« Les États-Unis sont en train de rater leur plan d’après-guerre »

U.S. Fumbling Postwar Plan
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] Hussein Ibish est directeur de la communication de l’American-Arab Anti-Discrimination Committee.

[RESUME] Bien que la population ait pris conscience des erreurs commises par le Pentagone au nom de l’idéologie des dirigeants, il n’en a pas été de même pour le plan d’après-guerre.
Examinons, par exemple, le profil du général Jay Garner, dont on parle pour commander les forces d’occupation. En 2000, il a co-signé un appel du Jewish Institute for National Security Affair qui demandait que les États-Unis renforcent leur soutien à la politique israélienne d’occupation des territoires palestiniens occupés. Or, tout le monde sait que toute association entre l’occupation américaine en Irak et l’occupation israélienne des territoires palestiniens poserait un grave danger en raison du ressentiment que cela provoquerait dans les pays arabes.
Autre point inquiétant, Garner serait à la tête de 23 ministres américains aidé par des Irakiens, pour la plupart membres de l’Iraqi National Congress de Ahmad Chalabi, un homme très populaire parmi les néo-conservateurs, mais surtout connu au Moyen-Orient pour avoir détourné des millions de dollars en Jordanie. Pourtant, on parle de lui pour être le conseiller du ministre des Finances.
En outre, Washington est en train de prévoir le partage de l’Irak entre les compagnies états-uniennes. Il s’oppose également à la venue de certaines ONG réputées, tandis que les forces de la Coalition sont accompagnées par l’ONG évangéliste de Franklin Graham qui avait qualifié l’Islam de « religion maléfique ». Enfin, nos troupes ont pris l’habitude de renommer les zones qu’elles contrôlent et nous avons vu apparaître un « camp Exxon » et un « Aéroport International George W. Bush ».
Ce n’est pas comme ça que nous allons convaincre les Irakiens que nous voulons les libérer.

« Une mauvaise réponse à Al Jazeera »

Wrong Answer to al-Jazeera
Washington Post (États-Unis)

[AUTEUR] Robert Satloff est directeur du planning stratégique et politique Washington Institute for Near East Policy.

[RESUME] Pour contrer la couverture de la politique étrangère des États-Unis dans les pays arabes, la Maison-Blanche et le Congrès sont en train de concevoir le Middle East Television Network (METN), une chaîne d’information officielle en langue arabe. Elle coûtera des dizaines, voire des centaines, de millions de dollars (30 millions ont déjà été prévus) et a de fortes chances d’être une des pires expériences de propagande de l’histoire des États-Unis.
La création de cette chaîne a pour but de contrebalancer la partialité et l’antiaméricanisme des chaînes arabes et s’appuie sur le succès de radio Sawa, une radio passant un mélange de musique américaine et de musique arabe. Toutefois, son échec est programmé car la concurrence des chaînes arabes est vive et elle n’a pas de niches pour s’installer. En outre, METN ne peut pas à la fois être populaire et politiquement correcte car Al Jazira est justement populaire en raison de son sensationalisme et parce qu’elle donne la parole à des ennemis de l’Amérique.
Il faut renoncer à METN et donner des subventions aux chaînes privées états-uniennes déjà existantes pour qu’elle traduisent leurs programmes d’information en arabe. Le caractère privé de ces chaînes donnera plus de crédibilité à leur discours.

« Les voisins des États-Unis leur tournent le dos »

U.S. neighbors turn away
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Andrew Reding est membre du World Policy Institute à New York, et rédacteur associé au Pacific News Service de San Francisco.

[RESUME] Si l’on a beaucoup étudié le fossé qui s’était formé entre les États-Unis et l’Europe, on a beaucoup moins parlé de la crise entre notre pays et ceux d’Amérique latine qui a laissé les États-Unis virtuellement isolés dans son propre pré-carré.
En effet, si la France n’a pas eu l’occasion de mettre son veto au Conseil de sécurité de l’ONU, c’est parce que les pays d’Amérique latine avait déjà enterré le texte. Le seul pays américain de taille importante qui soutient les États-Unis dans la crise irakienne est la Colombie, le troisième bénéficiaire de l’aide états-unienne au monde. Même les pays de l’ALENA, le Canada et le Mexique n’ont pas soutenu les États-Unis. Vicente Fox, le président mexicain, savait qu’il commettrait un suicide politique en soutenant Washington sans avoir obtenu une réforme des politiques d’immigration aux États-Unis. Ce n’est pas la première fois que l’administration Bush se retrouve isolée sur son continent. En effet, elle n’avait été soutenue que par le Salvador quand elle avait donné sa bénédiction au coup d’État contre Hugo Chavez.
Frustré de ne pas pouvoir développer davantage ses relations avec le géant du Nord, le Mexique se tourne à nouveau vers le Sud et développe ses liens avec l’Union européenne. Sans changement d’attitude à Washington, l’Amérique latine continuera son intégration économique dans sa propre voie et l’hostilité vis-à-vis des États-Unis se développera.

« Sur le chemin de Bachar Al-Assad et la Syrie des Arabes »

Ala Al Tarik : Bachar Al-Assad wa Sourya Al Arab
Al-Safir (Liban)

[AUTEUR] Talal Salman est rédacteur en chef d’Al-Safir. Cet éditorial fait suite à la publication d’un entretien avec le président syrien Bachar Al-Assad.

[RESUME] Le président Bachar Al-Assad interprète l’attaque de l’Irak comme la première étape dans un plan plus vaste que les États-Unis ont fomenté contre le monde arabe. Si la Coalition triomphe, sa victoire facilitera celle d’Israël sur les Palestiniens ; au contraire, si la Coalition échoue, il deviendra possible de résoudre le problème palestinien. Mais, les États-Unis vont probablement échouer en Irak comme au Vietnam. Le franc-parler de Bachar Al-Assad contraste avec la timidité des autres dirigeants arabes et la compense. Au Conseil de sécurité, la Syrie a non seulement représenté le point de vue des populations arabes, mais, par sa fermeté, elle a indiqué la voix aux gouvernements arabes. De fait, le monde arabe, la vieille Europe et la Russie, le monde musulman et le pape de Rome, tous, partagent un même point de vue face à l’impérialisme états-unien et au sionisme.

« La sentence des juges d’Égypte »

Statement by the Judges of Egypt
Al Ahram (Égypte)

[AUTEURS] Ce texte a été signé collectivement par le Judges Club, l’institution regroupant tous les juges d’Égypte.

[RESUME] Les juges d’Égypte, après avoir débattu de l’agression contre les populations arabes et musulmanes en Palestine et en Irak constatent :
- Le motif colonial et sioniste de cette agression et le clair désir des agresseurs de remodeler le Proche-Orient pour garantir l’hégémonie israélienne et protéger les intérêts états-uniens sous prétexte de libérer les peuples de dirigeants despotiques ;
- Le sentiment de solidarité de la nation égyptienne avec les populations palestiniennes et irakiennes.
- L’attitude des dirigeants arabes qui rejettent l’agression dans leur discours et maintiennent cependant l’oppression de leurs peuples.
Les Juges, après délibération, concluent que :
- La principale raison de ces calamités est la fragilité des États arabes qui ont échoué à défendre la liberté et la dignité de leur population en rejetant la démocratie, devenant ainsi des proies faciles.
- Il est du devoir des populations et gouvernements du monde arabe et musulman de déclarer leur hostilité à l’agression, d’utiliser tous les moyens en leur possession pour empêcher pacifiquement les agresseurs d’atteindre leurs buts et de soutenir les Irakiens et leur gouvernement et les Palestiniens et leurs mouvements de résistance.
Les juges d’Égypte approuvent les positions du pape de Rome, des Églises orthodoxes de Grèce de Russie et d’Égypte et des Églises protestantes partout dans le monde.
- Nous saluons les positions prises par les populations mondiales, spécialement aux États-Unis et en Europe, et celle des gouvernements contre la violation de la légitimité internationale, spécialement la France, la Russie, l’Allemagne et la Belgique. Tous se sont montrés des défenseurs exemplaires du droit et ont prouvé que cette guerre était impérialiste et non religieuse ou entre civilisations.

« Pas seulement pour le pétrole »

Not for oil alone
Al Ahram (Égypte)

[AUTEUR] Azmi Bishara est élu à la Knesset israélienne et membre de la communauté arabe israélienne. Le gouvernement avait tenté de lui interdire de se présenter à la dernière élection législative en raison de ses prises de positions.

[RESUME] L’actuelle débâcle de Bush et Blair en Irak s’explique par leur sous-estimation du rôle de l’État dans ce pays, un pays riche en pétrole, mais aussi en culture et en histoire.
Depuis l’indépendance, l’armée, financée par les énormes revenus tirés du pétrole, a joué un rôle central dans le pays. Elle a acquis une expérience croissante au cours des 30 dernières années. L’État irakien, en pourvoyant des services à la population après la chute de la monarchie, a permis la formation d’une identité nationale transcendant les appartenances ethniques. Toutefois, les dernières tensions entre communautés ont été vues comme centrales par les Anglo-états-uniens qui ont décidé de parier sur les divisions irakiennes dans la guerre comme ils pensent le faire après la fin du conflit.
L’Irak mène une guerre d’autodéfense dans des circonstances peu favorables. La guérilla va entraîner de lourdes pertes des deux côtés. En outre, si Saddam Hussein détient des armes de destruction massive, il les utilisera avant de tomber. On les utilisera donc dans une guerre dont le prétexte était leur élimination.
Je n’ose pas imaginer qu’à Washington, certains souhaitent que la guerre soit gagnée avec de lourdes pertes afin de changer la perception de la guerre par les États-uniens et la politique étrangère de leur pays. Cette approche est la même que celle d’Ariel Sharon qui se plaint souvent que la victoire contre les Palestiniens ne puisse être obtenue en raison de la trop faible tolérance de sa population vis-à-vis des pertes humaines.
Le principal but des stratèges du Pentagone est d’imposer leur hégémonie dans la région par la force. Cet objectif est plus important que le pétrole qui peut être obtenu par des pressions commerciales et économiques.

« Les forces armées vont-elles prendre le pouvoir en Serbie ? »

Will the armed forces take over Serbia ?
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Max Primorac est président du Center for Civil Society in Southeastern Europe et directeur exécutif du bureau régional à Zagreb de l’Institute of World Affairs.

[RESUME] Après l’assassinat de Zoran Djindjic, les forces démocratiques fragmentées doivent gérer la perte d’un réformateur, peut-être irremplaçable, et le chaos qui apparaît souvent dans ce genre de vacance du pouvoir. Dans ce contexte, c’est l’armée nationale yougoslave (JNA) qui pourrait profiter de la situation pour exercer le pouvoir de fait.
La JNA est à la fois l’institution la plus forte du pays, un groupe fortement lié au syndicat du crime et une institution qui n’a pas été réformée après la chute de Milosevic. Il est bien difficile de savoir où commencent les réseaux mafieux et où commencent les opérations secrètes de ses services de renseignements. L’International Crisis Group estime que 1000 milliards de dollars d’armes ont été vendues à l’Irak ou à d’autre régimes voyous par Belgrade depuis la chute de Milosevic.
La JNA avait tout intérêt à commettre un coup d’État ou à trouver un moyen d’exercer le pouvoir pour continuer les trafics qui lui permettent de compenser les pertes budgétaires qui ont accompagné la disparition du pays qu’elle devait protéger. En outre, idéologiquement, les visées impérialistes et l’irrédentisme de l’armée et de Kostunica continuent de trouver un écho dans une frange de la population qui s’opposait à la collaboration de Djindjic avec le tribunal de La Haye alors que eux rêvent encore de la grande Serbie.
Malgré les milliards de dollars dépensés, les Balkans pourraient encore exploser.