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Le front latino-américain des États-Unis

Le Southcom intensifie son occupation militaire de l’Équateur

Les troupes du Southern Command (Southcom) du Pentagone sont actuellement en Équateur. Elles ont investi le pays avec l’accord du président Lucio Gutiérrez. Grâce à plusieurs accords signés entre les deux pays, l’armée des États-Unis jouit d’une grande liberté d’action : immunité de ses troupes, totale liberté d’entrée et de sortie du territoire, droit d’utilisation des ports maritimes et des bases aériennes, etc. Le Southcom, spécialisé dans la lutte antiguérilla, justifie son occupation du pays par la guerre aux « narcotrafficants » conduite dans le cadre du « Plan Colombie ». Une enquête de notre correspondant en Équateur, Marcelo Larrea.

| Quito (Équateur)
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Photo : USA Southern Command.

Pendant que Bagdad était assiégée, puis prise après une résistance sanglante et inégale, l’Équateur était investi par des soldats, des mercenaires, des radars, des systèmes d’espionnage satellitaire, des avions, des hélicoptères et des navires de guerre. L’occupation militaire de l’Irak a été menée au nom de la guerre contre le terrorisme et pour répondre à une supposée menace nucléaire, dont jusqu’à aujourd’hui ni le président états-unien George W. Bush ni le premier ministre britannique Tony Blair n’ont été capables de prouver l’existence. À la différence de l’Irak, l’Équateur est occupé par le Southern Command (Southcom) du Pentagone avec l’accord du président Lucio Gutiérrez. Le prétexte invoqué est la guerre au « narcotraffic » menée dans le cadre du « Plan Colombie ».

1999-2003 : l’Équateur se plie aux exigences du Pentagone

En 1999, à l’occasion de la cession aux États-Unis de la base aérienne de Manta, pour une durée de dix ans, le président équatorien, Jamil Mahuad, et son ministre des Affaires étrangères, Benjamin Ortiz, inaugurent un nouveau genre de diplomatie. Le pays accorde aux soldats états-uniens, ainsi qu’aux mercenaires liés par contrat, l’immunité diplomatique, l’exonération d’impôts et une totale liberté d’entrée et de sortie du territoire. Le 21 janvier 2000, le président Mahuad est renversé au cours d’une insurrection populaire. Mais les bonnes relations qu’il a noué avec Washington perdurent sous ses successeurs : Gustavo Noboa et maintenant de Lucio Gutierrez.

Des accords postérieurs cèdent aux États-Unis le droit d’utiliser tous les ports maritimes et les bases aériennes équatoriens en cas d’urgence dûment définis... par eux-mêmes. Les accords comprennent la construction d’une École des opérations Ribereñas, au sein du bataillon de l’infanterie de marine de San Lorenzo qui se trouve dans le plus important port de grande profondeur à la frontière colombienne. Le Southcom y investira cinq millions de dollars et y installera un radar et deux vedettes fluviales mitrailleuses.

Le 5 septembre dernier, sans aucune publicité, le ministre des Affaires étrangères, Patricio Zuquilanda, signe un accord avec un attaché de l’ambassade des États-Unis à Quito, Arnold Chacón. Cet accord octroie au Southcom le droit de construire et de diriger trois centres de stockage destinés à fournir une assistance face aux risques du phénomène climatique « El Niño ». Les centres seront installés dans trois provinces : Guayas non loin de l’Océan, Azuay dans les Andes au sud du pays, et Sucumbios à la frontière chaude avec la Colombie. Ces deux dernières régions, situées à l’intérieur des terres, ne subissent pourtant aucune influence d’El Niño, dont les effets se font sentir le long des côtes pacifiques. Par ailleurs, l’accord soustrait le Southern Command de toute responsabilité vis-à-vis de la législation nationale. Toute controverse se réglera selon les lois des États-Unis.

Cet accord et celui concernant la base de Manta n’ont pas été approuvés par le Congrès, comme le prévoit pourtant l’article 161 de la Constitution équatorienne.

Régionalisation du conflit colombien

Ces épisodes qui peuvent étonner dans n’importe quel autre pays, s’ajoutent au conflit croissant provoqué par les États-Unis entre la police et les forces armées. L’aide non militaire à la police est passée de 2 millions de dollars en 2001 à 37 millions en 2003. L’objectif est de transférer à la police la lutte contre le « narcotraffic » et le terrorisme, jusque-là confiée aux militaires. Ces investissements ont aussi pour conséquence de mettre en concurrence l’armée et la police face aux attentes de Washington.

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Carte : CIA / The World Factbook.

Les États-Unis possèdent par ailleurs sept bureaux pour les affaires de sécurité en Équateur, coordonnés et dirigés par le département d’État. L’ancien agent de la CIA, Philip Agee, explique que l’US Agency for International Development (USAID) avait, pendant les années 60, pour fonction de masquer les opérations de la CIA en Équateur. Cette agence travaille aujourd’hui sur différents fronts, notamment l’infiltration des mouvements sociaux et politiques à travers des ONG et des programmes d’aide sociale et de construction d’infrastructures à la frontière avec la Colombie.

Dans le même temps, le président Gutiérrez persiste à engager les troupes équatoriennes dans le bourbier du Plan Colombie. Le colonel à la retraite Jorge Brito dénonce le fait qu’il y ait d’ors et déjà des accords pour la réalisation d’opérations conjointes des armées de terre colombienne et équatorienne contre la guérilla. Cette politique correspond à l’objectif du Pentagone de régionaliser le conflit. Le Southcom avance ses positions sur le territoire équatorien, appliquant ainsi une nouvelle stratégie d’occupation militaire.

Traduction : Cécile Casen / El Juguete Rabioso (Bolivie)

Marcelo Larrea

Marcelo Larrea Marcelo Larrea est directeur de la revue équatorienne El Sucre.

 
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