Il est temps de revenir au point essentiel qui est de faire respecter la volonté des Nations unies exprimée dans la résolution 1441 de novembre dernier. Depuis 4 mois et demi maintenant, nous faisons tout pour que Saddam coopère pleinement et sans condition. Il y a quelques jours encore, nous étions prêts à définir des tests clairs dans ce sens, assortis d’un ultimatum tout aussi clair s’il refusait de le faire. Nous ne faisons que suivre ce qui avait été convenu dans la résolution 1441. C’était sa dernière chance. Il devait désarmer inconditionnellement. Les conséquences seraient graves s’il ne s’y pliait pas.

Or voilà l’impasse en réalité, parce que certains disent qu’il ne faut pas d’ultimatum ni autoriser la force dans une nouvelle résolution, mais qu’il faut de nouvelles discussions en cas de non obéissance. A la vérité, sans ultimatum crédible, la poursuite des discussions n’est qu’un délai de plus : Saddam garde ses armes de destruction massive et maintient en Irak son régime brutal et meurtrier. C’est à ce jeu-là qu’il joue depuis 12 ans.

Le désarmement n’a jamais lieu ; au contraire, la communauté internationale est entraînée dans la négociation perpétuelle. Des gestes destinés à la diviser, mais jamais de vraie coopération concrète. Il n’y a pas un membre du Conseil de sécurité qui doute de ce qu’il ne coopère pas totalement aujourd’hui. Personne, même parmi ceux qui ne sont pas d’accord avec nous, n’est prêt à dire que la coopération totale exigée par la résolution 1441 est bien là. Pas le moindre entretien (avec des scientifiques) n’a eu lieu en dehors de l’Irak, comme stipulé ; aucune preuve ou indication de la destruction des 10 000 litres de bacille du charbon, pour ne citer qu’un exemple, dont les inspecteurs ont dit n’avoir pas trouvé trace il y a une semaine.

C’est pourquoi il est si important que la communauté internationale donne maintenant un message fort et uni. Je crois vraiment que si nous l’avions fait il y a quelque temps, Saddam aurait peut-être compris qu’il était temps d’arrêter.

Nous avons atteint le moment de la décision et nous lançons un dernier appel pour que la communauté internationale envoie ce message, fort et uni, pour qu’un ultimatum clair soit lancé qui autorise le recours à la force si Saddam continue à défier la volonté exprimée par toute la communauté internationale dans la résolution 1441.

Dans le peu de temps qui reste, nous faisons tout ce que nous pouvons pour faire le dernier tour de nos contacts et voir si nous pouvons sortir de l’impasse. Mais nous en sommes à la phase finale. Après 12 ans sans aboutir, arrive le moment de décider.

Brièvement, deux points sur les documents que nous vous avons remis.

* Le premier, très important, sur l’Alliance transatlantique. Je l’ai déjà dit mais je le répète : je crois que l’Europe et l’Amérique doivent rester soudées sur les grandes questions du jour. Il est tragique que nous le soyons pas. Je crois aussi que l’alliance transatlantique est forte et qu’il faut la renforcer encore. * Le second : nous avons dit que si nous en arrivions au conflit, nous nous engagions à l’égard du peuple irakien. C’est lui qui est la première victime de Saddam. Les milliers d’enfants qui meurent indûment chaque année, les détenus et les exécutés pour n’avoir fait que manifester leur désaccord avec le régime ; dans ce pays potentiellement prospère et réduit à la pauvreté, 60% de la population dépendent de l’aide alimentaire. Nous protégerons l’intégrité territoriale de l’Irak. Nous soutiendrons un gouvernement représentatif qui unira l’Irak sur fond de démocratie, et de respect des droits de l’homme et de la loi.

Nous contribuerons à la reconstruction de l’Irak, non pas à cause des problèmes découlant du conflit et là, nous ferons tout pour limiter au maximum les souffrances de la population ; mais à cause de l’héritage catastrophique laissé par le régime. Les ressources naturelles du pays restent propriété irakienne et ce patrimoine sera utilisé à au bénéfice de la population. C’est à elle ; cela restera à elle sous administration de l’Onu de la façon que nous définirons.

Enfin sur le processus du Moyen-Orient : la déclaration du président Bush, l’autre jour, prend toute son importance aujourd’hui. Il voulait un partenaire côté palestinien. La nomination d’Abu Mazan vient à point nommé. Elle nous permet de faire avancer le processus et elle montre que notre attitude à l’égard des peuples du Moyen-Orient, cette région si perturbée, est bel et bien équitable. Nous ferons tout pour que la perspective d’un Moyen-Orient avec deux Etats - Israël confiant dans sa sécurité, l’Etat palestinien viable - devienne réalité.