« Mettre en place les nouveaux objectifs mondiaux »

Set new world agenda
Gulf News (Dubaï)

[AUTEUR] Tony Blair est le Premier ministre britannique. Cette tribune reprend un discours prononcé mardi à Londres, lors de la réunion des ambassadeurs britanniques.

[RESUME] Un pays doit toujours savoir quelle est sa place dans le monde. Le Royaume-Uni est conscient de ses atouts : son appartenance à des organisations internationales, son alliance étroite avec les États-Unis, ses liens avec tous les pays d’Asie et d’Amérique latine, son armée, sa diplomatie et sa langue. Notre pays sait également que ses atouts doivent s’exprimer dans un monde où les États n’ont jamais été aussi interdépendants. Aujourd’hui le fondamentalisme religieux menace tous les pays du monde et aucun conflit ne peut avoir que des conséquences localisées.
Cela signifie que nous avons un intérêt commun à défendre l’ordre et la stabilité. Cela ne veut pas dire que le changement est négatif, c’est le chaos qui l’est. Notre monde doit vivre en sécurité face aux menaces terroristes et au danger que représentent les armes de destruction massive. Nous devons aussi en finir avec les conflits régionaux, chercher à développer une économie mondiale stable basée sur le libre-échange, défendre l’environnement et aider au développement des pays les plus pauvres.
L’action diplomatique britannique peut aider à l’accomplissement de ces objectifs mais pour cela elle doit suivre des principes clairs :
- Nous devons rester les plus proches alliés des États-Unis, non pas car ils sont les plus puissants, mais parce que nous partageons des valeurs communes et parce que nous sommes les seuls à pouvoir leur faire infléchir leurs positions. Cette alliance ne veut pas dire que nous les suivons aveuglément et, d’ailleurs, si ce qu’ils font n’est pas juste, nous leur disons. Tout comme eux, nous pensons que le terrorisme international et les armes de destruction massive irakiennes sont de graves menaces et, c’est pour cette raison que, si cela est nécessaire, nous sommes prêts à agir à leur côté.
- La Grande-Bretagne doit être au centre de l’Europe. L’Union Européenne est le plus grand marché du monde et l’union politique entre nations y est la plus abouties. Cela serait une erreur de rester en retrait ou de croire que cette intégration nous forcerait à choisir entre l’Europe et les États-Unis.
- Nous devons développer nos liens avec les États qui seront les puissances économiques de demain, comme la Russie, l’Inde et la Chine.
- Nous devons continuer à entretenir de bonnes relations avec les pays de l’ancien Empire britannique, mais désormais d’égal à égal.
- Nous devons lutter contre la pauvreté dans le monde, notamment en Afrique, car il ne peut y avoir de stabilité sans prospérité. Nous pourrons nous appuyer sur l’OMC pour cela.
- Nous devons développer nos liens avec les institutions internationales et les pousser à mettre en place une politique d’aide aux pays en voie de développement.
- Nous devons prendre contact avec les États du monde musulman, où notre politique concernant l’Irak est mal perçue, et nous devons aider là-bas ceux qui luttent contre le terrorisme. Le terrorisme doit être combattu par tous les gouvernements, c’est une évidence. Il faut également s’investir dans le processus de paix afin que cessent les souffrances des Palestiniens et le carnage des Israéliens.
Toute notre action doit finalement être basée sur les Droits de l’homme et la liberté, qui sont des valeurs occidentales, et sur la confiance de la Grande Bretagne en elle même.

« Blair ne doit pas espérer devenir le "meilleur des meilleurs amis" de Bush »

Blair shouldn’t count on being Bush’s ’bestest friend’
Daily Telegraph (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Simon Henderson est un membre du Washington Institute for Near East Policy, une association défendant la politique d’Ariel Sharon et dénonçant les personnalités pro-arabes aux États-Unis. Il vit à Londres.

[RESUME] L’opposition entre Londres et Washington sur la politique à mener au Proche-Orient après la chute de Saddam Hussein pourrait entraîner une crise majeure entre les deux pays. Washington n’a pas dû apprécier le discours de Tony Blair devant les ambassadeurs britanniques au cours duquel il a présenté l’implication britannique dans le processus de paix comme une priorité diplomatique. Washington n’a pas dû non plus apprécier les pressions britanniques pour décaler la guerre en Irak. Si on ajoute la rencontre à Londres entre Blair et Bashar El-Assad, le président syrien, et l’invitation faite à Yasser Arafat de se rendre à Londres, on se rend compte qu’il existe bien une profonde divergence.
À Washington, plus que Colin Powell, c’est Dick Cheney, Donald Rumsfeld et Condoleeza Rice qui décident de la politique étrangère. Or, les initiatives de Blair, qui jouit d’un grand prestige aux États-Unis, ne vont pas dans leur sens.
Tony Blair est plus pragmatique que George Bush qui estime que la Chine, la Russie et la France veulent utiliser l’ONU pour réduire sa capacité d’action. Les États-Unis veulent en finir avec la Syrie, la Lybie, l’Arabie saoudite et l’Iran. Ils considèrent que la guerre en Irak est un premier pas pour la réalisation de leurs objectifs stratégiques au Proche-Orient. Ils sont également engagés en faveur d’Israël et considèrent que Yasser Arafat est la principale cause du conflit israélo-palestinien. Hormis pour donner à leur action une apparence « multilatérale », ils n’ont besoin de personne militairement ou diplomatiquement. Les Britanniques, pour leur part, considèrent que c’est Ariel Sharon et Benjamin Netanyahu qui sont responsables de la situation en Israël et ils ne souhaitent pas aller aussi loin que Washington au Proche-Orient.
Aujourd’hui les dirigeants états-uniens affirment que le Royaume-Uni est le meilleur allié des États-Unis. Mais cela ne veut pas dire que Tony Blair soit le meilleur ami de George Bush, qui a récemment reçu Iain Duncan Smith, le chef des Conservateurs, à la Maison-Blanche.

« La propagande n’est pas le bon moyen »

Propaganda isn’t the way
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Joseph S. Nye Jr. est doyen de la Kennedy School of Government de l’université d’Harvard et auteur de The Paradox of American Power : Why the World’s Only Superpower Can’t Go It Alone. Il a été assistant du secrétaire à la Défense pour les questions de sécurité internationale sous l’administration Clinton.

[RESUME] La presse a récemment révélé que le Pentagone projetait de mener une action psychologique dans les pays amis. Est-ce une part de la guerre au terrorisme selon eux ? La persuasion est certes aussi importante que l’action militaire et économique dans la guerre au terrorisme, mais la persuasion dépend uniquement de la crédibilité des messages. L’utilisation de la propagande va encore faire baisser cette crédibilité puisque désormais tout ce que dira le gouvernement sera remis en cause à l’étranger.
Donald Rumsfeld enrage que le gouvernement états-unien n’ait pas de politique cohérente en matière de « diplomatie publique » pour influencer l’opinion mondiale, dans laquelle l’antiaméricanisme s’accroît. Que peut faire le gouvernement ?
Aujourd’hui on peut constater que l’image des États-Unis est bien mieux défendue par Hollywood et grâce aux biens culturels que par la « diplomatie publique » de Washington. Celle-ci doit donc avoir plus de moyens et changer de style. Il faut être plus humble et prêter plus d’attention aux opinions exprimées à l’étranger et en finir avec le style unilatéraliste.

[CONTEXTE] Sur la propagande états-unienne en direction des pays « amis », voir également l’article du Réseau Voltaire : "Rumsfeld cible la France et l’Allemagne".

« N’éliminez pas la force »

Don’t Rule Out Force
Washington Post (États-Unis)

[AUTEUR] Dennis Ross a été directeur de la planification politique au département d’État sous la présidence de Bush père. Il a été coordinateur pour le Proche-Orient sous l’administration Clinton. Il est directeur du Washington Institute for Near East Policy, une organisation qui mène campagne contre les personnalités pro-Arabes aux USA et soutient la politique d’Ariel Sharon.

[RESUME] Pourquoi l’administration Bush suggère-t-elle qu’il n’y a pas de crise en Corée du Nord ? Peut-être simplement parce qu’elle ne veut pas être détournée de l’Irak, mais sans doute également parce qu’elle a une marge de manœuvre réduite.
Il serait difficile de mener à la fois une guerre contre l’Irak et une autre en Corée du Nord. Si les États-Unis s’en prenaient au complexe nord-coréen de Yongbyon, la riposte nord-coréenne serait sans doute immédiate. L’endiguement pourrait être une solution si la Corée du Nord devait avoir l’arme atomique dans deux ou trois ans, mais c’est dans six mois qu’elle en disposera. Tandis que la Russie, la Chine et la Corée du Sud privilégient la négociation à l’encerclement.
Washington doit donc pousser Moscou et Pékin à prendre leurs responsabilités sur cette question. Pour cela, les États-Unis devront peut-être mettre la pression militairement sur la Corée du Nord afin de faire comprendre notre détermination à Kim Jong Il et à ses voisins. Les Russes et les Chinois ne veulent ni une guerre dans la péninsule, ni un accroissement de la présence militaire états-unienne dans la région, ni une extension du parapluie nucléaire américain. Nous devons donc jouer sur cette crainte pour qu’ils fassent pression sur la Corée du Nord.

« Pyongyang est la vraie victime »

Pyongyang is the real victim
The Japan Times (Japon)

[AUTEUR] Gregory Clark est directeur du Research Japan Office et ancien président de la Tama University (son site).

[RESUME] La Corée du Nord a beau avoir exprimé clairement que l’objectif de la relance de son programme nucléaire est d’obtenir enfin un pacte de non-agression avec les États-Unis, chaque nouvelle déclaration de Pyongyang est présentée comme une preuve du caractère inacceptable et irrationnel de la politique nucléaire de Kim Jong Il par Washington et Tokyo. En un sens, ils ont raison, la politique nord-coréenne est bien irrationnelle, car les déclarations de Pyongyang permettent aux mouvements de droite aux États-Unis et au Japon de prôner une politique belliqueuse. Heureusement, Pékin et Séoul ont, eux, bien compris la logique de la Corée du Nord et poussent au dialogue.
Les États-Unis ont présenté l’année dernière la Corée du Nord comme un État voyou, membre de « l’Axe du mal », tout en développant une stratégie fondée sur les frappes préventives. Pour la Corée du Nord, il était alors évident que, tôt ou tard, elle serait victime d’une attaque états-unienne. Faute de traité de non-agression, elle a développé une politique de défense qu’on lui reproche aujourd’hui, bien qu’elle répond à une volonté de défense légitime, et non d’agression.
Bien sûr les États-Unis n’envahiront jamais la Corée du Nord. Ils n’ont pas envie de se heurter à la grande armée nord-coréenne, très endoctrinée. Toutefois, ils seraient ravis de pouvoir encore tester leurs bombes de haute technologie sur un régime honni, tout comme ils l’ont fait en Yougoslavie et en Afghanistan.
Le Japon développe la même approche et préfère développer ses défenses anti-missiles que de signer un traité de paix avec la Corée du Nord. Les médias les plus conservateurs souhaitent même que les États-Unis interviennent contre les tendances pacifistes de la Corée du Sud, alors que c’est dans le pacifisme que réside l’espoir de résolution du conflit.