En tant que seul évêque anglican à avoir publiquement soutenu le gouvernement australien dans sa décision de faire la guerre à l’Irak, je reconnais à présent que l’Irak n’avait pas d’armes de destruction massive, ne représentait pas une menace pour ses voisins, les États-Unis ou leurs alliés et ne soutenait pas Al Qaïda ni d’autres groupes terroristes. Le gouvernement et l’armée australiens croyaient sincèrement que l’Irak avait de telles armes et pourraient les utiliser, mais les affirmations des services de renseignement étaient cependant exagérées et l’invasion ne peut pas être considérée dans ces conditions comme juste et nécessaire.
Cela ne veut pas dire que la guerre n’a pas eu de conséquences positives comme la chute du régime ba’asiste ou la démocratisation en cours dans le pays. Cependant la guerre menée n’était pas une guerre juste et cela nuit à la confiance de la population dans le gouvernement. On peut faire trois observations concernant l’occupation de l’Irak :
- Il faut mettre en place un meilleur système pour arbitrer les disputes internationales. Je demande pardon à Dieu pour avoir soutenu des frappes préventives qui n’étaient pas nécessaires. Il faut poursuivre la réforme de l’ONU et la proposition de l’archevêque de Canterbury de mettre en place une commission d’experts internationaux sur les questions de sécurité à l’ONU, qui pourra faire des propositions au Conseil de sécurité. C’est selon moi une bonne solution.
- Il faut prendre en compte la complexité des conséquences des actions armées et soutenir les actions humanitaires pour résoudre les crises qui découlent des conflits. On pourrait ainsi même prévenir ces crises.
- Les efforts de reconstruction dépendent du comportement des soldats : l’action des soldats à Abu Ghraib a sapé les efforts de l’administration Bush.
Je demande à nouveau pardon à Dieu pour avoir contribué à construire un monde où la guerre préventive peut être considérée comme nécessaire.

Source
The Age (Australie)

« Forgive me, I was wrong on Iraq », par Tom Frame, The Age, 18 juin 2004.