Tendances et événements au Proche-Orient

La crise politique inter-palestinienne est entrée dans une phase difficile après que le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, encouragé par Israël et les États-Unis, ait pris des mesures supplémentaires consacrant le divorce avec le Mouvement Hamas. La situation est d’autant plus critique que les médiateurs potentiels, capables de renouer le dialogue entre les deux parties palestiniennes, sont totalement absents à cause des pressions états-uniennes.
Les observateurs s’inquiètent des possibles conséquences de l’annonce par l’Autorité palestinienne d’élections anticipées immédiatement rejetées par le Hamas. Cette décision unilatérale risque d’aggraver la crise qui prend une tournure de plus en plus violente à Gaza et en Cisjordanie. Pendant ce temps, les agressions israéliennes se poursuivent et chaque jour qui passe voit son lot de résistants assassinés ou arrêtés par les forces d’occupation.
Des spécialistes des questions palestiniennes estiment que l’Autorité présidée par Mahmoud Abbas devient de plus en plus otage des calculs US. Ils craignent, d’autre part, que le Hamas ne tombe dans le piège mortel de l’assabiya (fanatisme) partisane, ce qui risque de couper le mouvement islamiste des bases du Fatah qui, à la différence de leur direction, refusent les concessions gratuites faites aux Israéliens et sont favorables à la poursuite de la lutte armée. Le Hamas a toujours su renforcer sa position politique justement en surmontant cette assabiya. Il faut aujourd’hui qu’il prouve qu’il est toujours en mesure de le faire dans ces circonstances particulièrement difficiles.

Presse et agences arabes et internationales

• Les médias régionaux et internationaux ont largement commenté et analysé la signification et les répercussions du départ les uns après les autres des plus proches collaborateurs de George Bush. Le dernier en date, celui de son éminence grise Karl Rove, pourrait sembler porteur des plus lourdes conséquences.
En fait, la démission de Karl Rove à un an et demi de la fin de la présidence Bush risque de n’avoir aucune conséquence politique, estiment les analystes. Tout au plus, elle confirmera la quasi-impuissance à laquelle est réduit M. Bush dans les affaires intérieures.
Depuis la défaite des siens aux élections parlementaires de novembre 2006, M. Bush subit une hémorragie de conseillers. Le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld a été sacrifié à l’impopularité de la guerre en Irak, facteur déterminant de ce que M. Bush a appelé une « raclée » électorale.
M. Bush a vu partir depuis un autre stratégiste éminent, Dan Bartlett, les conseillers à la sécurité nationale J.D. Crouch et Meghan O’Sullivan, le directeur chargé du budget Rob Portman, la directrice politique Sara Taylor, la conseillère pour les affaires légales Harriet Miers. Comme M. Rove, la plupart ont invoqué la volonté de passer plus de temps avec leur famille.
La démission de M. Rove, intervenant quasiment dans toutes les affaires présidentielles, soulève immanquablement la question d’un changement de politique. M. Bush bat ses records d’impopularité. Seulement environ 30 % des États-uniens approuvent son action. Il vit une cohabitation difficile avec ses adversaires démocrates, désormais majoritaires au Congrès, et va au-devant d’un nouveau bras de fer avec eux sur la guerre en Irak.

• Les médias israéliens faisaient à nouveau état, lundi, d’un renforcement du potentiel militaire syrien dans l’éventualité d’un conflit avec Israël, en dépit de récentes déclarations apaisantes du Premier ministre israélien, Ehud Olmert.
La radio militaire a rapporté des informations émanant des services de renseignement militaires, selon lesquelles la Syrie se dote d’armements sophistiqués, dont des ogives chimiques pour missiles sol-sol.
En dépit de ces informations « très claires », selon la radio, le ministre de la Défense, Ehud Barak, se refuse à faire distribuer des masques à gaz à la population de crainte que cela ne provoque une escalade à la frontière nord, voire le déclenchement d’une guerre.
« La défense anti-aérienne syrienne est la plus dense au monde », rapporte par ailleurs en Une le quotidien à grand tirage Yédiot Aharonot. Selon le journal, la Syrie est lancée dans une course aux armements sans précédent et « rafle littéralement les missiles sol-air russes sophistiqués sur les chaînes de fabrication ».
Les médias israéliens s’alarment régulièrement d’une éventuelle conflagration avec la Syrie, mais le cabinet israélien de sécurité a conclu le 5 juin qu’il ne disposait d’aucun élément pouvant étayer ce risque.
Le Jerusalem Post écrit pour sa part que la Syrie est en passe de déployer un arsenal de missile capable d’atteindre Tel-Aviv.

LOS ANGELES TIMES (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
Tina Sasman écrit que les responsables états-uniens et irakiens s’accordent à dire que la violence confessionnelle et sectaire a reculé en Irak. Mais les assassinats se poursuivent dans la capitale du pays des deux fleuves. La moitié des cadavres non identifiés découverts tous les jours sont retrouvés dans des quartiers de Bagdad. Avant la guerre, la population de ces régions était composée d’un mélange communautaire de la classe moyenne. Aujourd’hui, les habitants sont profondément divisés sur une base confessionnelle.

• Le cabinet palestinien chargé d’expédié les affaires courantes a rejeté la proposition du président israélien Shimon Peres de libérer tous les détenus palestiniens en contrepartie de la sécurité totale pour l’Etat hébreu. En d’autres termes, le retour des prisonniers contre le démantèlement des groupes de résistance. Le gouvernement a estimé que Peres rêve plus qu’il ne réfléchit.

AL-KHALEEJ (QUOTIDIEN EMIRATI)
La police du Hamas a matraqué des Palestiniens, notamment des membres du Fatah, qui protestaient lundi à Gaza contre les « violations des droits de l’homme » par les islamistes, bravant une interdiction de manifester.
Le rassemblement, auquel participaient plusieurs centaines de personnes, a eu lieu en dépit de l’annonce peu auparavant de l’interdiction par le Hamas —qui contrôle Gaza depuis le 15 juin— de toute manifestation sans autorisation de la Force exécutive, la police du mouvement.
Une centaine de membres de cette force a tenté d’empêcher le rassemblement en matraquant des manifestants, membres du Fatah du président Mahmoud Abbas, du Front démocratique de la Palestine (FDLP), du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) et du Parti du Peuple.
La manifestation s’est finalement déroulée après une trentaine de minutes, mais sans drapeaux du Fatah, qui ont été confisqués.
« Hamas ! Ce qui se passe à Gaza n’est pas acceptable », « Où sont la sécurité et les droits de l’Homme ? », « O (Mahmoud) Abbas, O (Ismaïl) Haniyeh, nous voulons l’unité du peuple », ont crié les centaines de personnes rassemblées dans le centre-ville de Gaza.
« Dans l’intérêt général, pour préserver la sécurité et au regard de la loi, toute manifestation est catégoriquement interdite sans l’autorisation officielle de la Force exécutive » avait, peu auparavant, affirmé son porte-parole, Saber al-Khalifa.

WASHINGTON POST (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
Quelque 110 000 Irakiens pourraient être accusés de trahison et de connivence avec les occupants pour avoir aidé d’une manière ou d’une autre les troupes US et leurs alliés ou pour avoir participé à l’effort de reconstruction du pays. Ces Irakiens et leurs familles sont menacés de rapt ou de meurtre, comme cela s’est produit pour 275 interprètes qui travaillaient pour les troupes de la coalition.
Le commissaire des Nations unies pour les réfugiés a recommandé que 8 000 Irakiens soient expatriés vers les États-Unis. Mais seuls 200 ont obtenu les autorisations leur permettant de quitter l’Irak. Ce qui a poussé l’ambassadeur états-unien à Bagdad, Ryan Crocker, à envoyer une note au Département d’État lui demandant d’octroyer des visas à tous les Irakiens qui collaborent avec l’armée US.

AL-CHARK AL-AWSAT (QUOTIDIEN SAOUDIEN)
Le ministre turc des Affaires étrangères Abdullah Gül, qui a annoncé mardi qu’il était le candidat du parti au pouvoir à l’élection présidentielle, est un ancien islamiste qui a fait ses classes politiques avec le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan dont il est le bras droit.
Économiste de formation, adaptateur du parti de la Justice et du Développement (AKP) —formation aux origines islamistes— au langage pro-occidental, M. Gül, 56 ans, aura dirigé la diplomatie de son pays pendant plus de quatre ans.
C’est pendant son mandat que la Turquie a lancé, en 2005, de difficiles négociations d’adhésion avec l’Union européenne pour lesquelles il a beaucoup œuvré. M. Gül avait été le candidat de son parti aux élections présidentielles de d’avril-mai qui avaient capoté après une bataille légale sur fond d’une grave crise politique entre le gouvernement et les laïques, dont l’armée, provoquant des législatives anticipées le 22 juillet.
Selon M. Gül, les 46,5 % d’électeurs pour son parti ont donné leur feu-vert à son accession à la magistrature suprême.

Tendances et événements au Liban

L’annonce par le commandant de l’armée libanaise que le groupe intégriste sunnite Fatah al-Islam est une branche de l’organisation al-Qaida a suscité l’intérêt des médias libanais. Le général Michel Sleimane a déclaré que Fatah al-Islam, qui affronte la troupe depuis le 20 mai dans le camp palestinien de Nahr el-Bared, dans le nord du pays, projetait des attentats au Liban et à l’étranger à partir des camps de réfugiés palestiniens.
Le général Sleimane a publiquement affirmé que le groupe « ne dépendait pas des services de renseignement syriens », démentant ainsi les accusations lancées depuis le début par le gouvernement de Fouad Siniora. Ce gouvernement a d’ailleurs toujours nié l’existence au Liban d’une mouvance salafiste-jihadiste, souvent financée et encouragée par des milieux officiels ou officieux saoudiens.
Les propos du général Sleimane, dont les troupes ont déjà perdu 137 officiers et soldats au combat à Nahr el-Bared, sapent l’argumentation du 14-mars qui utilisait ces fausses informations pour justifier son animosité et son hostilité à l’égard de la Syrie. Une position dictée non par les intérêts supérieurs du Liban mais par les desiderata des États-uniens.
Autre point important exprimé par le général Sleimane, sa décision de rester à la tête de l’armée « jusqu’à l’élection d’un nouveau président de la République et la formation d’un nouveau gouvernement ». Cette position a été saluée par l’opinion publique libanaise qui voit dans l’armée la seule institution encore capable de préserver la sécurité et la stabilité du pays. Pour les Libanais, seule une armée unifiée et solide peut empêcher des troubles civils.

Résumés d’articles relatifs au Liban

• Le commandant en chef de l’armée libanaise, le général Michel Sleimane, a affirmé que Fatah al-Islam est une organisation bien entraînée, disposant d’armes sophistiquées, y compris des armes lourdes, rompue au maniement des explosifs. « Nous estimons à 70 le nombre des combattants qui tiennent toujours tête à l’armée, accompagnés d’une centaine de femmes et d’enfants qui refusent de quitter le camp en dépit de nos appels répétés et de différentes médiations », a-t-il dit dans une rare déclaration publique.
Selon l’armée, les derniers combattants sont à présent encerclés dans un petit réduit dans la partie sud du camp, où ils sont retranchés dans des abris souterrains.
Le général Sleimane a expliqué la lenteur des opérations « par la volonté d’épargner autant que possible les civils ».
Les 31 000 réfugiés du camp ont fui par vagues dans les premières semaines des combats. Mais les femmes et les enfants des combattants sont restés et l’armée a accusé les islamistes de les utiliser comme boucliers humains.

AFP (AGENCE FRANCE PRESSE)
Cela fait un an que sa maison a été rasée par les bombes israéliennes. Depuis, Rasmiyé Mokdad a perdu espoir de retrouver un foyer, comme tant d’autres villageois du Liban sud déplacés par la guerre entre Israël et le Hezbollah qui a pris fin le 14 août 2006.
« Il y a quatre mois, ils ont commencé la première phase de la reconstruction, mais je pense qu’il faudra encore un an avant qu’elle ne soit achevée », regrette cette femme de 53 ans.
« En attendant, je vis avec mes parents âgés dans des conditions dont même un chien ne voudrait pas ».
Dans son village de Froun, à 75 kilomètres au sud-est de Beyrouth, environ 95 maisons sur 160 ont été détruites par les bombardements israéliens en été 2006.
Les moins endommagées ont pour l’essentiel été réparées. Mais les lenteurs bureaucratiques, aggravées par la crise politique au Liban, ainsi que les opérations de déminage freinent la reconstruction, et une partie des habitants n’a toujours pas de toit.
Comme pour toutes les maisons détruites, le gouvernement a promis à Rasmiyé Mokdad une aide de 40000 dollars, mais ne lui en a versé jusqu’à présent que la moitié. Le reste, lui dit-on, viendra plus tard.
Elle vit aujourd’hui dans deux pièces nues de béton, en principe utilisées comme débarras, qu’elle loue à un voisin pour 130 dollars par mois.
Son père de 85 ans, malade, blessé dans le bombardement de leur maison, est allongé sur un petit matelas, immobile, dans la chaleur étouffante. Sa mère, cardiaque, vient d’être transportée à l’hôpital.
« J’avais ma dignité, ma maison, maintenant regardez-moi », dit-elle en retenant ses larmes.
« Je dois même sortir pour faire la vaisselle. Ce n’est pas une vie ».
Sur les 2 000 habitants de Froun, quelques-uns seulement sont rentrés depuis la fin de la guerre. Un inquiétant silence pèse sur le village, rompu seulement par le bourdonnement des bulldozers et les coups de marteau des ouvriers qui reconstruisent.
Le long des routes de montagne sinueuses qui mènent au village, des banderoles vantent l’aide fournie par l’Iran pour reconstruire les routes, les écoles, les hôpitaux de la région.
Dans le village de Yohmor, où de violents combats ont opposé les soldats israéliens au Hezbollah, les stigmates de la guerre sont toujours là et les démineurs continuent à nettoyer le sol truffé de sous-munitions.
« Nous avons commencé à travailler ici le 15 août 2006 et depuis nous avons enlevé 6 500 sous-munitions, rien que dans le secteur de Yohmor », explique Youssef Hayek, un responsable de l’équipe.
« Dans un seul petit champ, nous en avons trouvé 400 », ajoute-t-il, en espérant que les travaux seront achevés dans quatre mois.
Mais c’est beaucoup trop pour des villageois comme Saada Mohammed Dirani, une femme de 53 ans dont la maison et le petit magasin ont été détruits et qui attendent toujours de pouvoir reconstruire leur vie.
« Il y a trois semaines, ils ont commencé à jeter les fondations de la maison après avoir déblayé les décombres et déminé, mais il faudra du temps avant que je puisse m’y installer avec ma mère », raconte-t-elle.
Entre-temps, elle loue une partie de la maison de son frère et, jour après jour, surveille le chantier, où les ouvriers empilent une à une les briques qui deviendront sa nouvelle maison.
Le Hezbollah lui a donné 10 000 dollars d’aide d’urgence après la guerre, en attendant les 40 000 dollars promis par le gouvernement. Mais c’est peu en regard de ce qu’elle a perdu.
« Mon père a construit notre maison pierre par pierre, à la sueur de son front, pour nous laisser quelque chose en héritage », confie Saada, la voix tremblante. « Tout l’argent du monde ne remplacera pas cela ».

AL-AKHBAR (QUOTIDIEN PROCHE DE L’OPPOSITION)
Rien de neuf au sujet des démarches locales et internationales pour tenter de régler la crise politique. Seul fait notable, les réserves exprimées par l’Arabie saoudite et l’Égypte à l’égard de la proposition française d’organiser une Conférence régionale et internationale sur le Liban.

AS-SAFIR (QUOTIDIEN PROCHE DE L’OPPOSITION)
La secrétaire d’État Condoleezza Rice poursuit sa campagne : la Syrie soutient l’organisation terroriste qui a provoqué l’embrasement du camp de Nahr el-Bared.

AN-NAHAR (QUOTIDIEN PROCHE DU 14-MARS)
Le président de la Chambre Nabih Berri se rend bientôt à Dimane (Liban-Nord) pour y rencontrer le patriarche maronite Nasrallah Sfeir. L’ambassadeur états-unien Jeffrey Feltman affirme, quant à lui, qu’il est nécessaire de garantir le climat externe nécessaire pour la tenue de l’élection présidentielle.

Audiovisuel arabe

AL-MANAR (HEZBOLLAH) — Émission : Entre parenthèses
- Invité : Nasser Kandil, ancien député de Beyrouth (opposition)
Le Liban vit actuellement une bataille intellectuelle pour expliquer la signification et la portée de la victoire du Hezbollah sur Israël lors de la guerre de juillet 2006.
La victoire en l’an 2000 a contribué à l’inauguration d’une nouvelle ère pour les Palestiniens qui ont lancé la deuxième intifada.
Ce qui a été écrit par Thierry Meyssan sur la victoire de l’été dernier est plus important que ce que l’on a pu lire dans le monde arabe.
- Invité : Abdallah Achaal, ancien conseiller du ministre des Affaires étrangères égyptien.
Ce que le Hezbollah a réussi à accomplir lors de la guerre de juillet a changé toutes les équations. La victoire a remonté le moral des Arabes, et c’est là la plus grande défaite pour Israël.

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions arabe, anglaise et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise et arabe.