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Le réseau Al Qaïda, accusé d’avoir organisé les attentats du 11 septembre 2001, a fait l’objet d’une abondante littérature depuis cette date. Différents auteurs, journalistes et « experts en terrorisme », y ont consacré des articles, des reportages, des livres. La prolifération de ces travaux a largement contribué à construire, dans l’imaginaire collectif, le sentiment d’une menace réelle qui pèserait sur l’Occident et serait incarnée par des fanatiques musulmans. Un rapide inventaire recensant les sources utilisées et les éléments d’information fournis laisse pourtant peu de doute quant à leur origine et leur absence de fiabilité.

Les origines de l’organisation sont évoquées dans de nombreux articles après le 11 septembre. Selon la version officielle, elle aurait été créée par Oussama ben Laden, en 1988. Elle se serait ensuite développée à partir de l’Afghanistan pour devenir un réseau mondial « qui finance, entraîne et utilise d’autres groupes dans 35 à 60 pays », avec pour objectif de « frapper les intérêts des États-Unis partout dans le monde » [1]. Des experts arabisants énoncent cependant une autre interprétation de la naissance du mouvement. « Al Qaïda », qui signifie « la base » ou « la base de données », serait un fichier créé par Oussama ben Laden du temps de la guerre d’Afghanistan. À l’époque le milliardaire anti-communiste gérait les fonds investis par les services saoudiens et états-uniens pour repousser l’Armée rouge. À ce titre, il finançait aussi bien les soldes des jihadistes que des travaux de fortification et recueillait une masse de renseignements sensibles. Une fois le conflit terminé, « la base » serait devenue un outil à disposition de l’Arabie saoudite et d’autres États musulmans : lorsque ceux-ci souhaitaient lancer une opération - qu’il s’agisse d’envoi de médicaments, de programmes d’aide, ou d’ingérence politique, voire militaire - ils consultaient « Al Qaïda » pour y recueillir des informations sur la région qui les intéressait, afin de savoir, par exemple, si d’autres organisations n’y agissaient pas déjà. Dans cette optique, « Al Qaïda » ne serait nullement une organisation hiérarchisée, mais simplement une gigantesque base d’information à destination de pays musulmans.

Le tour de force est ainsi encore plus facile : il n’est nul besoin d’infiltrer ce réseau pour en contrôler des éléments, puisque ce n’est pas un réseau. Il suffit de relier des attentats ayant lieu un peu partout dans le monde, en les attribuant systématiquement à des groupes qui « seraient liés » à Al Qaïda. L’ensemble de la littérature consacrée à cette « organisation » repose sur cette rhétorique de l’amalgame : on y met en cause des « bras droits » de Ben Laden, des groupes coupables de « sympathie » envers son « organisation ». L’ensemble des procédures engagées en Europe contre les « réseaux dormants » du « terrorisme islamiste » sont ainsi construits, non pas sur des éléments matériels, mais sur d’hypothétiques proximités intellectuelles : tel fondamentaliste se serait rendu à Berlin, à une époque où y résidait Mohammed Atta, tel autre aurait effectué un stage d’entraînement militaire en Afghanistan, etc. En fin de compte, les nombreux dossiers ainsi bricolés par la justice antiterroriste ont abouti à l’abandon des charges « d’entreprise en relation avec une organisation terroriste ». Les tribunaux qui ont effectivement condamné des prévenus pour terrorisme n’ont jamais admis qu’ils soient liés à une organisation internationale [2].

En réalité la finalité judiciaire importe peu, le détail des instructions occupant, dans les médias, plus de place que l’annonce - et le détail - des verdicts. Ce discours délibérément alarmiste sur le « péril islamiste » permet de construire un ennemi commun, qui va du Hamas palestinien à la Jamaa Islamiya indonésienne, en passant par des États comme la Syrie ou le Soudan, pour finalement englober tout le monde musulman. Ce fantasme alimente l’idéologie de la « Guerre des civilisations » justifiant la forme contemporaine de l’impérialisme anglo-saxon [3]. Loin de dénoncer ces amalgames absurdes, plusieurs États les ont repris à leur compte, quitte à s’en mordre les doigts après. Ainsi, Vladimir V. Poutine n’a pas manqué d’invoquer la lutte contre le terrorisme mondial pour mettre fin aux critiques du pilonnage de Grozny, avant de dénoncer le poison de cette analyse ethnico-religieuse lors de la prise d’otages de Beslan. En France, ces amalgames ont été utilisés, au début de la présidence de Jacques Chirac, pour faire arrêter des opposants algériens par les juges anti-terroristes, avant que le même Jacques Chirac se transforme en héros du dialogue des civilisations.

Pour accréditer l’existence d’un réseau terroriste tentaculaire et structuré, Washington a eu recours à une figure très répandue aux États-Unis, celle du « repenti », de l’insider qui, rongé de remords, décrit de l’intérieur l’organisation dont il a fait partie.
Rappelons que, aux États-Unis et désormais dans de nombreux autres pays, y compris la France, le « repenti » négocie ses aveux contre une immunité. Il peut donc s’accuser et accuser qui il veut de n’importe quoi sans en assumer lui-même les conséquences. Cette procédure a permis de démanteler des organisations mafieuses, mais a aussi ouvert la voie à toutes sortes de dénonciations calomnieuses. En Italie, les magistrats qui l’ont promu pour l’opération « mains propres » en ont finalement été victimes, les « repentis » accusant les juges, les uns après les autres, d’être des correspondants de la mafia.

Les premiers de ces repentis apparaissent lors du procès des attentats du 7 août 1998 contre les ambassades états-uniennes de Nairobi et Dar es-Salaam, en février 2001. Jamal Ahmed al-Fadl, un Soudanais de 38 ans, jusqu’ici connu dans les dossiers du FBI sous l’appellation de CS1, Confidential Source 1, est de ceux-là. Devant un tribunal de Manhattan, il affirme avoir été un membre du noyau central d’Al Qaïda. Bien que son témoignage soit « bien sûr invérifiable et soulève de nombreuses interrogations » [4], le FBI lui aurait accordé sa protection à partir de juillet 1996, date à laquelle il se présente « au service des visas d’une ambassade américaine dont la localisation n’a pas été révélée ». La police fédérale états-unienne dépense pour cela près de 1 million de dollars en cinq ans.

Mais de quels renseignements pouvait bien disposer Jamal al-Fadl pour justifier un tel intérêt des autorités ? Pour répondre à cette question, il convient de revenir sur sa trajectoire biographique. Selon ses propres dire, il a vécu deux ans à Brooklyn et dans le Sud des États-Unis, où il s’est occupé de collecter des fonds pour la mosquée Al Farooq [5], avant de s’engager dans les brigades islamiques déployées en Afghanistan à l’initiative de la CIA et sous la direction d’Oussama Ben Laden pour lutter contre les troupes d’occupation soviétiques. En 1991, il est amené à rencontrer celui qui gère alors la base de données (Al Qaïda) de l’ensemble des groupes islamiques radicaux présents sur le terrain. Lorsque le noyau dur de la structure de Ben Laden est transféré au Soudan, Jamal al-Fadl suit le mouvement et s’installe sous la protection du régime islamique africain et du Front national islamique au pouvoir [6]. Ayant subtilisé 150 000 dollars dans le cadre de transactions dont il s’occupait, il contacte les autorités états-uniennes moins de trois ans plus tard et est exfiltré outre-Atlantique

La lecture du parcours du présumé terroriste invite au scepticisme. On peut en effet légitimement s’interroger sur la fiabilité d’un informateur utilisé comme témoin à charge par les autorités états-uniennes après avoir travaillé pour la CIA en Afghanistan, avant d’être récupéré, moins de cinq ans après, par le FBI. D’autant que son départ de l’organisation terroriste précède de deux ans les premiers attentats attribués à Ben Laden, contre les ambassades états-uniennes en Afrique, au procès duquel il est pourtant appelé à témoigner. Malgré ces évidentes réserves, Al-Fadl est présenté comme « l’un [des] éléments-clés » d’Al Qaïda où il était « chargé des salaires » [7]. Il connaîtrait donc en détail l’organisation, et notamment son mode de financement. C’est d’ailleurs là-dessus qu’il témoigne devant le tribunal de Manhattan : il met en cause un réseau bancaire complice de l’internationale terroriste, avec des ramifications au Soudan, en Malaisie, en Grande-Bretagne, à Hong-Kong et à Dubaï. Il décrit également « comment des combattants étaient envoyés en Tchéchénie au prix de 1 500 dollars par personne ; comment le jihad était financé en Érythrée par l’apport d’argent en cash ; comment Ben Laden s’est mis sous la coupe des services de renseignement soudanais après que ceux-ci l’eurent rencontré à Peshawar (Pakistan), etc. Pire : selon la justice, Ben Laden s’est compromis à plusieurs reprises, depuis 1992, dans des tentatives d’achat de matériaux nucléaires et de vecteurs ».

Jamal Ahmed al-Fadl, qui a quitté Al-Qaïda en 1996, détaille par ailleurs la manière dont fonctionne le réseau Ben Laden : ce dernier « est composé d’une tête (Ben Laden lui-même), régnant sur un conseil consultatif, le majlis. Le majlis est lui-même en relation avec quatre comités distincts, en charge des domaines financier, religieux, militaire et médiatique. C’est dans ces quatre comités que sont choisis les commandants opérationnels et les chargés de missions spéciales. À cette structure pyramidale, formelle, se superpose une division horizontale en 24 groupes, division informelle cette fois. Les communications entre cellules, sur internet, sont assurées non seulement par l’envoi d’e-mails cryptés, mais également de fichiers sonores brouillés ». L’avantage de cette description de l’organisation terroriste, aussi détaillée qu’invérifiable, est qu’elle permet aux États-Unis d’accréditer la thèse d’une hydre tentaculaire, dont les ramifications s’étendent partout dans le monde, notamment en Occident. L’ennemi est donc partout, puisque Ben Laden disposerait même de points de chute à New York. Pire, l’assassinat du leader charismatique d’Al Qaïda n’entraînerait pas la fin de son organisation, structurée pour résister à un tel coup du sort, grâce à des éléments récupérés au sein des « forces extrêmes et éparses de mouvements cousins : certains éléments du Hamas, du Hezbollah, du Jihad islamique ». Trois organisations, engagées dans une lutte armée contre Israël, mais qui sont pourtant connues pour leur divergence d’opinion quant à la manière de mener cette lutte, voire pour leur antagonismes. La « guerre au terrorisme » s’annonce donc infinie.

Le second repenti appelé à témoigner au procès de Manhattan est un citoyen états-unien d’origine égyptienne. Son pedigree est tout aussi étonnant : après avoir fait un passage « sous l’uniforme des forces spéciales de l’US Army » [8], Ali Mohamed aurait rejoint Ben Laden à la fin des années 1980. Convoqué devant le tribunal new-yorkais, il ne vient finalement pas témoigner en personne, mais permet l’élaboration d’« un rapport du FBI basé sur son témoignage ».

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Ali Mohamed

Mohammed n’est pas précisément n’importe qui. Ancien membre des services secrets égyptiens, il a assuré, de 1987 à 1998, la formation des combattants d’Al Qaïda. À la même époque, il enseignait également à la John Kennedy Special Warfare Center and School, « où il formait les membres du plus secret des réseaux d’influence, le stay-behind et les officiers des Forces spéciales US » [9]. Dans son Témoignage écrit, Ali Mohammed évoque notamment d’autres cibles étrangères visées par la série d’attentats en Afrique, « entre autres l’ambassade de France et le centre culturel de France ». Ce qui permet à Roland Jacquard d’affirmer « qu’au-delà des intérêts américains, les intérêts occidentaux au sens large sont également visés et que la menace est peut-être plus diffuse plus qu’il n’y paraît » [10]. Le terrorisme islamiste ne vise dont pas exclusivement les États-Unis et leur politique étrangère agressive, particulièrement au Proche-Orient, mais « l’Occident » d’une manière plus large, en vue d’instaurer un Califat sur l’ensemble de la planète. Ce qui a le mérite de clarifier les camps : comme l’exprime alors le président états-unien George W. Bush, « soit vous êtes avec nous, soit vous êtes avec les terroristes » [11].

Le terme de « repenti » peut également être employé abusivement, comme le montre le cas de Djamel Beghal. Ce franco-algérien de 38 ans a été arrêté en septembre 2001 à l’aéroport de Dubaï. Devant les policiers émiratis, il mentionne un projet d’attentat contre l’ambassade des États-Unis à Paris et raconte ses liens avec Al Qaïda. Du pain béni pour la justice antiterroriste française et la DST qui cherchent absolument à démontrer la réalité de la menace islamiste en France. Malheureusement, de retour à Paris, Djamel Beghal revient sur ses déclarations, et nie toute implication dans une quelconque préparation d’attentat. D’après lui, ses aveux à Dubaï s’expliquent par les mauvais traitements subis : « isolement, interdiction d’entrer en contact avec qui que ce soit, violences physiques, pressions psychologiques » [12]. Une version partiellement confirmée par un magistrat antiterroriste français interrogé sur Europe 1 le 2 octobre 2001. Selon ce dernier, les officiers émiratis ont utilisé des « chefs religieux locaux » afin de lui faire « un lavage de cerveau à l’envers » pendant neuf mois, ce qui lui aurait permis de retrouver « le chemin de l’islam juste » [13]. Une prise de conscience religieuse donc, qui aurait convaincu Beghal de livrer tout ce qu’il savait sur les activités d’Al Qaïda en Europe. Seul petit problème : rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que l’ambassade états-unienne à Paris était effectivement visée par un projet d’attentat. Les seuls islamistes condamnés dans ce dossier ont en effet assuré qu’ils visaient d’autres cibles, dont aucune en France [14]. Beghal a donc, dans un premier temps, avoué aux enquêteurs émiratis tout ce qu’ils voulaient entendre avant, dans un second temps, de se rétracter devant les enquêteurs français.

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Djamel Beghal

Djamel Beghal n’est donc pas forcément le « bon client » dont la justice antiterroriste française avait besoin. Yacine Akhnouche, arrêté en février 2002, sera un bien meilleur choix. Mis en examen et écroué, officiellement dans le cadre de l’enquête sur le projet d’attentat de Strasbourg de décembre 2000, ce fabricant de fausse carte bleue - chez qui la police découvre « des formules chimiques suspectes » - confirme subitement, au cours de son interrogatoire, l’existence d’un réseau terroriste dormant européen, particulièrement actif en France. Mieux, il se révèle en être un nœud central : au cours d’un séjour en Afghanistan, il a en effet rencontré Richard Reid, l’homme qui voulait faire sauter ses chaussures dans le vol Paris-Miami, Zacharias Moussaoui, le Français maintenu au secret par les États-Unis pour avoir crié haut et fort qu’il voulait apprendre à viser des immeubles avec des avions, mais aussi Ahmed Ressam, qui a été arrêté en décembre 1999 à la frontière canadienne avec 50 kilos d’explosifs. Yacine Akhnouche va encore plus loin : il affirme connaître Abu Doha, un islamiste détenu à Londres et chef présumé du groupe de Francfort, et avoir été en contact avec « plusieurs personnes impliquées dans l’assassinat en Afghanistan du commandant Massoud, en septembre 2001 » [15]. Le récit de ce mythomane est une aubaine pour les enquêteurs français. L’un d’entre eux, touchant de naïveté, avoue : « un tel procès-verbal est extraordinaire ». Les magistrats anti-terroristes s’appuient sur le fait qu’il possédait une machine à « encoder » les cartes bancaires, c’est-à-dire un banal encodeur de carte à puce disponible dans le commerce [16], pour en faire de lui « un point de passage obligé pour la logistique financière des réseaux ». D’après le juge Bruguière, « chaque appareil peut procurer jusqu’à 200 000 francs (30 000 euros) par semaine à ses possesseurs. De quoi assurer une part substantielle du financement d’une cellule terroriste » [17].

Au finale, force est de constater que les « repentis » d’Al Qaïda ne sont pas légion. De surcroît, ceux que les responsables de la « guerre au terrorisme » ont choisi d’introniser comme tels détonnent par leur peu de fiabilité. Ce qui amène à s’interroger sur la provenance des informations relatives à « l’organisation d’Oussama ben Laden » reprises à l’envi par les médias du monde entier. Viennent-elles, comme jihadistes engagés en Afghanistan contre l’Union soviétique, directement de Washington ?

[1] « Les 11 organisations cibles de la guerre antiterroriste américaine », AFP, 25 septembre 2001.

[2] Voir « La Justice n’a pas trouvé d’agent d’Al Qaïda en Europe », par Paul Labarique, Voltaire, 19 août 2004.

[3] « La guerre des civilisations » par Thierry Meyssan, Voltaire, 4 juin 2004.

[4] « L’homme qui a trahi Ben Laden se confesse devant un tribunal de Manhattan », par Alain Campiotti, Le Temps, 15 février 2001.

[5] « La piste Ben Laden : pourquoi et comment », par Alain Lallemand, Le Soir, 13 septembre 2001.

[6] Au nom d’Oussama Ben Laden, par Roland Jacquard, Éditions Jean Picollec, 2001.

[7] « La piste Ben Laden : pourquoi et comment », op.cit.

[8] « Devant les jurés de New York, une esquisse du réseau ben Laden », par Michel Moutot, AFP, 2 octobre 2001.

[9] D’après « The Masking of a Militant », par Benjamin Weiser et James Risen, New York Times, 1er décembre 1998, cité dans L’Effroyable Imposture de Thierry Meyssan, Carnot, 2002.

[10] Au nom d’Oussama Ben Laden, op.cit.

[11] Address to a Joint Session of Congress and the American People, Services de la Maison-Blanche, 20 septembre 2001.

[12] « Fin de l’enquête sur Djamel Beghal, chef présumé d’une cellule islamiste », AFP, 27 août 2004.

[13] « L’aveu de Djamel Behgal », par Patricia Tourancheau, Libération, 3 octobre 2001.

[14] Voir « La Justice n’a pas trouvé d’agent d’Al Qaïda en Europe », par Paul Labarique, Voltaire, 19 août 2004.

[15] « L’extraordinaire confession d’un islamiste de la mouvance Ben Laden », par Christophe Parayre, AFP, 9 février 2002.

[16] Ces objets d’un usage relativement simple et aisément disponibles (www.hitechtools.com/CartesPuce.htm), permettent de fabriquer différents types de carte à puce, qu’il s’agisse de cartes d’accès à la télévision câblée, de cartes téléphoniques, voire de cartes bancaires. Ils sont utilisés pour fabriquer des vrais, mais aussi des faux.

[17] « Le "comptable" supposé des réseaux en Europe », par Jean-Marie Leclerc, Le Figaro, 11 février 2002.