M. MASOOD KHALID (Pakistan) a noté que bien que la production de pavot avait failli disparaître en 2000, celle-ci représente aujourd’hui trois quarts du pavot mondial, avec une production annuelle de près de 3 500 tonnes. Cette réalité est en fait un problème mondial et touche plus particulièrement les pays de la région. De plus, les luttes entre les factions impliquées dans les conflits ethniques ne font que compliquer la situation ainsi que les activités des taliban qui ciblent désormais les organismes et personnel des Nations Unies. Pour le Pakistan, M. Karzaï est la seule autorité légitime en Afghanistan. Mais tant que l’Autorité intérimaire afghane n’aura pas étendu son autorité à tout le pays, la sécurité ne sera pas assurée et l’insécurité à son tour favorisera la production et le trafic de drogues. Tant que le commerce des drogues sera florissant, les perspectives de reconstruction de l’Afghanistan resteront faibles. 

Illustrant les conséquences de la production des drogues afghanes sur les pays voisins, le représentant a indiqué que l’on compte aujourd’hui au Pakistan plus de trois millions de drogués alors que ce phénomène était négligeable il y a quelques années. C’est pourquoi, il a souligné l’urgence d’établir une coordination au niveau international afin de lutter contre ce fléau en Afghanistan. S’agissant des efforts de l’Autorité intérimaire afghane, il a salué la promulgation le 17 janvier 2003 d’un décret présidentiel interdisant la production d’opium d’ici à 2013. Mais cela ne suffit pas, a-t-il fait remarquer en soulignant la nécessité de favoriser la reconversion des producteurs de pavot en leur allouant des compléments de revenus. Le Pakistan qui a réussi à éliminer la production de pavot sur son territoire en fournissant d’autres sources de revenus aux agriculteurs est prêt à faire profiter la communauté internationale de son expérience en ce domaine. Le représentant a insisté sur la nécessité de trouver les moyens d’empêcher les précurseurs chimiques nécessaires à la fabrication de la drogue de parvenir en Afghanistan. Pour cela, il a exhorté les pays qui produisent ces matières chimiques à assumer leur responsabilité et à lutter contre la propagation de ces produits.

M. SERGEY LAVROV (Fédération de Russie) a estimé urgent de poursuivre l’examen général de la question afghane. La réunion organisée aujourd’hui met cependant l’accent sur la lutte contre le trafic de drogue. En Fédération de Russie, a ajouté le représentant, nous nous trouvons à la croisée de la route de la drogue, et notamment de l’héroïne d’origine afghane qui gagne également du terrain en Europe et en Amérique du Sud. Pour faire face à ce problème, il est indispensable de mettre en place une stratégie internationale intégrée qui aille de pair avec les efforts de reconstruction. Nous appuyons les mesures prises au niveau national afghan pour contrôler le trafic, notamment celles visant à renforcer le potentiel des organes d’imposition de la loi. Il faut mener une recherche systématique des laboratoires de raffinage sur le territoire afghan et assurer la primauté du droit. Les commandants régionaux peuvent participer à cette lutte tandis que les pays voisins doivent prendre des mesures supplémentaires comme la mise en place d’un cordon autour de l’Afghanistan et autour des frontières des pays voisins, ce qui permettrait de bloquer le trafic d’opiacés.

A la frontière de la Russie et du Tadjikistan, les saisies ont fortement augmenté. Depuis le début de l’année, deux tonnes ont en effet été saisies, dont une tonne d’héroïne. Cependant le trafic des drogues ne se limite pas aux marchés régionaux mais présente un défi au niveau mondial dans la mesure où il alimente la criminalité transnationale organisée et les groupes terroristes. La coopération transfrontalière doit être renforcée le long des routes empruntées par les trafiquants. Il faut également prévenir les livraisons de précurseurs en Afghanistan. Nous souhaitons que les Nations Unies prennent une décision sur une démarche générale de lutte contre le trafic de drogue en Afghanistan.

M. RAVAN FARHADI (Afghanistan) s’est félicité de la tenue de cette séance qui a été l’occasion d’évaluer l’évolution politique et économique de l’Afghanistan et de formuler de nouvelles stratégies pour consolider la paix et la stabilité dans ce pays et dans toute la région. Le relèvement du pays ne sera possible sans un engagement international ferme et constant en faveur des programmes de reconstruction. Cet engagement sera également le meilleur moyen de renforcer l’autorité du Gouvernement intérimaire. Le représentant a souligné l’impact considérable des ressources limitées jusqu’ici aux efforts du Gouvernement intérimaire d’étendre son contrôle sur tout le pays. Trop d’Afghans sont mécontents du rythme de la reconstruction et attendent toujours les dividendes de la paix. Compte tenu du niveau de destruction provoquée par 23 ans de conflit, les besoins de l’Afghanistan vont bien au-delà des appels de contributions lancés lors de la Conférence internationale de Tokyo les 21 et 22 janvier 2002, a-t-il indiqué en formant le vœu que soit organisée une nouvelle conférence internationale d’appel de contributions. 

Par ailleurs, le représentant a souligné toute l’importance d’une véritable opération de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) pour consolider le processus de paix. Dans ce contexte, il s’est félicité de la contribution du Japon visant à permettre aux anciens combattants de gagner leur vie par des moyens légitimes. Il a également souhaité que d’importants projets pour la remise en état des routes, la construction d’usine de textile ou de ciment soient mise en œuvre. La production de la drogue demeure une préoccupation majeure, a déploré M. Farhâdi. Malgré sa volonté et ses efforts qui se sont traduits le 17 janvier dernier par la promulgation d’un décret présidentiel interdisant la production de pavot, le Gouvernement intérimaire ne pourra réussir sa lutte contre les drogues que s’il impose un ordre crédible et consent des revenus compensatoires pour les agriculteurs qui se reconvertissent. 

L’Afghanistan travaille actuellement à l’élaboration d’une stratégie nationale pour le contrôle de la drogue d’ici à 2013, mais pour mettre un terme à ce fléau, la coopération de la communauté internationale est indispensable. A cet égard, M. Farhâdi a tout particulièrement remercié la France pour avoir organisé le mois dernier une Conférence sur les itinéraires de la drogue de l’Asie centrale vers l’Europe, qui a abouti à l’adoption du Pacte de Paris. Il a également a exprimé sa gratitude aux pays membres de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) et des unités de lutte antiterroriste pour le travail remarquable qu’elles ont accompli pour permettre aux Afghans de vivre dans un pays plus sûr. 

M. YERZHAN KH. KHAZYKHANOV (Kazakhstan) a rendu hommage au peuple afghan qui, malgré des années de guerre et une infrastructure totalement détruite, a fait preuve d’un enthousiasme sans précédent pour reconstruire le pays. Jugeant encourageantes les mesures prises dans les domaines de la reconstruction économique et du renforcement du rôle de l’Etat, le représentant a estimé que l’étape la plus significative en 2003 serait la convocation de la Loya Jirga constitutionnelle. La réforme du service public est en bonne voie et la mise en place de structures administratives à l’échelon national et local doit être soutenue par la communauté internationale, a ajouté M. Khazykhanov. Tous ces éléments contribuent, avec le retour à l’école de quatre millions d’enfants et la consolidation de l’état de droit, au retour progressif à la paix en Afghanistan grâce au « leadership » du Président Karzaï et à la contribution significative de la MANUA, a-t-il dit ensuite. Le représentant s’est toutefois inquiété de la détérioration des conditions de sécurité causée par les accrochages entre groupes ethniques rivaux, par des structures liées aux Taliban et par le trafic de drogues. Il a appuyé la proposition de Lakhdar Brahimi consistant à étendre l’autorité de la FIAS au-delà de Kaboul afin de remédier à l’insécurité qui menace le processus de Bonn, et a plaidé ensuite pour un rôle accru des Nations Unies et des autres institutions internationales dans la reconstruction de l’Afghanistan. 

Le Kazakhstan s’inquiète de la menace que fait peser sur la paix et la sécurité de la région la production et le trafic de drogues en Afghanistan qui ont atteint en 2002 les niveaux des années 1990. Nous nous félicitons des mesures prises par le Gouvernement afghan pour contrôler la culture du pavot et nous pensons qu’il importe que les Nations Unies jouent un rôle de coordination pour promouvoir des approches intégrées dans la lutte contre la production et le trafic de drogues dans la région, rôle qui pourrait être défini lors d’une conférence qui pourrait se tenir à Kaboul, a proposé M. Khazykhanov. Se félicitant de la signature en décembre 2002 de la Déclaration de Kaboul entre l’Afghanistan et six Etats voisins sur la consolidation de leurs relations de bon voisinage -qui impliquent la lutte contre le terrorisme et contre le trafic de drogues-, le représentant du Kazakhstan a proposé la création de mécanismes conjoints visant l’élimination des circuits de commercialisation et de production des drogues depuis l’Afghanistan et dans toute l’Asie centrale. 

M. RASHID ALIMOV (Tadjikistan) a déclaré que depuis un an et demi, la société afghane espère connaître à nouveau la paix et la stabilité et profiter des réformes qui lui permettront de connaître un avenir meilleur. Des progrès importants ont été réalisés dans le cadre de l’Accord de Bonn. La communauté internationale a engagé un processus de reconstruction étatique renforcé au sein duquel la société afghane se prépare aux premières élections démocratiques et à l’adoption d’une nouvelle constitution. Mais nous ne pouvons fermer les yeux sur les défis qui se posent encore. Les adversaires du processus de reconstruction tentent de saper les projets de la communauté internationale en l’absence d’un état de droit.

Nous nous trouvons à un moment important de l’histoire de l’Afghanistan et c’est pourquoi, nous appelons la communauté internationale à soutenir les efforts de l’administration afghane. Les actions des groupes armés sont malheureusement de plus fréquentes. Ces éléments encouragent également la production de stupéfiants. La structure du trafic des stupéfiants est toujours en place et la machine de production afghane fonctionne à plein régime. Le Tadjikistan, qui a une frontière commune avec l’Afghanistan, se trouve donc sur la route de la drogue. Le contrôle des stupéfiants fait l’objet de toute l’attention du Gouvernement tadjik et, chaque année, nous renforçons notre coopération multilatérale. Au cours de ces dernières années, le Tadjikistan est devenu la route la plus fiable pour le trafic des drogues en provenance d’Afghanistan vers les pays d’Europe occidentale où la drogue afghane répond à 90% de la demande. 

Grâce à l’action du Tadjikistan et de la Fédération de Russie, des millions de personnes ont été épargnées par la « mort blanche ». La ceinture de sécurité contre les stupéfiants n’est pourtant pas totalement efficace. Dans la zone frontalière avec le Tadjikistan, des dizaines de laboratoires fonctionnent encore. L’acuité du problème de la drogue nous impose l’élaboration d’une stratégie internationale concrète et efficace permettant de lutter contre le trafic de drogues tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Afghanistan. Le représentant a notamment suggéré de mettre en place une banque de données qui dresserait la liste des organisations liées au trafic de drogues. Ce n’est que par le biais d’une coalition placée sous la coordination des Nations Unies, en mesure de mettre en œuvre une stratégie internationale de lutte contre le trafic de drogues, qu’il sera possible de neutraliser ce fléau.

M. JAVAD ZARIF (République islamique d’Iran) a regretté que, plus d’une année après l’effondrement du régime taliban, l’Afghanistan soit toujours en train d’osciller entre guerre et paix. Le manque de sécurité dans le pays, y compris dans la capitale, constitue un obstacle sérieux à la mise en place de structures administratives propices à la restauration de la stabilité et à la normalisation de la situation en Afghanistan, a-t-il dit. L’insécurité hypothèque la mise en place d’institutions démocratiques représentatives et la finalisation du projet de la nouvelle constitution, a jugé le représentant, de même qu’elle n’encourage pas l’investissement étranger, ce qui ralentit la relance économique. Pour améliorer les conditions de sécurité, il est urgent d’accroître l’assistance internationale pour porter les effectifs de la nouvelle armée afghane de 5 5 000 hommes, actuellement basés dans la région de Kaboul, à 70 000 hommes tel que prévu initialement. En effet, a souligné M. Zarif, le manque d’effectifs dans l’armée fragilise le pouvoir central dans la mesure où il doit reposer sur des commandants locaux pour asseoir son autorité, ce qui cause de nombreux problèmes. Le représentant iranien a plaidé pour un effort accru de la communauté internationale et l’a invitée à ne pas se détourner du peuple afghan et de la région, au risque de laisser une situation de chaos favoriser le maintien de sanctuaires pour les Taliban et Oussama bin Laden.  Au cours de ces deux dernières semaines, les unités des Taliban, d’Al-Qaida et de Gulbuddin Hekmatyar qui se sont regroupées ont été à l’origine d’une vingtaine d’attaques contre les forces de sécurité et les populations loyales au Gouvernement, a déploré M. Zarif. Opérant dans l’Est et le centre de l’Afghanistan essentiellement, ces groupes sont de mieux en mieux armés et lancent des appels à la désobéissance contre le Gouvernement de Kaboul à travers certains médias, a-t-il ajouté, avant de souligner le lien étroit entre insécurité, trafic de drogues, terrorisme international et criminalité organisée. Le représentant a plaidé pour une stratégie globale de lutte contre le phénomène des drogues sous l’égide des Nations Unies qui implique l’ensemble des acteurs concernés -société civile et gouvernements des pays de transit et de destination finale- et l’Administration intérimaire afghane. La question de la lutte contre le trafic et la production de drogues concerne autant l’offre que la demande, a-t-il dit, les pays de destination devant s’impliquer davantage dans la lutte contre les narcotiques tandis que les pays de transit devraient être aidés pour pouvoir intercepter les marchandises. La République islamique d’Iran, qui est depuis longtemps un pays de transit vers l’occident et depuis peu un pays de destination des drogues produites en Afghanistan en appelle à la responsabilité et à l’unité de la communauté internationale pour contrer ce fléau, a dit son représentant, expliquant que grâce à des mesures efficaces prises par son Gouvernement, l’Iran est en tête des pays qui interceptent les narcotiques. 

M. ADAMANTIOS TH. VASSILAKIS (Grèce), s’exprimant au nom de l’Union européenne, des pays candidats et des pays associés, a estimé que beaucoup restait à faire en Afghanistan en matière de paix et de sécurité après 23 années de conflit. La Déclaration de Kaboul, adoptée en décembre dernier par l’Afghanistan et six pays voisins, a rappelé toute l’importance de la coopération régionale. Il a rappelé la contribution des soldats de l’Union européenne en matière de sécurité. Il a également souligné le rôle joué par de nombreux pays européens pour faire fonctionner les nouvelles institutions afghanes de façon efficace, transparente et responsable. Formant le vœu que le futur gouvernement afghan soit représentatif des réalités ethniques, M. Vassilakis s’est réjoui des préparatifs de la future constitution afghane qu’il a définie comme la pierre angulaire de la future société démocratique afghane. 

S’agissant des contributions financières européennes, le représentant a indiqué que le montant total de l’aide de l’Union européenne, c’est-à-dire de ses Etats membres et de la Commission, s’élevait à 850 millions d’euros pour 2002. Par ailleurs, les contributions européennes pour la période 2002-2006 s’élèvent à 2,25 milliards, représentant ainsi 45% de l’ensemble de promesses de contributions faites lors de la conférence internationale de Tokyo en janvier 2002. De plus, l’Union européenne finance actuellement un tiers des dépenses budgétaires du Gouvernement de transition. 

En ce qui concerne la production de drogues, M. Vassilakis a estimé qu’elle déstabilise les systèmes politiques, encourage la criminalité et la corruption et remet en cause la paix et la sécurité dans la région tout entière. Les efforts internationaux pour s’attaquer aux conséquences dévastatrices de la drogue passent par la réduction de l’offre et de la demande et la capacité de renforcer les organismes de répression. En conclusion, il a souligné la nécessité pour la communauté internationale de soutenir la stratégie nationale afghane en matière de lutte contre la drogue.

M. KOICHI HARAGUCHI (Japon) a souligné la nécessité de prendre des mesures de lutte contre le trafic des drogues, ce qui permettrait également d’asseoir l’autorité du Gouvernement central tout en minant les bases sur lesquelles s’appuient les seigneurs de la guerre. Nous soutenons la stratégie sur dix ans élaborée par le Gouvernement afghan afin de mettre un terme au trafic de drogues qui doit passer non seulement par des programmes alternatifs en faveur des agriculteurs, par des mesures de renforcement de la primauté du droit mais également par des projets d’élimination de la pauvreté. Afin d’améliorer la situation économique du pays, en particulier dans les zones rurales, le Japon met en œuvre l’Initiative d’Ogata qui constitue un Plan de développement régional. 

Le représentant a ajouté qu’il sera aussi nécessaire de traiter la question dans une perspective régionale dans la mesure où la drogue produite en Afghanistan est destinée à des marchés extérieurs. Il est donc essentiel pour les pays voisins d’exercer un contrôle efficace sur leurs frontières et de couper les routes de la drogue. Enfin, nous devons exercer un contrôle plus efficace sur le trafic des drogues dans le monde, ce qui exige davantage d’échange d’informations. La création d’une armée nationale et la mise en œuvre de programmes de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) accroîtront l’efficacité de la lutte contre le trafic de drogues, a expliqué le représentant, précisant que le Japon entend déployer des efforts importants en la matière. Les nombreux défis auxquels nous sommes confrontés dans ce domaine portent sur la nécessité de garantir la neutralité de l’Unité mobile de désarmement, d’établir un système de vérification international ; d’assurer la sécurité ; de réformer le Ministère de la défense et de renforcer les projets de réinsertion. C’est pourquoi, nous demandons instamment à la communauté internationale de fournir une aide aux programmes de DDR qui est indispensable au processus de consolidation de la paix.

M. VALERY KUCHINSKY (Ukraine) a déclaré que la réintégration de l’Afghanistan dans la communauté internationale en tant qu’Etat uni, souverain, stable et pacifique vivant en harmonie avec ses voisins est un facteur essentiel de stabilité régionale et de sécurité. A cet égard, l’Ukraine accueille favorablement les progrès réalisés depuis la signature des Accords de Bonn et l’engagement de l’Administration transitoire à établir des priorités claires pour la reconstruction du pays et la préparation des élections générales de 2004. Cependant, nous sommes également profondément préoccupés par les difficultés que doit toujours affronter le pays, en particulier en matière de sécurité intérieure et d’activités terroristes. A cet égard, nous condamnons tous les actes de violence ainsi que les intimidations auxquelles doivent faire face les Nations Unies et le personnel humanitaire. 

L’Administration intérimaire doit prendre des mesures urgentes pour améliorer la situation en matière de sécurité qui, seule, permettra de restaurer l’état de droit, de promouvoir le respect des droits de l’homme, d’encourager les efforts de reconstruction et de garantir le succès d’un processus politique complexe. Une attention particulière devrait également être accordée à la mise en œuvre du processus de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR). Cependant, les principaux facteurs d’instabilité sont le trafic de stupéfiants et la criminalité organisée en ce qu’ils représentent des obstacles à la prospérité économique et à la stabilité politique de nombreux pays dans le monde. Le lien entre le trafic de stupéfiants et d’autres phénomènes tels que le terrorisme et le blanchiment de l’argent ne doivent pas être ignorés. A cet égard, il est évident qu’aucun Etat ne peut seul relever ces défis. C’est pourquoi, il est essentiel de renforcer le rôle des Nations Unies en tant qu’instrument de développement de la coopération internationale. 

M. GOPINATHAN (Inde) a rendu hommage aux réalisations « impressionnantes » obtenues en Afghanistan tout en soulignant la nécessité pour la communauté internationale de rester engagée dans le pays. Malheureusement, l’Afghanistan est devenu le premier producteur mondial d’opium. Cette production reste confinée à des provinces le long des frontières sud et sud-est du pays, bravant l’interdiction décrétée par le Président Karzaï. Les Taliban avaient imposé une telle interdiction simplement dans le but de faire monter les prix. Pour contrecarrer la menace que représentent les drogues en Afghanistan, il faut mettre en œuvre un plan d’action international qui donnerait la priorité à des programmes de culture alternative et d’élimination de la pauvreté. Rien ne sera possible cependant sans une amélioration des conditions de sécurité. 

Lors de la déclaration que nous avions prononcée le 6 décembre dernier à l’Assemblée générale, nous avions fait part de nos préoccupations concernant le ralentissement des efforts de lutte contre ce fléau au niveau international, en dépit de l’ampleur de la culture de pavot. Les éléments d’une stratégie de lutte contre le trafic de drogues devraient comprendre l’allocation de davantage de ressources à des programmes de promotion de la sécurité dans les régions affectées ; le renforcement de la capacité du Gouvernement afghan à faire respecter son interdiction de cultiver le pavot ; l’identification et l’élimination de la chaîne de criminels transfrontaliers ; la lutte contre le blanchiment de l’argent de la drogue ; la mise en place de davantage de programmes de coopération et de partage d’informations entre pays.

L’Inde soutient activement le processus de reconstruction en Afghanistan. L’accord intervenu en mai dernier permettant à l’Administration intérimaire afghane de centraliser ses revenus est un pas important. L’Inde consacre une enveloppe budgétaire de 170 millions de dollars à la reconstruction de l’Afghanistan et a déjà formé quelque 500 afghans dans diverses disciplines. La sécurité demeure le principal défi au processus de normalisation et de reconstruction. Le meurtre d’employés du Comité international de la Croix-Rouge montre la nécessité pour la communauté internationale de traiter d’urgence la question de l’insécurité. Les raisons de cette escalade sont à mettre au compte d’activités terroristes dans la région. 

M. TIM MCIVOR (Nouvelle-Zélande) a souligné les risques que représentent les activités liées à la production de la drogue pour le processus de reconstruction et la mise en œuvre de l’Accord de Bonn. S’agissant des progrès accomplis par le Gouvernement intérimaire, le représentant s’est tout particulièrement félicité de la mise en place de la Commission constitutionnelle et de la Commission indépendante afghane des droits de l’homme, le retour sur les chemins de l’école de près de six millions d’élèves, ainsi que le retour de 1,7 million de réfugiés. Outre sa contribution à la FIAS et à la l’opération « Liberté immuable », la Nouvelle-Zélande a indiqué son intention de contribuer à la mise en place d’une équipe provinciale de reconstruction qui travaille avec le Gouvernement afghan pour étendre son influence en dehors de Kaboul. En outre, des soldats des forces de défenses néo-zélandaises vont participer aux efforts d’une équipe britannique pour la formation de futurs membres de l’armée nationale afghane. 

M. LUIS GUILLERMO GIRALDO (Colombie), rappelant que son peuple payait encore le prix de la violence perpétrée par des groupes armés, a exprimé sa solidarité avec le peuple afghan victime de la violence et de l’extrémisme religieux qui, pendant tant d’années, ont violé leurs droits les plus élémentaires. La Colombie, engagée sans relâche dans la lutte contre le trafic des drogues et le terrorisme, s’inquiète des informations selon lesquelles la production de pavot en Afghanistan a atteint un niveau sans précédent en 2002. Dans notre pays, nous avons mis en place des mécanismes de lutte contre la culture du pavot qui ont permis d’enregistrer une diminution de 30% de la production en 2002, a-t-il poursuivi, avant de souligner l’impact du trafic des drogues sur la sécurité internationale, de par ses ramifications avec le blanchiment d’argent, le commerce illicite des armes légères et la criminalité transnationale organisée. Aussi, a poursuivi M. Giraldo, seule la coopération internationale et la mobilisation de tous les Etats peut, à terme, mener à l’éradication des réseaux de production et de commercialisation des drogues et, partant, lutter contre le financement des groupes terroristes. 

L’expérience de l’année écoulée en Afghanistan prouve une fois de plus le lien étroit entre le financement des groupes extrémistes, l’augmentation des surfaces consacrées à la culture de pavot et la progression du trafic de l’opium en particulier vers l’Europe. Se félicitant de l’adoption de la Déclaration présidentielle par le Conseil qui souligne le lien étroit entre ces deux phénomènes, M. Giraldo a lancé un appel à la communauté internationale et aux pays voisins de l’Afghanistan afin qu’ils contribuent aux efforts du Gouvernement afghan et interviennent dans le domaine de la demande dans les pays riches. Revenant à la situation dans son pays, il a souligné le lien évident entre la guérilla des FARC et le trafic des drogues, estimant que ce groupe terroriste qui prétend combattre pour des idéaux politiques ne fait que protéger ses champs de production de pavot, ses ateliers de transformation, et poursuivre ses activités de blanchiment d’argent et de trafic d’armes. Le lien entre le terrorisme et le trafic des drogues est quasi-inévitable, a-t-il conclu, soulignant que les FARC vont même jusqu’à établir leurs propres réseaux d’acheminement de la cocaïne vers les consommateurs. 

M. OLE PETER KOLBY (Norvège), particulièrement préoccupé par la détérioration de la situation en matière de sécurité en Afghanistan, a assuré que la Norvège continuerait de participer à la FIAS et à l’Opération « Liberté immuable ». Il a salué la mise en place d’équipes provinciales de reconstruction dans le souci d’assurer la sécurité en dehors de Kaboul. A cet égard, il s’est néanmoins inquiété de la confusion des rôles entre ces équipes et le personnel humanitaire civil. Le problème de la drogue constitue une menace à la paix et à la sécurité, non seulement en Afghanistan, mais également dans l’ensemble de la région. La lutte contre la drogue nécessite une action multidimensionnelle. 

Par ailleurs, le représentant a estimé vital que le peuple afghan puisse participer au processus de consultation lancé par la Commission constitutionnelle. Les Afghans ont le droit de choisir leurs propres dirigeants. M. Kolby s’est félicité du rôle principal joué par les Nations Unies dans l’organisation des futures élections nationales prévues en juin 2004. L’Afghanistan, a-t-il précisé, constitue l’un des principaux bénéficiaires de l’aide norvégienne au développement. C’est ainsi que la Norvège s’est engagée à verser 53 millions de dollars pour assister le développement de l’Afghanistan en 2003. Il a, en outre, exhorté les bailleurs de fonds à appuyer également le budget national afghan par le truchement du Fonds d’affectation spéciale pour l’Afghanistan. Nous devons insister, a ajouté M. Kolby, sur la nécessité d’adopter une action humanitaire d’ensemble souple et indépendante. Enfin,ila insisté sur la nécessité d’un engagement à long terme de la communauté internationale en Afghanistan, faisant remarquer que la sécurité est la condition préalable la plus importante au développement d’un pays.

M. . ALISHER VOHIDOV (Ouzbékistan) a déclaré que les récents évènements ont produit la preuve irréfutable du lien entre le terrorisme et le trafic de drogues. Nous avons, à plusieurs reprises, appelé l’attention de la communauté internationale sur le fait que le volume de drogues transitant par les pays d’Asie centrale avait des conséquences qui allaient bien au-delà des frontières de notre région. Malheureusement, les flux de drogues qui partent de l’Afghanistan ne cessent d’augmenter tandis que nous assistons à une floraison de laboratoires le long des 156 kilomètres de frontière commune entre notre pays et l’Afghanistan.  La lutte contre la production et le trafic des drogues devrait figurer au nombre des priorités de la communauté internationale dans la mesure où le succès de son mandat en Afghanistan dépend des conditions de sécurité, a ajouté le représentant. Une initiative positive s’est concrétisée par la reprise des contrôles aux frontières avec l’Ouzbékistan à un point de passage de prédilection des trafiquants de drogues. En installant à cette frontière des équipements de contrôle sophistiqués, nous travaillerons dans l’intérêt de la région mais également du reste du monde. 

Les programmes actuels de lutte contre le trafic de drogues ne sont pas suffisamment coordonnés et ne bénéficient ni d’un financement, ni de matériel appropriés. Nous devons disposer d’un ensemble de mesures préventives et répressives qui doivent en premier lieu viser l’élimination des sources du trafic de drogues. Nous avons également lancé une initiative qui s’est concrétisée par l’ouverture à Tachkent d’un Centre pour la lutte du trafic des drogues.

M. ENRIQUE A. MANALO (Philippines) a souligné que la tâche de reconstruction de l’Afghanistan est loin d’être accomplie. Les efforts en matière de sécurité et de reconstruction économique d’un pays dévasté par deux décennies de guerre exigent un engagement continu qui aille bien au-delà d’une rhétorique de compassion, a prévenu le représentant. Il a caractérisé l’Afghanistan actuel par l’impatience de la population, la renaissance des Taliban dans le sud du pays, la reprise de la production des drogues, et la non-reconnaissance de l’autorité centrale par les seigneurs de la guerre et les chefs régionaux. S’attardant sur la question de la drogue, le représentant a vu dans le manque d’alternative en matière d’emplois la cause sous-jacente de la dépendance à ce type d’activités. Il a donc estimé qu’en la matière, le processus de reconstruction joue un rôle crucial.

Le représentant a rappelé à cet égard que seules 50% des promesses de contributions faites lors de la Conférence de Tokyo se sont matérialisées. Il a ainsi rappelé les estimations du Président Karzaï selon lesquelles une somme de 15 à 20 milliards de dollars sera nécessaire au cours des cinq prochaines années. S’il a reconnu l’importance de la somme, le représentant a néanmoins appelé la communauté internationale à l’envisager sous l’angle de la paix mondiale et de la lutte contre le fléau de la drogue et des autres crimes associés. Il faut déployer tous les efforts pour aider à la mise en œuvre de la stratégie anti-drogue mise en place par le Gouvernement afghan, a insisté le représentant.

 M. CHUN YUNG-WOO (République de Corée) a estimé qu’en dépit des progrès enregistrés dans la situation en Afghanistan, de formidables défis demeurent notamment en matière de sécurité et de trafic des drogues. Concernant ce dernier point, le représentant a souhaité que la lutte contre ce fléau fasse partie intégrante des efforts de la communauté internationale en appui au processus de paix afghan. La communauté internationale doit aider les autorités afghanes, a-t-il insisté avant d’en venir à la situation économique. La reconstruction et la relance économiques, a-t-il dit, représentent un autre défi qui, une fois relevé, permettra au pays de récolter les dividendes de la paix. A cet égard, le représentant a annoncé l’intention de son pays d’octroyer une somme de 45 millions de dollars au cours de l’année 2004. Il a également appelé l’attention du Conseil sur les efforts que déploie son pays dans le domaine de la sécurité. Il a conclu en soulignant que si l’appui continu de la communauté internationale est essentiel à la consolidation de la paix et de la stabilité en Afghanistan, il ne saurait pour autant remplacer la volonté et les efforts des Afghans eux-mêmes.

Source : ONU