Pour calmer les ardeurs belliqueuses du Parti républicain, les Démocrates acceptèrent, à l’occasion du vote de la loi de finances 2000, la constitution d’une commission d’évaluation de l’organisation et de la planification de la sécurité des États-Unis en matière spatiale. La commission rendit son rapport le 11 janvier 2001, quelques jours avant que son président, l’honorable Donald Rumsfeld, ne devienne secrétaire à la Défense de l’administration Bush et ne quitte son fauteil au conseil d’administration de la Rand Corporation. Huit de ses douze membres étaient des généraux en retraite. Tous étaient des partisans du " bouclier anti-missiles ". De sorte que les trente-deux jours de travaux de la commission ne furent pas consacrés à un audit de la situation, mais à la recherche d’arguments justifiant a posteriori les convictions communes de ses membres.

JPEG - 34.8 ko

Pour la " Commission Rumsfeld ", l’espace est un domaine militaire comparable à la terre, l’air et la mer. Il doit disposer de sa propre Arme, à équivalence avec l’Army, l’Air Force et la Navy. Les États-Unis doivent occuper ce domaine et empêcher toute autre puissance de s’y installer. Grâce à cette asymétrie des moyens, leur suprématie militaire sera incontestable et illimitée.
La Commission Rumsfeld a dégagé dix propositions [1] :
1-L’Arme spatiale doit dépendre directement du président.
2-Le président doit s’adjoindre un conseiller en matière spatiale pour que les États-Unis exploitent au mieux leur avantage.
3-Les diverses agences de renseignement doivent être coordonnées et subordonnées à l’Arme spatiale à l’intérieur du Conseil national de sécurité.
4-L’Arme spatiale étant à la fois un outil de renseignement et une arme létale, son usage suppose une coordination du secrétaire à la Défense et des nombreux services de renseignements ; ces derniers étant placés sous l’autorité unique du directeur de la CIA.
5-Le secrétaire à la Défense doit s’adjoindre un sous-secrétaire pour l’espace.
6-Le commandement de l’espace doit être distingué du commandement aérien.
7-L’Arme spatiale doit pouvoir utiliser les services des autres armes.
8-La NRO (agence de l’imagerie spatiale) doit être rattachée au sous-secrétaire à l’Air Force.
9-Le secrétaire à la Défense doit lui-même superviser les investissements en recherche et développement spatial, de manière à accroître l’asymétrie entre les forces US et celles des autres puissances militaires.
10-De très importants moyens budgétaires doivent être débloqués pour le programme spatial militaire.

Outre la dénonciation du traité ABM de 1972, cet ambitieux programme suppose de telles réformes de l’organisation et de la stratégie américaine qu’il semble irréalisable. C’est pourquoi, la Commission Rumsfeld écrit : " L’histoire est pleine de situations dans lesquelles on a ignoré les avertissements et résisté au changement jusqu’à ce qu’un événement extérieur, jugé jusque-là "improbable", vienne forcer la main des bureaucraties réticentes. La question qui se pose est de savoir si les États-Unis auront la sagesse d’agir de manière responsable et de réduire au plus vite leur vulnérabilité spatiale. Ou bien si, comme cela a déjà été le cas par le passé, le seul événement capable de galvaniser les énergies de la Nation et de forcer le gouvernement des États Unis à agir doive être une attaque destructrice contre le pays et sa population, un "Pearl Harbor spatial".
Nous avons été alertés, mais nous ne sommes pas en alerte. "

Pour Donald Rumsfeld, les événements du 11 septembre constituent une " divine surprise ", selon l’expression employée par les fascistes français lorsque la défaite leur permit de renverser " la Gueuse " et de confier les pleins pouvoirs à Philippe Pétain.

[1] Report of the Commission to Assess U.S. National Security Space Management and Organization http://www.defenselink.mil/pubs/spa... .