Evoquant l’action politique de la France dans les dernières semaines de Turquoise, M. Jean-Christophe Belliard a indiqué que les fonctionnaires et les militaires français ont dû se mobiliser pour expliquer que les forces françaises allaient quitter le Rwanda, conformément au mandat de l’ONU dont la France était dépositaire. La MINUAR devait prendre le relais, le FPR devait arriver et il revenait à ses représentants de convaincre les populations qu’il ne fallait pas s’enfuir.

M. Jean-Christophe Belliard a indiqué que la France était allée chercher M. Seth Shendashonga -qui était alors Ministre de l’Intérieur et qui fut plus tard assassiné à Nairobi (voir annexe)- et M. Jacques Bihozagara, qui sont venus s’adresser aux populations civiles.

Cette visite est relatée dans une note du ministère des Affaires étrangères du 16 août qui précise : " les réunions d’information se multiplient dans la ZHS afin de rassurer les populations. Une délégation de trois Ministres dirigés par celui de l’Intérieur est venue de Kigali dans le district de Kibuye dans le même but ; la visite s’est déroulée de façon satisfaisante. D’autres visites de Ministres sont prévues à Gikongoro aujourd’hui et le 18 août à Cyangugu. Dans l’ensemble, les mouvements de population vers le Zaïre sont faibles ". La note indique également : " les pressions se multiplient de la part des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et du secrétariat des Nations Unies ainsi que des ONG pour que nous restions au-delà du 22 août dans la ZHS (le secrétariat demande deux semaines). A cet égard, l’ambassadeur des Etats-Unis à Kigali fait état de la souplesse de Kagame, de l’accord de Bizimungu s’il y a mandat des Nations Unies, et de l’opposition de Twagiramungu à une telle éventualité. "

Un communiqué conjoint de l’Elysée et de Matignon annonce toutefois le retrait des forces Turquoise conformément aux engagements pris par la France sur la base des termes de la Résolution 929 :

" Conformément à la résolution 929 du Conseil de sécurité qui a défini le mandat et la durée de l’opération Turquoise, les forces françaises auront totalement quitté le territoire rwandais le 21 août au soir.

" La France ainsi que le Sénégal, le Tchad, le Congo, la Guinée Bissau, le Niger, la Mauritanie et l’Egypte qui ont également participé à l’opération Turquoise, ont rempli leur mission ; un terme a été mis aux massacres ; une aide humanitaire massive de la France, puis de la Communauté internationale a pu être distribuée.

" La France a tout fait pour que le départ de ses forces se passe dans de bonnes conditions et pour favoriser le maintien des populations rwandaises dans leur pays. La relève des forces françaises par la force des Nations Unies a commencé fin juillet. Elle est désormais effective.

" La France a rempli son devoir et elle a fait prendre conscience du sien à la Communauté internationale. Il appartient aux autorités rwandaises et à la Communauté internationale d’assumer aujourd’hui toutes leurs responsabilités. La France continuera pour sa part son action humanitaire au profit des populations rwandaises. "

Une note du Quai d’Orsay datée du 22 août fait état de ce désengagement :

" Les militaires français ont complètement quitté le territoire rwandais le 21 août dans l’après-midi. Leur relève est assurée par quelque 2 000 soldats de la MINUAR. Leur retour sera organisé progressivement et laissera à Goma à la fin de la semaine 450 hommes affectés à la gestion de l’aéroport de Goma et au soutien, dans la mesure où il sera nécessaire, du bataillon interafricain. "

Le calendrier d’arrivée des forces de la MINUAR II s’est effectuée selon les modalités suivantes :

- le 28 juillet : départ des effectifs des forces spéciales remplacées par les contingents ouest-africains ;

- le 6 août : arrivée d’éléments Ghanéens précurseurs à Gikongoro ;

- le 16 août : arrivée de 200 Ethiopiens à Kigali ;

- le 17 août : arrivée de 500 Ghanéens à Gikongoro ;

- le 18 août : arrivée des Ethiopiens à Gyangugu ;

- le 21 août : arrivée de 500 Britanniques, 280 Ghanéens, 300 Nigérians, 310 Canadiens et 20 Australiens.

Le 21 août, en dépit des oppositions initialement exprimées tant par le Général Roméo Dallaire que par le FPR, le bataillon interafricain de Turquoise est intégré à la MINUAR II.


Source : Assemblée nationale. http://www.assemblee-nationale.fr