Tendances et événements au Liban

La rue bouge et l’initiative arabe entouré de flou

La crainte grandit d’une généralisation des incidents entre les partisans du 14-mars et ceux de l’opposition, dans les rues de Beyrouth. Ces altercations illustrent l’exacerbation des tensions dues aux discours incendiaires des loyalistes et au blocage politique. Le paysage libanais présente les données suivantes :
- 1. Plusieurs quartiers de Beyrouth ont été le théâtre d’incidents violents entre des partisans du Courant du futur, de Saad Hariri, et des supporters du Hezbollah et du Mouvement Amal. Des sources de sécurité concordantes ont indiqué que les partisans du Courant du futur, qui sont à l’origine des altercations, ont refusé de se retirer des rues des quartiers (mixtes) de Ras Nabeh, Bourj Abi Haidar, ainsi que de ruelles de leurs fiefs de Tarik Jédidé et de Mazraa, malgré le déploiement de l’armée. Il a fallu des interventions politiques au plus haut niveau pour ramener le calme.
- 2. Au lendemain des heurts de samedi soir, un nouveau développement est intervenu : des partisans du Courant du futur ont attaqué des civils palestiniens près des camps de Sabra et de Chatila, dans une tentative d’ouvrir un « nouveau front ». Cette altercation a fait un mort dans les rangs palestiniens.
- 3. Les agissements des miliciens du Courant du futur ont créé un grand mécontentement chez les habitants de Beyrouth qui craignent que les rues de la capitale se transforment en champ de bataille. Selon des informations sûres, les grandes familles beyrouthines projettent de dépêcher des délégations auprès de Saad Hariri pour lui demander d’épargner à la ville un embrasement généralisé et de procéder à la fermeture de certaines permanences de son parti qui servent de repères pour les voyous de quartiers, devenus incontrôlables et belliqueux. Surtout que ces permanences renferment des dizaines de miliciens venus d’autres régions du Liban, plus particulièrement du Nord et de l’ouest de la Békaa.
- 4. Le directeur du renseignement militaire, le général Georges Khoury, a réunis, dans son bureau des hauts responsables du Courant du Futur, du Hezbollah et d’Amal, pour tenter de mettre sur pied un mécanisme évitant la réédition des événements de samedi soir. Il aurait été décidé de lever toute couverture politique des agitateurs et des voyous qui sèment la terreur dans les rues de la capitale.
- 5. Cette réunion de coordination a eu lieu alors que l’Armée libanaise procédait à un déploiement massif dans les quartiers sensibles. Dans un communiqué, l’armée a demandé aux habitants de ne pas s’attrouper et de ne pas se mêler aux fauteurs de troubles, sous peine d’être arrêtés.
- 6. Sur le plan politique, les Libanais et le monde attendent avec intérêt le discours important que doit prononcer, vendredi 22 février, le secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah. D’ici là, les premières conclusions de l’enquête sur l’assassinat de Imad Mughniyé devraient être rendues publiques. Des informations de presse révèlent que des services de renseignement de pays arabes et des parties libanaises pourraient être impliqués dans l’attentat perpétré à Damas, le mardi 12 février.
- 7. Une grande inquiétude continue de régner en Israël et aux États-Unis, qui attendent la riposte du Hezbollah à l’assassinat de son chef militaire.
- 8. Les loyalistes libanais continuent de mener une campagne orchestrée contre l’annonce par sayyed Nasrallah d’une « guerre ouverte » contre Israël. Une source dirigeante de l’opposition libanaise a dénoncé cette campagne de désinformation en rappelant que c’est Israël qui a déclaré une « guerre ouverte » en assassinant Imad Mughniyé en dehors du champ de bataille habituel.
- 9. La presse libanaise a indiqué qu’une nouvelle formule de solution à la crise libanaise, basé sur un gouvernement de trois tiers, est en gestation. Le président du Parlement, Nabih Berry, a dépêché auprès du chef chrétien de l’opposition, le général Michel Aoun, des émissaires pour lui soumettre ce plan qui prévoit l’élection du général Michel Sleimane à la présidence, la formation d’un gouvernement d’union nationale et l’élaboration d’une nouvelle loi électorale basée sur les circonscriptions réduites. Mais c’est sans compter sur le refus états-unien de toute entente interlibanaise, comme l’a clairement signifié l’ancien ambassadeur US à Beyrouth, David Satterfield, qui a tourné en dérision l’initiative arabe.

Déclarations

- NASRALLAH SFIR, PATRIARCHE MARONITE
« Les images de jeudi dernier des deux manifestations populaires montrent l’ampleur de l’éloignement entre les Libanais, alors que les lieux de rassemblement étaient proches et les occasions quasiment simultanées. Leur devoir est pourtant de se rapprocher pour sauver leur pays, car ils sont les seuls à pouvoir le faire. Les Libanais doivent prendre conscience de leurs responsabilités et entreprendre de sauver leur pays. »

- HASSAN HOBBALAH, DEPUTE DU HEZBOLLAH
« Israël est bien trop lâche pour reconnaître le crime qu’il a commis à Damas de crainte d’avoir à subir les représailles. La Résistance est capable d’arracher une victoire plus retentissante que celle de juillet. Les Libanais et les Arabes doivent adopter la ligne de conduite basée sur la résistance et la confrontation afin d’édifier ensemble un Moyen-Orient fort pour affronter l’Amérique. »

- HUSSEIN HAJJ HASSAN, DEPUTE DU HEZBOLLAH
« Je suis étonné de l’absence de toute réaction de la part de la majorité aux propos du diplomate états-unien David Satterfield qui a clairement affirmé que Washington ne soutient pas l’initiative arabe. Ce n’est donc pas par hasard qu’une personne a affirmé dans son discours jeudi que le compromis est synonyme de trahison [en allusion à Walid Joumblatt]. Seul le partenariat peut immuniser le Liban face aux dangers qui pèsent sur lui. »

- GHALEB ABOU ZEINAB, MEMBRE DU CONSEIL POLITIQUE DU HEZBOLLAH
« Nous vivons l’époque de la résistance, de la victoire et de l’anéantissement d’Israël. L’opposition continuera d’insister sur le partenariat dans la prise des décisions et dans la détermination du sort du pays. »

- SAMIR FRANGIE, DEPUTE MEMBRE DU 14-MARS
« Il n’y aura pas de sommet arabe à Damas s’il n’y a pas d’élection présidentielle au Liban. Il revient donc à la Syrie de choisir. Et si les obstacles persistent, nous élirons un président pour le Liban. La main tendue par Saad Hariri le 14 février est une position nationale et morale après l’assassinat de Imad Mughniyé. Il s’agit de l’expression sincère des sentiments des Libanais. Nous refusons que les cadres du Hezbollah soient visés par des attentats. Nous disons au Hezbollah : Que le sang versé de part et d’autre serve à l’édification du Liban. La participation chrétienne massive au rassemblement du 14 février, qu’elle soit individuelle ou partisane, a mis fin au phénomène Aoun créé par la Syrie comme déversoir en milieu chrétien. »

- CHARLES RIZK, MINISTRE DE LA JUSTICE
« Le tribunal spécial pour le Liban est sur le point de siéger. Il faut traiter ce dossier avec réalisme, comme l’a bien souligné le secrétaire général adjoint du Hezbollah, Naïm Kassem. De tels propos sont positifs, invitant les Libanais à rester loin de la surenchère en ce qui concerne le tribunal international, qui est une institution juridique et non un moyen de pression politique sur un groupe. Le tribunal international sera un facteur qui unifiera les Libanais et non le contraire. Les régimes arabes, et parmi eux le régime syrien, sont plus forts que certains ne le pensent. En effet, ils puisent leur force dans la structure même du système régional arabe et ils ne seront pas très affectés si certains les condamnent, au cas où cette condamnation a lieu. Le Liban a été informé du fait que quatre juges libanais ont déjà été sélectionnés pour siéger, mais que leurs noms n’ont pas encore été communiqués. »

Tendances et événements au Proche-Orient

Le Kosovo et la Palestine au centre de l’intérêt régional

Deux événements étaient au centre de l’intérêt régional ces dernières 24 heures : la proclamation unilatérale par le Kosovo de son indépendance et les développements liés au conflit israélo-arabe. Le tableau présente les données suivantes :
- 1. La proclamation par le Kosovo de son indépendance inaugure d’une nouvelle période de tensions entre la Russie d’un côté, les États-Unis et leurs alliés européens de l’autre. Le Conseil de sécurité sera un des théâtres de la confrontation qui a commencé, qui risque aussi d’avoir des répercussions dans d’autres régions du monde, comme la Géorgie.
- 2. Israël intensifie sa campagne militaire et politique à Gaza et en Cisjordanie, alors que le blocus se poursuit et se renforce à Gaza, où la population est victime de punitions collectives qui ne semblent pas émouvoir le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et encore moins la communauté internationale. Dans ce contexte, le Premier ministre a fait état d’une décision d’envahir Gaza « au moment opportun ». La complicité arabe est flagrante, est s’illustre, entre autres, par la consolidation des mesures égyptiennes sous prétexte d’empêcher les Palestiniens de franchir la frontière.
- 3. Les mouvements de la Résistance palestinienne à l’intérieur de la Palestine ont décidé de riposter à l’assassinat du chef militaire du Hezbollah, Imad Mughniyé. L’attaque d’un bus israélien, près de Naplouse, par la branche armée du Fatah -les brigades d’al-Aqsa- n’est qu’un avant-goût. Le martyre de Mughniyé a créé un phénomène de solidarité dépassant les mouvements de résistance, indépendamment de leur idéologie.
- 4. Un mouvement de solidarité panarabe avec le martyre de Mughniyé a été observé. Des cérémonies de condoléances ont ainsi été organisées dans de nombreux pays arabes, y compris des Etats du Golfe.

Presse et agences internationales

• Commentant les propos du secrétaire général du Hezbollah sur la guerre ouverte avec Israël, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a déclaré : « J’espère que ce qu’a dit Hassan Nasrallah ne relève que de paroles viriles, je crois qu’il n’est de l’intérêt ni du Hezbollah ni de Hassan Nasrallah de déclencher une guerre maintenant. Le Hezbollah est utilisé par la Syrie et l’Iran, et constitue une sorte de jouet menaçant. Les assassinats ne constituent pas une bonne réponse. Je suis opposé à l’utilisation de l’assassinat comme acte ou geste politique, je pense que nous devons régler nos problèmes par la négociation. »

• Le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, a déclaré que « le Hezbollah pourrait riposter contre Israël avec l’aide de Damas et Téhéran ». « Il pourrait agir avec l’aide de l’Iran et de la Syrie (...) Israël n’a aucun intérêt à une escalade, mais s’y prépare à la lumière des derniers évènements », a-t-il en séance hebdomadaire du cabinet.
« Le Hezbollah a décidé d’en faire porter la responsabilité à Israël, comme Nasrallah (le secrétaire général du Hezbollah) l’a dit dans son discours. Donc, nous pouvons en conclure que le Hezbollah va tenter de riposter contre Israël sur son territoire ou à l’étranger », a ajouté M. Barak. « La disparition de Mughniyé est un coup dur pour le Hezbollah et le terrorisme international. Il était responsable de la mort de centaines de civils et de soldats de nombreuses nationalités durant la dernière décennie », a-t-il encore dit. « Je crois qu’il faudra du temps avant qu’un remplaçant lui soit trouvé. Je pense que la Syrie, le Hezbollah et l’Iran savent clairement qui est derrière » l’attaque contre Mughniyé.

• Des sources de renseignement israéliennes ont révélé que le département des opérations extérieures du Mossad est responsable de la mort de Imad Mughniyé. Selon ces sources, le chef militaire du Hezbollah a été assassiné par l’explosion de l’appui-tête de sa voiture qui a été remplacé après avoir été piégé. Trois agents du Mossad munis de passeports iraniens étaient arrivés à Damas en provenance d’Athènes et de Rome. Après avoir perpétré l’attentat, ils ont immédiatement quitté le pays via l’aéroport.

FOX NEWS (CHAINE DE TELEVISION AMERICAINE)
- Mike McConnel, directeur du renseignement américain
« Le Hezbollah a accusé Israël d’être responsable de la mort de Imad Mughniyé. Mais il existe des preuves indiquant que cela pourrait être une affaire interne au Hezbollah. Cela pourrait être la Syrie. Nous tentons de résoudre cette question. »

• Le Premier ministre qatari, cheikh Hamad ben Jassem al-Thani, a critiqué les États-Unis, sans les nommer, pour leur unilatéralisme dans la gestion des affaires du monde, surtout au Proche-Orient, à l’ouverture du Ve Forum mondial annuel sur le dialogue américano-islamique à Doha. « Si la concentration du pouvoir est inacceptable au plan intérieur, il est encore plus primordial que cesse l’unilatéralisme en politique internationale ainsi que la politique de deux poids, deux mesures et le recours à la force qui l’accompagnent », a dit cheikh Hamad, en référence implicite aux États-Unis. Le responsable qatari, dont le pays est un proche allié des États-Unis auxquels il accorde des facilités militaires, s’exprimait devant un parterre de quelque 261 participants au forum, dont 122 personnalités états-uniennes parmi lesquelles l’ancienne secrétaire d’État Madeleine Albright. Il a estimé que « la question palestinienne et le conflit du Proche-Orient » constituaient « le plus grand défi » pour les relations américano-musulmanes, souvent empreintes de méfiance en raison de ce qui est perçu dans les pays musulmans comme « un alignement » de Washington sur Israël.

• Le Parlement du Kosovo, réuni en session extraordinaire à Pristina, a approuvé par acclamation l’indépendance de la province du sud de la Serbie à majorité albanaise. « Nous sommes désormais un État indépendant, libre et souverain », a déclaré le président du Parlement, Jakup Krasniqi, après l’adoption de la déclaration d’indépendance lue par le Premier ministre kosovar Hashim Thaçi. À Pristina, la proclamation a été accueillie par des hourras dans les rues de la ville, qui vibrait aux cris d’« Indépendance » dans le bruit des klaxons et des pétards. Des dizaines de milliers de Kosovars brandissaient des drapeaux de l’Albanie – aigle noir bicéphale sur fond rouge – et des États-Unis. Le nouveau drapeau du Kosovo indépendant, représentant en jaune le tracé du territoire accompagné de six étoiles sur un fond bleu foncé, a été dévoilé dans l’après-midi au Parlement.
Malgré ses divisions, l’UE a décidé, sans l’aval de l’Onu, de déployer au Kosovo une mission de quelque 2000 policiers et juristes. Cette mission, jugée illégale par Belgrade et Moscou, doit prendre à terme la relève de la Mission de l’Onu (Minuk).
Une force commandée par l’Otan, la KFOR, est chargée depuis 1999 d’assurer la sécurité au Kosovo. Cette force va « continuer à assumer ses responsabilités », a annoncé l’Otan après la proclamation d’indépendance. Parmi les scénarios possibles figure une sécession du nord du Kosovo, où vivent 40000 des 120000 Serbes présents sur le territoire.
Le Premier ministre Hashim Thaçi s’est engagé à garantir la sécurité des Serbes et des autres minorités. Mais ignorant par avance la souveraineté kosovare, les Serbes du Kosovo avaient annoncé dès vendredi qu’ils organiseraient dans leurs zones les élections municipales prévues en mai en Serbie et formeraient leur propre « Parlement du Kosovo ».

• Le président géorgien, Mikhaïl Saakachvili, a enjoint à Moscou de « ne pas jouer avec le feu », Tbilissi s’inquiétant d’un éventuel changement de la politique russe envers les territoires séparatistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie, avec l’indépendance du Kosovo.
« Il y a des indications que la Russie pourrait prendre certaines mesures », a-t-il dit dans une allusion à une possible reconnaissance des deux provinces séparatistes de Géorgie, prorusses, par Moscou. « Nous voulons résoudre les questions bilatérales de manière civilisée et amicale », a-t-il ajouté. Parallèlement, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud ont annoncé hier, dès la proclamation de l’indépendance du Kosovo, qu’elles allaient demander à la Russie et à l’Onu de reconnaître leur indépendance. « La situation au Kosovo constitue un précédent. On ne peut parler d’un cas unique. L’Abkhazie s’adressera prochainement au Parlement de Russie et au Conseil de sécurité de l’Onu pour leur demander de reconnaître son indépendance », a déclaré son « président », Sergueï Bagapch. « Il y a plus de fondements politiques et juridiques pour une reconnaissance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie qu’au Kosovo », a également déclaré le « président » de l’Ossétie du Sud, Édouard Kokoïty.

LOS ANGELES TIMES (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN
L’agence de renseignement américaine CIA a créé 12 sociétés fictives principalement en Europe après les attentats du 11-Septembre dans le but d’infiltrer des organisations islamistes. Des responsables actuels et d’anciens membres de la CIA, ont indiqué que l’agence a désormais fermé toutes ces sociétés sauf deux, après avoir conclu qu’elles étaient inadaptées. Ces entreprises, pour lesquelles la CIA a dépensé des centaines de millions de dollars, faisaient partie d’un vaste plan pour accroître le nombre d’agents de la CIA à l’étranger opérant sous une « couverture non officielle » dans le but d’augmenter le potentiel de l’agence à infiltrer les réseaux islamistes. Mais ce projet a suscité une controverse au sein même de l’agence, en raison notamment du lieu d’implantation de ces entreprises et de leur taille, qui risquait d’exposer un grand nombre d’agents en cas de problème.

AGENCE EUROPE (AGENCE DE PRESSE EUROPEENNE)
A l’initiative du Secrétariat de la Commission des Episcopats de la Communauté européenne (COMECE), une délégation de personnalités engagées auprès des réfugiés chrétiens d’Irak a rencontré, cette semaine à Bruxelles, des représentants de la Commission européenne et du Parlement européen. Ces contacts ont été « décevants, mais pas négatifs », a indiqué la délégation. Du côté de la Commission européenne, représentée par Stefano Bertozzi (membre du cabinet Frattini), la réponse était que « ce n’est pas ici le lieu pour traiter de cette affaire ». Quant aux députés européens, le Dr.Oehring (MISSIO - œuvre missionnaire catholique internationale) a regretté qu’ils n’aient qu’une seule question à la bouche : « Avez-vous besoin d’argent ? ».

LE MONDE (QUOTIDIEN FRANÇAIS, GROUPE LAGARDERE)
• Le quotidien Al-Ayyam ("Les Jours"), édité à Ramallah, est interdit de parution depuis le 6 février dans la bande de Gaza, sur décision d’un tribunal contrôlé par le Hamas. La raison de cette décision ? La publication d’un dessin de presse signé Baha Boukari, un Palestinien de Cisjordanie, qui représentait une assemblée de membres du Hamas ayant tous le visage de l’ancien Premier ministre islamiste Ismaïl Haniyeh et brandissant son effigie.
• Après plusieurs années passées au Proche-Orient, notamment comme prisonnier, le Français Peter Cherif vient de rentrer au pays. Arrivé à l’aéroport de Roissy par un vol régulier en provenance de Damas, mercredi 13 février, il a été aussitôt interpellé par la direction de la surveillance du territoire (DST) et placé en garde à vue. Arrêté le 2 décembre 2004 par les GI’s dans les environs de Fallouja, Peter Cherif a été détenu pendant seize mois sans se voir notifier de charge. Selon les informations recueillies par le ministère des Affaires étrangères, il aurait été d’abord incarcéré au camp Bucca, proche de Bassora, dans le sud du pays, puis transféré en août 2005 à la prison d’Abou Ghraib, près de Bagdad. Il dit n’avoir jamais appartenu à un mouvement terroriste, ni utilisé d’armes.

LIBERATION (QUOTIDIEN FRANÇAIS, GROUPE ROTHSCHIELD)
Depuis plusieurs jours, les rixes devenues quotidiennes à Beyrouth entre sympathisants de la majorité et l’opposition se soldent régulièrement par des échanges de coup de feu. Pour l’instant, ces échauffourées sont circonscrites en quelques heures par les forces de l’ordre mais les Libanais ont peur qu’un incident plus grave que les autres ne mette le feu aux poudres. Les tensions communautaires sont de plus en plus fortes dans le pays, attisées par une crise politique qui n’en finit pas.

LE TEMPS (QUOTIDIEN SUISSE)
Selon des fuites provenant de l’Aman (les Renseignements militaires israéliens), le « ministre de la Défense » du Hezbollah Imad Mugniyé, pulvérisé mardi soir à Damas par l’explosion de son véhicule, était en contact avec la direction politique du Hamas exilée dans cette ville. Si l’Etat hébreu nie toujours toute implication dans cette opération, des sources dignes de foi affirment que ces contacts sont l’une des causes principales de l’élimination du terroriste, et non les nombreux attentats qui lui sont attribués. Le lendemain de la mort d’Imad Mugniyé, le directeur général du Mossad, Meïr Dagan, a été reçu avec égards -mais discrètement- par Ehoud Olmert. Ce dernier a confirmé à son invité qu’il prolongeait son mandat d’un an. Avec Isser Harel et Itzhak Hoffi, l’ex-général nommé à cette fonction par Ariel Sharon entre donc dans le cercle exclusif des trois patrons du renseignement israélien restés en fonction durant huit ans sans interruption.

THE DAILY TELEGRAPH (QUOTIDIEN BRITANNIQUE)
Le général Ashfaq Kian, nouveau chef d’état-major du Pakistan, a publié un décret mettant fin à l’implication des militaires en politique. Il devrait prochainement nommer de nouveaux responsables des services secrets, c’est-à-dire remercier les directeurs actuels qui soutiennent le président Musharraf. Disposant de la confiance des Etats-Unis, le général Kian prépare ainsi la transition démocratique à la veille des élections législatives.

THE GUARDIAN (QUOTIDIEN BRITANNIQUE, MAJORITE PARLEMENTAIRE)
• 35 parlementaires introduisent aujourd’hui un recours en justice pour contraindre le gouvernement britannique à retirer les Moudjahidins du peuple de la liste des organisations terroristes. Ils font valoir que cette organisation iranienne cherche à renverser le régime des mollahs par la voie démocratique pour instaurer un gouvernement séculier. De son côté, le gouvernement observe que les Moudjahidins du peuple disposaient jusqu’en 2003 d’une base militaire en Irak et revendiquaient alors des actions terroristes. Il conteste la sincérité du tournant non-violent de l’organisation.
• Plus d’une centaine de parlementaires font pression sur le ministre des Affaires étrangères, David Milliband, pour qu’il introduise une loi régulant le travail des sociétés de sécurité en Afghanistan et en Irak. Mais le gouvernement n’est pas pressé de légiférer, malgré le scandale Blackwater aux Etats-Unis. Plusieurs sociétés britanniques sont concernées, notamment Aegis, ArmorGroup et Erinys.
• Une nouvelle chaîne de télévision par satellite, Al-Aqsa, est scrutée avec attention par les spécialistes. Il s’agit d’un canal favorable au Hamas qui mêle des émissions de divertissement et des informations. Les experts israéliens y voient surtout de la propagande islamiste.

THE SUNDAY TIMES (HEBDOMADAIRE BRITANNIQUE, GROUPE MURDOCH)
Imad Mugniyé, surnommé « le renard », était l’un des plus habiles agents de notre époque. Comme deux de ses frères avant lui, il est mort dans un attentat à la voiture piégée. C’était la semaine dernière à Damas à la sortie d’une réception à l’ambassade d’Iran. Bien qu’Israël démente avoir réalisé l’opération, il semble que ses services aient piégé l’appui-tête de la jeep de Mugniyé et que la bombe ait été actionnée depuis une autre voiture, via un satellite. Selon son ami Anis Naccache, le Hezbollah devrait prochainement répliquer à cette élimination.

NEW YORK TIMES (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
Comme toujours au Proche-Orient, on ne dispose d’aucune information permettant de dire qui a tué Imad Mugniyé, mais comme toujours au Proche-Orient chacun a sa réponse toute faite. Pour le Hezbollah, c’est forcément Israël, et Hassan Nasrallah a annoncé une riposte. Pour le 14-Mars, c’est forcément la Syrie et Walid Joumblatt en a conclu, lors du meeting de jeudi, que la Syrie et le Hezbollah s’entre-déchiraient. Il craint maintenant que les Etats-Unis ne sacrifient le Liban pour remercier la Syrie qui aurait sacrifié Mugniyé.

WASHINGTON POST (QUOTIDIEN ÉTATS-UNIEN)
Auditionné par la Commission des forces armées de la Chambre des représentants, John A. Kringen, le sous-directeur de la CIA, a plaidé pour la création d’une organisation nouvelle de guerre culturelle dans le monde arabe, comparable à ce qui avait été fait par le Congrès pour la culture face au Komintern durant la Guerre froide. La même idée a été présentée la semaine dernière par Michael Leiter, directeur du Centre national antiterroriste lors d’une conférence au Washington Institute for Near East Policy (WINEP).

CONSEIL EUROPEEN
La présidence de l’Union européenne a rendues publiques deux déclarations relatives à l’Iran.
• Elle condamne le recours croissant aux condamnations à mort et aux exécutions. Elle s’inquiète notamment des cas de Mme Zohreh Kabiri, Mme Azar Kabiri et M. Abdollah Farivar, condamnés à la mort par lapidation ; des cas de trois délinquants mineurs au moment des faits ; et du cas de quatre employés des services des douanes de l’aéroport de Mehrabed, condamnés pour corruption.
• D’autre part, L’UE s’inquiète de la discrimination et du harcèlement systématiques dont sont victimes les bahaïs en Iran, et notamment de l’expulsion des étudiants des universités et des établissements d’enseignement supérieur, de la limitation de l’accès à l’emploi et des campagnes de propagande menées contre les bahaïs dans les médias iraniens. Selon des sources d’information fiables, les autorités judiciaires iraniennes ont confirmé que cinquante-quatre bahaïs ont été condamnés par un tribunal de Chiraz pour « propagande contre le régime ». Trois des bahaïs reconnus coupables ont été condamnés à une peine de quatre ans d’emprisonnement et les cinquante et un autres à une peine d’un an d’emprisonnement avec sursis.

- INSTITUT DES ETATS-UNIS POUR LA PAIX (CONGRES)
La sortie de l’impasse politique au Liban suppose (1) une meilleure représentation politique des chiites (2) la disjonction des questions régionales et libanaises.

Audiovisuel international

AL ALAM (CHAINE IRANIENNE ARABOPHONE)
Couverture de l’actualité
- MOHAMMAD ALI HUSSEIN, PORTE-PAROLE DU MINISTERE IRANIEN DES A-E
« Les discussions entre l’Iran et les États-Unis sur la sécurité en Irak, qui devaient avoir lieu cette semaine, ont été reportées pour des raisons techniques (…) Les ingérence étrangères ne contribuent pas au règlement de la crise libanaise. »

CHAINE SATELLITAIRE SYRIENNE
Le dirigeant libyen, le colonel Moammar Kadhafi, a reçu une lettre du président syrien Bachar al-Assad comportant une invitation à participer au prochain sommet arabe prévu à Damas fin mars.

Tendances est un bulletin quotidien de veille politique sur le Proche-Orient, réalisé par l’agence New Orient News à Beyrouth. Retrouvez-le sur Voltairenet.org, en versions allemande, arabe, anglaise, espagnole et française. Consultez également Indicators, le bulletin quotidien de veille économique sur le Proche-Orient, disponible en versions anglaise, espagnole et arabe.