« Un retour à la source du libre-échange »

A Return to the Cradle of Free Trade
Washington Post (États-Unis)

[AUTEUR] [Robert B. Zoellick] est le négociateur des États-Unis à l’OMC pour l’AGCS.

[RESUME] L’accord de libre-échange entre la Jordanie et les États-Unis a permis la naissance d’une nouvelle génération d’entrepreneurs au Proche-Orient et amorce un retour vers l’époque où cette région était au cœur des échanges mondiaux en faisant la liaison entre la Chine et l’Europe. Les conflits militaires, les mauvaises politiques économiques et une brutale suppression des libertés ont coupé la région de l’économie globalisée.
Faire revenir le Proche-Orient dans l’économie globale prendra du temps, mais l’Amérique est engagée dans une stratégie qui aidera ces pays à construire des économies libres et dynamiques et à accroître le niveau de vie de tous :
- Les États-Unis soutiendront l’entrée dans l’OMC des pays pacifiques de la région qui le souhaitent.
- Les États-Unis vont étendre le Generalised System of Preference, un programme de détaxation de 3500 produits en provenance des pays en voie de développement.
- Nous allons négocier des accords commerciaux et d’investissements avec les pays qui n’ont pas encore d’accords bilatéraux avec nous et approfondir ceux qui existent déjà.
- Nous allons négocier des accords bilatéraux qui permettront aux investisseurs étrangers de disposer des mêmes droits que les investisseurs nationaux.
- Nous allons demander au Congrès d’autoriser plus d’accord de libre-échange avec les pays de la région.
- Nous allons lancer la Middle East Partnership Initiative qui aidera les pays en voie de développement.
La reconstruction de l’Irak offre une opportunité unique de réintroduire la région dans le commerce mondial.

« Nous agirons pour les pauvres du monde »

We will act for the world’s poor
The Guardian (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Patricia Hewitt est secrétaire d’État pour le Commerce et l’Industrie du gouvernement travailliste britannique.

[RESUME] Le gouvernement britannique pense que le système actuel ne fonctionne pas pour les pays en voie de développement car ils ne peuvent accéder aux marchés intérieurs des pays riches. Les règles commerciales doivent être réformées pour que les pays pauvres puissent en bénéficier. Le protectionnisme actuel est scandaleux. La politique agricole commune verse l’équivalent de deux dollars par vache en Europe par jour alors que 1,2 milliards de personnes vivent avec moitié moins.
Si les tarifs douaniers dans les pays en voie de développement et les pays développés étaient diminués de moitié, il y aurait 300 millions de pauvres en moins d’ici 2015. Malgré les pressions venant du Royaume-Uni et d’autres États, les négociations de Doha ont été décevantes sur les questions agricoles et médicales. Cet échec a abouti à la croyance chez certains que les gouvernements et les industriels ne parviendraient jamais à rien avec ce système. Les travaillistes pensent le contraire. Nous avons une vision du monde qui est fondée sur l’égalité. C’est pourquoi nous pousserons l’OMC à trouver un accord en faveur des pays en voie de développement.
Nous ne sommes pas en train de négocier pour favoriser les intérêts immédiats du Royaume-Uni mais pour défendre une attitude juste moralement. Nous agirons ainsi parce que tous profiteront de la libéralisation des échanges et parce qu’il y a un lien entre la paix et la prospérité.

« La pauvreté et les difficultés nous contraignent à former de nouvelles alliances contre l’exclusion sociale »

Poverty and hardship compel us to form new alliances against social exclusion
The Independent (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Luiz Inacio « Lula » da Silva est président de la république du Brésil et ancien syndicaliste. Cette tribune est adaptée de son discours prononcé au sommet de G8 à Évian.

[RESUME] Le Brésil est résolu à s’attaquer à ses problèmes intérieurs et à forger un partenariat international plus constructif. La pauvreté, qui touche des millions de personnes au Brésil, en Amérique latine, en Afrique et en Asie nous pousse à former de nouvelles alliances contre l’exclusion sociale.
Il faut trouver de nouvelles formules qui permettront le retour à la croissance. Pour cela, nous devons permettre aux pays pauvres d’avoir accès aux marchés intérieurs des pays riches. Le développement naît des réformes sociales profondes, comme aux États-Unis dans les années 30 et en Europe après la Seconde Guerre mondiale. Il est troublant de voir les hésitations sur l’élimination des subventions, principalement celles concernant les produits agricoles, et les discussions sur les médicaments qui sont remises à plus tard. De telles attitudes ne sont pas constructives et les pays qui en ont les moyens doivent adopter de nouvelles politiques vis-à-vis des pays les plus appauvris.

« La feuille de route en terrains minés »

Hoja de Ruta, en territorios minados
Clarin (Argentine)

[AUTEUR] [Henry Kissinger] est ancien secrétaire d’État et conseiller de Sécurité nationale états-unien. Il est président démissionnaire de la Commission d’enquête indépendante sur le 11 septembre. Il est président de Kissinger Associates.

[RESUME] Au Proche-Orient, chaque moment d’espoir est suivi par des violences du Hamas qui veut briser l’impulsion lancée par le président George W. Bush.
Des avancées ont pourtant eu lieu dernièrement avec la demande de Mahmoud Abbas d’arrêter la violence palestinienne et la qualification par Ariel Sharon de la présence israélienne dans les territoires comme une « occupation », ce qui sous-entend un renoncement à une annexion de ces territoires. La « feuille de route » n’est cependant pas une recette pour résoudre le conflit israélo-palestinien, mais un compromis raisonnable sur les objectifs généraux. La paix suppose des négociations encore très difficiles sur un certain nombre de questions.
La guerre en Irak offre une opportunité de résoudre le conflit en diminuant la probabilité d’une nouvelle guerre israélo-arabe. En outre, les Palestiniens ont désormais un négociateur plus représentatif et plus responsable qu’Arafat. Enfin, les Palestiniens ont une économie ruinée et les Israéliens craignent de disparaître pour des raisons démographiques si le statu quo demeure. La raison pousse donc vers un accord, mais l’absence de confiance entre les partenaires demeure. Les Palestiniens craignent qu’Israël veule que l’État palestinien ne soit qu’une succession d’enclaves n’ayant pas de liens entre elles et beaucoup d’Israéliens imaginent que les Palestiniens ne voient la création d’un État palestinien que comme la première étape vers une guerre d’extermination des Israéliens. En outre, les autres membres du Quartet veulent pousser les États-Unis à faire pression sur Israël pour qu’il revienne aux frontières de 1967, ce qu’aucun Premier ministre israélien n’acceptera jamais, pas plus que le retour massif des réfugiés.
Pour que le plan fonctionne, les États-Unis doivent convaincre les pays arabes de renoncer au terrorisme, Israël de faire des sacrifices et les autres membres du Quartet que les sacrifices doivent être fait des deux côtés. Il faut que le plan parvienne déjà à assurer une coexistence pacifique entre deux entités nationales avant de créer un État palestinien avec des frontières et des zones démilitarisées. Les réfugiés ne reviendront pas non plus en territoire israélien.

« Les Kurdes méritent un État »

Kurds Deserve a State
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] Shlomo Avineri est professeur de sciences politiques de l’Université hébraïque de Jérusalem. Il est ancien directeur général du ministère des Affaires étrangères israélien et a été impliqué dans les processus de démocratisation de nombreux pays de l’Est européen.

[RESUME] La démocratisation des pays de l’Europe de l’Est nous a appris que la démocratie est difficilement exportable. Cette leçon est encore plus vraie dans un pays comme l’Irak, vu sa composition religieuse et ethnique et son histoire. Un moyen de construire des sociétés non-répressives en Irak est peut-être de diviser la création britannique de 1920 qu’est l’Irak.
Ce rassemblement de trois provinces ottomanes n’a pas eu de résultats heureux puisqu’il a conduit à l’édification de régimes répressif pour maintenir l’unité du pays. L’usage des gaz à Halabja n’est qu’une des atrocités commises au nom de l’unité irakienne. Il faudrait pour construire une société moins répressive en Irak autoriser un droit à l’autodétermination pour les Kurdes.
La Coalition veut conserver l’intégrité territoriale de l’Irak, mais cela n’aurait de sens que s’il s’agissait d’une entité cohérente. En réalité, cette position est uniquement un choix de realpolitik qui vise à ne pas froisser la Turquie. Pourtant, tout comme Israël devra accepter l’autodétermination palestinienne, la Turquie devra un jour accepter l’autodétermination kurde. Ces derniers, qui ont construit une société démocratique rudimentaire au Nord de l’Irak ne tolèreront pas, de toute façon, de devoir disposer de moins de liberté en réintégrant l’Irak unifié. Si on s’obstinait, on pourrait même voir émerger un scénario à la yougoslave.
La séparation va se heurter au problème pétrolier, les élites sunnites refusant sans doute de voir l’Irak privé des champs pétroliers kurde. Mais le pétrole est aussi une opportunité puisqu’il permettrait à un État kurde d’être économiquement viable. En outre, même sans le pétrole kurde, l’Irak a suffisamment de pétrole pour se reconstruire. L’opinion arabe verra sans doute dans l’émergence d’un État kurde, une manœuvre des États-Unis, voire des sionistes, mais ils doivent comprendre que les Kurdes ont autant le droit que les Palestiniens à l’autodétermination et que l’Irak se portera mieux sans la région kurde.

« Un plan pour interdire les armes nucléaires »

A Plan to Ban Nukes
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] Robert S. McNamara a été secrétaire à la Défense sous les administration Kennedy et Johnson (1961-1968). Il fut le principal responsable politique de l’engagement massif des États-Unis au Vietnam.

[RESUME] En octobre 1999, peu de temps avant le vote fatidique du Sénat états-unien rejetant le traité interdisant les essais nucléaires, Tony Blair, Jacques Chirac et Gerhard Schroeder appelèrent à la ratification du traité, affirmant que la prolifération nucléaire était la plus grande menace du XXIème siècle.
Le 11 septembre aurait dû nous rappeler la menace croissante d’une catastrophe majeure et nous faire imaginer ce qu’auraient été les dégâts si les terroristes avaient eu des matériaux nucléaires. Pourtant, les États-Unis et la Russie ont affirmé qu’ils conserveraient des centaines de têtes nucléaires, en contradiction avec l’article 6 du Traité de non-prolifération dont les deux pays sont signataires, et qui prévoir l’élimination de ces armes progressivement.
Les États-Unis ont une position intenable : ils interdisent à toutes nations de disposer d’une puissance militaire conventionnelle pouvant rivaliser avec la leur et ils empêchent toute accession à l’arme nucléaire, tout en développant à outrance leurs propres arsenaux conventionnels et nucléaires. Cette politique a conduit la Corée du Nord à quitter le traité de non prolifération et l’Iran à, peut-être, ne plus le respecter.
La guerre en Irak a eu un coût humain et financier considérable. Elle a démontré que toutes les crises de prolifération ne pouvaient être ainsi résolues. Aujourd’hui, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) estime que 60 à 70 pays ont la capacité de construire ce type d’armes. Le plan du G8 pour réduire les stocks russes est prometteur, mais il n’est pas suffisant. Il faut que les puissances nucléaires apportent par le biais du Conseil de sécurité une réponse globale :
- Toutes les nations possédant des armes nucléaires devront en fournir l’inventaire au Conseil de sécurité.
- Chaque nation devra présenter un programme pour en réduire le nombre.
- Les puissances nucléaires déclarées devront garantir la sécurité des pays qui abandonneront ces armes.
- La violation du contrôle du Conseil de sécurité mènera à l’arrivée d’inspection.
- Les violations des régulations du Conseil de sécurité conduiront à l’usage de la force conventionnelle.

« Soldats secrets »

Secret Soldiers
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] William M. Arkin est analyste en questions militaires, rédacteur du site The U.S. Military Online. Il est chroniqueur du Los Angeles Times.

[RESUME] les forces spéciales ont eu un rôle important en Irak et, depuis le 11 septembre, Donald Rumsfeld et George W. Bush ont fait de ces unités leur armée préférée en raison de leur flexibilité et de leurs actions secrètes.
Ces forces étaient déjà en Irak alors que le président était encore en train de convaincre l’opinion du bien fondé de la guerre et elles ont opéré depuis la Turquie, l’Arabie saoudite et la Jordanie alors que ces pays ne souhaitaient pas que de trop nombreuses troupes états-uniennes se basent sur leur sol. L’influence de ces troupes se développe et pour la première fois, c’est un général issu des forces spéciales qui va prendre le commandement de l’US Army. On ignore quelles sont les opérations menées par ces forces actuellement en Irak, mais Rumsfeld a demandé au Congrès une augmentation de leur budget de 30 % et une augmentation de 10 % du nombre de commandos en 5 ans alors que les troupes au sol voient leurs effectifs diminuer. La plus forte augmentation a porté sur les unités des missions spéciales, dont le gouvernement nie connaître l’existence, mais qui ont fait le plus sale boulot dans la guerre au terrorisme.
Toutefois, les opérations de ces groupes dans la guerre au terrorisme ont surtout permis la dispersion des terroristes plutôt que leur destruction. Cela développe une culture du secret qui conduit les opérations militaires à se soustraire du jugement de l’opinion et des médias.

« Une terrain d’entente commun pour les États-Unis et la Russie »

A Common Ground for the U.S. and Russia
Moscow Times (Russie)

[AUTEUR] [James Baker III] a été secrétaire d’Etat (1989-1992) dans l’administration de George Bush père. Il est, comme l’ancien président, administrateur du Carlyle group. Un institut de la Rice University de Houston, le James A. Baker III Institute for Public Policy, porte son nom. Il en est membre du conseil d’administration en compagnie de Roland Dumas, John Major et Shimon Peres.

[RESUME] Quand j’étais secrétaire d’État, j’ai eu la chance de voir la chute du communisme, mais cette période m’a aussi fait craindre l’instabilité qui en découlerait. Finalement, les optimistes avaient raison. Aujourd’hui la Russie est un pays avec une forte croissance économique, reconnue comme une économie de marché par l’Union européenne et les États-Unis et qui pourrait intégrer l’OMC l’année prochaine. Il existe également un partenariat économique robuste entre Moscou et Washington. Toutefois, beaucoup reste encore à faire : le secteur industriel russe est obsolète, le pays pourrait manquer de main d’œuvre pour des raisons démographiques et la corruption reste importante.
L’aspect le plus important de notre coopération est l’énergie. En effet, la Russie est le deuxième exportateur de pétrole et le premier exportateur de gaz tandis que les États-Unis sont les premiers importateurs de pétrole et cela pourrait encore augmenter. Les États-Unis veulent disposer d’une source de pétrole sûre et c’est pour cela qu’ils tentent de diversifier l’offre, ce qui fait de la Russie un partenaire important, sans pour autant diminuer la place de l’Arabie saoudite. Malheureusement, il existe encore des entraves légales qui freinent la coopération entre la Russie et les États-Unis, alors que la Russie pourrait tirer de grands bénéfices d’un partenariat encore plus étroit. Nous devons également développer nos liens dans d’autres secteurs économiques, mais aussi sur les questions de politiques internationales (processus de paix israélo-palestinien, guerre au terrorisme, lutte contre la prolifération, Corée du Nord). Cependant, nous ne serons jamais d’accord sur tout, comme ce fut le cas pour l’Irak, ce qui a beaucoup troublé les amis de la Russie aux États-Unis, et dans le cas des réacteurs nucléaires iraniens. Toutefois, voir une Russie stable, pacifique et prospère est dans l’intérêt des États-Unis.

« Fischer contre... de Gaulle : un match sans fin »

Fischer contre... de Gaulle : un match sans fin
Le Monde (France)

[AUTEUR] Denis MacShane est ministre britannique travailliste des Affaires européennes

[RESUME] En Europe, deux conceptions s’affrontent en matière de politique étrangère de l’union. De Gaulle, estimait que seuls les États souverains peuvent avoir une politique étrangère. Tandis que Joschka Fischer défend une politique étrangère unique de l’Union européenne, basée sur des valeurs, définie par des votes à la majorité qualifiée en Conseil des ministre européen et incarné par un ministre des Affaires étrangères européen.
On imagine mal la France accepter de subordonner sa politique étrangère à une Europe des 25 où une majorité des États suivrait la position du Royaume-Uni, de l’Espagne, de la Pologne et du Danemark sur l’Irak. L’Allemagne de Fischer aurait aussi eu bien du mal à accepter de devoir participer à la guerre en Irak malgré des promesses électorales explicites. De même, la France et le Royaume-Uni n’abandonneront jamais leurs sièges au Conseil de sécurité au profit d’un représentant de l’Union européenne et Paris ne voudra jamais placer ses soldats sous l’autorité de la Cour pénale internationale. De leur côté, les pays neutres ne sacrifieront pas leur neutralité à une politique étrangère européenne.
Une politique étrangère unique n’est donc pas envisageable, même s’il faut harmoniser nos politiques concernant nos liens avec la Chine et la Russie, sur les accords commerciaux, ou notre aide aux pays en voie de développement.