé devant la Mission qu’aucune mesure n’avait été prévue pour accueillir les enfants du Premier Ministre à Paris et qu’ils avaient pu quitter la France pour la Suisse grâce au Consul de Suisse à Paris.

Le sort des personnels du centre culturel

M. Jean-Marc Rochereau de la Sablière a affirmé que " l’ambassadeur aurait évacué le personnel local absent de l’ambassade, si celui-ci avait pu être joint " puisqu’un télégramme en ce sens lui avait été adressé. M. Michel Marlaud a indiqué par écrit qu’il n’a été " personnellement avisé à aucun moment de la présence d’employés et qu’il n’y a donc pas eu décision d’intervenir ou non, la question n’ayant pas été posée ".

Tout en rappelant qu’il ignorait comment furent prises les décisions concernant les personnels locaux de la chancellerie diplomatique et du centre culturel français de Kigali, M. Michel Cuingnet a souligné le refus d’évacuation des employés du centre culturel. Employé au centre culturel français, M. Venuste Kayimahe, Rwandais d’origine tutsie, a livré son témoignage aux deux rapporteurs qui l’ont rencontré à Kigali. Il a déclaré que M. Michel Cuingnet lui avait dit qu’il n’avait pas de pouvoirs, alors qu’il avait remarqué que celui-ci avait été pourtant envoyé par l’ambassadeur à Mulindi pour y rencontrer le FPR. Il a, d’autre part, indiqué le 6 avril au matin que la directrice du centre culturel où il était employé et logé depuis un mois l’avait prié de se trouver pour lui et sa famille un logement à l’extérieur. N’ayant rien trouvé, il est resté au centre culturel le soir de l’attentat et les jours suivants, jusqu’au 10 avril où il a reçu un appel de M. Michel Cuingnet l’informant de l’envoi de " solides gaillards ". En réalité, les renforts militaires ne sont intervenus qu’avec l’ordre de rapatrier les ressortissants français et ont laissé M. Venuste Kayimahe sur place. M. Michel Cuingnet aurait alors dit : " nous ne sommes pas chargés de sauver les Rwandais ".

Le 12 avril, M. Venuste Kayimahe dit avoir demandé d’être au moins conduit sur un lieu de rassemblement par les militaires français, qui ont à nouveau refusé. Deux heures plus tard, les militaires belges sont arrivés et l’ont conduit avec sa famille à l’aéroport de Kigali, à destination de Nairobi.

Il semble donc qu’en l’espèce, il y ait bien eu deux poids et deux mesures et que le traitement accordé à l’entourage de la famille Habyarimana ait été beaucoup plus favorable que celui réservé aux employés tutsis dans les postes de la représentation française -ambassade, centre culturel, Mission de coopération-.

Les enfants de l’orphelinat Sainte-Agathe

M. André Guichaoua s’est interrogé sur l’évacuation de 94 enfants de l’orphelinat Sainte-Agathe, transportés à Paris via Bangui, et accompagnés de 34 personnes, dont les autorités françaises lui ont caché l’identité et qui auraient disparu dès leur arrivée en France. M. Jean-Michel Marlaud a précisé que certains des orphelins faisaient l’objet d’une procédure d’adoption par des Français, qu’il avait signalé cet état de fait au Quai d’Orsay et qu’il aurait reçu comme consigne de les évacuer " sans faire de tri entre ceux qui étaient en instance d’adoption et les autres ". Il a affirmé que le nom de cet orphelinat n’avait aucun rapport avec celui de Mme Habyarimana alors que MM. Gérard Prunier et André Guichaoua ont prétendu que ces orphelins avaient été évacués pour cette seule raison. Le Colonel Henri Poncet a indiqué qu’il ne savait pas si ces orphelins étaient ou non les enfants de soldats FAR tués au combat.


Source : Assemblée nationale. http://www.assemblee-nationale.fr