Lors des six derniers mois, les politiciens russes ont tant discuté des affaires ukrainiennes que désormais, en tant que politicienne ukrainienne, je me sens en droit de discuter des affaires russes et surtout des relations russo-ukrainienne. J’entends constamment que la Russie a perdu les élections en Ukraine mais je ne suis pas d’accord. Les responsables de la propagande russe et les mécènes de Yanukovych qui n’ont rien compris à l’Ukraine ont perdu mais ils ne sont pas la Russie. La Russie ne verra pas ses intérêts stratégiques à long terme mis à mal par Viktor Yushchenko. Au contraire, ce sont de nouvelles opportunités qui s’ouvrent pour les Russes.
Depuis le printemps 2004, nous essayons de convaincre le Kremlin qu’il ne doit pas avoir peur de nous mais nous n’avons pas réussi et ils ont mené des actions inconsidérées. Aujourd’hui, les propagandistes débarquent avec une nouvelle fable : Yanukovych aurait gagné les élections du 21 novembre mais les États-Unis ont fomenté une révolution en réponse. En conséquence, la Russie devrait aujourd’hui organiser la sécession en Ukraine. Face à ces projets, il est utile de rappeler les liens qui unissent nos pays :
- Nous appartenons à une même civilisation.
- Nous appartenons à un même espace géographique et économique. Maintenant que les oligarques ont quitté le pouvoir à Kiev, notre pays offre de nouvelles opportunités pour les capitaux russes.
- Nous avons des tâches communes qui nous attendent en matière de politique intérieure. Comme Vladimir Poutine, nous voulons construire un État fort et éloigner les oligarques du pouvoir.
- Nous avons les mêmes objectifs de politique étrangère que la Russie : nous rapprocher de l’Europe.
Je tiens à revenir sur ce qu’on a parfois entendu. Personne en Ukraine ne pense à s’attaquer aux Russophones. Concernant l’OTAN, je n’exclus pas que l’Ukraine y adhère un jour mais ce processus sera long et ne pourra pas se faire sans la Russie. En effet, nos deux pays ne peuvent pas appartenir à des zones militaires différentes, encore moins hostiles.

Source
Moscow Times (Fédération de Russie)

« Kremlin Bureaucrats Lost Ukraine, But Russia Won », par Yulia Tymoshenko, Moscow Times, 12 janvier 2005.